Abstracts

L’objectif de cet article est de situer l’expansion de la franc-maçonnerie au Mozambique dans le contexte de la politique coloniale portugaise à la fin du XIXe siècle et des réformes qui y ont été introduites après l’établissement de la République, suite à la Révolution du 5 octobre 1910. La franc-maçonnerie portugaise a eu une forte présence dans les colonies africaines, en lien avec l’effort de colonisation de ces territoires. Cette expansion s’est accentuée après 1900, dans les dernières décennies de la monarchie, à la suite de l’ultimatum britannique de 1890 qui a forcé la cession de vastes zones situées entre l’Angola et le Mozambique comprenant les actuelles Zambie, Rhodésie et Malawi. Un sentiment nationaliste élevé est alors né, alimenté par la classe moyenne et par le Parti Républicain Portugais. Il a imprégné l’opinion publique dans la métropole, obligeant les gouvernements à promouvoir le développement colonial. Tout cet effort de colonisation a coûté cher au Portugal et a provoqué des tensions sociales dans la métropole, ce qui a conduit à la chute de la monarchie, après la révolution républicaine du 5 octobre 1910. Si le nouveau régime n’a pas apporté de changements substantiels aux statuts des colonies, il a introduit de profondes réformes dans l’administration coloniale, dans le but de favoriser le développement de ces territoires. Ces réformes ont été influencées par les études et par les débats au sein du Conseil de l’Ordre du Grande Oriente Lusitano Unido (GOLU), qui était la plus importante obédience au Portugal, par le nombre de loges comme par l’implication de plusieurs de ses membres dans la direction des colonies. Dans ce contexte, l’implantation des loges au Mozambique eut lieu principalement entre 1900 et 1916, à Lourenço Marques, à Beira, à Quelimane, à Inhambane et à Xai-Xai. Les Loges Cruzeiro do Sul et 1º de Janeiro, à Lourenço Marques, se distinguèrent par le nombre de leurs membres et par leur rayonnement, à l’instar des vénérables maîtres José da Costa Fialho et Francisco Roque de Aguiar. D’après les tableaux de loges des archives du Grande Oriente Lusitano, on peut constater une forte présence de fonctionnaires de l’administration coloniale portugaise dans les principales loges mozambicaines qui travaillaient toutes au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), ce qui donna une forte résonnance à la scission survenue au sein du GOLU en 1914 au sein du Suprême Conseil. Ces loges ont aussi participé à des actes de résistance républicaine, de même qu’à des institutions de solidarité, notamment dans le domaine de l’éducation. Les écoles fondées par la Loge 1º Janeiro ayant joué ainsi un rôle fondamental dans l’émergence d’une classe cultivée de métis qui intégra l’administration coloniale. Enfin, la vie des loges dans cette colonie est marquée par la construction du Palais Maçonnique de Lourenço Marques en 1931, à un moment où tout présageait pourtant un avenir désastreux pour la franc-maçonnerie portugaise, ce qui se concrétisa avec la loi Cabral qui interdit la franc-maçonnerie en 1935. Après l’entrée en vigueur de cette loi, ces loges ont gardé leur activité clandestine, transférant cependant progressivement leur activité vers les institutions de solidarité qu’elles avaient fondées, notamment l’Associação dos Velhos Colonos.

The objective of this article is to situate the expansion of Freemasonry in Mozambique in the context of Portuguese colonial policy at the end of the 19th century and the reforms that were introduced there after the establishment of the Republic, following to the Revolution of October 5, 1910. Portuguese Freemasonry had a strong presence in the African colonies, in connection with the effort to colonize these territories. This expansion was accentuated after 1900, at the end of the monarchy, following the British ultimatum of 1890 which forced the cession of vast areas located between Angola and Mozambique including present-day Zambia, Rhodesia and Malawi. A high nationalism was then born, fueled by the middle class and by the Portuguese Republican Party. It permeated public opinion in the metropolis, forcing governments to promote colonial development. All this colonization effort cost Portugal dearly and caused social tensions in Lisbonne, which led to the fall of the monarchy, after the republican revolution of October 5, 1910. If the new regime did not bring substantial changes to the statutes of the colonies, profound reforms in the colonial administration where introduced, with the aim of promoting the development of these colonial territories. These reforms were influenced by studies and debates in the council of the Order of the Grand Oriente Lusitano Unido (GOLU), which was the most important obedience in Portugal, by the number of lodges and by the involvement of several of its members in the direction of the colonies. In this context, the establishment of lodges in Mozambique took place mainly between 1900 and 1916, in Lourenço Marques, Beira, Quelimane, Inhambane and Xai-Xai. The Cruzeiro do Sul and 1º de Janeiro Lodges in Lourenço Marques were distinguished by their number of members and their influence, like their worshipful masters José da Costa Fialho and Francisco Roque de Aguiar. According with the exploitation of the archives of the Grande Oriente Lusitano, there is a strong presence of officials of the Portuguese colonial administration in the main Mozambican lodges who all worked in the Ancient and Accepted Scottish Rite (AASR), which gave strong resonance to the split within the GOLU in 1914 within the Supreme Council. These lodges also participated in acts of republican resistance, as well as in institutions of solidarity, especially in the domain of education. The schools founded by Lodge 1º Janeiro thus played a fundamental role in the emergence of a cultured class of half-breeds that integrated colonial administration. Finally, the life of the lodges in this colony was marked by the construction of the Masonic Palace of Lourenço Marques in 1931, at a time when everything augured well for a disastrous future for Portuguese Freemasonry, which materialized with the Cabral Law which prohibited Freemasonry-masonry in 1935. After the entry into force of this law, these lodges kept their clandestine activity, however gradually transferring their activity to the institutions of solidarity they had founded, notably the Associação dos Velhos Colonos.

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L’objectif de cet article est de resituer le contexte de l’expansion de la franc-maçonnerie au Mozambique à la fin du XIXe siècle et son évolution face aux réformes qui y ont été introduites après l’établissement de la République, qui fait suite à la Révolution du 5 octobre 1910. Ces réformes ont d’ailleurs été influencées par des études et des débats promus par le Conseil de l’Ordre du Grande Oriente Lusitano Unido (GOLU), qui était la plus importante Obédience maçonnique au Portugal par le nombre de Loges et de membres, souvent fortement impliqués dans la politique coloniale.

Dans une colonie ayant généré une société coloniale aux caractéristiques multiculturelles et multiethniques particulières et dans laquelle une forte influence britannique a toujours prévalu, la séquence d’implantation des Loges au Mozambique s’est aussi déroulée en lien avec le développement des principaux centres urbains, ce qui a profondément marqué la composition sociologique des ateliers. On doit aussi tenir compte du fait que les principales Loges mozambicaines pratiquaient toutes le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA). Cela implique de porter une attention particulière à la scission provoquée au sein du GOLU en 1914 par le Suprême Conseil de ce Rite. Elle a eu en effet un très fort impact sur la franc-maçonnerie de la colonie, entrainant des tensions entre les loges qui se rallient au Grémio Luso-Escocês et celles restées dans l’Obédience1.

Localisation des loges du Mozambique

Localisation des loges du Mozambique

Il convient enfin d’étudier les aspects qui rattachent l’histoire de ces Loges aux initiatives de résistance républicaine, dans un contexte où l’on notera cependant que l’antimaçonnisme d’État instauré avec l’avènement de la Dictature militaire, en 1926, était beaucoup moins agressif à Mozambique que dans la métropole. Cette situation était due en partie à la reconnaissance dont bénéficiaient les principales figures maçonniques dans la société mozambicaine en raison de leur action philanthropique. Les ateliers avaient été à l’origine de la fondation de nombreuses institutions de solidarité, notamment dans le domaine de l’éducation. En croisant les noms des membres des loges avec les annuaires de la colonie du Mozambique, il est d’ailleurs possible de voir l’énorme implication des ateliers dans le mouvement associatif mozambicain, notamment dans le Centre Républicain et dans la presse.

Enfin, il est impossible de ne pas finir ce tableau sans évoquer le gigantisme de la construction du Palais Maçonnique de Lourenço Marques, pourtant entrepris à une époque où tout présageait un avenir désastreux pour la franc-maçonnerie portugaise, ce qui s’est concrétisé dans le vote de la loi Cabral, qui l’a interdite en 1935.

Le contexte des colonies portugaises au XIXe siècle

La franc-maçonnerie portugaise a eu une forte présence dans les colonies africaines, qui a accompagné l’effort de colonisation de ces territoires. Cette expansion s’est accentuée après 1900, dans les dernières décennies de la monarchie, à la suite de l’ultimatum britannique de 1890 qui a forcé la cession de vastes zones situées entre l’Angola et le Mozambique comprenant les actuelles Zambie, Rhodésie et Malawi. Un sentiment nationaliste élevé est alors né, alimenté par la classe moyenne et par le Parti Républicain Portugais, qui a imprégné l’opinion publique dans la métropole, obligeant les gouvernements à promouvoir le développement colonial2. Cependant, malgré la volonté politique, l’exploitation des richesses coloniales africaines a été difficile. Dans ces territoires, jusqu’à l’abolition complète de l’esclavage en 1869, la principale source de revenus de l’État provenait de l’impôt prélevé sur la traite négrière. À ce titre, il n’y avait ni infrastructures ni moyens de communication, indispensables à tout type de développement économique. De plus, les liaisons maritimes entre le Portugal et ces colonies étaient insuffisantes. Ces faiblesses ont cependant été surmontées par l’alliance de la grande bourgeoisie rurale et commerciale nationale avec le capital étranger.

Le gouvernement portugais avait déjà subventionné, depuis 1864, une compagnie maritime anglaise, qui établissait une route maritime entre Lisbonne et les colonies ouest-africaines. Plus tard, dans les années 1890, d’autres compagnies anglaises et allemandes furent subventionnées, qui firent escale à Lisbonne et au Mozambique, en passant par l’Angola et le Cap. Simultanément, de grands projets d’ingénierie ont été lancés, visant principalement la construction de ports et de lignes de chemin de fer, financés non seulement par des capitaux portugais, mais principalement par des investissements anglais. C’est la paysannerie portugaise, qui vivait dans des conditions misérables, qui fut employée pour le développement des colonies, dont les principaux bénéficiaires furent les milieux capitalistes étrangers auxquels la grande bourgeoisie nationale était associée3.

