Des sous-marins japonais au large de La Réunion en 1942 : de l’anecdote à la vision géostratégique

DOI : 10.61736/tsingy.542

Résumés

À partir d’un épisode méconnu, survenu dans le sud de l’île de La Réunion en juillet 1942, à savoir le survol d’un hydravion japonais au large des côtes, il est possible de dérouler le lien qui relie ce fait anecdotique de l’histoire de La Réunion, aux raids et aux maraudes de la 8e flottille japonaise dans l’océan Indien et, plus largement, aux stratégies des forces armées en présence, s’affrontant sur l’ensemble des océans. Ce sont ces aspects géostratégiques qui sont évoqués ici, dans une perspective à la fois spiralaire et globalisante, où les points de vue sont replacés dans le contexte plus général de la Seconde Guerre mondiale.

This story unroll the fine thread that links the flight of a little japanese seaplane, by chance noticed since the south coast of the Reunion Island, to the raids made by the Japanese Imperial navy in the Indian Ocean in 1942. It also tries to overview the proactive and reactive strategies led in this part of the world during the WWII.

Plan

Texte

Le 15 juillet 1942, un hydravion survole l’océan Indien au large de La Réunion. Il est aperçu au sud de l’île, par quelques habitants de Saint-Joseph, intrigués et inquiets. Le fait est étrange, d’autant plus qu’à ce moment, l’île subit un blocus éprouvant de la part des Forces Alliées2, et ce, depuis août 1940. D’où venait cet hydravion ? Où allait-il ? De quelle mission pouvait-il bien être chargé ? On peut avancer un début de réponse si l’on s’avise de la présence de la flotte japonaise dans la zone, depuis l’expansion nippone en Indochine au début de l’année 1942, elle-même consécutive au raid sur Pearl Harbor en décembre 1941. Les journaux3 de l’île n’évoquent cette présence japonaise que fortuitement, au travers des communiqués envoyés par Tokyo, ou Radio-Berlin, mais sans véritablement fournir d’indications sur l’avancée réelle ou la composition de la flotte nippone, et encore moins sa position dans l’océan Indien : « L’état-major de Tokyo multiplie ses efforts pour exploiter sans délai les avantages qu’il acquiert au cours de la bataille sur mer. Il se chuchote que les débris de la flotte britannique des Indes en fuite chercherait à rejoindre Maurice… »4. La rumeur locale donne aux informations les allures d’une fantasmagorie. Un débarquement japonais ? Si loin du Japon ? Si loin de tout, d’ailleurs… Pourtant, la marine anglaise accorde suffisamment de crédit à ces menaces pour organiser en mai 1942 un débarquement à Diego-Suarez, au nord de Madagascar. De Gaulle de son côté organise dans l’île de La Réunion un débarquement des Forces Françaises Libres, depuis le contre-torpilleur Le Léopard, fin novembre de la même année, ralliant ainsi du même coup la minuscule île de La Réunion, territoire bien éloigné semble-t-il des principaux théâtres d’opération, à la France combattante et aux forces Alliées.

Ces événements localisés peuvent donc paraître très anecdotiques, et de peu d’importance au regard de l’ensemble du conflit mondial à cette date ! En est-on si sûr ? Ces faits s’inscrivent en réalité dans une géostratégie plus globale, dont le Sud-Ouest de l’océan Indien est un élément à part entière. Une abondante historiographie anglo-saxonne révèle ainsi qu’une bonne partie de la flotte japonaise, sous l’autorité de l’amiral Nagumo, est en position d’avant-garde dans l’océan Indien, si bien qu’il devient dans la première moitié de l’année 1942, un théâtre d’affrontements et de course-poursuite entre des bâtiments japonais et la flotte britannique d’Orient (Royal Navy Eastern Fleet), sous le commandement de l’amiral Somerville5. Les enjeux géostratégiques en sont restés assez méconnus, par suite de la censure pratiquée non seulement pendant la guerre, mais aussi après la victoire.

Cet exposé se propose d’introduire cet épisode dans son contexte international, autour de l’année 1942. En premier lieu, il convient de rappeler la suprématie japonaise pour ce qui concerne la construction des sous-marins. Ce point technique permet de replacer les relations diplomatiques en temps de guerre dans l’océan Indien, considéré comme un espace géostratégique à part entière. Cependant, si ces aspects historiques restent encore aujourd’hui largement méconnus, c’est aussi en raison de la censure pratiquée pendant la guerre, et même après la capitulation du Japon.

Le potentiel technologique nippon

Des sous-marins géants

Les Japonais disposent en 1942 d’une grande puissance technologique, pour ce qui concerne la taille des bâtiments, leur force de frappe, et les opérations de liaison (ravitaillement et communications). Ils sont en avance dans la mise en œuvre de certains dispositifs techniques pour leur flotte de submersibles, devançant aussi bien les Anglais et les Américains que leurs alliés allemands ou italiens. Il en est ainsi de la fabrication des sous-marins géants de la série des I-9 (ou type A1), auxquels succèdent à la fin de la guerre des modèles encore plus imposants, les I-400. La mise en chantier de ces submersibles s’est faite rapidement, entre 1940 et 1941. Le gigantisme est leur première caractéristique. L’état-major nippon se dote ainsi de bâtiments disposant d’une très grande autonomie, capables de couvrir de très longues distances : 16 000 milles nautiques pour les I-9 (environ 30 000 km) et plus du double pour la série des I-400. Cinq sous-marins de ce modèle étaient initialement prévus, mais trois seulement furent effectivement construits. Ils dépassent 110 mètres de long, et sont rapides (plus de 23 nœuds en surface, soit environ 44 km/heure ; 8 nœuds en plongée). Ce sont, à cette époque, les plus grands sous-marins construits par la marine japonaise, capables de transporter un hydravion (et jusqu’à trois hydravions Aichi M6A pour les dernières générations qui sortent des chantiers navals au début de l’année 1943), y compris les pièces pour la construction d’un hydravion supplémentaire si nécessaire. Les Alliés sont alors loin de pouvoir rivaliser.

Document 1 : Le sous-marin I-16. On distingue sur le pont la catapulte qui permet le lancement de l’hydravion

Document 1 : Le sous-marin I-16. On distingue sur le pont la catapulte qui permet le lancement de l’hydravion

(Source : http://www.combinedfleet.com/Madagascar.htm)

De fait, une ingénieuse solution a été mise au point par les ingénieurs nippons : un hangar est aménagé sur le pont étroit des submersibles ; les ailes des hydravions sont détachées de la carlingue pour permettre d’y insérer l’appareil. Autant dire que les gestes de l’équipage doivent être très mesurés, étant donné l’exigüité des lieux. Pour décoller, l’avion est catapulté, à partir du pont du submersible. Ces hydravions servent surtout pour la reconnaissance des côtes. Ils peuvent couvrir plusieurs centaines de kilomètres, augmentant ainsi considérablement le rayon d’action de leurs sous-marins porteurs. Sur certains modèles les hydravions sont remplacés par de petits sous-marins de poche, dont la technologie a été mise au point dès le début des années 1930 au Japon. Ces sous-marins nains, surnommés moucherons (« midget ») par les Alliés, qui peuvent transporter deux torpilles, sont pilotés par un seul homme, un moteur électrique assurant leur propulsion.

La technique des sous-marins porteurs n’était pas inconnue des Alliés. La marine française avait conçu le Surcouf6, dont la taille est comparable à l’I-9 (avec cependant des performances inférieures en ce qui concerne la rapidité). Mais l’état-major français ne sut pas quoi faire exactement de ces éléments techniques qui passaient aux yeux de certains pour des « gadgets »7.

C’est pourtant là le réel avantage technologique de ces séries de sous-marins. L’état-major japonais, qui était inquiet à l’idée d’avoir à affronter le cas échéant les bâtiments de guerre des États-Unis, a donc délibérément choisi pour sa marine de miser sur le gigantisme, faute de pouvoir aligner un nombre suffisant de bâtiments en mer.

