La formule de bon sens mais si pertinente du cardinal de Retz, « Il faut rendre possible ce qui est nécessaire », s’applique parfaitement à l’émergence et au développement de l’archéologie française dans l’océan Indien : une longue et lente prise de conscience de l’intérêt et de la nécessité de telles recherches, suivie d’une toute aussi lente mise en place des moyens humains et matériels nécessaires pour rendre possible une recherche archéologique moderne et de qualité, ici comme partout ailleurs. Une recherche qui n’a d’ailleurs guère tardé à porter ses fruits, comme nous pouvons le constater en particulier à la lecture de ces deux volumes intégralement dédiés à l’archéologie de ces régions.
En France métropolitaine, l’archéologie a été organisée et dotée pour la première fois d’une véritable structure administrative en 1941 par la loi du 27 septembre dite « loi Carcopino »1 du nom du Secrétaire d’État à l’Éducation nationale et à la jeunesse de 1941 à 1942, un historien reconnu, spécialiste de la Rome antique. Dans un contexte particulièrement délicat, il s’agissait de donner un cadre à la discipline afin, entres autres raisons, de tenter d’éviter le pillage et l’exploitation de notre patrimoine le plus ancien par l’occupant2. Mais, lors de sa promulgation, les territoires qui allaient devenir les départements d’Outre-mer étaient encore des colonies et cette législation ne leur était pas applicable.
La loi du 19 mars 1946 qui les érige en départements3, précisait que « … les lois et décrets actuellement en vigueur dans la France métropolitaine et qui ne sont pas encore appliqués dans les colonies feront, avant le 1er janvier 1947, l’objet de décrets d’application à ces nouveaux départements ». Mais, alors même que ce délai était prolongé jusqu’à la fin de l’année, force est de constater que ce ne sera pas le cas pour la loi « Carcopino ». Il faudra attendre encore bien longtemps et profiter de la loi n° 65-947 du 10 novembre 1965 qui étendait aux départements d’Outre-mer le champ d’application de plusieurs textes relatifs à la protection des sites et monuments historiques, pour introduire un « cavalier législatif » et que l’application de la loi soit enfin promulguée4. Ce qui ne veut pas dire que dès lors tout sera mis rapidement en place5 ! Sage lenteur de l’administration ? Pas seulement peut-être.
Si le premier article de la loi de 1941 ne fixait pas de limite chronologique à l’archéologie définie comme « fouilles et sondages… à l’effet de recherches de monuments ou d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie… », l’administration en posait pourtant clairement une : les Directions des Antiquités historiques6 mises en place dans le cadre de la loi devaient gérer les périodes « celtiques, grecques et gallo-romaines »7. En dehors de ces périodes : point de salut.
Dans ces conditions, il fallait que les archéologues s’affranchissent de ce carcan administratif mais aussi, et peut-être surtout, effectuent un véritable « changement de logiciel » pour s’intéresser au Moyen Âge et aux époques encore plus récentes. C’est que longtemps nous avions vécu avec le paradigme, avec la fiction, que les historiens nantis des archives écrites et d’une abondante iconographie savaient tout de ces périodes. Aussi, la recherche archéologique qui, témérairement, était pratiquée sur des sites du Moyen Âge et, pire encore, de périodes plus proches de nous, ne pouvait-elle être considérée que comme une « science auxiliaire de l’histoire » ou encore une « fille des Beaux-arts », servant de complément et surtout d’illustration aux travaux des historiens, sans contribuer notoirement à l’avancement de la connaissance8.
Lorsqu’en 1961, Jean Hubert fait le point sur « L’archéologie médiévale » dans un ouvrage collectif intitulé L’histoire et ses méthodes, il livre juste une excellente synthèse sur « l’archéologie » monumentale9. Il faudra attendre encore pour voir émerger l’archéologie médiévale telle que nous l’entendons, et qu’André Debort écrive en 1991
Les vingt ans de la Société des médiévistes coïncident à un peu près avec l’âge de l’archéologie médiévale en France, du moins en tant qu’activité réellement scientifique. Il est donc très difficile, voire proche de la gageure, de prétendre faire le point de ses apports à l’histoire, de ses progrès comme de ses insuffisances … quand on sait l’essor spectaculaire et parfois désordonné qu’elle connaît depuis quelques années10.
Pour sa part, le ministère de la Culture, créé au début de l’année 1959 sous le nom de ministère d’État chargé des Affaires Culturelles, continue de se structurer et de s’étoffer11. Les directions régionales des affaires culturelles (DRAC), après un long processus initié dès André Malraux, sont mises en place en 1977 en Métropole par un décret de Françoise Giroud, secrétaire d’État à la Culture12. Elles sont implantées dans les départements ultramarins durant les années 1980 et encore plus tardivement en Guyane ; de façon plus spécifique, en 1982 à La Réunion où elle prend en 2011 le nom de DAC OI, puis en 2018 celui de DAC de La Réunion. Ces structures administratives, dépendant alors directement du ministère de la Culture, traitent dans chaque région de toutes ses compétences (patrimoine, musées, spectacle vivant, art plastique, livre et lecture, musique et danse…). Ainsi, c’est au titre de leurs compétences patrimoniales, que les DRAC intègrent en leur sein les directions des Antiquités.