Si à Sao Tomé et Príncipe la majorité des propriétaires terriens étaient portugais, ce n’était pas le cas au Mozambique et en Angola. Au Mozambique, des concessions ont été accordées à des entreprises qui, dans la plupart des cas, étaient à capitaux étrangers. La plus importante de ces sociétés, la Companhia de Moçambique, a été créée en 1888 et appartenait principalement à des intérêts anglais et français. Elle disposait d’une autorité administrative et policière, percevait des impôts et des droits de douane et détenait un monopole fiscal sur une superficie de 140 000 kilomètres carrés. Mais, dans le budget général de l’État portugais, jusqu’au début du XXe siècle, la colonie était en déficit. Cette situation ne s’est inversée que lorsque la main-d’œuvre africaine a commencé à être exportée vers le Transvaal et l’Afrique du Sud, et que ces colonies britanniques ont commencé à utiliser les ports et les chemins de fer mozambicains4.

Dans les dernières décennies du XIXe siècle, la conjoncture internationale était devenue défavorable au colonialisme africain portugais. En effet, dans les années 1870, la lutte entre les grandes puissances européennes, toutes dotées d’un degré d’industrialisation bien plus élevé que le Portugal, s’est prolongée au continent africain. À cette époque, l’Angleterre a adopté un plan expansionniste, que la France et la Prusse, affaiblies par la guerre de 1870 et les bouleversements sociaux qui ont suivi, ont essayé d’accompagner. Ainsi, sous l’égide du roi Léopold II de Belgique, une conférence internationale a eu lieu à Bruxelles en 1876, connue sous le nom de Conférence Géographique, à laquelle le Portugal n’a pas été invité. De cette façon, les prétentions coloniales portugaises ont été délibérément ignorées, car ses territoires africains devaient servir de monnaie d’échange entre les grandes puissances. À cette époque également, une intense campagne internationale contre le régime du travail indigène suivie dans les possessions portugaises (en particulier à S. Tomé, en Angola et au Mozambique) s’est développée, essentiellement en Grande-Bretagne, en Allemagne et aux États-Unis. Le Portugal a été accusé de maintenir un régime quasi esclavagiste dans ses colonies, en contradiction avec la mission civilisatrice de l’Europe. Ces accusations sont vraies, mais derrière elles se trouvaient également des intérêts commerciaux britanniques5. Un jeu complexe de pressions et de négociations a abouti à des traités successifs, qui tour à tour attribuaient des avantages et des désavantages au Portugal, cette diplomatie ayant culminé avec l’ultimatum anglais du 11 janvier 1890, auquel le gouvernement portugais a été contraint de céder, bien qu’il ait tenté d’obtenir l’aide de l’Allemagne et de la France. Même si le traité de 1891, conclu avec la Grande-Bretagne, a reconnu la souveraineté portugaise sur l’Angola et le Mozambique, l’avidité de l’Angleterre et de l’Allemagne sur ces territoires dura jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale.

L’assujettissement de quelques tribus indigènes a également entrainé de grandes campagnes militaires et d’énormes dépenses, ce qui a encore affaibli la fragile économie du pays. Tout cet effort de colonisation a coûté très cher au Portugal et a fini par générer d’énormes tensions sociales dans la métropole, ce qui a finalement conduit à la chute de la monarchie, suite à la révolution républicaine du 5 octobre 1910. Le budget global d’outre-mer pour 1909-1910 a montré une perte de 2 000 contos, à un moment où les effets de la crise économique et financière internationale des années 1890 se faisaient encore sentir au Portugal6.

Lorsque la Première République a été proclamée, la situation économique et sociale du Portugal était catastrophique. Avec une population d’environ 6 millions d’habitants dans la métropole, où plus de 80 % vivaient à la campagne, et où la population urbaine se concentrait dans les deux villes portuaires (Lisbonne et Porto), le Portugal voyait dominer une importante bourgeoisie liée à la banque, au grand commerce et à la propriété foncière, allié à une ancienne aristocratie, qui possédait encore de grandes étendues de latifundia7. Face à cette situation de sous-développement, le républicanisme portugais se voulait un mouvement fortement influencé par les thèses positivistes d’Auguste Comte et d’Émile Littré sur la transformation de la société, et sur l’organisation des États et des Nations, et très influencé, du point de vue législatif, par les valeurs et les initiatives de la Troisième République française, notamment en matière d’éducation (école laïque, gratuite et obligatoire), et la laïcisation de l’État. Parmi ses principales lignes programmatiques, l’intention de valoriser l’héritage colonial portugais et de promouvoir le développement des colonies africaines a continué à se démarquer.

À l’instar de ce qui avait été mis en place en France en 1894, la République créa en 1911 un ministère des Colonies, considérées comme faisant partie intégrante du territoire national. Ce principe avait été inscrit dans la Constitution la même année. Les termes colonie et province étaient utilisés avec le même sens. Cependant, si le nouveau régime n’a pas apporté de changements substantiels aux statuts des colonies, il a néanmoins introduit de profondes réformes dans l’administration coloniale, dans le but de favoriser le développement de ces territoires8.

Le principe fondamental de ces réformes était la décentralisation administrative et financière. Le Gouvernement de la métropole serait chargé de contrôler l’action des gouverneurs et de nommer, le cas échéant, des hauts commissaires, qui cumuleraient les fonctions de gouverneur avec d’autres fonctions exécutives. La définition de ces réformes était prête jusqu’en 1914, mais le déclenchement de la Première Guerre mondiale retarda leur mise en œuvre.

Dans ce contexte général, la franc-maçonnerie portugaise était en pleine expansion. Elle venait d’être réunie, en 1869, dans le Grande Oriente Lusitano Unido (GOLU), Obédience largement majoritaire par rapport à celles qui étaient apparues de manière éphémère. Si l’implantation de la franc-maçonnerie dans la métropole était importante en 1900, la première décennie du nouveau siècle vit l’émergence de nombreuses Loges et Triangles en Angola, au Cap-Vert, à S. Tomé et Príncipe, et à Macao, la franc-maçonnerie arrivant même au Timor, après l’établissement de la République9.

L’entrée de la question coloniale dans les loges

Le Mozambique avait été aussi bien évidemment concerné. Dans les premières années du nouveau régime, la question coloniale était un thème de débat récurrent au GOLU et dans ses ateliers, où les membres cherchaient à concilier les divergences d’opinions qui commençaient déjà à se vérifier au sein du Parti Républicain Portugais qui ont donné lieu à l’apparition du Parti Evolucioniste d’António José de Almeida, et aussi du Parti Unioniste, de Brito Camacho.

En mars 1912, le sujet était à l’ordre du jour, après avoir été largement débattu, suite aux travaux déjà menés à ce sujet par les Loges Alexandre Herculano, José Estevão et Acácia, à Lisbonne, par la Loge Lusitânia, à Benguela, et par une commission nommée par le Conseil de l’Ordre pour étudier les questions liées à l’Angola. La commission était composée des Frères Januário de Almeida Junior (Vénérable Maître de la Loge Alexandre Herculano), Heitor Ferreira et Francisco Cortez Pinto. Elle a présenté son rapport au Conseil de l’Ordre lors de la réunion tenue le 2 mars 1912, afin que ce document puisse être transmis au Ministre des Colonies10. À la suite d’une réunion du Conseil de l’Ordre, tenue le 9 mars 1912, une Commission Coloniale fut nommée, dont le but était d’élaborer une proposition pour la mise en valeur du patrimoine colonial portugais. Il était majoritairement composé d’officiers de la Marine11, et présidé par le vice-amiral Ernesto Júlio de Carvalho e Vasconcelos12 (1852–1930), géographe et ingénieur hydrographe qui a publié plusieurs ouvrages sur la cartographie et sur les découvertes portugaises. Il a été président de la Société Géographique de Lisbonne. Ce franc-maçon avait été « initié par communication » par le Grand Maître Sebastião de Magalhães Lima13, en 1910, puis il fut affilié à la Loge Pureza, à Lisbonne, à laquelle il a appartenu jusqu’à une date inconnue. Lors de cette même réunion du Conseil de l’Ordre, élargi à plusieurs invités, qui a été initialement présidé par Manuel Sousa da Câmara14 (Sénateur, membre du Conseil de l’Ordre et Vénérable Maître de la Loge José Estevão), et clôturée par le Grand Maître, le premier disait que :

C’est la grande question coloniale, qu’il est indispensable d’étudier et de débattre avec patriotisme et savoir, sans les contraintes de la partisanerie, sans réserves d’intérêts mesquins, sans sentiments d’aucune sorte ; traiter cette affaire capitale et périlleuse froidement, avec clarté, supériorité et civilité ; Pour cette raison, le Conseil de l’Ordre, qui veille sur la Patrie, dont il place les intérêts au-dessus de tous les autres intérêts, a décidé d’inviter tous ceux qui sont ici réunis à discuter entre eux de ces questions d’une manière pratique, concrète et utile pour guider l’opinion publique, et exiger à juste titre que le gouvernement conduise le parlement à la solution qu’il doit prendre de toute urgence []15.

Cette réunion a également abouti à l’approbation de la proposition suivante :

[] le Conseil de l’Ordre favorise l’adhésion des dirigeants politiques et de tous les Frères députés et sénateurs au projet de réforme coloniale []16.

Par la suite, des réunions ont eu lieu, les 13 et 18 mars, dans la salle de la Bibliothèque du Palais Maçonnique. Elles ont été présidées par le Grand Maître, et ont été invités à être présents les Frères membres du Parlement, les Vénérables Maîtres, des Loges de Lisbonne, et les Frères Africanistes qui étaient dans cette ville. La première de ces réunions a réuni 34 des 53 députés et 13 des 26 sénateurs invités. Dans la seconde, 23 députés et 11 sénateurs ont été présents. Dans les deux cas, il y a eu un consensus sur la nécessité de mener des réformes profondes visant le développement des colonies17.