Des sous-marins rapides

En effet, très tôt, les Japonais se sont rendus compte qu’ils ne pourraient jamais rivaliser avec la flotte américaine en ce qui concerne la quantité ; aussi, pensent-ils suppléer à cette disproportion par la taille de leurs bâtiments, et par leur vitesse, de surface comme en plongée, grâce à un système de moteurs couplés, diésel et électrique8. Malgré cela, le déséquilibre numérique ira en s’accroissant, les chantiers navals américains produisent plus de navires que les Japonais n’en détruisent en les torpillant, dès la fin de l’année 1942… Les premiers sous-marins de type A1, les I-9, I-10, I-11, qui ont été envoyés dans l’océan Indien en 1942, ont un équipage d’environ une centaine d’hommes (par la suite, ce sont 144 hommes qui sont nécessaires à bord des sous-marins de la série I-4009). Les sous-marins japonais peuvent sillonner toutes les mers. Ainsi, le 5 août 1942, l’I-30 est le premier submersible nippon qui accoste à Lorient10, alors sous contrôle de la Kriegsmarine, après son départ de Tokyo (le 20 avril), via Penang - les Mascareignes - l’Afrique australe - l’Atlantique (où le bâtiment est escorté depuis la baie de Biscaye par des bâtiments allemands). Un périple d’un peu plus de trois mois et de 30 000 km, qui se conclura pour le capitaine Endo Shinobu par une rencontre avec Hitler à Berlin, avant de reprendre à bord de son bâtiment la route du retour. Cependant, le bâtiment ne termine pas son périple, et coule devant le port de Singapour, touché par une mine flottante, en octobre 1942. À l’intérieur des sous-marins, la vie est extrêmement pénible. Les risques de repérage et d’attaque sont grands. Pour y remédier, on navigue en plongée pendant la journée, en propulsion électrique. Le bâtiment ne fait surface que la nuit, utilisant les puissants diesels, consommateurs avides du précieux carburant convoité en Indonésie, afin de remplir les réservoirs d’air comprimés et de recharger les batteries mises à mal pendant la plongée11. Le temps de plongée peut être de 18 à 23 heures par jour. Ces interminables journées sont épuisantes. De plus, d’après tous les rapports, autant de la part des Allemands que des Américains, les installations sanitaires japonaises sont plus que sommaires et la vie à bord devient vite un véritable enfer, surtout pour les simples matelots, logés dans la chambre des torpilles. Stratégiquement, les sous-marins doivent naviguer de concert, en convoi de trois ou quatre bâtiments, l’un transportant un hydravion, de type Yokosuka E14Y (surnommé « Glen » par les Britanniques), destiné aux reconnaissances aériennes, les autres équipés des midgets. Leur vitesse étant plus rapide en surface, ils cherchent à y rester le plus longtemps possible, de nuit, afin de ne pas être repérés. Les hydravions de reconnaissance sont catapultés deux heures avant l’aube, pour les mêmes raisons de furtivité. La rapidité des manœuvres de catapultage, et de récupération, étonnent les Alliés, et constitue indéniablement un atout important pour la flotte des submersibles japonais : avec un entraînement intensif, les marins japonais peuvent préparer l’hydravion en une quinzaine de minutes, parfois moins…

Document 2 : Un hydravion Yokosuka E14Y, lancé depuis l’I-10, 8e flottille, océan Indien, 1942

Document 2 : Un hydravion Yokosuka E14Y, lancé depuis l’I-10, 8e flottille, océan Indien, 1942

(Source : https://pacificeagles.net/surface-raiders-submarines-indian-ocean/)

Des communications efficaces

Comme les Japonais attachent une grande importance à la transmission de renseignements, ces sous-marins ont été les premiers à disposer de contacts radio permanents entre hydravions, sous-marins en mission et état-major impérial japonais. À tout moment, le contact peut être établi avec Tokyo, de manière cryptée, tout comme avec la flotte allemande. Les Japonais modifient et complexifient régulièrement leurs codes, ce qui n’empêche pas les Alliés de briser tout aussi régulièrement lesdits codes, en particulier avec leur machine Ultra (disponible sur l’île Maurice) ce qui confère un avantage décisif aux Alliés au tournant de l’année 1942-1943. De plus, dès 1943, la technologie des radars, améliorée par les Alliés, met fin à l’immunité relative des grands sous-marins japonais. Il leur est également difficile de trop s’approcher des ports alliés dans l’océan Indien, comme par exemple Fremantle en Australie, dont l’accès est défendu par un câble sous-marin détecteur d’ondes électromagnétiques.

Les sous-marins de type A1 sont plutôt des appareils de reconnaissance, même s’ils disposent d’un armement assez conséquent. Outre les aspects proprement stratégiques, les missions de reconnaissance alimentent le service de cartographie impérial. L’état-major nippon dispose de cartes précises de la zone océan Indien (75 millions de km2, un peu plus de 8 300 km entre la côte orientale de l’Afrique et le nord de l’Australie) en particulier pour les régions autour des principaux ports majeurs. Reste enfin la question du ravitaillement. Dans l’océan Indien, celui-ci est assuré par deux navires : l’Aikoku-Maru et l’Hokoku-Maru12. Il existe aussi des sous-marins ravitailleurs, tout comme dans la flotte allemande (les Allemands les avaient surnommés « les vaches à lait »). Le ravitaillement nécessite de naviguer en surface. Ainsi, par précaution, ce type d’opération est effectué loin des routes maritimes utilisées par les convois alliés, ce qui pourrait ainsi expliquer la présence de l’I-10 au large des Mascareignes. La pratique de ravitaillement de sous-marins en mer est nouvelle et elle intrigue jusqu’en 1941 l’amirauté britannique. Tous ces éléments font qu’en 1940, la flotte japonaise peut être considérée comme la plus moderne du monde.

Coopération technique avec l’Axe

Ces perfectionnements sont issus d’une coopération avec l’Allemagne, déjà entamée avant la guerre. En effet, les dispositions drastiques du Traité de Versailles à l’encontre de l’Allemagne ne lui permettent pas de développer les forces armées dont elle estime avoir besoin. L’article 191 du Traité interdisait à l’Allemagne l’acquisition ou la construction de tout bâtiment submersible. Qu’à cela ne tienne : dès 1920, les chantiers Germania Werft et Vulcan vendent au Japon les plans de leur submersible grand modèle U-Kreutzer 142, et de leur mouilleur de mines U-117. Pour faire bonne mesure, des accords industriels sont aussi passés avec l’Argentine, la Suède ou l’Italie. Dès 1931, des sous-marins allemands sont discrètement assemblés et modernisés dans les bases japonaises. A partir de 1940, une fois la côte atlantique française conquise, les ports de Lorient et de Saint-Nazaire prendront le relais. Les rencontres entre les flottilles de submersibles japonais et les U-Boot de Raeder (Grand Amiral de la flotte) et de Dönitz, que ce soit en Europe, à Penang en Malaisie, ou à Tokyo, permettent des échanges de technologie13. Il y a également coopération en matière stratégique comme pour le principe de la formation « en meute » élaborée par Dönitz avant la guerre ou des opérations combinées flotte-aviation que développe la marine japonaise. Ainsi, c’est l’une de ces rencontres formelles qui conduit le sous-marin I-30 jusqu’à Lorient, après avoir traversé l’océan Indien, entre avril et août 1942, dans le cadre de la mission Yanagi. Outre ces aspects militaires, l’entraide est également économique : l’Allemagne se ravitaille en molybdène, en mica, en or, en matières premières issues de l’exploitation des provinces chinoises ou indochinoises occupées par le Japon, tandis que celui-ci récupère le fer, et d’autres produits nécessaires à son effort de guerre. Il y a même des échanges de virus, destinés à la pratique d’expériences criminelles au sein de l’Unité 731 qui mène ses expériences en Chine14. Cette aide économique et militaire est basée dans un premier temps sur le paiement cash de chaque livraison. Mais, dès l’entrée en guerre de l’Allemagne aux côtés du Japon, un nouvel accord est conclu. Commence alors une assistance technique et militaire plus approfondie. Les échanges ne sont plus payés cash ou en or, mais suivant des modalités plus souples. Au vu des pertes massives de cargos, dans la deuxième moitié de l’année 1942, les échanges se font exclusivement par sous-marins à partir de la fin de cette année…

Enfin, les deux principales puissances de l’Axe se partagent le théâtre d’opérations « océan Indien » à partir d’août 1942, de part et d’autre du 80° méridien Est, et autour du 20° parallèle Sud, ce qui explique la présence de navires allemands dans les terres australes françaises (l’Atlantis, jusqu’en 1941, et le Thor, par exemple). Ils attaquent les convois marchands, sans trop faire de prisonniers, ce qui explique les pertes très nombreuses parmi les équipages, et mouillent des mines…