Ce n’est qu’en 1991 que la sous-direction de l’Archéologie du ministère de la Culture implante des embryons de services archéologiques au sein des DRAC dans les départements d’Amérique. Elle a profité de la préparation de la loi du 6 février 199213, ainsi que de l’occasion offerte par une série de restructurations, dont la transformation des « directions des Antiquités » en « services régionaux de l’Archéologie »14, en particulier pour se couler dans le moule de la future vague de déconcentrations. Mais elle a oublié au passage La Réunion et l’océan Indien.
Un quasi « oubli » en fait, mais pas si involontaire15, car lié au vieux préjugé que je viens d’évoquer, de l’archéologie perçue comme une discipline destinée à n’étudier que les périodes peu, voire non renseignées par des documents écrits. Dans les trois DOM « américains », c’est une occupation avérée, antérieure à l’arrivée des navigateurs, explorateurs et colons qui a justifié ces créations. Civilisations que des chercheurs, essentiellement bénévoles16, avaient déjà commencé à étudier avec les techniques des préhistoriens, et parfois aussi celles des ethnologues. Cela apparaît clairement à travers le contenu des Congrès internationaux de la Caraïbe qui se déroulent tous les deux ans depuis 1961. À l’origine, il n’y était question que d’archéologie précolombienne et ce n’est que plus tardivement, et petit à petit, que l’archéologie de la période coloniale y est apparue. La Guyane malgré tout marquait encore le pas, car on avait longtemps été persuadé que l’absence quasi systématique de stratigraphie et la grande acidité des sols interdisaient toute approche archéologique fiable17. Il aura fallu l’importante opération d’archéologie de « sauvetage » liée à l’implantation du barrage hydroélectrique de Petit Saut sur le fleuve Sinnamary, réalisée entre 1991 et 1996, pour que cette vision soit totalement corrigée18.
Au milieu des années 1980, alors membre du Conseil Supérieur de la Recherche Archéologique19, au détour d’un entretien avec un responsable scientifique de l’archéologie au ministère de la Culture, je m’étais interrogé sur la situation de La Réunion qui me paraissait particulièrement paradoxale. La réponse avait été très claire : « Qu’y a-t-il à trouver ? »20. Il est vrai que les Français n’y débarquent qu’en 1642 pour prendre possession, au nom du roi, de cette île déjà connue, mais inhabitée. Ils ne s’y implantent, d’ailleurs fort modestement au début, qu’en 1663 ou 1665 selon les auteurs. Que ne savions-nous pas alors de ces périodes ? Le « Grand siècle » avait-il des secrets pour nous ? Louis XIV, Versailles, la machine de Marly, les réformes structurantes de Colbert, le génie militaire de Vauban, le commerce et les explorations maritimes, que sais-je encore ? Et pourtant !
La prise de conscience de l’intérêt et de l’opportunité d’une archéologie des périodes modernes et contemporaines est donc relativement récente21, d’autant plus récente que les pays ont un passé ancien et riche dont la connaissance a longtemps mobilisé les archéologues et les moyens mis à leur disposition22. Dans ces conditions, on ne doit pas s’étonner de cet état de fait qui, pour évoluer, nécessitait aussi, en particulier pour l’Europe, que la « curiosité » et l’intérêt des chercheurs formés à l’ombre d’Athènes, de Rome et leurs avatars, se tournent vers ces périodes et que… les moyens suivent.
Un des facteurs de l’accélération de cet élargissement du champ d’investigation de l’archéologie est l’émergence à partir des années 1970 de l’archéologie de « sauvetage »23 qui va en 2001, à l’occasion de sa prise en compte législative, devenir officiellement « préventive ». La loi 2001-44 du 17 janvier 2001 relative à l’archéologie préventive clarifie la situation et donne enfin une base juridique solide à notre action comme nous le souhaitions et demandions depuis des années24. Malgré tout, certains politiques jugeaient toujours cette « contrainte » peu supportable et/ou inutile. Régulièrement, des tentatives, destinées à amoindrir la portée du texte ont été faites. Et, en particulier, l’ouverture à la concurrence privée25 des fouilles d’archéologie préventive. L’arrivée de quelques entreprises sérieuses, mais aussi de nombreuses officines françaises et étrangères, imaginant avoir trouvé là un filon financier, ont un temps déstabilisé le système26. Certains opérateurs n’hésitaient pas alors à « casser » les prix pour obtenir le marché et conduire ensuite des travaux peu conformes aux prescriptions de l’État et à la déontologie. Il a fallu que les SRA réagissent rapidement et développent, avec des moyens certes limités, leur contrôle scientifique et technique sur les opérations préventives27. Inspecteur général du Patrimoine, j’avais, le 15 mai 2007, rédigé et présenté au CNRA le premier rapport destiné à retirer l’agrément à un opérateur privé défaillant et particulièrement mercantile. Je terminais ce rapport en exprimant ce qui est ma conviction profonde et celle de nombre de mes collègues : « Cette affaire aura, je l’espère, un effet pédagogique pour tous les pétitionnaires à venir et prouver, s’il en était besoin, que l’archéologie, avant d’être une affaire pécuniaire est une discipline scientifique particulièrement exigeante ».