La Commission Coloniale produisit un document intitulé Rapport et Projets18, qui a été discuté lors d’une nouvelle réunion élargie qui a eu lieu le 22 avril de la même année. Son président, Ernesto de Vasconcelos, a en effet présenté plus tard une thèse intitulée : Moyens de développer la richesse publique dans les colonies19, au Congrès maçonnique tenu à Lisbonne du 2 au 6 avril 1913, auquel 69 Loges et 16 Triangles ont été représentés. Ces documents n’épuisent pas toutes les œuvres présentées par les francs-maçons sur les thèmes coloniaux pendant cette période, où les principales réformes coloniales introduites par la République ont été discutées et votées. Il convient de noter que deux thèses ont été proposées pour l’obtention du 33e Grade du Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) par des Maçons du Mozambique, en 1915 et 1916. Ces travaux portaient les titres suivants : De l’influence de l’institution maçonnique sur la civilisation africaine, et comment l’unité du Rite Écossais Ancien et Accepté peut améliorer la civilisation portugaise20, et Sur les coutumes africaines et l’influence exercée sur elles par la colonisation portugaise par rapport à celle des autres pays ; Du rôle maçonnique dans cette œuvre civilisatrice21. Ils ont été écrits respectivement par Francisco Roque de Aguiar et José da Costa Fialho.

Sous la Première République, plusieurs francs-maçons ont occupé des postes élevés dans les instances chargées de conduire la politique coloniale. Ainsi, ont été Ministres des Colonies Celestino Germano Pais de Almeida, José Maria Mendes Ribeiro Norton de Matos, António José de Almeida, Afonso Costa, João Tamagnini de Sousa Barbosa, José Carlos da Maia, João Lopes Soares, Alfredo Ernesto Sá Cardoso, Manuel Ferreira da Rocha, José Eduardo Carvalho Crato et Manuel Maria Coelho. Les premiers hauts commissaires nommés, en 1921, pour l’Angola et le Mozambique étaient également francs-maçons. Il s’agissait Norton de Matos22 et Brito Camacho23.

De tous les francs-maçons impliqués dans la politique coloniale portugaise pendant la Première République, il est impossible de ne pas présenter le général José Mendes Ribeiro Norton de Matos (1867-1955), non seulement pour l’extrême compétence avec laquelle il a occupé les postes de gouverneur de l’Angola (1912-1915), de Ministre des Colonies (1915), et de Haut-Commissaire en Angola (1920-1924), mais aussi en raison des hautes fonctions qu’il a occupées au GOLU, dont il est devenu Grand Maître, entre 1930 et 1935. Au cours de ses deux mandats en Angola, Norton de Matos a combattu le recrutement forcé de main-d’œuvre africaine, interdit les châtiments corporels et cherché à introduire des mesures visant à convertir les indigènes en agriculteurs permanents, leur garantissant la pleine propriété de leurs terres, par le biais d’un cadastre officiel des biens, à la fois individuel et collectif24. Cependant, la mise en œuvre efficace de ces réformes impliquait la stabilité gouvernementale, ce qui ne fut pas le cas.

Un autre franc-maçon remarquable, qui est également venu jouer des rôles de grande responsabilité au GOLU, et qui a publié de nombreuses études sur les questions coloniales, a été José de Oliveira Ferreira Dinis25 (1878-1955 ?). Fonctionnaire en Guinée, en Angola (où il a été Secrétaire des Affaires Indigènes dans le premier gouvernement de Norton de Matos), et au Ministère des Colonies, il a été Député de Guinée pendant la Première République. Initié en 1913, il appartenait depuis 1917 à la Loge O Futuro, et depuis 1931 à la Loge Liberdade, toutes deux à Lisbonne. Il a atteint le 33e Grade du REAA, dont il fut membre du Suprême Conseil, et fut Vice-Président du Conseil de l’Ordre de 1937 à 1945.

Tout au long de cette période entre 1900 et 1935, durant laquelle la franc-maçonnerie portugaise s’est fortement implantée dans les colonies africaines, ces loges étaient étroitement liées au Grand Orient de Lusitanie, certaines d’entre elles contribuant même largement aux œuvres philanthropiques promues par la franc-maçonnerie dans la métropole. À titre d’exemple, le cas de la Loge Oriental (ville du Mozambique) qui a été enregistrée au tableau d’honneur des bienfaiteurs de l’Asilo de S. João26. Ces Loges furent aussi des refuges pour de nombreux francs-maçons initiés dans les ateliers de la métropole, qui émigrèrent vers les colonies africaines. En 1921, fut fondée à Lisbonne la Loge Fraternidade Colonial27, nº 406, destinée à accueillir les anciens colons de retour dans la Capitale. Elle a travaillé jusque dans les années 1950, ayant longtemps survécu dans la clandestinité.

Le cadre de la colonie du Mozambique

Le Mozambique était, jusqu’au 25 juin 1975, une colonie portugaise d’Afrique australe, située sur la côte de l’océan Indien, dans laquelle se trouvaient déjà des entrepôts arabes, lorsque Vasco de Gama y arriva pour la première fois, en 1497. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la présence officielle portugaise se limitait à quelques capitaineries le long de la côte. C’est après le gouvernement de la colonie par le commissaire royal António Enes28, et les accords avec le Transvaal pour la construction de la ligne de chemin de fer, que le gouvernement colonial a décidé de changer la capitale de la province de l’île de Mozambique à Lourenço Marques (aujourd’hui Maputo) en 1898, et d’organiser une administration efficace de la colonie. António José Enes (1848-1901) journaliste, écrivain et homme politique, fut le premier grand idéologue du colonialisme portugais, et dans son gouvernement, il a promu l’intégration de territoires qui jusque-là n’étaient pas sous domination nationale. Il défendait des idées substantiellement différentes de celles qui sous-tendaient la législation coloniale de la seconde moitié du XVIIIe siècle, de caractère libéral, répudiant les principes de liberté et d’égalité, et soutenant qu’il n’était pas possible de coloniser les populations locales sur la base des mêmes lois que celles qui étaient appliquées en métropole29. Comme il considérait les Africains comme de « grands enfants », il était donc nécessaire d’avoir une législation spécifique pour chaque colonie en accord avec les us et coutumes des peuples. Pour lui, le travail indigène était un moyen de dignifier les êtres humains, et il était essentiel pour l’autosuffisance économique croissante de la province, étant donné que l’objectif n’était pas de coloniser avec l’utilisation de la main-d’œuvre des colons. Il fallait donc intégrer les indigènes par le travail dans la civilisation. Il a été défini que le Mozambique, à ce moment-là, devait être une colonie axée sur le développement agricole, avec différentes instances administratives ayant été instituées.

António Enes était franc-maçon, membre de la Loge Restauração de Portugal, à Lisbonne, sous les auspices du GOLU.

L’éthique républicaine, proclamant la liberté et l’égalité pour tous, s’opposait à ces idées. Cependant, la situation était difficile, non seulement à cause de l’inconvénient de mettre en péril la colonisation européenne, mais aussi à cause de ses implications pour le développement économique des colonies. Au Mozambique, environ 50 000 travailleurs indigènes se rendaient chaque année en Afrique du Sud et en Rhodésie, principalement destinés aux mines du Transvaal. Leurs conditions de travail étaient très mauvaises, mais il y eut peu de couverture de leur quasi-esclavage dans la presse étrangère. Le développement économique de l’Afrique anglaise dépendait en partie de la main-d’œuvre mozambicaine et les intérêts britanniques l’emportaient sur les critiques humanitaires30.

Vers 1910, l’autorité portugaise était tolérée par les populations du Mozambique, suite aux campagnes militaires menées à la fin du siècle précédent. L’administration républicaine tenta de privilégier l’occupation civile sur l’occupation militaire, ayant recommandé aux gouverneurs l’adoption d’une politique de contacts pacifiques avec les indigènes. Cependant, jusqu’en 1913, il y a eu encore une campagne militaire dans le nord du Mozambique.

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale a donné lieu à des rébellions contre le Portugal, fomentées par les Allemands qui, en 1914, ont attaqué les postes frontières. Lisbonne dut envoyer, entre cette année-là et 1917, quatre expéditions militaires dans la colonie. Les Portugais remportèrent un premier succès, passant la Rovuma, réoccupant Quionga et envahissant l’Afrique orientale allemande (Tanganica Tanganika) au printemps et à l’été 1916. Cependant, la contre-offensive allemande, commandée par Von Lettow-Vorbeck, démontra les insuffisances des forces portugaises, qui ont été à plusieurs reprises repoussées, avec de grandes pertes, vers Quelimane31.

Après l’armistice, au cours des années 1920, rien n’est venu troubler la paix de la colonie, à part quelques troubles sociaux occasionnels. Certaines sociétés et publications périodiques de noirs et de mulâtres sont apparues au Mozambique, revendiquant l’égalité des droits entre les Portugais blancs et les Portugais de couleur. Des exemples en sont le Grémio Africano et le journal O Africano des frères João et José Albasini.32. Il s’agissait de mouvements d’élites embryonnaires, sans réflexion sur les masses africaines, sans l’appui de la conjoncture internationale.

Au moment de la proclamation de la République, la population européenne du Mozambique s’élevait à environ 5 000 colons. Vingt ans plus tard, ce nombre avait quintuplé, la population indigène étant restée constante, qui s’élevait à environ trois millions et demi. La population mulâtre représentait encore un pourcentage important de la démographie du Mozambique, on estime qu’en 1930 elle s’élevait à 12 000 individus. À ces trois groupes s’ajoutèrent des milliers de Chinois et d’Indiens, principalement engagés dans des activités commerciales33. Toute cette hétérogénéité ethnique, associée au fait que la communauté européenne comprenait une forte représentation de colons d’autres pays que le Portugal, surtout d’Angleterre, qui rendait la société mozambicaine complexe, multiculturelle, caractérisée par une grande diversité religieuse.