Il est donc fort possible que l’hydravion aperçu au large de La Réunion en juillet 1942, provienne d’un sous-marin japonais. De fait, en explorant les textes et relations diverses issus, entre autres de l’état-major allié ainsi que les témoignages des acteurs de cette période, on s’aperçoit que l’océan Indien constituait un troisième théâtre d’opérations militaires, de 1942 à 1944, en sus de l’océan Atlantique et de l’océan Pacifique…

La guerre dans le sud-ouest de l’océan Indien : des enjeux stratégiques complexes

La guerre vue par le Japon

L’historiographie japonaise n’utilise guère la dénomination « Seconde Guerre mondiale ». Outre une sorte de loi du silence qui s’est instaurée après 1945, les (rares) témoignages recueillis, tout comme les documents issus des archives de la marine, nomment cette période de conflits impliquant l’archipel nippon entre 1937 et 1945, en fonction de la date des opérations, et surtout du lieu des combats et des occupations de territoires subséquentes : ainsi, le conflit principal est lié à l’« Incident de Chine », à partir de 1937 ; puis la « guerre du Pacifique », de 1941 à 1945, lorsque l’attaque de Pearl Harbor entraine l’entrée en guerre officielle des États-Unis ; enfin, la guerre du « Sud », à propos des Philippines, mais aussi pour la zone du détroit de Malacca, et pour la partie nord-est de l’océan Indien15. L’expression « Sud » englobe également pour les Japonais la partie ouest de l’océan Indien, autour de Madagascar, des Mascareignes ou des îles Seychelles ! Les historiens asiatiques parlent aussi de la « guerre de l’Asie-Pacifique », (l’Asie ou le Pacifique débordant largement sur l’océan Indien) ou de la « guerre de quinze ans »16. Les soldats japonais sont en effet engagés depuis l’invasion de la Mandchourie en 1931, laquelle inaugure une longue période d’expansion, largement encensée par les médias nippons, au cours de laquelle l’intrusion fulgurante dans l’océan Indien au début de l’année 1942 conforte un sentiment général de suprématie soigneusement entretenu par toutes sortes de moyens de propagande. Rappelons enfin que l’armée est, de facto, à la tête de l’État nippon dès 193617. En février 1938, les militaires imposent une loi de mobilisation nationale qui leur permet de s’emparer de l’ensemble des leviers de commande et d’obtenir un droit de contrôle sur l’industrie en cas de guerre, ce qui est effectif en 1941. Auparavant, dès décembre 1934, le Japon avait dénoncé les accords de Londres sur la réduction des armements navals. Poursuivant sur cette lancée, le 15 janvier 1936, le Japon quitte la nouvelle conférence de désarmement naval tenue à Londres quand ses interlocuteurs lui refusent la parité avec les États-Unis. Enfin, le traité de neutralité conclu avec l’U.R.S.S. le 13 avril 1941 libère l’état-major japonais du souci de surveiller ses limites nord et ouest. Ainsi, paradoxalement, il complète le Pacte Anti-Komintern signé entre le Japon et l’Allemagne en 1936 qui est renouvelé en 1941.

L’affaiblissement de la France depuis août 1940 et l’entrée en guerre de l’Italie incitent le Japon à conclure un pacte tripartite avec celle-ci et l’Allemagne nazie même si, dans un premier temps, aucune action commune n’est envisagée. Dans le cadre du pacte tripartite qui lie les trois pays dans les domaines militaire et économique, de nombreux convois allemands et italiens firent ainsi la navette vers le Japon jusqu’à la fin de l’année 194118.

Dans ce contexte, après avoir détruit une partie de la flotte des États-Unis basée à Pearl Harbor le 7 décembre, les Japonais engagent une escalade grisante dans la poursuite des avantages militaires acquis sur le terrain maritime : de là, l’idée de continuer à harceler, voire détruire les flottes alliées y compris en direction de l’océan Indien. Jean-Louis Margolin affirme que Pearl Harbor représentait avant tout pour Tokyo un moyen de se sortir de l’enlisement sur le continent chinois, le conflit sino-japonais s’inscrivant pleinement dans la Seconde Guerre mondiale. L’historien Antony Beevor montre quant à lui que, en portant la guerre sur deux espaces maritimes, l’océan Pacifique et l’océan Indien, résidait l’unique chance pour le Japon de vaincre la puissance navale des États-Unis combinée à celle, redoutée, de l’Empire britannique, à la condition expresse de mener les opérations avec rapidité... Ainsi, au lendemain de Pearl Harbor, le Japon impose à l’amiral Decoux un accord de défense qui place l’Indochine sous son contrôle. Début 1942, c’est une série de raids aériens, complétés par des opérations en mer depuis la base de Penang19 dans le nord-est de l’océan Indien. De fait, Singapour est rapidement occupé, et les Britanniques délogés de Malaisie. Clairement, l’armée pousse à la poursuite de l’expansion dans l’océan Indien, malgré quelques dissensions internes :

Le Général Tojo, premier ministre nippon, (…) après avoir souligné que les buts essentiels de la stratégie japonaise consistent à occuper les principales bases ennemies et à contrôler les ressources utiles à la conduite de la guerre a ajouté que son gouvernement était désireux de s’entendre avec les Philippins et les Birmans en ce qui concerne l’octroi de leur indépendance20.

L’article du journal Servir indique ensuite que le Général Tojo fait allusion au « nouvel ordre asiatique », la fameuse « Sphère de co-prospérité asiatique » dont les premiers principes ont été évoqués dès le début des années trente au sein des cabinets ministériels nippons.

Stratégie de l’Axe dans l’océan Indien

C’est ainsi que le survol de l’île de La Réunion par un hydravion en 1942, en dépit de son caractère anodin, met en lumière le dispositif de surveillance stratégique et systématique dans le Sud-Ouest de l’océan Indien, opéré par la marine japonaise. Pour arriver à leur fin, les Japonais s’appuient sur la marine allemande dans la zone. Ils ont cru habile de rallier à leur stratégie l’Allemagne nazie, vainqueur des puissances coloniales européennes, qu’ils pensent capable de les aider à assurer leur domination sur l’ensemble de l’Extrême-Orient, où l’Allemagne n’a pourtant ni possession, ni revendication. Lorsque l’Allemagne nazie envahit l’U.R.S.S. en juin 1941, il ne reste, pour aider la Chine, en guerre contre le Japon, que les États-Unis (qui ne sont pas « officiellement » dans le conflit), implantés dans l’archipel des Philippines et dans les îles de l’océan Pacifique, et la Grande-Bretagne. Or, celle-ci est aux prises avec la flotte allemande, dans l’océan Atlantique. Il n’y a que peu de bâtiments de la marine britannique dans l’océan Indien. De plus, par précaution, le Japon avait réclamé des garanties à l’Allemagne nazie en novembre 1941, pour qu’elle s’engage à déclarer la guerre aux États-Unis dès que les Japonais auraient attaqué21. Le lendemain du raid japonais sur Pearl Harbor, les midgets, ces petits sous-marins de poche lancés depuis les grands submersibles, sont dépêchés pour constater l’importance des dégâts : l’I-10 fait partie de la flottille des sous-marins lanceurs. Trois jours plus tard les deux seuls cuirassés britanniques présents en Extrême-Orient, le Prince of Wales et le Repulse, sont détruits. Les Japonais décident alors de profiter de leur avantage et lancent leurs attaques aussi bien dans le sud du Pacifique que dans l’océan Indien. Ils harcèlent également la flotte britannique orientale, qui se voit contrainte de rechercher de nouveaux abris dans la partie ouest de l’océan Indien.

C’est ensuite la conquête de la Malaisie, avec six divisions qui débarquent en plusieurs points de la presqu’île de Malacca et qui foncent en direction du sud : la grande base navale britannique de Singapour est prise (les défenses de la base étaient tournées vers la mer alors que les Japonais arrivent par la terre). C’est un désastre pour la marine britannique, que la presse réunionnaise relate.