L’archéologie de sauvetage, devenue préventive, est née d’un concept novateur : « la sauvegarde par l’étude ». Il y a là deux notions fondamentales, dont la réunion est supérieure à la somme des parties. La sauvegarde, c’est évidemment la préservation des vestiges pour les générations futures. L’étude, c’est le travail de recherche qui permet de les comprendre. Dans le cas de l’activité préventive, la sauvegarde n’est pas celle des vestiges matériels mais leur enregistrement scrupuleux, et l’étude est le moyen indispensable de leur préservation, tant il est vrai que les vestiges doivent être étudiés pour être compris et que soit ainsi transmise la connaissance qu’ils nous apportent28.
L’archéologie préventive est donc une tentative pour résoudre l’éternel dilemme entre le légitime aménagement du Territoire et la nécessaire « préservation » des archives du sol, sources de connaissances et de culture, pour nous et les générations futures. Nous nous efforçons, bien évidemment, de conduire le plus pertinemment possible nos fouilles en mettant en œuvre toutes les techniques, tous les outils en notre possession pour réaliser des recherches de pointe. Mais, et c’est aussi une évidence, demain d’autres méthodes, d’autres techniques, apparaîtront que nous devrons utiliser pour être encore plus performants. Si l’archéologie préventive permet de sauver les vestiges qui ne peuvent être conservés in situ par leurs relevés scrupuleux, elle n’enraye pas la consommation, parfois « sans modération », du sous-sol, ce qui n’est pas sans poser de problèmes. Les cobayes peuvent se reproduire, les sites archéologiques, non. Une consommation accrue des archives du sous-sol qui n’est pas neutre et peut priver, si nous n’y prenons garde, les générations futures de champs d’investigations encore vierges et disponibles pour aller plus loin que nous aujourd’hui dans la recherche et la connaissance. C’est toute la question de la possibilité de créer des réserves archéologiques. Pour illustrer cette réalité, prenons un seul exemple, celui de Marseille. La surface de la ville antique, grecque et romaine, intramuros est estimée à environ 50 ha. Or, depuis et en comprenant le dynamitage par les Allemands en février 1943 de la partie basse du quartier du Panier en bordure nord du Vieux Port, ce ne sont pas moins de 20 ha de vestiges archéologiques qui ont été entièrement détruits et dont seulement un peu plus de 5 ha ont pu être correctement fouillés, à compter de l’opération emblématique dite « de la Bourse » débutée en 1967. Le reste des vestiges de la cité phocéenne se trouve toujours sous les constructions actuelles dans des conditions de conservation aléatoires et parfois, sans doute, déjà largement détruits, sans que nous le sachions29.
Malgré tout, et tant s’en faut, tous les sites ne sont pas fouillés : par choix scientifiques, et c’est le difficile rôle des CRA, épaulés par les CTRA30, mais aussi, encore parfois, par ignorance de projets potentiellement destructeurs. En fait, il s’agit d’un subtil équilibre entre nos exigences scientifiques, parfaitement légitimes – cela va de soi ! – et la capacité pour la société d’en supporter les contraintes et le coût. Les statistiques établies en 2013 sur l’impact des opérations archéologiques montraient que seulement 6 % des dossiers arrivant dans les Drac donnait lieu à un diagnostic archéologique et que, in fine, 1,5 % d’entre eux générait une fouille. Un coût de l’archéologie qui avait alors été évalué à 3 euros par français et par an, mais qui était en très grande partie supporté par les aménageurs. Des chiffres qui commencent certes à dater, mais qui ne paraissent pas avoir beaucoup varié. Chiffres qu’il faut rapporter à une adhésion assez étonnante et massive de la population à nos activités. Un sondage Ipsos de 2010 montrait que si 43 % des sondés étaient intéressés par l’histoire, ils étaient 86 % à estimer l’archéologie « utile, voire très utile ». Syndrome d’Indiana Jones, des pyramides ou encore des trésors ? Ce n’est pas certain, lorsque l’on voit l’affluence lors des opérations « portes ouvertes » sur les chantiers de fouilles et l’engouement pour les manifestations des Journées européennes de l’archéologie31. Par ailleurs, les aménageurs, de plus en plus sensibilisés, adhérent à l’archéologie beaucoup plus volontiers aujourd’hui, en particulier au nom du respect du principe de la responsabilité sociale des entreprises32.