Au fur et à mesure que le mouvement des colons portugais vers le Mozambique fut favorisé, il y eut l’émergence d’un urbanisme nouveau, transposant dans le continent africain ce qui se passait dans la métropole. Les Européens vivaient, pour la plupart, dans les villes, entourés d’une nombreuse clientèle qui était entièrement à leur charge. Parmi elle, se trouvait une élite noire et mulâtre instruite, qui constituait une partie importante des services de l’administration coloniale. La plupart des indigènes sont restés à la campagne, sans aucun contact avec le milieu urbain, travaillant dans les formes traditionnelles d’agriculture rudimentaire. En milieu urbain, la capitale, Lourenço Marques, contrôlait complètement la vie des autres centres urbains, accueillant plus de la moitié des colons d’origine européenne. Cette ville a connu un grand développement démographique, entre 1910 et 1928, passant de 14 000 à 37 000 habitants34. Au cours de cette période, la ville de Beira, port important et capitale de la Companhia de Moçambique déjà mentionnée, a également connu un développement démographique important, passant de 3 000 à 20 000 habitants. Les autres villes ayant acquis une certaine expansion étaient Quelimane, Inhambane et Xai-Xai.

Le développement économique du Mozambique a obéi à un rythme irrégulier, conditionné par la conjoncture internationale, et par l’instabilité des administrations coloniales. En 1910, plus de la moitié du territoire de la colonie était concédée à trois sociétés privées, dont deux constituaient de véritables États. En 1891, la Companhia de Moçambique susmentionnée s’était vu attribuer le territoire entre les fleuves Zambèze et Luenha et le 22e parallèle, pour une période de cinquante ans. La Companhia do Niassa, fondée en 1893 avec des capitaux à parts égales anglais et français, administrait une zone encore plus vaste, avec près de 200 000 kilomètres carrés. Moins favorisée était la Companhia da Zambézia, fondée en 1880 et restructurée en 1892, et qui était destinée à l’exploitation agricole des terres de la basse vallée du Zambèze (districts de Quelimane et Tete). Elle n’était pas dotée de pouvoirs administratifs. Dans l’agriculture mozambicaine, au début du XXe siècle, l’hévéa joua un rôle important, mais qui ne fut pas aussi important que les oléagineux (coprah, sésame, arachide), le sucre venant en troisième position. Avec le déclin et la disparition de l’hévéa à la fin des années 1920, la culture du sisal et du coton a pris de l’importance35.

La Companhia de Moçambique a prospéré jusque vers 1923, contribuant au développement de la colonie en ouvrant de nouvelles écoles et en construisant des infrastructures routières et ferroviaires. Dès lors, elle commença à traverser une crise financière, qui eut pour épilogue la crise mondiale de 1929, qui ruina complètement son commerce extérieur. Aucune des deux autres sociétés n’a connu le même succès et, avec leur disparition, à peu près au même moment, le gouvernement de Lisbonne a reçu un lourd héritage.

Pendant la période républicaine, le Mozambique a vu ses infrastructures améliorées, notamment dans les ports et dans les chemins de fer. Lourenço Marques et Beira étaient capables de gérer le trafic international en provenance d’Afrique du Sud et des Rhodésies, et le réseau ferroviaire est passé de 500 km en 1910 à 2000 km en 1925. Le réseau routier a également connu une expansion importante, atteignant 14000 km en 192836.

Compte tenu de l’importance des missions catholiques dans l’européanisation des indigènes, la politique anticléricale instaurée par la République n’a pas été suivie avec la même rigueur dans les provinces d’outre-mer. La loi de séparation de l’Église et de l’État, de 1911, prévoyait le retrait complet des ordres religieux et la création des missions laïques, dites missions civilisatrices, destinées à remplacer les missions chrétiennes. Jusqu’en 1926, date à laquelle cette législation fut abolie par la dictature militaire, seules cinq de ces missions étaient installées au Mozambique37.

Le développement culturel de l’Outre-mer, sous la Première République, a été très en retard par rapport à son développement économique. Au Mozambique, la croissance du système éducatif a été fragile. Le nombre d’écoles primaires accueillant les indigènes est passé seulement de 100 à 200. À la fin de la République, l’enseignement secondaire était dispensé en deux endroits, et il y avait encore quelques écoles techniques. Il n’est donc pas surprenant que le taux d’analphabétisme ait atteint 99 %, à un moment où, en métropole, il dépassait les 60 %.

Dans ce cadre général, la Franc-Maçonnerie, comme le montrent les travaux produits par les Commissions nommées par le Conseil de l’Ordre, et par les Loges, montre l’attention portée par celle-ci à ces questions d’éducation. Dans le cas du Mozambique, les gouverneurs venus mettre en œuvre ces politiques étaient même souvent des francs-maçons. Par exemple, José Alfredo Mendes de Magalhães38 (1870-1957), médecin, professeur et homme politique, qui fut gouverneur général de la colonie entre 1912 et 1913, fut initié à la Loge Fernandes Tomás, à Figueira da Foz, et après il a été régularisé, lors de son séjour au Mozambique, à la Loge Cruzeiro do Sul, à Lourenço Marques. Comme il a été mentionné ci-dessus, Brito Camacho, le premier haut-commissaire du Mozambique, était également franc-maçon.

C’est donc dans un contexte favorable que le Grand Orient de Lusitanie et le Suprême Conseil du 33e Degré du Rite Écossais Ancien et Accepté du Portugal, ses Domaines et Juridictions (Obédience souvent connue sous le nom de Grémio Luso-Escocês) se sont installés, fondant des Triangles, des Loges Symboliques et des Ateliers de Hauts Grades, qui fonctionnèrent jusqu’à l’interdiction de la franc-maçonnerie en 1935. Parallèlement, du fait de l’importance que la communauté anglaise avait dans cette colonie, des Loges sous les auspices des Obédiences anglo-saxonnes existaient également à Lourenço Marques.

Avec l’avènement de l’Estado Novo39, on a assisté à un changement dans la politique coloniale caractérisé par un retour à la centralisation à Lisbonne, autour du ministère des Colonies. Les provinces d’outre-mer sont devenues partie intégrante de l’Empire portugais, qui, dans un mouvement d’ultranationalisme, devait être préservé des influences et des intérêts étrangers. De 1926 et 1930, les lois coloniales de la République ont été progressivement remplacées, en raison de cette nouvelle philosophie de l’administration coloniale40.

La vie maçonnique au Mozambique

La rareté des sources documentaires disponibles aujourd’hui rend difficile l’investigation de l’histoire des Loges au Mozambique. Après presque 50 ans d’Estado Novo, au cours desquels la plupart des archives maçonniques ont été perdues, il reste peu de sources primaires concernant l’activité de ces ateliers. Beaucoup d’entre eux ne sont qu’un nom, accompagné de la connaissance des années probables de fondation et d’extinction des feux et du Rite pratiqué. Mais, malgré tout, nous avons encore, dans les archives du Grande Oriente Lusitano, des informations contenues dans les registres concernant ses membres et, pour certaines de ces Loges, quelques correspondances échangées avec le Grand Secrétariat Général, principalement au cours des années 1930, qui permettent de tirer quelques conclusions sur l’activité de ces ateliers.

Selon Oliveira Marques41, la plus ancienne présence maçonnique dans cette colonie, dont on trouve des traces avérées, concerne la ville même de Mozambique. C’était la Loge União, fondée sous les auspices du Grande Oriente do Rito Escocês42 en 1841, et qui a changé de nom deux ans plus tard pour União e Fidelidade. L’année de sa disparition est inconnue, ledit auteur estimant que cela a pu se produire en 1844, avançant que cet atelier ou un autre a peut-être fonctionné plus tard, inséré dans le Grande Oriente Lusitano, mais qu’en 1849 il aurait sûrement disparu définitivement. Plus sûr : c’est plus de 20 ans plus tard que le GOLU a installé son premier atelier au Mozambique, en 1872. C’était la Loge Humildade, nº 73, qui travaillait au Rite Français43. Avec la Loge 31 de Outubro, nº 85 installée deux ans plus tard, à Lourenço Marques44, elles étaient les deux seuls Ateliers à pratiquer ce Rite au Mozambique. Les deux Loges éteignirent les Feux en 1876, et toutes les loges portugaises installées plus tard ont appartenu au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) qui, à la fin du XIXe siècle, est devenu également majoritaire dans la métropole.

Un nouvel atelier, União e Fidelidade, avec le numéro 84, a été fondé en 1874 dans la ville de Mozambique, disparaissant l’année suivante. La liste significative des Loges de vie éphémère fondées dans cette agglomération urbaine est à compléter avec la Loge Progresso e Humanidade, nº 230, qui a fonctionné entre 1902 et 1905. Il a en fait fallu attendre 1906 pour voir apparaître le premier atelier durable dans la ville de Mozambique. C’est la Loge Oriental, nº 255. Elle a fonctionné officiellement jusqu’à ce qu’on ait proclamé la Franc-Maçonnerie illégale en 1935.

Les noms des sept fondateurs de la Respectable Loge Oriental sont connus45. Il s’agissait de José Augusto Cunha (militaire), Teodósio Martins Baganha (employé de commerce), Cesário António da Silva (marchand), Frederico César de Freitas (fonctionnaire), Columbano Raúl Ferreira (fonctionnaire), Manuel Martins do Carmo (marchand), et Lauro Henrique de Almeida Saraiva (comptable). Trois de ces membres ont été initiés hors du Mozambique, deux dans des loges à Lisbonne (Loges Pátria et Simpatia e União), et un dans la Loge Liberdade à Funchal (Madère). Le reste des fondateurs est venu de l’atelier qui existait auparavant dans la ville de Mozambique : Progresso e Humanidade. Les archives du Grand Orient Lusitanien contiennent une liste des membres de l’atelier avant 1926, et le tableau de la loge relatif à l’année 1931. Le premier de ces documents mentionne trente membres, porteurs des grades du REAA. La Loge avait un frère décoré du 32e Grade, six Frères porteurs de grades entre le 20e et le 30e, et cinq Frères décorés du 18e grade, mais l’atelier n’avait pas son propre Chapitre. Au Tableau de Loge de 193146, le nombre de membres a été réduit à onze, dont le dernier admis a rejoint l’atelier en décembre 1926. En analysant les professions des membres de la Loge toujours en 1926, on voit que trois étaient des officiers de l’armée à la retraite, quatre marchands, un employé de commerce, deux commissionnaires en douane et un fonctionnaire. Le tableau indique que la Loge a été fortement affectée par l’instauration de la Dictature militaire, en 1926, qui entraîna jusqu’en 1931, l’abandon de plusieurs de ses membres. À partir de 1926, elle n’a pu recruter personne d’autre.