Du côté oriental de l’océan Indien, toujours à partir de février 1942, la marine et l’aviation japonaises22 mènent de concert une série de raids stratégiques tout au long des côtes australiennes visant les infrastructures et les approvisionnements, dont l’un des résultats est l’abandon du port de Darwin comme base navale majeure. Du côté occidental, c’est à la demande de l’Allemagne, soucieuse de gêner, voire d’empêcher l’approvisionnement en énergie, hommes et matériaux des forces alliées, que la 8e flottille, sous les ordres du vice-amiral Ichizaki, est dispatchée. Basée secrètement à Penang, aux confins de la Malaisie, la 8e flottille est lancée à la recherche de la flotte britannique, qu’elle poursuit d’Aden à Simonstown… Cette flottille avait été spécialement constituée après l’attaque de Pearl Harbor par l’amiral Yamamoto, bien qu’il ne considérât pas l’océan Indien comme son souci principal. Pour Yamamoto, il s’agissait surtout d’assurer les arrières de la flotte nippone par rapport à la Royal Navy. Malgré tout, les missions confiées à la 8e flottille rejoignent le désir de l’amirauté allemande de bloquer le plus possible les trois principales routes de convois de ravitaillement, empruntées par la marine marchande et qui passent dans la partie ouest de l’océan Indien : la route du 8e parallèle ; celle qui passe par le canal du Mozambique en direction de l’Asie ; et la route qui passe au large des Mascareignes. Ce sont, pour deux d’entre elles, des routes de mousson. D’où le nom de code donné en 1943 pour deux séries de raids menés par 11, puis 44 U-Boots allemands, « Monsoon ». En effet, les opérations de harcèlement des convois alliés par les forces de l’Axe sur les routes maritimes de l’océan Indien conduisent, à la fin de l’année 1942, à envoyer par le fond 195 navires marchands alliés, pour un total de 724 000 tonnes (contre 20 navires, totalisant 73 000 tonnes23 en 1941). Ces attaques laissent derrière elles un grand nombre de « disparus en mer », les manœuvres pour porter secours aux naufragés, ennemis ou non, faisant perdre un temps précieux et surtout risquant de faire repérer les sous-marins par d’éventuelles forces aériennes. La menace pesant dans cette zone était donc bien réelle, et avait de quoi alimenter bien des rumeurs ! Au tournant de l’année 1942-1943, on observe même un jeu de bascule dans cet océan entre la marine japonaise et la marine allemande. Au début de l’année 1942, l’Amirauté allemande (les succès enregistrés dans la bataille de l’Atlantique dans la première partie de l’année lui permettant d’envoyer des sous-marins loin en Orient) demande aux Japonais d’intervenir dans la zone, afin de distraire du front atlantique des bâtiments militaires alliés destinés à protéger les convois marchands ; en 1943, les Japonais, à leur tour, en difficulté dans la guerre du Pacifique, demandent à la marine allemande de les soulager en intervenant dans l’océan Indien (opération Monsoon).

Document 3 : Jusqu’à la fin de l’année 1944, les Allemands échangent informations et matériels avec les Japonais

Document 3 : Jusqu’à la fin de l’année 1944, les Allemands échangent informations et matériels avec les Japonais

(Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Monsun)

Stratégie des Alliés dans le sud-ouest de l’océan Indien

Si l’on revient au début de l’année 1942, force est de constater que les conditions de la guerre sont plutôt favorables aux troupes de l’Axe. Victorieuse dans un premier temps en Afrique du Nord, avec les troupes de l’Africa Korps de Rommel, l’Allemagne nazie, soucieuse d’alléger son effort de guerre tant sur le front de l’Est qu’en Orient, demande au Japon d’intervenir dans l’océan Indien, afin de menacer le ravitaillement en produits pétroliers des forces alliées, ravitaillement destiné également à l’U.R.S.S. Cela rejoint les préoccupations de l’état-major japonais qui, de son côté, souhaite couper court à tout ravitaillement des troupes chinoises via la Birmanie et les possessions britanniques au Nord-Est de l’océan Indien.

Lorsque les raids japonais du début de l’année 1942 délogent la flotte orientale de l’amiral Somerville de ses bases asiatiques, celui-ci doit trouver d’urgence une base de repli, en la tenant, si possible, secrète au regard de l’ennemi. Une partie de la Royal Navy se replie ainsi dans l’océan Indien, d’abord à Ceylan24, puis aux Maldives à en Afrique du Sud, cherchant à protéger la route du 8e parallèle, vitale pour l’approvisionnement des Alliés, sur un océan dont le Royaume-Uni se considère comme bordier (Inde, Malaisie, Birmanie, Singapour). Les Pays-Bas, de leur côté, bien qu’occupés par l’Allemagne nazie en Europe, continuent la guerre, leur gouvernement en exil à Londres contrôlant les Indes néerlandaises, source majeure d’approvisionnement en matières premières. C’est tout cet ensemble de territoires coloniaux que le Japon bouscule et occupe début 1942. Certes, à Fremantle en Australie, les Alliés disposent d’une importante base de sous-marins. Les submersibles qui y stationnent sont pour l’essentiel américains, néerlandais et britanniques25. Cependant, ces submersibles n’ont pas les capacités des grands sous-marins japonais, car leur moindre rayon d’action les cantonne au Sud-Est de l’océan Indien, et au Sud de l’océan Pacifique. Quant aux grands navires de guerre, ils ne peuvent accoster à Fremantle, et doivent rechercher des abris aux eaux plus profondes. Le port de Fremantle est équipé de défenses aériennes et dispose d’un câble anti-sous-marin capable de bloquer l’approche des submersibles japonais ainsi que de mines flottantes. Dans ce contexte déjà peu favorable, une autre difficulté à laquelle sont confrontées les forces alliées, c’est le manque de confiance qui peut parfois exister entre Britanniques et Américains. Une méfiance réciproque jointe à l’absence, du moins dans un premier temps, de commandement unifié. Ainsi, la flotte britannique ne sait pas grand-chose des missions des sous-marins en provenance du Japon, via la base de Penang car les Américains ne lui transmettent pas systématiquement le contenu des interceptions de messages codés japonais.

Ainsi, en mai 1942, pendant que des reconnaissances s’effectuent dans l’océan Indien, une autre escadrille japonaise de cinq sous-marins, commandée par le capitaine de vaisseau Sasaki, opère près des côtes australiennes. Le 31 mai, une attaque a lieu contre le port de Sydney. Elle échoue : les appareils se prennent dans des filets, leurs torpilles explosent à bord. Tous les marins sont tués, mais le récit de leur audace est utilisé par la propagande pour maintenir une ardeur guerrière et servir de modèle auprès des soldats restés au Japon.

En même temps que l’attaque de Sydney, se déroule une opération au Nord de Madagascar. En réalité, c’est tout-à-fait par hasard que les Japonais repèrent une partie de la flotte britannique à Diego-Suarez dans la nuit du 29 au 30 mai 1942, au cours d’une mission de reconnaissance menée par un petit hydravion catapulté depuis le sous-marin I-10. L’I-10, commandé par le capitaine Kayahara, a été construit dans les arsenaux de Kawasaki et mis en service en 1939. Il a déjà participé à plusieurs missions depuis Pearl Harbor. Dans la nuit du 29 au 30 avril 1942, il quitte la base de Penang, se fait ravitailler par l’Hokoku-Maru le 5 mai, puis effectue des reconnaissances dans une bonne partie de l’océan Indien, escorté de trois autres sous-marins, l’I-16, l’I-18 et l’I-20. Les bâtiments approchent ainsi des côtes sud-africaines (il leur faut trois semaines environ pour traverser l’océan Indien) ; ils passent au large de Durban (le 20 mai, observations avec l’hydravion), East London, Port Elizabeth, et Simonstown les jours suivants, tandis qu’une autre escadre de sous-marins explore Aden, Djibouti, Zanzibar et Dar-es-Salam, puis Mombasa, entre le 25 avril et le 20 mai. L’exploration est minutieuse, coordonnée et systématique. Lorsque les Japonais tombent sur les bâtiments de la Royal Navy à Diego-Suarez, ils décident de profiter de la situation en expédiant les midgets de l’I-16 et de l’I-20 dans la rade malgache pour torpiller le Ramillies, que l’hydravion de l’I-10 avait découvert, ainsi que le ravitailleur British Loyalty. Le Ramillies, bien qu’endommagé, put cependant regagner Durban ; du côté japonais, les deux midgets furent perdus, avec leur équipage... L’hydravion de l’I-10 effectue deux reconnaissances dès le lendemain de l’attaque pour estimer les dégâts. En voici le récit fait par le capitaine Moshitsura Hashimoto26 :

À la fin d’avril 1942, les I-10, I-16, I-18, I-20 et I-30 appareillèrent pour l’océan Indien, avec escale à Penang, et exécutèrent une reconnaissance de plusieurs points importants de la côte africaine, à la suite de laquelle il fut décidé d’attaquer Diego-Suarez, le 31 mai. La veille, l’hydravion de l’I-10 signala qu’un cuirassé de type Queen Elisabeth, un croiseur et plusieurs autres navires étaient mouillés dans cette rade. Le 30 à minuit, des sous-marins nains transportés par l’I-16 et l’I-20 furent mis à l’eau à dix milles de l’entrée. L’I-18 devait également en lancer un troisième, mais celui-ci ne put se mettre en marche à cause d’une avarie de moteur. L’I-16 et l’I-20 attendirent jusqu’au 2 juin au point convenu pour le rembarquement, mais aucun des deux sous-marins nains ne revînt.