À l’origine, l’étude des périodes récentes a été souvent plus opportuniste que volontariste33. Pouvait-on faire l’impasse sur des vestiges d’époque moderne qu’il fallait détruire pour atteindre les périodes plus anciennes ? Peut-être que non34. L’intérêt, et bien souvent l’importance des résultats obtenus par ces investigations sont apparus rapidement à l’ensemble de la communauté archéologique et ne sont plus à prouver aujourd’hui35 même si, comme le constataient il y a dix ans encore les auteurs d’un article collectif : « Il semble que le dynamisme indéniable de ses champs de recherche et de ses acteurs est lié au retard à rattraper et aux acquis encore fragiles à consolider »36. La piste était ouverte et aujourd’hui, on évoque et on s’intéresse même à une archéologie du « passé contemporain » et, afin de mieux pouvoir diffuser les résultats de ces recherches et les réflexions qui en découlent, en janvier 2016 a été créée l’Association Française de Recherche en Archéologie Contemporaine (AFRAC)37.
C’est dans ce contexte d’une prise de conscience de l’intérêt d’une archéologie des périodes récentes qu’en 2010 un conservateur régional de l’Archéologie (CRA), Édouard Jacquot, sera nommé à la Drac de La Réunion et recevra le renfort d’un Ingénieur d’étude, Georges Lemaire, en 201338. Pour ma part, profitant de mon passage à La Réunion, j’avais travaillé avec Marc Nouschi, alors Drac, pour que l’Inrap39 soit présent de façon pérenne dans l’île, contribuant ainsi à renforcer les capacités d’intervention du service régional de l’Archéologie. Une mise en place concrétisée en 2016 par mon successeur à la présidence, peu après mon départ, avec la création du poste de référent océan Indien et le recrutement de Thierry Cornec, qui laisse alors son poste de directeur adjoint scientifique et technique en Guyane pour rejoindre La Réunion.
À ce stade, certains pourraient être conduits à s’interroger : « Pourquoi déployer tant d’efforts ? ». On nous pose d’ailleurs souvent la question encore plus crûment : « à quoi sert l’archéologie ? »40. Y répondre n’est pas un exercice facile, tant est diverse notre discipline et riches ses apports à la connaissance. L’archéologie nous révèle des faits que nous ignorions et, qu’en conséquence, nous ne cherchions pas ! Mais ne sommes-nous pas justement formés à déceler et à interpréter ? Bien sûr, l’archéologie peut aussi conforter une hypothèse, compléter un corpus ou corroborer un texte. Mais bien souvent, elle nous amène dans des territoires inconnus car, comme le disait si bien ce grand historien du monde antique qu’était Paul Veyne : « Quand on ne sait pas ce qu’on ne sait pas, on ne sait pas qu’on ne le sait pas ». Ce disant, je pense à l’archéologie préventive mais aussi à l’archéologie programmée car ces deux modalités (en partie administratives) d’exhumation des archives du sous-sol sont indissociables, à ceci près que l’archéologie préventive est un exercice impérieux de sauvegarde contraint par la destruction programmée de vestiges, tandis que l’archéologie programmée est une démarche de recherche qui a pour elle le choix du site et la durée.
À la question « à quoi sert l’archéologie », on pourrait fort bien répondre, sans aucun esprit de provocation : « à rien ! ». À rien, car la connaissance est une fin en soi qui n’a d’autre légitimité qu’elle-même. De tout temps, l’Homme n’a-t-il pas éprouvé le besoin de comprendre le monde qui l’environne et de connaître son histoire sans que cette démarche n’exige d’autre justification ? Donc, pour répondre positivement à cette question de l’utilité de notre discipline, il suffit peut-être simplement de montrer comment nous répondons à la curiosité et à la soif de connaissance inhérente à l’Homme, par la diversité et la qualité des informations obtenues.
Mais à ce stade il faut savoir rester modeste et surtout, comme tout chercheur, être prudent car il est des sujets, des thèmes, plus délicats et plus sensibles que d’autres, sociétaux en particulier : migrations, peuplement, esclavage, massacres, conditions de vie, de travail, religion… C’est alors une évidence que nous devons redoubler de vigilance et être particulièrement attentifs à respecter scrupuleusement la plus grande neutralité et objectivité possible car nous savons combien, même si le temps a passé, certaines cicatrices sont encore à vif et combien il reste difficile d’être lucide et rigoureux, quand l’indignation, la colère, la peine pourraient conduire à bien des excès. Face à nos sources d’information, il convient donc de prendre de la distance et ne pas leur faire dire ce qu’elles ne permettent pas d’attester. Paraphrasant Pierre Bourdieu, il est certain « que le dessein de l’archéologue (il parlait bien entendu ici du sociologue) n’est pas de juger, mais de comprendre ».
Nous sommes bien entendu conscients que la compréhension et l’interprétation des faits observés peuvent quelquefois s’aventurer trop loin, parfois être orientées et même pire, plus rarement, dévoyées au nom d’idéologies contestables. Mais la prise de conscience de ce risque par l’ensemble de la communauté scientifique n’est-elle pas déjà, en grande partie, un gage d’objectivité, de prudence et d’honnêteté des chercheurs ?41
La démonstration est aujourd’hui faite que la présence d’archéologues était nécessaire et « qu’il y avait à trouver » dans de multiples domaines, à La Réunion comme partout dans l’océan Indien. Même dans des domaines qui paraissaient pourtant bien balisés, comme les pratiques « industrielles » ou encore l’étude de la complexe question de l’esclavage.