Dans ces Loges mozambicaines, on constate que la figure de leur Vénérable Maître est toujours d’une grande importance, ce qui explique leur immobilité. Bien que le Règlement GOLU exigeât la tenue d’élections annuelles pour l’élection des Collèges d’Officiers, il n’imposait pas de limite de mandat. C’est pourquoi il existe des cas où les Vénérables Maîtres ont été toujours les mêmes, depuis plus d’une douzaine d’années. Ces Frères, en général, étaient parmi les plus anciens des Ateliers, et leur dévouement était récompensé par les Suprêmes Conseils de Lisbonne, à travers leur progression dans les Hauts Grades. Cela leur permettait aussi de présider les ateliers supérieurs rattachés à la Loge Symbolique. Dans le cas de la Loge Orientale, il semble que le lieutenant-colonel José Augusto Cunha, qui a fondé la Loge en 1906, ait assumé ce rôle47. Il apparaît toujours identifié dans le Tableau de 1931 comme le Vénérable Maître. A cette époque, il était déjà décoré du 33e Grade.

Parmi les francs-maçons initiés à la Respectable Loge Oriental, José Afonso da Costa Junior (1888- ?) doit être remarqué48. Inspecteur de banque et marchand, il fut administrateur de plusieurs firmes liées aux colonies. Initié en 1913, il est revenu dans la métropole en 1918, où il a été membre des Loges Fiat Lux et Fraternidade Colonial (1921), ayant été Vénérable Maître de cette dernière pendant de nombreuses années. Il a fait partie du Suprême Conseil du 33e Grade depuis 1926, ayant occupé des postes supérieurs au GOLU, notamment dans son Conseil de l’Ordre, dont il a été membre.

Toujours dans la ville de Mozambique, le Suprême Conseil (Grémio Luso-Escocês) a installé, en 1918, la Loge Gomes Freire49, nº 33. L’atelier a été intégré au GOLU en 1926, sous le numéro 425, puis disparut après 1935. Il n’existe aucun fonds documentaire relatif à cette Loge.

Dans la capitale, Lourenço Marques, l’expérience de la première Loge du Rite Français ayant échoué en 1876, une Loge n’apparut qu’en 1900, cette fois au Rite Écossais Ancien et Accepté. Elle vint s’affirmer comme l’un des ateliers les plus importants des deux Obédiences auxquelles il a appartenu (GOLU et Suprême Conseil/Grémio Luso-Escocês). Il s’agit de la Loge Cruzeiro do Sul50, nº 211, fondée au GOLU en 1900, mais qui adhéra à la scission du Suprême Conseil en 1914, ayant travaillé jusqu’en 1926 sous les auspices du Suprême Conseil/Grémio Luso-Escocês, où l’Atelier a reçu le numéro 12. De retour au GOLU cette année-là, il n’a disparu que pendant la clandestinité.

Les noms de cinq des fondateurs de cette Loge sont également connus.51. Ce sont : Carlos Shirley de Oliveira (employé commercial), Adriano Moreira Feio (agent commercial), João Ivens Ferraz (comptable), Evaristo Teófilo de Miranda (propriétaire) et Carlos Vaz (médecin). Tous venaient d’Ateliers de Lisbonne (Loges Razão Triumfante, Evolução, Tolerância et União Democrática), et deux détenaient des Grades REAA très élevés (Adriano Moreira Feio, Gr 32ème et Evaristo Teófilo de Miranda, Gr 30e).

Nous disposons également d’un tableau de Loge des années 193052, qui comprenait 111 membres. À cette époque, il y avait, liés à la Loge Symbolique, un Chapitre de 82 membres, un Aréopage de 17 membres et un Consistoire de 7 membres.

De l’analyse des professions des membres de l’atelier, on conclut que les plus représentés sont les fonctionnaires, avec 40,2 %, suivis des commerçants avec 26,4 %, et des médecins avec 10,3 %. Parmi les fonctionnaires, plusieurs groupes représentatifs se distinguent, à savoir :

- celui des employés de la douane, dont faisait partie le sous-inspecteur, Manuel José Lopes ;

- celui des employés de la municipalité de Lourenço Marques, qui comprenait le trésorier, Armando de Oliveira Caldas, et le secrétaire, Carlos Mário da Silva ;

- celui des employés de la poste ;

- celui des employés des Chemins de Fer de Lourenço Marques, qui comprenait son directeur, Francisco dos Santos Pinto Teixeira, et le chef de la gare centrale, Jacinto Francisco Vila Matos.

En plus de ceux-ci, le directeur des services vétérinaires (João Batista Botelho), l’administrateur de la municipalité d’Inhambane (Fortunato António Gonçalves Freitas), l’administrateur du district d’Inhamarrei (António Silvino Meireles) et le secrétaire du bureau du ministère public (Pedro da Rocha Sobrinho) étaient des membres de la Loge.

Comme dans la Loge Oriental, une figure se distingue également, qui fut Vénérable Maître de l’Atelier pendant de nombreuses années. C’est José da Costa Fialho, chef du département du Trésor de Lourenço Marques, et figure de grand prestige dans la ville, et même dans les Loges GOLU de la métropole, notamment dans son plus grand atelier, la Loge Liberdade, à Lisbonne, qui l’a nommé son membre honoraire53. Initié en 1904 à la Loge Cruzeiro do Sul, il a atteint le 33e Grade. Cet atelier a continué son travail pendant la période de la clandestinité et disparut, on ne sait pas quand.

Trois ans après la fondation de la Loge Cruzeiro do Sul, le GOLU a installé un nouvel atelier aussi à Lourenço Marques, la Loge 1º de Janeiro54, qui a reçu le nº 235. Elle a également rejoint la scission du Suprême Conseil REAA, en 1914, et a travaillé sous les auspices du Suprême Conseil/Grémio Luso-Escocês, où elle a reçu le nº 12. Oliveira Marques et António Ventura mentionnent tous deux que la Loge 1º de Janeiro est revenue au GOLU en 1926, à l’occasion de la réunification, qui a résulté du traité du 8 mars55. En effet, la Loge apparaît dans le Décret 16, du GOLU, qui admet dans l’obédience les Loges ayant appartenu au Grémio Luso-Escocês. Cependant, dans le petit fonds documentaire relatif à cet atelier des Archives du Grand Orient Lusitanien, on trouve encore plusieurs diplômes datés de décembre 1926, signés par le Souverain Grand Commandeur de la faction du Suprême Conseil restée dissidente, c’est-à-dire par le général Ferreira de Castro. Plus significatif, il y a une copie d’une lettre adressée au Grand Secrétaire Général par la Loge Cruzeiro do Sul, dans laquelle il est écrit :

Pour votre connaissance, je vous envoie, par copie, une pl⸫(planche) qui m’a été envoyée par le ven⸫(vénérable) de la Log⸫(Loge) 1º de Janeiro, Coronel Francisco Roque de Aguiar, 33⸫, de l’obédience du Sup⸫(Suprême) Cons⸫(Conseil) du General Ferreira de Castro []56.

École 1º Janeiro Maison de Fer, Musée Maçonnique Portugais

École 1º Janeiro Maison de Fer, Musée Maçonnique Portugais

Il s’ensuit que, effectivement, la Loge 1º de Janeiro n’est pas revenue au GOLU en 1926, étant restée au Suprême Conseil/Ferreira de Castro au moins jusqu’en 1932. Bien que nous n’ayons aucune information sur les fondateurs de la Loge 1º de Janeiro, nous savons que celui qui en fut le Vénérable Maître pendant de nombreuses années, Francisco Roque de Aguiar57, a été initié à la Loge Cruzeiro do Sul en 1902, puis a été affilié à la Loge 1º de Janeiro en 1906, où il a atteint le 33e degré du Rite Ecossais. Francisco Roque de Aguiar, lieutenant-colonel d’infanterie était un militaire qui a participé aux campagnes de pacification au Mozambique, sous le gouvernement d’António Enes, ayant participé au combat de Marracuene, qui lui a valu être décoré avec l’Ordre de la Torre Espada58. Figure d’un énorme prestige à Lourenço Marques, dont il a été deux fois gouverneur par intérim, il a été gouverneur du district du Mozambique59.

Nous n’avons pas de Tableau d’Ouvriers de la Loge 1º de Janeiro, mais ce devait être un Atelier de grande envergure, avec un Chapitre, un Aréopage, et un Consistoire agrégés. On suppose également que cette Loge a duré jusqu’à la clandestinité.

Toujours dans la première décennie du XXe siècle, la franc-maçonnerie du GOLU a atteint Quelimane, Xai-Xai et Inhambane. Dans la première de ces villes, a été créée en 1905 la Loge Orion60, nº 254. Aujourd’hui, nous n’avons de cette Loge, qu’une liste de ses membres, postérieure à 1916. La loge avait un Tableau de 19 membres, parmi lesquels il y avait un Allemand, un Anglais et deux francophones. Une lettre du GOLU mentionne que depuis 1924 l’Atelier a cessé de correspondre avec le Grand Secrétariat Général61. A Chinde, près de Quelimane, en 1906 a été installée la Loge Zambézia62, nº262, par conversion du triangle nº 60. L’Atelier a travaillé jusqu’en 1910.

À Xai-Xai, a été installée en 1906 la Loge Dragão, nº 261, qui en 1914 a également adhéré à la scission du Suprême Conseil, et a rejoint l’Obédience du Suprême Conseil/Grémio Luso-Escocês, où elle a reçu le nº 38. La Loge a disparu avant 1926. À Inhambane, la Loge 1º de Janeiro a installé, en 1905, le Triangle nº58. Cela donna naissance, l’année suivante, à la Loge Inhambane63, nº 268, qui a eu une vie brève, disparaissant en 1908.

Dans la deuxième décennie du XXe siècle, la franc-maçonnerie du GOLU est également arrivée à Beira. En 1912, a été fondée la Loge 19 de Junho64, nº 365, qui disparut l’année suivante. Mais cette même année, a allumé ses Feux la Loge Ofir65, nº 372, qui durera même pendant la période de clandestinité, toujours existante en 1948. Elle avait un Chapitre souché.