Document 4 : Une partie de la flotte impériale japonaise poursuit son avance dans l’océan Indien en mars1942 : de gauche à droite, les navires Akagi, Sōryū, Hiryū, Hiei, Kirishima, Haruna, et Kongō. Ces navires œuvrent de concert avec la flottille de sous-marins. La photographie est prise depuis le navire Zuikaku

Document 4 : Une partie de la flotte impériale japonaise poursuit son avance dans l’océan Indien en mars1942 : de gauche à droite, les navires Akagi, Sōryū, Hiryū, Hiei, Kirishima, Haruna, et Kongō. Ces navires œuvrent de concert avec la flottille de sous-marins. La photographie est prise depuis le navire Zuikaku

(Source : https:// commons.wikimedia.org/wiki/File :GF_in_Indian_Ocean,_1942.jpg)

Pendant ce temps, le sous-marin I-30, qui avait quitté Penang plus tôt, le 20 avril 1942, accompagné de deux croiseurs auxiliaires, patrouillait dans le canal du Mozambique, après avoir effectué une série de reconnaissances le long de la route nord de l’océan Indien. Aden, le 7 mai, est reconnu à partir d’un hydravion (toujours à la recherche de l’Eastern Fleet de Somerville), Djibouti le lendemain, Zanzibar et Dar-es-Salaam le 19 mai, et enfin Mombasa le 20 mai. Ce sont bien les trois routes principales de circulation dans l’océan Indien qui sont surveillées, en particulier celle qui double le canal du Mozambique et passe au large des Mascareignes.

Qu’en est-il de la situation de La Réunion dans ce cadre général ? Son relief n’est pas favorable à une opération de débarquement. Elle est cependant d’un grand intérêt stratégique. Territoire sous contrôle de l’État Français, les Alliés la considèrent comme susceptible d’accorder des facilités aux forces de l’Axe, car l’île se situe assez près de la route maritime reliant l’Afrique du Sud à l’Australie, que de nombreux de convois alliés empruntent. Dans ces conditions, elle pourrait servir de poste avancé pour des raids à leur encontre. Les moyens de défense de l’île sont symboliques : le corps de défense est dirigé par trois officiers, quelques sous-officiers et un médecin militaire, pour un total de 272 soldats. Pas de quoi opposer une défense sérieuse en cas de débarquement anglais… ou japonais ! C’est pourquoi, sur l’île, on ne mise que sur la surveillance, et advienne que pourra. Au long des côtes ouest et sud de la colonie, à la Pointe des Galets, Saint-Pierre, Sainte-Suzanne, Saint-Joseph et Sainte-Rose, des postes de vigie sont mis en place27. C’est sans doute depuis le poste de vigie de Saint-Joseph que l’hydravion japonais a été aperçu… En tous les cas, ces différents postes sont reliés par téléphone au chef-lieu, à Saint-Denis. La nuit, ordre est donné d’éteindre les phares, de Sainte-Suzanne, sur la côte au vent, à l’est, et de Saint-Pierre, côte sous le vent, au sud. Un système de signalisation optique pour les navires est installé à Saint-Denis et au Port. En la matière, le gouverneur de La Réunion applique les mêmes dispositions que celles mises en place à Maurice, sous les ordres du gouverneur Sir Donald Mackenzie Kennedy, et du lieutenant-colonel Yates. Yates, dépêché dans l’île pour prendre en charge les forces territoriales mauriciennes qui avaient d’abord servi en Inde. Il a maintenant pour mission de procéder à l’entraînement rigoureux des troupes sur place, composées de trois unités qui avaient été constituées le 30 décembre 1941 pour assurer la défense de l’île : un régiment d’infanterie, un autre d’artillerie (avec six positions tout autour de Maurice ainsi que sur l’île aux Aigrettes au large de Mahébourg), et le Home Guard, un service de défense civile. C’est également de ce moment que commence la construction d’une piste pour les avions à Plaisance28. L’ensemble prend le nom de Mauritius Defence Force. Ces dispositifs, complétés en 1943 par un canon anti-aérien et trois puissantes lampes de recherche, sont plus conséquents que les installations de La Réunion. Heureusement pour Maurice, ils ne serviront guère. De son côté l’île Rodrigues, à 600 km à l’est de Maurice, est moins bien lotie. La petite île se trouve très démunie lorsqu’un bâtiment japonais tire sur Port Mathurin, cherchant à détruire un relais de transmission radio sur la colline en arrière du port. L’incendie qui en résulte ayant été aperçu depuis le navire met fin à l’attaque, le navire japonais s’éloigne, pensant avoir atteint sa cible. Il s’avère en réalité que le bâtiment de transmission est intact. Les Japonais ont été abusés par l’incendie d’un immense tas de noix de cocos entreposées juste à côté qui avait pris feu29.

Document 5

Document 5

Source: Rotem Kowner, University of Haifa, Israel, in « When economics, strategy, and racial ideology meet: inter-Axis connections in the war time Indian Ocean », Journal of global History, 2017, Cambridge University press

Des logiques de propagande différentes

À La Réunion

Le « front des mers », c’est ainsi que le journal Le Peuple traduit approximativement les termes allemands et anglo-saxons de la guerre maritime. En guise d’information, ce journal, comme la plupart des autres médias, se contente de reproduire servilement les chiffres de la guerre au tonnage à laquelle se livrent les forces en présence, sans faire de commentaire sur cette guerre sous-marine à outrance, voulue et menée par les forces de l’Axe. La presse est rigoureusement censurée. Depuis que le gouverneur Pierre Aubert a rallié en juin 1940 le régime instauré par le Maréchal Pétain (tout comme le gouverneur général de Madagascar)30, il prend des mesures pour contrôler la presse et les médias. Dès le début du mois de juillet 1940, les nouvelles « qui parviennent de Londres », classées sous la rubrique « Comité National Français », sont censurées31. Par la suite, tout signe ostentatoire relatif aux forces de la France Libre sont interdits dans la rue. Ainsi, le prince Vinh-San, en exil forcé à La Réunion, photographe et radio amateur a installé dans la vitrine de sa boutique à Saint-Denis une série d’ampoules formant un « V ». Il devient dès lors sujet à des tracasseries administratives et est même emprisonné quelques temps.

De novembre 1940 à février 1942, Jean-Jacques Pillet, Chef du cabinet du gouverneur, orchestre la propagande favorable au régime installé à Vichy. Ce sont les diffusions quotidiennes sur Radio-St Denis, à la gloire du Maréchal, de la Révolution nationale, et de la Légion Française des Combattants et Volontaires (depuis novembre 1941), qui assurent une propagande fort active. Pillet est soutenu par une partie de la classe dirigeante de Saint-Denis : Armand Barau, nommé Maire de Saint-Denis par un arrêté du 19 février 1941, préside un Comité de Propagande Pétain ; Augustin Mondon, Maire de Saint-Pierre, représente fièrement La Réunion, porteuse des valeurs de la Révolution nationale à la Foire-Expo de Tananarive à Madagascar, du 20 juin au 5 juillet 1942 ; Monseigneur Cleret de Langavant, évêque de La Réunion, relaie les intimidations à l’encontre des fonctionnaires récalcitrants dans son journal Dieu et Patrie

Les peines encourues pour « anglophilie maladive » ou « anglophilie militante » (ici, ce sont les « Gaullards »32 qui sont visés) sont dissuasives : cinq ans de prison et cinq mille francs d’amende ! Écouter la radio mauricienne est interdit ! Ceci dit, le nombre de postes de radio est très limité dans l’île, et d’ailleurs, l’inventaire en a été fait sous le gouverneur Aubert dès le début de la guerre. Un rapport de police de 1941, optimiste, envoyé au Cabinet du gouverneur, rend compte de son enquête au sujet de ces questions autour de l’écoute de Radio-Maurice :

L’annonce de la renaissance de la radio française a comblé les vœux de nombreux auditeurs. Il est regrettable, qu’on n’ait jamais donné les heures d’émissions et que les diffusions ne soient pas devenues plus attrayantes. (…) Dans ces conditions, les auditeurs avides d’entendre quelque chose, écoutent beaucoup Londres, et ceci non par sympathie mais faute de mieux33.