L’apparition de « l’archéologie industrielle42 » n’était ni simple, ni évidente. Ainsi, lors du colloque organisé au début des années 1990 avec l’ethnologue départemental des Alpes de Haute-Provence, intitulé Faïence et archéologie43, j’avais dû justifier l’intervention des archéologues dans ce qui était souvent considéré comme une chasse gardée des historiens de l’art et surtout, pire encore, des collectionneurs qui n’hésitaient pas, pour les moins scrupuleux, à creuser dans les zones de rebuts d’ateliers abandonnés, à la recherche de belles pièces, sans aucune observation scientifique, pourtant indispensable pour comprendre gestes techniques, organisation de la fabrication, et même avoir une vision exhaustive des productions. Ces derniers ne voyaient pas notre « intrusion » d’un très bon œil, subodorant probablement un tarissement de leur approvisionnement, à bon compte, en pièces intéressantes. Il en allait de même pour les collectionneurs de minéraux qui n’acceptaient pas davantage que leurs investigations dans les mines et leurs prélèvements sauvages de minéraux (retrouvés bien souvent en vente dans les bourses du même nom), au mépris du respect des vestiges, souvent détruits accidentellement par ignorance, parfois par bêtise, et pour certains prélevés pour être vendus eux aussi, puissent être contrariés et freinés par l’archéologie, contestant toujours, selon une vision désormais dépassée, que les mines, beaucoup trop « récentes » à leurs yeux, puissent entrer dans notre champ de compétence44.
En 1989, Denis Woronoff avait tenté une rapide synthèse sur l’archéologie industrielle encore à ses balbutiements45. Cet article ne parle pratiquement pas de fouilles archéologiques proprement dites. Il faut certainement y voir l’état d’avancement de la recherche et des méthodes déployées dans ce domaine durant les années 1980 mais aussi, là encore, une grande « frilosité » de la part des archéologues devant ces périodes (trop ?) proches de nous. L’archéologie industrielle est pourtant d’un intérêt certain puisqu’il s’agit de l’étude précise d’une activité d’extraction et/ou de fabrication dans un site donné. Une recherche de terrain attentive aux relations entre un espace et un travail. L’archéologie industrielle ne se définit d’ailleurs pas par un type de source ou de méthode mais par un croisement de celles-ci46. En effet l’interprétation des textes, abondants pour ces périodes, peut bien souvent, si elle n’est pas confrontée à la mémoire du sol, à la réalité du terrain, être source d’erreurs ou pour le moins d’approximations. Denis Woronoff de citer47 une expérience rapportée par Jean-Marie Pérouse de Montclos48, qui fut tentée par la sous-direction des Monuments Historiques du ministère de la Culture : « On a lu à un spécialiste la description détaillée d’un établissement pour qu’il en fournisse le plan connu par ailleurs. Le résultat n’était guère proche de la réalité. Il manquait trop de paramètres ! ». C’est en particulier en raison de cette réalité, de cette évidence, qui révèle une véritable nécessité scientifique, que les recherches en archéologie industrielle se développent aujourd’hui partout et dans de multiples domaines. L’article de Frédéric Gerber publié dans cet ouvrage, Archéologie ferroviaire mascarine : escale historico-sociologique autour des chemins de fer réunionnais, en est une excellente illustration qui montre bien le potentiel et tout l’intérêt d’une telle démarche. L’auteur, convaincu de cette nécessité, n’a d’ailleurs pas hésité à publier un plaidoyer pour ce type de recherches49.
L’archéologie industrielle éclaire l’histoire du travail en situant les techniques mises en œuvre dans un cadre précis de fonctionnement. Elle peut témoigner de la coexistence parfois durable, mais aussi de l’enchevêtrement, de techniques d’époques différentes. Elle permet également, par les études d’aires géographiques larges, de définir ou de clarifier les notions d’aires techniques régionales qui, comme le constate à juste titre Denis Woronoff, semblent, tard dans le XIXe siècle, avoir eu une certaine pertinence. Elle peut aussi éclairer bien des aspects des conditions de travail et parfois de vie des ouvriers ou, ici à La Réunion, des esclaves ou bien encore des « travailleurs engagés »50. Enfin, elle dévoile des aménagements opportunistes, des bricolages, des solutions de fortune, des astuces… Loin des clichés académiques et des ouvrages théoriques, elle nous fait toucher du doigt la réalité quotidienne des activités mais, aussi et surtout, une part d’humanité, ce qui est la finalité même de l’archéologie.