Le Suprême Conseil/Grémio Luso-Escocês, en 1916, a aussi installé une Loge à Beira, également nommée 19 de Junho66, qui avait le nº 30. Cette Loge a rejoint le GOLU après 1926, ayant reçu le nº 424. Elle avait également un Chapitre agrégé et a aussi travaillé jusqu’au période de la clandestinité.

Après cette phase d’expansion, aucun nouvel atelier n’a été installé dans la colonie du Mozambique dans la décennie suivante. Ce n’est qu’en 1928, pendant la dictature militaire, qu’une nouvelle Loge à Lourenço Marques a allumé ses Feux. C’était la Loge Lusitânia67, nº 434, du GOLU. Peu de temps avant, entre 1926 et 1929, il avait travaillé à Vila Pery (aujourd’hui Chimoio) le Triangle nº 26768, dont les membres ont déménagé, selon António Ventura, à la Loge Ofir, à Beira. On connaît les fondateurs de la Loge Lusitânia, au nombre de 1169. Il s’agissait de : Pedro de Macedo, César Dias Lopes Junior, Adelino Augusto Abrunhosa, Artur Passos da Silva Meirim, Jerónimo Ferreira da Conceição, José Inácio dos Santos Junior, Gilberto Gonçalves Tubio et José Alberto de Souza Rebelo, tous fonctionnaires, à qui les employés commerciaux Alfredo Viana Rodrigues, Emanoel Mark Walters et José da Silva Mendes sont ajoutés. Tous étaient déjà décorés des Hauts Grades REAA, répartis entre le 14e Grade et le 29e Grade. Comme un seul d’entre eux est marqué dans les registres GOLU avec la Loge d’origine et qu’il s’agit d’un Frère initié dans la Loge 1º de Janeiro en 1904, ayant quitté l’Obédience avec l’Atelier en 191470, on peut supposer que tous les autres sont issus du même atelier, mais déjà admis plus tard, alors qu’il était déjà au Grémio Luso-Escocês. Ainsi, la Loge Lusitânia a résulté d’une scission de 1º de Janeiro, régularisée au GOLU.

Nous avons des tableaux de membres de la respectable Loge Lusitânia, des années 1930 et 193271. Ils comprennent 34 membres, dont 61 % de fonctionnaires, 15 % d’employés de commerce, 6 % d’industriels, 6 % de militaires et 6 % de médecins, sans expression significative dans les autres professions.

À noter la présence dans ces Tableaux de Loge d’Alexandre Sobral de Campos72, avocat, qui avait été l’un des fondateurs du Parti Communiste Portugais. Anarchiste durant sa vie universitaire à Coimbra, il a participé au Congrès anarchiste de 1914, étant délégué au Congrès ouvrier de 1919. La même année, il a été chef de cabinet du socialiste Augusto Dias Silva, ministre du Travail. Dans le processus de fondation du Parti Communiste Portugais, selon Pacheco Pereira73, il a été impliqué dès le début, ayant fait partie de la Commission d’Organisation des Travaux pour la Constitution du Parti Communiste (1920) et de la Commission Générale de l’Éducation et de la Propagande (1921). Finalement, il a été membre du Comité Central élu au II Congrès, qui eut lieu en mai 1926. Alexandre Sobral de Campos fut initié en 1912 à la Loge Paz, à Lisbonne. Il a été membre de cet atelier jusqu’en 1923. Régularisé en 1929 à la Loge Lusitânia, il fut orateur l’année suivante74. La Loge Lusitânia est également restée en activité jusqu’en 1935, continuant après à travailler clandestinement, pendant une période indéterminée.

Vie initiatique et engagement social

C’est en 1914 que le GOLU a connu la plus grande scission de son histoire. Les profondes divisions qui existaient déjà entre le GOLU et le Suprême Conseil du 33e Grade REAA du Portugal, ses Domaines et Juridictions, se sont aggravées avec le processus de discussion d’une nouvelle Constitution de l’Obédience75. Son approbation a conduit le Suprême Conseil à se déclarer indépendant. La plupart des membres du Suprême Conseil ont quitté le GOLU, ainsi que le Souverain Grand Commandeur général Ferreira de Castro, entraînant avec eux de nombreuses Loges et Triangles Écossais. Le nouveau Corps maçonnique a constitué une Grande Loge destinée à pratiquer tous les Grades du REAA, et est devenu communément désigné de Grémio Luso-Escocês.

Cette fracture est venue introduire d’énormes tensions dans la Franc-Maçonnerie du Mozambique, dont les Loges étaient toutes de ce Rite, établissant une frontière entre les Ateliers qui ont adhéré à la scission, et ceux qui ont choisi de rester au GOLU. Même au sein de ceux qui ont choisi de rester, la chronologie de l’apparition de certaines loges du Grémio Luso-Escocês montre qu’elles peuvent provenir de divisions entre les membres de la loge GOLU d’origine. L’un de ces cas a été celui de la Loge Oriental. L’Atelier n’adhéra pas au schisme du Suprême Conseil. Il adressa une circulaire aux Loges du GOLU, le 30 octobre 1914, dans laquelle il transcrivait une motion de soutien au Conseil de l’Ordre approuvée en Tenue. Dans le même, il a été mentionné que :

Considérant qu’en ce moment difficile que traverse le pays et dans lequel la plus grande union entre tous les Portugais est nécessaire, dans laquelle la franc-maç⸫(franc-maçonnerie) doit servir d’exemple et de leçon à toute la nation, c’est un véritable crime que la dissidence provoquée en son sein alors que même dans le monde profane, les passions sont tues, la haine cachée juste pour que tout le monde puisse s’unir pour le bien commun du pays []76.

Cette position de la Loja Oriental a conduit à l’installation dans la même ville, en 1918, d’une Loge du Suprême Conseil/Grémio Luso-Escocês (Loge Gomes Freire). Les documents de la Loge Oriental montrent que la relation était difficile, et que les deux Ateliers ne se visitaient pas. À Beira, également en 1916, une nouvelle Loge du Grémio Luso-Escocês est apparue (Loge 19 de Junho), ce qui suggère que quelque chose de similaire s’était produit. La même chose ne s’est pas passée à Lourenço Marques, où Cruzeiro do Sul et 1º de Janeiro ont quitté le GOLU. Ainsi, entre 1914 et 1926, année où fut célébré le traité de réunification, le Suprême Conseil /Grémio Luso-Escocês était devenue l’Obédience maçonnique majoritaire au Mozambique.

Comme nous l’avons souligné, une petite faction dissidente du Suprême Conseil, dirigée par le général Ferreira de Castro, n’a pas accepté le traité de réunification77. La Loge 1º de Janeiro serait restée attachée à cette faction, entretenant cependant, dans les années 1930, de bonnes relations avec la Loge Cruzeiro do Sul, qui était passée sous les auspices du GOLU. À titre d’exemple, il convient de noter que par lettre du 24 décembre 1932, le Vénérable Maître de la Loge Cruzeiro do Sul, José da Costa Fialho, a informé le Conseil de l’Ordre de la réalisation d’une Tenue Blanche conjointe avec les Loges 1º de Janeiro et Lusitânia, et avec un Atelier anglais, selon les termes suivants :

J’ai l’honneur de vous informer que notre R⸫(Respectable) At⸫(Atelier) en accord avec les LL⸫(Loges) 1º de Janeiro, Lusitânia et Friendship, a tenu la FÊTE DE LA PAIX le 31 juillet dernier, qui a été couverte avec beaucoup d’éclat. Cette solennité s’est déroulée à la grande satisfaction de la famille maç⸫ (maçonnique) et a réuni environ 200 de nos FF⸫(Frères) et un nombre égal de dames de leurs familles. []78.

Il s’ensuit en 1932, compte tenu de l’environnement hostile à la franc-maçonnerie qui régnait déjà dans la métropole, que les loges de Lourenço Marques collaboraient entre elles à des actions d’ouverture à la société, dans le but de combattre cet antimaçonnisme grandissant. Cette préoccupation est d’ailleurs manifeste dans cette lettre, qui se termine ainsi :

Tant la cérémonie d’inauguration de notre T⸫(Temple), sans égal dans toute l’Afrique, que la Fête de la Paix, ont conquis dans le monde prof⸫(profane) des impressions de sympathie qui dignifient grandement notre Aug⸫(Auguste) Ord⸫(Ordre) []79.

Nous voyons donc que l’histoire des Loges au Mozambique a été fortement conditionnée par les vicissitudes du Rite Écossais Ancien et Accepté, et que seule l’arrivée de grandes difficultés a réussi à réunir réellement ce qui avait été divisé.

L’idéal républicain, tel qu’il se produisait dans les loges de la métropole, était très présent dans les ateliers du Mozambique. Il est vrai que certaines des Loges les plus importantes ont été fondées dans la décennie qui a précédé la Révolution du 5 Octobre 1910. Elles ont évidemment été influencées par l’empressement au changement manifesté au cours de ces années. Le courant de pensée républicain a connu de belles heures car, à l’époque de la monarchie, le Mozambique était la destination des déportés politiques. Or, ils vivaient dans la colonie, dans la plupart des cas, avec une certaine liberté de mouvement.

À l’instar de ce qui s’est passé dans la métropole, des associations républicaines ont été fondées, dont la plus importante fut le Centre Républicain Couceiro Costa80. Fondé en 1908 et étroitement lié au Parti Républicain Portugais, il a survécu pendant la dictature jusqu’en 1940, date à laquelle il a été rendu illégal par ordre du gouverneur général. À cette époque, ses activités se limitaient déjà à faire des pèlerinages au cimetière, à l’occasion des anniversaires du 5 Octobre, pour visiter les tombes d’éminents républicains. Pendant la première République, parmi ses nombreux membres, prédomine la petite bourgeoisie liée au commerce.

Selon l’Anuário de Moçambique81 de 1917, la République a été proclamée de la fenêtre principale de la mairie de Lourenço Marques, par l’administrateur, Pedro Luís de Bellegarde da Silva. La publication susmentionnée identifie les noms des membres du Centre Républicain Couceiro Costa présents, parmi lesquels on peut trouver plusieurs francs-maçons remarquables, comme Carlos Shirley de Oliveira, fondateur de la Loge Cruzeiro do Sul, José da Costa Fialho et Francisco Roque de Aguiar, Vénérables Maîtres des deux Loges du GOLU existant alors à Lourenço Marques. Tout ceci suggère une forte présence maçonnique dans cette association. Faute de sources, il n’a pas été possible de croiser les informations disponibles concernant les membres des Loges avec celles sur les membres d’autres organisations à caractère politique existant à la même époque à Lourenço Marques, à savoir le Centre Evolucioniste, le Centre Socialiste, ou le Groupe Libertaire Francisco Ferrer.