L’auteur du rapport d’enquête dénonce indirectement l’amateurisme des diffusions radiophoniques organisées par le service de propagande dirigé de fait par Pillet, et minimise la tentation résistante de la bourgeoisie locale détentrice de postes de radio… En fait, il s’agit d’empêcher le même phénomène de ralliement aux Forces de la France Libre que celui observé aux Antilles françaises où quelques 2 500 Antillais ont rejoint les îles anglaises voisines de la Dominique et d’Antigua, ce qui leur vaut d’être considérés par l’amiral Robert comme des « dissidents »34.

De toute façon, il semble que la priorité du gouverneur Aubert soit véritablement de préserver la population réunionnaise, en tenant compte de manière réaliste de la grande faiblesse concernant la défense de l’île en cas d’attaque, par air ou par mer. Inutile d’affoler la population puisqu’on ne peut pas faire grand-chose. Rien ne filtre donc concernant l’éventuelle présence d’ennemis. Et puis, qui sont les « ennemis » au juste, pour un territoire isolé par le blocus britannique, et qui dépend, administrativement, des autorités qui siègent à Vichy ? Dans un entretien avec Emma Defaud35, Camille Bourhis, âgé de vingt ans en 1942, raconte sa perplexité lorsqu’il se retrouve sur le toit de la caserne Lambert, à l’entrée de Saint-Denis, avec quatre autres jeunes réservistes, observant l’arrivée du navire Léopard affrété par les Forces Françaises Libres en novembre 1942. Il ne sait pas, tout comme ses compagnons, si le navire est français ou anglais : « on a même dit que les Japonais pourraient débarquer ! Si le navire est anglais, il faut tirer ! »

Ce genre de rumeur court déjà depuis plusieurs mois. Dans un petit fascicule intitulé « Les affamés de Saint-Denis », l’auteur évoque l’épisode rocambolesque du débarquement de mars 1942, en pleine nuit, à l’embouchure de la rivière Saint-Gilles, d’un petit commando venu de l’île Maurice :

Ce commando a pour mission de s’assurer de l’importance et de l’efficacité de la défense de l’île en vue de l’occuper éventuellement, car, depuis la fulgurante avance des nippons dans l’océan Indien et, à la suite du torpillage, en plein jour, d’un navire marchand anglais près de l’île Maurice, il est question d’un possible débarquement japonais sur nos côtes. À l’époque, la rumeur publique parla beaucoup, à La Réunion, d’un bateau fantôme (un sous-marin pour certains) qui, la nuit venue, hantait les abords de l’île36.

Dans les jours qui suivent l’annonce du débarquement anglais (avec des bataillons sud-africains et mauriciens) le 5 mai 1942, au nord de Madagascar, on procède à une mise en état d’alerte à La Réunion37. La drague Le Bouteville est coulée à l’entrée du Port de La Pointe des Galets, au nord-ouest de l’île. Le gouverneur Aubert qui aurait aimé disposer de moyens de défense plus importants, réclame en vain depuis longtemps, 15 postes de gendarmes supplémentaires et deux avions de chasse pour faire respecter ses eaux territoriales. Le dispositif de défense très limité est juste complété par la mise en place de poudrières et d’un poste de commandement avec abri et système de transmission, et l’on creuse des tranchées à Saint-Denis, à Saint-Pierre et au Port ! Le 31 mai, exercice d’alerte et panique à Saint-Denis, où 9 000 personnes quittent le chef-lieu pour les hauteurs, en direction de Salazie. Cette évacuation chaotique est relatée avec pittoresque par Joseph Toussaint, dans Nout ti pei La Réunion dann tan la ger38.

Document 6 : Map of the Indian Ocean area, showing Madagascar and the sea lanes it might threaten. Gift of Nancy McBeth, 2010.431

Document 6 : Map of the Indian Ocean area, showing Madagascar and the sea lanes it might threaten. Gift of Nancy McBeth, 2010.431

Source: The National WWII Museum, New Orleans http://www.nww2m.com/2012/05/operation-ironclad-the-battle-of-madagascar/

Cependant, depuis la fin de l’année 1940, le principal souci du gouverneur est la question du ravitaillement. D’ailleurs, au cours du mois de juillet 1942, Pierre Aubert est occupé à faire le tour des cantines scolaires... Plusieurs mesures ont été prises dès septembre 1939 et surtout à partir de l’annonce de l’armistice, pour inciter la population à cultiver des légumes, du manioc, du maïs… bref, à se débrouiller par elle-même pour assurer sa subsistance, quitte à arracher la canne à sucre (jusqu’à 50 % des surfaces cultivées). Signalons que l’île Maurice est également soumise à des mesures de restrictions et de rationnement ; là aussi, le riz fait défaut, et la population est invitée à consommer du maïs, des ignames, et toutes sortes de tubercules. Mais, pour ce qui concerne la situation dans la petite île française, elle se dégrade nettement après mai 1942, puisque les deux navires assurant la liaison avec Madagascar ont été saisis à Diego-Suarez. Les relations maritimes sont rompues. La Réunion est pratiquement coupée du reste du monde à la mi-année 194239.

Document 7 : Le 8 mai 1942, à Diego-Suarez (Antsirane) : signature de la reddition des forces navales françaises fidèles au Maréchal Pétain, représentées par le Colonel Claerbout, au centre, face aux officiers britanniques, représentés par Robert Sturges, des Royal Marines et par le vice-amiral Syfret, 2° à gauche, face au photographe ; c’est le début de l’occupation britannique qui dure jusqu’en janvier 1943, malgré un armistice signé le 8 novembre 1942

Document 7 : Le 8 mai 1942, à Diego-Suarez (Antsirane) : signature de la reddition des forces navales françaises fidèles au Maréchal Pétain, représentées par le Colonel Claerbout, au centre, face aux officiers britanniques, représentés par Robert Sturges, des Royal Marines et par le vice-amiral Syfret, 2° à gauche, face au photographe ; c’est le début de l’occupation britannique qui dure jusqu’en janvier 1943, malgré un armistice signé le 8 novembre 1942

© IWM (A 8869)

À l’île Maurice

De son côté, l’île Maurice, colonie britannique, se lance plutôt avec enthousiasme dans un effort de guerre destiné à soutenir celui entrepris par sa métropole. Beaucoup de Mauriciens s’engagent. On les retrouve dans les combats au Moyen-Orient40. À Madagascar, le Mauritius Regiment41 est incorporé dans les opérations de débarquement à partir de mai 1942. Les recrues mauriciennes y sont d’ailleurs confrontées à la discrimination de la part des Britanniques et des Sud-africains, au point de se mutiner42, avant d’obtenir gain de cause, sur le point des différences de traitement à propos de la nourriture. D’autres s’engagent résolument au sein de la Royal Air Force, où l’on retrouve également des Réunionnais, comme l’aviateur Maurice Samat, qui quitte La Réunion dès le 28 octobre 1940 pour rejoindre Maurice, puis Londres.

Enfin, plusieurs Mauriciens, et Mauriciennes, s’engagent dans le Special Operations Executive (S.O.E.), le service d’espionnage chargé entre autres d’intercepter et de décoder les transmissions radio échangées par les forces japonaises ou celles de l’Axe. Les informations recueillies sont transmises à Bletchley Park, via la base britannique de Mombasa au Kenya, puis Aden, les Anglais se repliant de plus en plus vers l’ouest depuis que Ceylan est sous la menace japonaise.