Saint-Philippe, fouille du Puits des Anglais 2020, mur parcellaire en cours de fouille
(Photo P. Ernaux, Inrap)
C’est aussi cette part d’humanité que nous recherchons à travers les témoignages archéologiques liés à l’esclavage : travail, conditions de vie et parfois de survie lors du marronnage… L’Inrap, en collaboration avec le ministère de la Culture et le comité pour l’histoire et la mémoire de l’esclavage, saisissant l’opportunité de l’Année des Outremers, avait fait, dans le cadre d’un colloque international tenu des 9 au 11 mai 2012 au musée du Quai Branly-Jacques Chirac, un premier point sur l’état des recherches archéologiques dans ce domaine51.
Nous n’ignorons rien du traumatisme, encore vivant aujourd’hui, occasionné par ces terribles pratiques qu’ont été la traite négrière et l’esclavage, mais nous avons aussi conscience de l’aspect passionné et passionnel qui les entoure. Dans de telles conditions, comment éviter que ne fleurissent les clichés susceptibles d’entacher l’analyse historique ? Comment éviter récupération et instrumentalisation ? Comment la douloureuse et si proche question de la déportation et de la mise en servitude de centaines de milliers d’Africains pourrait-elle ne pas échauffer les esprits aujourd’hui alors que, déjà à son époque, elle mobilisait et parfois opposait de grandes consciences : Montesquieu, Tocqueville, Lamartine et Kant, pour n’en citer que quelques-unes … Force est de constater que, malgré l’ampleur du phénomène marquant à tout jamais nombre de pays dans la composition de leurs populations et malgré l’énormité des questions éthiques soulevées, la prise en compte par les chercheurs, et tout particulièrement par les archéologues, a été très lente à émerger. Par peur de raviver un douloureux passé ? Par honte ? Par confort intellectuel ?52.
Il convient dès lors que les archéologues contribuent, eux aussi, à rechercher les informations nécessaires pour obtenir une vision, la plus claire possible, de ce morceau de l’histoire de l’humanité. Alors que les textes de l’époque émanant essentiellement des maîtres, de leurs séides, de l’administration ou encore des commerçants ne traitent majoritairement que de chasse aux fugitifs, de questions juridiques ou encore économiques, ils ne disent rien sur le quotidien des esclaves. Il est vrai que
L’histoire de l’esclavage est une histoire sans archives… Dans les îles où s’empanache la canne à sucre, les geôles sont muettes et muets les habitants. Le cri éperdu s’est perdu sous les cocotiers. On n’a retrouvé que les papiers du maître. L’écritoire de l’historien pend, inutile, devant un peuple d’orphelins…53.
Aussi, l’archéologue par son observation rationnelle et sans a priori des faits, introduit ou pour le moins tente aujourd’hui d’introduire une forme d’objectivité, en interrogeant les archives matérielles conservées dans les strates du sol ou celles encore visibles dans les bâtiments en élévation. Ainsi, ces archives redonnent la parole à ceux qui n’en avaient pas d’écrites, aux esclaves et aux marrons comme l’illustrent, chacune à leur façon, deux intervenantes au colloque de 2012 : Françoise Vergès en soulignant que « l’archéologie exhume la vérité, particulièrement adaptée au sujet (…). En creusant le sol pour faire apparaître les traces matérielles de la vie des esclaves, l’archéologie rend visible leur invisibilité »,54 et Alissandra Cummins en parlant aussi de « rendre visible l’invisible »55. La grande discrétion de ces vestiges particulièrement ténus, qui rend leur lecture si délicate, est bien mise en évidence dans l’article de Marine Ferrandis publié dans ce volume ou encore par les travaux d’Anne-Laure Dijoux sur la Vallée secrète56 découverte dans les falaises du cirque de Cilaos57. Des avancées notoires ont déjà été obtenues que d’autres, et c’est une certitude, ne manqueront pas de poursuivre : elles contribueront à mieux éclairer cette période et ces pratiques, comme à constituer une mémoire plus juste et peut-être plus apaisée.