Après la chute de la République, il y a eu une implication ponctuelle des francs-maçons et des loges dans des actions qui pourraient être comprises comme des actions de résistance républicaine. Pour la dictature également, le Mozambique avait été une destination de déportation des opposants au régime. Certains étaient des francs-maçons, et ils venaient être accueillis dans les loges de la colonie. L’un d’eux a d’ailleurs mené une tentative ratée de révolution républicaine en 1931. C’est António Neves Anacleto82, (1897-1990), avocat qui a eu une longue vie marquée par d’engagement politique. C’était un grand adversaire de Salazar, qu’il appelait le monstre de Santa Comba. Militant anarchiste, il a été présent au I Congrès du Parti Communiste Portugais, en 1923. Après plusieurs participations à des tentatives de complot, et plusieurs arrestations, il a été déporté au Mozambique, en 1928. Il y fonda le journal República (1931), dont 6 numéros furent publiés. Initié à la Loge Cruzeiro do Sul en 1929, avec le Nom Symbolique de Lénine, il fut élevé à la Maîtrise l’année suivante. En mai 1931, il mena une tentative de soulèvement militaire à Inhambane, qui conduisit à son arrestation et à sa déportation au Cap-Vert, d’où il réussit à s’échapper vers le Congo belge. Sa Loge a demandé au Conseil de l’Ordre d’être exempté du paiement de ses capitations83.

Il est à noter qu’au début des années 1930, les Loges de Lourenço Marques se sont exprimées publiquement en défense des valeurs républicaines, soit la laïcité, contre le favoritisme grandissant accordé à l’Église catholique par les pouvoirs publics. La consolidation de l’Estado Novo a renforcé progressivement un certain antimaçonnisme, pourtant bien plus faible que ce que l’on a vu à Lisbonne.

Concours pour le recrutement de professeurs au 1º Janeiro

Concours pour le recrutement de professeurs au 1º Janeiro

Archives GOL

Comme dans la métropole, il y a eu une implication de certaines Loges Mozambicaines dans l’éducation. À Lourenço Marques, la Société d’Instruction et Bienfaisance 1º de Janeiro a été fondée en 1898, avec les objectifs suivants :

[…] organiser des salles de lecture, des conférences, des écoles, des récitals et toutes animations pouvant de quelque manière que ce soit contribuer à l’éducation des membres et de leurs familles. Aider ceux qui en ont besoin chaque fois que les circonstances du coffre-fort le permettent […]84.

L’association a ouvert la première école privée à Lourenço Marques, en 1900, alors réservée aux garçons. En 1901, elle est devenue mixte, et commença à avoir, séparément, des étudiants des deux sexes à partir de 1906. Cette Société est devenue une association profane régie par la Loge 1º de Janeiro, comptant en 1906 déjà 115 étudiants, dont 87 européens, 12 asiatiques, 15 métis, et un seul noir85. La Société est mentionnée pour la dernière fois en 1935, ses écoles contribuant largement à l’émergence d’une élite intellectuelle métisse. Par exemple, le plus grand poète mozambicain José Craveirinha (1922-2003) a étudié dans ces écoles.

La Loge Oriental, de la ville de Mozambique, a également créé le Club Oriental86, exactement aux mêmes fins. Cependant, il apparaît que, compte tenu du développement de l’éducation publique locale, son activité a été davantage centrée sur l’aspect de l’animation culturelle. Avec également une forte présence maçonnique, la Société Portugaise de Bienfaisance à Lourenço Marques (1904) et l’Association des Propriétaires (1907) ont été fondées dans la capitale.

La Loge Cruzeiro do Sul a été à l’origine de la fondation de la Société Humanitaire Portugaise Croix de l’Orient, en 1924. Ses objectifs, selon ses statuts, étaient :

La création d’un ou plusieurs postes de secours dans la ville de Lourenço Marques et dans les districts de la Province, qui fourniront non seulement les premiers soins, mais aussi l’assistance aux populations indigènes. […] Son objectif principal est de fournir toutes sortes d’assistance aux blessés et malades, militaires et civils, sans distinction de race, de culte ou d’idéaux politiques. […]87.

L’association a réalisé ces objectifs en créant un poste de premiers secours et de soins infirmiers à Lourenço Marques.

Enfin, une autre association mutualiste importante, également à forte présence maçonnique, a été l’Association des Anciens Colons de la Province du Mozambique88, fondée en 1919 à Lourenço Marques, qui à partir de 1940 a été renommé Association des Anciens Colons. Cette organisation a créé une école d’arts industriels et décoratifs, une école de commerce, un centre médical, des installations sportives avec piscines et un foyer pour personnes âgées. Plusieurs francs-maçons ont participé à sa fondation, comme par exemple Francisco Roque de Aguiar, qui était l’un des souscripteurs de la circulaire qui a donné lieu à l’assemblée qui a abouti à la constitution de l’association. Lié aux Loges de Lourenço Marques, cette association vit les Ateliers s’y réfugier après l’interdiction légale de la Franc-Maçonnerie89.

Ce sont aussi les francs-maçons qui sont à l’origine de l’apparition de la presse au Mozambique, qui compta parmi ses pionniers plusieurs personnalités liées à l’Ordre. Les exemples les plus probants sont José Benigno Ribeiro Garrido (Loge Justiça, Lisbonne), Clemente Nunes de Carvalho e Silva (Loge Cruzeiro do Sul, Lourenço Marques), Manuel Nascimento Ornelas (Loge Trabalho, Funchal), et il faut souligner aussi la grande activité journalistique développée par Alexandre Sobral de Campos dans la colonie. De même, c’est la Loge 1º de Janeiro, par l’intermédiaire de son Vénérable, Francisco Roque de Aguiar, qui a subventionné le premier périodique de la communauté africaine. C’était le journal O Africano, des frères Albassini90.

En plus de l’activité des loges, il y avait des francs-maçons qui sont intervenus socialement dans la société mozambicaine. À titre d’exemple, Paulino dos Santos Gil (1884- ?), a construit le plus grand empire commercial du Mozambique, avec, entre autres, des plantations de riz, des usines, une compagnie d’assurance et une grande société de construction civile. Dans le cadre de ses entreprises, il a toujours développé l’action philanthropique, avec des interventions dans les domaines de l’assistance et de l’éducation. Initié à la Loge 1º de Janeiro en 1908, il a été également un républicain engagé, ayant été secrétaire du Centre Républicain Couceiro Costa la même année.

Le Palais Maçonnique de Lourenço Marques

Au début des années 1930, à une époque où l’activité maçonnique commençait à être sévèrement entravée par l’action des forces de sécurité, qui envahirent le Palais Maçonnique de Lisbonne en 1929 et le fermèrent en 1931, la franc-maçonnerie mozambicaine se lança dans sa plus grande entreprise : la construction du Palais Maçonnique de Lourenço Marques. Ce projet a été conçu par la Loge Cruzeiro do Sul dans le but d’accueillir tous les ateliers de la ville.

Le magnifique bâtiment, de style néo-classique, conçu par l’architecte Couto Martins, abritait des Temples pour la réunion des Loges et pour la pratique des Hauts Grades, en plus d’avoir une bibliothèque, des salles de conférence et des jardins.

Palais maçonnique de Lourenço Marques, tel qu’il était dans les années 1930

Palais maçonnique de Lourenço Marques, tel qu’il était dans les années 1930

(Carte postale de la collection José Santos Rufino)

Le 29 novembre 1930, le Temple a été finalement inauguré, avec une Tenue dirigée par le Vénérable Maître de la Loge Cruzeiro do Sul José da Costa Fialho91. Y participèrent toutes les loges portugaises et anglaises de la colonie, mais aussi des ateliers d’Afrique du Sud et une représentation du Suprême Conseil des Pays-Bas. 420 francs-maçons étaient présents à cette cérémonie, les Frères du Mozambique commandant en France à cet effet de nouveaux décors maçonniques. Le lendemain, il y eut une Tenue Blanche suivie d’un bal auquel assistèrent 250 dames « de la meilleure société de Lourenço Marques et du Transvaal »92.

Le gouverneur général de la colonie, José Cabral, a visité le Temple, mentionnant José da Costa Fialho, qui aurait été d’autant plus émerveillé par les installations qu’à une époque où l’antimaçonnisme diffusé par le régime et par la presse conservatrice et catholique était très répandu en métropole, on se demande comment un tel événement a pu avoir lieu au Mozambique.

En réalité, cette colonie était très éloignée de la métropole, il était difficile de surveiller ce qui s’y passait et, l’esprit antimaçonnique moins efficace quant à sa capacité à empêcher les initiatives maçonniques. La forte présence britannique avait également créé une culture de plus grande tolérance dans la société envers la franc-maçonnerie, qui pour tout le travail social qu’elle avait développé et par la reconnaissance sociale dont bénéficiaient ses principales figures, était bien considérée. La diversité religieuse de la population de la colonie affaiblissait aussi les tendances catholiques les plus affirmées. Cependant, l’événement n’a pas manqué de provoquer des réactions dans la presse conservatrice de Lourenço Marques93.

Lorsque la franc-maçonnerie est devenue illégale, le Palais est revenu à l’État, qui y a installé une école industrielle, appelée Mouzinho de Albuquerque, aujourd’hui Primeiro de Maio. Par une sorte de destinée liée à son action, la Franc-Maçonnerie, qui a fait beaucoup au Mozambique pour l’éducation, a fini, à sa mort, par léguer son Palais, en héritage, précisément à l’éducation.

En conclusion, on peut dire que l’histoire de la franc-maçonnerie au Mozambique est fortement influencée par l’effort de colonisation portugaise, au début du XXe siècle, et par les particularités spécifiques et complexes de la société locale.