À Vacoas, il y a une station secrète de décryptage, qui utilise les installations de réception radio mises en place par la marine britannique et qui a pour but de décoder les messages transmis par la flotte japonaise. Cet effort de guerre un peu particulier est le fait d’une initiative privée, semble-t-il, émanant d’un propriétaire terrien, à la tête du service local de la censure et de l’Information, Edward Lipton, apparenté à la célèbre famille des producteurs de thé. Il emploie près de 80 personnes (qu’il qualifie de « va-nu-pieds indisciplinés ! »43, et qu’il paye entre 3 et 5 roupies) au décryptage minutieux des messages interceptés. Il reçoit en outre une aide précieuse de la part d’un botaniste employé au département de l’agriculture coloniale, ayant appris le japonais, d’une secrétaire de direction dont on dit qu’elle a un cerveau « particulièrement doué pour les mots croisés » et d’un apprenti chimiste qui fréquente la base secrète de réception et de décodage de temps à autre. Les messages décodés sont ensuite envoyés à Londres, Bletchley Park, parfois via l’entremise des femmes des officiers britanniques en poste à Maurice, lorsqu’elles regagnent l’Angleterre.

L’avantage significatif conquis par les Alliés dans leurs opérations de décryptage est perdu en février 1942, quand les Allemands perfectionnent Enigma en lui ajoutant un quatrième rotor, et quand les Japonais, à leur tour, complexifient leur système de double codage. Du coup, les pertes alliées au cours de l’année 1942 et au début de 1943 sont effroyables. C’est donc seulement en 1943 que, mettant à profit les renseignements reçus de Bletchley Park et en améliorant les systèmes de détection de leurs navires, les Alliés retrouvent un avantage qui s’avèrera décisif.

Pour ce qui concerne la presse, l’île Maurice reçoit et diffuse bien évidemment plus d’informations que la presse réunionnaise. Les trois journaux locaux (Le Mauricien, Le Cernéen, et Advance) relaient la propagande de la France Libre, qui est également diffusée sur les ondes et peut être captée par les quelques 855 postes récepteurs déclarés à La Réunion en avril 1941. A Maurice, le nombre de postes de radio est plus conséquent, passant de 72244 en 1939 à 2 643 en 1943 !

Au Japon

La longue période d’expansion et d’occupation de territoires, à partir de 1931, est largement encensée par les médias japonais (cinéma, radio, bandes dessinées, affiches). Des dessinateurs sont recrutés pour la propagande en faveur de l’armée et des conquêtes. Ils sont regroupés en une association unique, avec pour objectif de « servir la nation » en renforçant l’esprit de combat, la haine des ennemis anglo-américains, et en organisant des expositions pour inciter la population à soutenir l’effort de guerre, et à se débrouiller avec les pénuries ! C’est le cas de Yokoyama Ryuichi, l’un des dessinateurs de bandes dessinées parmi les plus célèbres, qui crée le personnage d’un petit garçon, Fuku-chan, dont les aventures sont publiées dans la journal Asahi, de 1936 à la fin de la guerre. Les talents de ces dessinateurs sont également utilisés pour agrémenter d’élogieuses cartes de propagande consacrées aux conquêtes (ou plus exactement à « l’avancée » comme le suggère le titre de la carte publiée en 1942 ci-dessous) des Japonais dans l’océan Indien.

Document 8 : 1942 : Carte de propagande japonaise, faisant partie d’un lot avec une autre carte qui montre l’avancée dans l’océan Pacifique (Auteur inconnu)

Document 8 : 1942 : Carte de propagande japonaise, faisant partie d’un lot avec une autre carte qui montre l’avancée dans l’océan Pacifique (Auteur inconnu)

(Collection personnelle de l’auteur)

Commentaire de la carte (source inconnue)
Titre (cartouche à gauche) : Carte de l’avancée dans « l’océan de l’Ouest ».
- les points ronds indiquent les ports ; les bombes et les torpilles les lieux de bombardements ou de victoires nippones. L’attaque de Madagascar est également représentée
- en pointillés, la principale route maritime suivie par les alliés pour leur ravitaillement. Elle longe la côte australe africaine, et remonte le long du canal de Mozambique, une branche de cette route passe par le canal de Suez, mais cette route est loin d’être sûre pour les Alliés : les forces navales de l’Axe (Allemagne nazie et Italie) contrôlent l’espace méditerranéen, obligeant ainsi les Alliés à effectuer un long aller-retour par la voie du cap de Bonne Espérance.
- à l’intérieur des terres, avec des symboles expressifs : liste des ressources (utiles à la fois pour l’effort industriel de guerre du Japon, et pour ses échanges extérieurs avec les forces de l’Axe, principalement l’Allemagne nazie). On y trouve surtout les champs pétrolifères, indispensables depuis l’embargo contre le Japon, le caoutchouc, l’étain, et des métaux plus rares comme tungstène et molybdène. S’y ajoutent des produits précieux et des ressources alimentaires : riz, or, diamants, laine…

Il existe aussi une censure attentive de la part des autorités militaires, parvenues au pouvoir depuis les années 30. Dans une entrevue conduite au début des années 90, Yokoyama Ryuichi exprime ainsi son adhésion au système de propagande en usant d’une auto-censure :

Je ne pouvais pas me permettre de dessiner quoi que ce soit, qui risque de me faire accuser d’idéologie, et je ne l’ai jamais été - ni par les communistes ni par la police. Je suppose que je m’étais bien gardé de chercher à comprendre.

L’intrusion fulgurante dans l’océan Indien au début de l’année 1942 conforte un sentiment général de suprématie, qui est soigneusement entretenu au sein de la population. Cette propagande très active est relayée également dans les territoires occupés, en s’efforçant de s’adapter aux langues et coutumes locales. On recrute donc des traducteurs et des interprètes à cet effet. Cela n’empêche pas, par ailleurs, le Japon de commettre de terribles exactions dans les territoires occupés. Les renseignements récoltés par les missions de survol et d’espionnage alimentent le service de cartographie du pays. L’institut géographique national du Japon construit des cartes plutôt précises d’un bord à l’autre de l’océan Indien (mais ne détecte pas l’importance de la base sous-marine secrète de Fremantle, en Australie).

Pour ce qui concerne le système de codage des Japonais (appelé code « pourpre » par l’armée américaine), il est décrypté dès 1941 avec 8 exemplaires de cette machine qui sont en action : quatre à Washington, une aux Philippines, deux à Londres, la huitième, celle qui avait été prévue pour Pearl Harbor, ayant été échangée contre une machine anglaise !

Entre 1942 et 1944, c’est aussi une course de vitesse qui est engagée dans les services de renseignements, entre codage, décodage, et nouvelles formes de codages, de plus en plus sophistiquées. Pour Churchill, c’est l’avance prise par les Britanniques en 1943 avec le système de décodage Ultra stationné à Bletchley Park, qui permet en grande partie la victoire finale des Alliés. Il faut y ajouter l’avance technologique prise par les Alliés dans la mise au point de radars de plus en plus précis, et qui finissent par ôter l’avantage essentiel de la flotte sous-marine de l’Axe : sa furtivité. Cependant, les Japonais ne sont pas au fait de tous ces éléments, et les défaites consécutives à Midway, ainsi que les pertes occasionnées par les contre-offensives des Alliés, sont minimisées jusqu’en 1944, date de la fin des maraudes japonaises dans la zone océan Indien.

À la fin de la guerre, un oubli relatif s’instaure quant aux techniques mises au point par le Japon : les derniers exemplaires de sous-marins de la série I-400 furent discrètement coulés en rade de Tokyo, par les Américains, pour qu’ils ne tombent pas entre les mains des Soviétiques ! De plus, un grand nombre de documents susceptibles de mettre en relief le rôle joué par l’Empereur Hiro-Hito dans la conduite de la guerre ont été détruits, dans les semaines qui ont suivi la capitulation du Japon, et avant même l’arrivée des troupes américaines. Des zones d’ombre subsistent aussi autour d’accords éventuels conclus entre les États-Unis et le Japon pour le partage des trésors de guerre considérables issus du pillage des territoires occupés par le Japon entre 1936 et 194545.