C’est ainsi que l’application par les services de l’État de la législation en matière de prise en compte du patrimoine archéologique, et la présence d’archéologues professionnels formés aux techniques de l’archéologie préventive et à l’étude des périodes récentes, a rapidement et brillamment porté ses fruits à La Réunion, avec la création du service régional de l’Archéologie (SRA) en 2010, mais également à Mayotte et dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF)58. Cependant, loin de moi l’idée de minimiser le rôle précurseur et important des bénévoles qui, avant la mise en place du service régional de l’Archéologie, tenteront des approches archéologiques, parfois aidés par des universitaires insulaires ou métropolitains. C’est à l’aube des années 2000 que la discipline se développe réellement à La Réunion grâce aux travaux d’associations telles la Confrérie des gens de la mer pour le domaine sous-marin, et le Groupe de recherches sur l’archéologie et l’histoire de la terre réunionnaise (GRAHTER) pour le domaine terrestre. L’ouvrage de Manuel Gutierrez, Maître de conférences à l’université de Paris 1, Recherches archéologiques à La Réunion59, retrace bien toute une partie de cette aventure pionnière, également rappelée dans la préface par Marc Kichenapanaïdou, Président du GRAHTER, qui souligne tout le travail accompli depuis des années. On pourrait aussi parler des recherches conduites dans le cirque de Mafate par l’association Nature, Découverte et Partage. À l’occasion de l’étude des dernières colonies de pétrels de Barau, les membres de l’association ayant remarqué des aménagements anthropiques en blocs de lave, des traces d’occupations de cavités ainsi que des gravures avaient souhaité l’aide d’une enseignante, Nathalie Borgnino, formée en archéologie sud-américaine, afin d’en esquisser une étude cohérente60. Des implications capitales qui ont contribué à mettre en exergue le potentiel archéologique de l’île61 et à convaincre de la nécessité d’une présence archéologique régionale structurée, d’ailleurs très largement souhaitée. Du 24 mai au 3 juin 2002, une mission d’inspection du patrimoine (archéologie) avait été réalisée par Jacques Tarrête, « À la suite de demandes réitérées de la direction des Affaires Culturelles, relayées par le secrétariat d’État à l’Outremer ». Son objectif était « … au regard du travail engagé par le service patrimonial de la DRAC et des missions accomplies, d’évaluer la nécessité et l’urgence du renforcement de ce secteur, notamment par l’adjonction éventuelle d’un spécialiste en archéologie »62. Une décision tardant à être prise, en 2009 la sénatrice réunionnaise PCR, Gélita Hoareau, posait en séance une question orale au ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, pour insister de nouveau sur la nécessité de l’implantation d’un SRA dans l’île63.
Rançon du succès ? Volonté de ne plus accumuler les retards ? Prise de conscience de l’intérêt de telles recherches ? Peut-être tout à la fois. Très vite, il a été demandé au service régional de l’Archéologie, dans le cadre de conventions renouvelées en 2016, d’intervenir à Mayotte occupée bien plus anciennement que La Réunion – comme en témoignent ici les articles de Martial Pauly et de Michaël Tournadre – et devenue en 2011 le 101e département français64, mais aussi, et c’est bien là un signe de l’intérêt pour l’archéologie des périodes récentes, dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), plus connues des philatélistes par les rares courriers de la Compagnie des Isles Kerguelen des frères Bossières65, que des archéologues. Les îles Éparses, rattachées aux TAAF en 200766 livrent, elles aussi, des informations archéologiques souvent sous-marines en raison de multiples naufrages. C’est en particulier sur l’îlot de Tromelin que seront identifiées puis fouillées les traces de la terrible aventure des esclaves abandonnés là, à la suite du naufrage en 1761 d’un navire négrier clandestin67.
Sensible à cette présence d’archéologues confirmés dans l’océan Indien et, il faut l’admettre modestement au savoir-faire français en la matière, certains pays tel les Comores ont souhaité que le SRA puisse pratiquer des expertises et intervenir dans le cadre de collaborations internationales68.
Ici, comme dans l’Hexagone, la question récurrente du stockage et de la conservation des artéfacts découverts s’est trouvée rapidement posée. Elle est en passe d’être résolue à La Réunion avec la construction d’un centre de conservation et d’étude (CCE) à Saint-Denis69. Financé par l’État, ce lieu permettra aux chercheurs et aux étudiants de travailler dans de bonnes conditions sur le mobilier archéologique découvert et conservé ici. Il s’agit d’un outil indispensable à une recherche évolutive et de qualité mais aussi à la formation des étudiants, voire à l’information des collégiens et des lycéens70. En ce qui concerne Mayotte, les pièces archéologiques sont conservées dans un dépôt de l’État au MuMa, le musée de Mayotte. Quant aux objets récoltés lors des travaux dans les TAAF, actuellement conservés en divers lieux, dont le centre de stockage provisoire de la Providence à Saint-Denis, ils intégreront le futur CCE.
Si le savoir-faire archéologique est aujourd’hui bien là, il s’agit aussi de développer le faire-savoir auprès des Réunionnais et Mahorais, jeunes et adultes, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté scientifique. Conscient de la nécessité de répondre à cette demande unanime et légitime, et d’appliquer ainsi ce qui pourrait être notre devise : « Bien faire et le faire savoir », le service régional de l’Archéologie s’est rapidement attelé à cette tâche primordiale qui, comme nous l’avons vu, justifie en grande partie notre action et l’existence de notre discipline71.
C’est ainsi que quatre volumes du Bilan scientifique du service régional de l’Archéologie sont déjà parus, qui font état de l’ensemble des recherches en cours ou achevées ainsi que des premiers résultats acquis depuis la mise en place du service72 jusqu’à la fin de l’année 2022. Ce sont 124 opérations archéologiques qui y sont décrites, révélant un patrimoine riche, polymorphe, parfois inédit et rare, telle l’étude, grâce au croisement des informations obtenues par le LiDAR, le dépouillement des archives et la fouille archéologique, du bagne d’enfants de l’Îlet à Guillaume dans les hauts de Saint-Denis, une étude pionnière73. On ne peut que se féliciter de ces parutions régulières et consistantes, tant elles sont importantes pour les chercheurs, les étudiants, les érudits et, tout simplement, les curieux du passé des terres françaises de l’océan Indien.