Tout au long de la Première République, la franc-maçonnerie au Mozambique a eu les mêmes préoccupations politiques et sociales que les loges de la métropole et a vécu les mouvements internes propres au Grand Orient Lusitanien à Lisbonne, comme la scission de 1914. Elle fut aussi l’un des piliers de la construction sociale dans les principales villes mozambicaines, jouant un rôle moteur dans le mouvement associatif dans la colonie. La franc-maçonnerie s’est constituée aussi comme une forme de sociabilité qui a particulièrement intégré le monde des employés de l’administration coloniale portugaise.

Après 1926, les loges ont essentiellement mené une action en faveur de l’intervention solidaire, et noué des relations avec la franc-maçonnerie britannique puis, après l’interdiction de 1935, elles ont transféré leur action vers les associations mutualistes qu’elles avaient créées, notamment l’Association des Anciens Colons, qui a continué à mener une vaste œuvre sociale dans les décennies suivantes.

Notes

1 Sur ce point, le travail de recherche archivistique montre que la véracité d’un retour de la loge 1º de Janeiro au sein du GOLU après la réunification de 1926 n’est pas prouvée. Return to text

2 A.H. de Oliveira Marques, A Primeira República Portuguesa – alguns aspetos estruturais, Lisboa, Livros Horizonte, 1975, p. 103. Return to text

3 Maria Helena da Cunha Rato, O colonialismo português, factor de subdesenvolvimento nacional, Análise Social, vol. XIX (77-78-79), 1983-3º,4º,5º, p. 1124. Return to text

4 Maria Helena da Cunha Rato, O colonialismo português, p. 1125. Return to text

5 A.H. de Oliveira Marques, A Primeira República…, p. 106-107. Return to text

6 Maria Helena da Cunha Rato, O colonialismo português…, p. 1125-1126. Return to text

7 Maria Helena da Cunha Rato, O colonialismo português…, p. 1126. Return to text

8 A.H. de Oliveira Marques, A Primeira República, p. 104-105. Return to text

9 António Ventura, Uma História da Maçonaria em Portugal 1727-1986, Lisboa, Circulo de Leitores, 2013, p. 380-382. Return to text

10 Procès-verbal du Conseil de l’Ordre, Livre 1, séance du 2 mars 1912, Archives du Grande Oriente Lusitano. Return to text

11 António Ventura, Uma História…, p. 482-483. Return to text

12 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria Portuguesa, vol. II, Editorial Delta, Lisboa, 1986, p. 1470-1471. Return to text

13 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. II, p. 880-881. Return to text

14 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 244-245. Return to text

15 Procès-verbal du Conseil de l’Ordre, Livre 1, séance du 2 mars 1912, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

16 Procès-verbal du Conseil de l’Ordre, Livre 1, séance du 2 mars 1912, … Return to text

17 Procès-verbaux du Conseil de l’Ordre, Livre 1, séances des 13 et 18 mars 1912, … Return to text

18 Voir Relatório e Projectos da Commissão Colonial (nomeada em 9 de Março de 1912), Lisboa, Typ. A vapor de Eduardo Rosa, 1912. Return to text

19 António Ventura, Uma História…, p. 491-498. Return to text

20 Voir Supremo Conselho do Gr 33 para a Jurisdição de Portugal e suas Colónias – Memória dos seus Trabalhos no Triénio de 1913 a 1915, Lisboa, 1915, p. 69. Return to text

21 Voir Supremo Conselho do Gr 33 para a Jurisdição de Portugal e suas Colónias – Memória dos seus Trabalhos no Biénio de 1916- 1917, Lisboa, 1917, p. 47. Return to text

22 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. II, p. 960-961. Return to text

23 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 243-244. Return to text

24 A.H. de Oliveira Marques, A Primeira República, p. 108. Return to text

25 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 474-475. Return to text

26 Mentionné dans une lettre du 30 octobre 1929, par José Afonso da Costa Junior, adressée au Conseil de l’Ordre de GOLU, Archives du Grande Oriente Lusitano. L’Asilo de S. João (Asyle de Saint Jean) était un orphelinat soutenu par la franc-maçonnerie portugaise. Return to text

27 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 609-610. Return to text

28 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 503-504. Return to text

29 Sur les idées d’António Enes voir : António Ennes, Moçambique, Lisboa, Imprensa Nacional, 1947. Return to text

30 A.H. de Oliveira Marques, A Primeira República, p. 109. Return to text

31 AH. de Oliveira Marques, A Primeira República, p. 111. Return to text

32 Voir António Hohlfeldt e Fernanda Grabauska, Pioneiros da Imprensa em Moçambique - João Albasini e o seu irmão, Rio Grande do Sul, Brazilian Journalism Research, Volume 6, nº 1, 2010. Return to text

33 A. H. de Oliveira Marques, A Primeira República, p. 112-113. Return to text

34 A.H. de Oliveira Marques, A Primeira República, p. 112-113. Return to text

35 A.H. de Oliveira Marques, A Primeira República, p. 119. Return to text

36 A.H. de Oliveira Marques, A Primeira República, p. 122. Return to text

37 A.H. de Oliveira Marques, A Primeira República, p. 122-123. Return to text

38 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 935-936. Return to text

39 L’Estado Novo (État Nouveau) était le nom adopté par le régime de Salazar. Return to text

40 Maria Helena da Cunha Rato, O colonialismo português, p. 1128-1129. Return to text

41 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. II, p. 991. Return to text

42 Sur le Grande Oriente do Rito Escocês (Grand Orient du Rite Ecossais) voir António Ventura, Uma História…, p. 229-236. Return to text

43 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. II, p. 992. Return to text

44 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. II, p. 900. Return to text

45 Voir les registres d’inscription GOLU, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

46 Tableau de Loge de 1931, RL Oriental, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

47 José Augusto da Cunha est inscrit sous le numéro 1831 dans les registres des inscriptions GOLU. Return to text

48 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 430. Return to text

49 Ver A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 645. Return to text

50 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 443. Return to text

51 Voir les registres d’inscription GOLU, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

52 Tableau de Loge de 1930, RL Cruzeiro do Sul, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

53 Tableau de Loge de 1935, RL Liberdade, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

54 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. II, p. 1160. Return to text

55 António Ventura, Uma História…, p. 626-629. Return to text

56 Lettre datée du 12 décembre 1931 du Vénérable Maître de la RL Cruzeiro do Sul, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

57 Francisco Roque de Aguiar est enregistré sous le numéro 3332 dans les registres GOLU. Return to text

58 L’Ordre de la Torre Espada (Tour de l’Épée) est la plus haute décoration militaire portugaise. Return to text

59 Voir Boletim da Sociedade Luso-Africana do Rio de Janeiro, nº 4, Janeiro-Março 1933, p. 49-50. Return to text

60 Voir A. H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. II, p. 1064-1065. Return to text

61 Lettre non datée, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

62 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. II, p. 1515. Return to text

63 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 775-776. Return to text

64 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 467. Return to text

65 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. II, p. 1047. Return to text

66 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. I, p. 468. Return to text

67 Voir A.H. de Oliveira Marques, Dicionário de Maçonaria…, vol. II, p. 906. Return to text

68 António Ventura, Uma História…, p. 665. Return to text

69 Tableau des années 1930 de la Loge Lusitânia, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

70 Inscription dans les registres d’inscription GOLU de José Inácio dos Santos, enregistré sous le numéro 4005, Arquivo do Grande Oriente Lusitano. Return to text

71 Les Tableaux de Loge susmentionnées se trouvent dans les Archives du Grande Oriente Lusitano. Return to text

72 António Ventura, Uma História…, p. 662-663. Return to text

73 José Pacheco Pereira, “Contribuição para a história do Partido Comunista Português na I República (1921-1926)”, Análise Social, vol. XVII (67-68), 3º-4º 1981, p. 695-713. Return to text

74 Alexandre Sobral Campos est inscrit dans les registres d’inscription GOLU sous le numéro 8535. Return to text

75 António Ventura, Uma História ..., pp. 519-534. Return to text

76 Lettre de la RL Oriental à la RL Cândido dos Reis – Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

77 António Ventura, Uma História…, p. 539-541. Return to text

78 Lettre de la Loge Cruzeiro do Sul, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

79 Lettre de la Loge Cruzeiro… Return to text

80 À propos de ce Centre Républicain voir : José Capela, O Movimento Operário em Lourenço Marques 1898-1927, Porto, Afrontamento, 1983, p. 26-27. Return to text

81 Sousa Ribeiro, Anuário de Moçambique 1917, Lourenço Marques, Imprensa Nacional, 1917, p. 10-11. Return to text

82 António Ventura, 120 anos de Maçonaria no Algarve 1816-1936, Lisboa, Sul Sol e Sal, 2019, p. 454-456. Return to text

83 Lettre du 24 août 1931, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

84 Sousa Ribeiro, Annuário de Moçambique 1908, Lourenço Marques, Imprensa Nacional, 1908, p. 330. Return to text

85 Sousa Ribeiro, Annuário de Moçambique 1908…, p. 320. Return to text

86 Sousa Ribeiro, Annuário de Moçambique 1917…, p. 581. Return to text

87 Voir Charte approuvant les statuts de la SHPC de l’Orient, de 11.01.1924, Boletim Oficial, nº2, 1 ª série, 12.01.1924, p. 6-9. Return to text

88 Voir Livro de Ouro do Mundo Português – Moçambique, p. 41-45. Return to text

89 António Ventura, Uma História…, p. 774-775. Return to text

90 Voir António Hohlfeldt et Fernanda Grabauska, Pioneiros da Imprensa… Return to text

91 Lettre du 12 janvier 1931, de la RL Cruzeiro do Sul au Conseil de l’Ordre, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

92 Lettre du 12 janvier 1931, de la RL Cruzeiro do Sul au Conseil de l’Ordre, Archives Grande Oriente Lusitano. Return to text

93 Lettre du 12 janvier 1931, de la RL Cruzeiro do Sul Return to text

Illustrations

References

Electronic reference

Joaquim Grave dos Santos, « Les loges portugaises du Mozambique », Tsingy [Online], 27 | 2024, Online since 03 June 2025, connection on 09 January 2026. DOI : 10.61736/tsingy.130

Author

Joaquim Grave dos Santos

Directeur des archives du Grand Orient Lusitanien