Afin de toucher un plus large public, l’Académie de l’île de La Réunion publie également chaque année depuis 2018 dans son bulletin annuel un bilan archéologique synthétique de l’année précédente74.
À l’heure des nouvelles technologies, il convenait aussi de donner la meilleure information possible sur ce patrimoine archéologique et la rendre facilement accessible à un large public, y compris international. C’est ainsi que, dans le cadre de la collection « Grands sites archéologiques » du ministère de la Culture, fut ouvert : « Hémisphère sud. Archéologie dans l’océan Indien » où sont déjà présentés plus de 70 sites de La Réunion, en français mais aussi en anglais75.
Par ailleurs, une collaboration entre la Dac de La Réunion et l’Inrap a permis d’accueillir sur l’île, à ce jour, trois « Archéocapsules ». Il s’agit d’expositions thématiques, légères et itinérantes, conçues et produites par l’Inrap pour partager avec le public la modernité de l’archéologie. Ont été sélectionnés les thèmes « archéologie de l’esclavage colonial », « archéologie des migrations », particulièrement pertinents pour La Réunion, ainsi qu’« archéologie des sexes ». Ces expositions circulent dans l’île depuis 2021, notamment dans les médiathèques et les établissements scolaires76.
Il y a aussi, bien entendu, les nombreux articles déjà publiés par les chercheurs dans diverses revues et actes de colloques, qui témoignent, eux aussi, du dynamisme de la recherche dans l’océan Indien et de l’intérêt des résultats acquis. Une bibliographie aussi exhaustive que possible figure d’ailleurs dans cet ouvrage qui constitue un excellent point de départ pour les chercheurs77.
Enfin, la Commission Territoriale de la Recherche Archéologique Outre-mer (CTRA OM)78, au regard de l’intérêt certain de ces recherches, a souhaité qu’une partie de celles dont les résultats ont déjà été validés, soit rapidement rassemblée et publiée en commun dans une revue scientifique régionale reconnue et de qualité, accessible aussi bien dans l’Hexagone qu’à l’international. Il faut remercier ici les responsables de la revue Tsingy : Sciences Humaines Sud-Ouest de l’océan Indien, d’avoir confraternellement accepté de publier ces deux numéros entièrement consacrés à l’archéologie française dans l’océan Indien et essentiellement, dans ce cas, à La Réunion. Puisse cette publication contribuer encore davantage au renforcement de la collaboration internationale dans cette zone et permettre ainsi d’en affiner et d’en parfaire la connaissance historique en s’appuyant aussi (pour ne pas dire enfin !) sur les sources archéologiques. Souhaitons que cette première ne soit bien qu’une première et que, pour cela, les moyens humains et matériels nécessaires soient accordés à la DAC de La Réunion.
Voilà, en définitive, une histoire de l’archéologie de l’île et plus largement de l’océan Indien qui est, avec un décalage chronologique, le reflet de l’archéologie de l’Hexagone, avec ses a priori, ses hésitations, ses mutations et ses choix, peut-être exacerbés par la distance. Mais elle révèle aussi et peut-être surtout, une implication tout aussi totale et sincère des femmes et des hommes au service de la reconnaissance et de la connaissance d’un riche et passionnant passé, sur lequel il y a encore tant à apprendre.
Si l’archéologie peut être aujourd’hui un puissant outil qui éclaire le citoyen sur les choix politiques, comme, pour faire écho à l’actualité, ceux en matière environnementale79, elle est aussi et surtout un formidable outil pour mieux comprendre l’Homme avec ses forces et ses faiblesses, ainsi que la fragilité, parfois même peut-être la vacuité, de nos civilisations. Puissent les chercheurs profiter utilement des résultats publiés ici pour étayer et développer leurs travaux et puisse aussi chacun tirer le meilleur parti de toutes ces expériences passées, et pourtant souvent si actuelles, pour éclairer ses choix, car n’est-il pas vrai qu’« Il vaut mieux voir, il vaut mieux savoir, il vaut mieux apprendre que de se complaire dans l’expectative, dans la réserve… »80.
Ce fut un honneur et aussi un véritable plaisir pour moi81 que de contribuer, de manière d’ailleurs fort modeste, à la mise à disposition de tous ces acquis, souvent si nouveaux et originaux, en préfaçant cet ouvrage de qualité et en participant à son comité de lecture. Un grand merci et sincères félicitations à toutes et à tous les acteurs de cette nécessaire, utile et belle aventure. Félicitations toutes particulières à Virginie Motte, conservatrice régionale de l’Archéologie à la DAC de La Réunion de 2017 à 2024. Elle a été l’animatrice et l’âme de ce travail, sans oublier son prédécesseur, Édouard Jacquot, le premier CRA de La Réunion (2010-2017) qui s’est tant démené pour que nous en arrivions là. Il y a cru, lui aussi…