Document 9

Document 9

New York Times, 3 juin 1946

Au terme de cette incursion, qui part d’une situation très localisée, pour aboutir, par changements d’échelles, à une vision plus englobante de l’étroite imbrication des évènements, plusieurs remarques peuvent être formulées.

Un rééquilibrage des points de vue paraît nécessaire pour inclure l’océan Indien à part entière dans les récits relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Privilégier le point de vue américano-européen, c’est occulter une part importante du, ou plutôt des conflits, pendant la période 1939-1945 (d’ailleurs, même ces bornes chronologiques sont discutables et modifiables selon la focale choisie par l’historien). Être conscient de la modularité des points de vue conduit à privilégier aujourd’hui, de plus en plus, dans l’historiographie, une « histoire globale ». D’où la parution ces dernières années de volumineux ouvrages, comme celui de Antony Beevor (ancien officier de l’armée britannique)46.

D’autre part, et ce malgré la présence sur les lieux de la marine française, dépendante de Vichy (en particulier une escadre de submersibles dont la fonction était de protéger les convois de ravitaillement entre Djibouti et Madagascar), l’historiographie française privilégie les espaces atlantique et pacifique, et relègue l’océan Indien au rôle d’arrière-cour de ces deux puissants théâtres d’opérations. Elle y néglige son espace ultra-marin. Or, comme nous venons de le voir, l’océan Indien a été lui aussi, un enjeu en soi, abritant les routes pétrolières et de ravitaillement, vitales non seulement pour les puissances occidentales, mais aussi pour les acteurs asiatiques. Dans la première moitié de l’année 1942, les dés ne sont pas encore jetés dans l’océan Indien. La course de vitesse engagée entre forces de l’Axe et les Alliées est encore incertaine.

En ce qui concerne le Japon, dont cette présentation n’examine la participation au conflit qu’au travers d’une petite partie de sa flotte de guerre, nous avons pu mettre en évidence qu’il a joué un rôle important dans l’océan Indien, faisant peser une menace très sérieuse sur les forces alliées et leurs routes d’approvisionnement. Cela alimente de fait, et à juste titre, les rumeurs alarmistes dans les territoires riverains.

À La Réunion, le basculement de l’île du côté de la France Libre en novembre 1942, consécutivement au débarquement des troupes du Le Léopard, affrété par le général de Gaulle, et en provenance de l’île Maurice, semble soulager une bonne partie de la population, sincèrement attachée à l’image d’une France combattante et fière47. La colonie, distante de plus de 9 000 km de sa métropole, rejoint ainsi d’autres territoires coloniaux qui s’étaient ralliés dès 1940 : le Cameroun et une bonne partie de l’Afrique Équatoriale Française (A.E.F.) le 27 août 1940, l’île de Tahiti à partir du 1er septembre de la même année, puis la Nouvelle-Calédonie le 24 octobre ; ce qui incite le général De Gaulle à créer à Brazzaville un Conseil de Défense de l’Empire, que La Réunion ne rejoint qu’en janvier 194348, suivie par les Antilles françaises.

Pour autant, les privations et les difficultés de la vie quotidienne ne cessent guère : le rationnement est maintenu, tout comme la censure et la propagande… En revanche, et à l’image du territoire national, la mémoire des dissidences, tout comme celle de la collusion de certains avec les intérêts des forces de l’Axe, devient un enjeu. Ainsi à La Réunion, comme aux Antilles par ailleurs, on règle encore ses comptes au début du XXIe siècle49.

Pour l’île Maurice, une certaine amnésie recouvre les évènements relatifs à la Seconde Guerre mondiale : les ouvrages scolaires évoquent à peine cette période, ou ne la traite que de manière très générale.

Pour les deux îles, une partie de la connaissance historique repose sur les témoignages oraux, recueillis auprès de vétérans, aujourd’hui presque tous disparus. C’est dire toute la difficulté de reconstitution d’une histoire multiple, complexe, et dont de nombreux aspects restent encore à éclaircir.

Au vu de tous ces éléments, l’océan Indien ne peut plus être considéré comme un espace négligeable dans le déroulement du, ou plutôt des conflits de la Seconde Guerre mondiale, et plus particulièrement au cours de l’année-charnière 1942.

Document 10 : Vue de Manapany : au loin, le Piton Babet ; un poste d’observation possible

Document 10 : Vue de Manapany : au loin, le Piton Babet ; un poste d’observation possible

Carte postale (Source : Collection privée F. Garan)

Notes

1 Ce texte a pour point de départ une série d’entretiens qui ont eu lieu en 2004, avec Monsieur Jean Roubaud, ancien magistrat, ancien Conseiller à la Cour d’Appel de La Réunion, et passionné d’histoire maritime. Ces entretiens ont fait l’objet d’une publication initiale dans la revue de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie de La Réunion, n° 13. Monsieur Roubaud avait par ailleurs accordé un entretien au Quotidien de La Réunion du 3 octobre 2004 à Edouard Marchal sur cette anecdote. L’hydravion aurait été vu par un colon de la famille de son épouse, née Payet. Retour au texte

2 Depuis le 22 juillet 1941 et la rupture des relations diplomatiques entre la France et l’Angleterre, les Mascareignes sont désunies. Dès le 30 juillet, les Britanniques annoncent le blocus maritime de la France et de ses possessions outre-mer. L’île Maurice et La Réunion, distantes d’un peu plus d’une centaine de kilomètres, sont isolées l’une de l’autre. Cette mesure complique considérablement le ravitaillement de La Réunion. Retour au texte

3 Six journaux paraissent dans l’île en 1942 : Le Peuple, tiré à 3 000 exemplaires, Le Progrès, tiré à 2 000 exemplaires, La Démocratie, tiré également à 2 000 exemplaires, auxquels s’ajoute Chanteclerc, à partir de novembre 1940, journal de propagande à la gloire du nouveau régime, sous la plume active du chef du cabinet du Gouvernement, Jean-Jacques Pillet ; paraissent en outre Servir, deux fois par semaine en 500 exemplaires, et Dieu et Patrie, 500 exemplaires deux fois par mois. Retour au texte

4 Journal Servir, n° 627, du 15 et 18 avril 1942 Retour au texte

5 James Fownes Somerville est nommé en mars 1942 Commandant en chef de la Flotte d’Orient, à la suite de sa « victoire » à la bataille de Mers-El-Kebir. Spécialiste en radio, il aide à la mise en place de nouveaux radars à bord de la flotte de guerre. Retour au texte

6 La Marine française possède 77 sous-marins plus petits et techniquement inférieurs aux U-Boot allemands. Le retard technologique est patent dans le domaine de la détection, de la fabrication de torpilles et de l’artillerie. L’aéronautique de marine est insuffisante avec seulement 350 avions et la protection anti-aérienne est embryonnaire. En 1942, 6 sous-marins français se trouvent dans les parages de Diego-Suarez. Retour au texte

7 Signalons que le Surcouf a rallié les Forces Navales Françaises Libres et, accompagné des corvettes Mimosa, Aconit et Alysse placées sous les ordres de l’amiral Muselier, libère le 24 décembre 1941 Saint-Pierre-et-Miquelon de l’autorité vichyste. Retour au texte

8 Leurs cuirassés par exemple sont plus importants en taille que ceux de la marine américaine, du moins jusqu’en 1943 : mais leur taille est aussi leur point faible, car, à partir de cette date, ils s’avèreront plus facilement repérables par les avions, et surtout les radars des Alliés. Retour au texte

9 Prévus pour partir trois mois sans ravitaillement, ils disposent d’un large rayon d’action. Ainsi, à la fin de la guerre, le sous-marin de nouvelle génération I-400 peut partir de Tokyo, et menacer la côte Nord-Est des États-Unis après être passé au large des Mascareignes puis avoir doublé le cap de Bonne-Espérance ! Retour au texte

10 Voir le film de propagande (il y a une erreur dans le titre mais il s’agit bien du I-30 qui aborde Lorient le 5 août 1942). https://www.youtube.com/watch ?v =MFgBKYQau4I Retour au texte

11 C’est justement l’accès aux réserves de carburant qui explique l’avancée des Japonais dans l’océan Indien. En 1944, Somerville lance l’opération Cockpit sur la base japonaise de Sabang pour contrecarrer cette menace. Retour au texte

12 « Maru », suffixe nippon désignant des navires de transport. Retour au texte

13 Par exemple, on échange les procédés de mise à feu et de lancement des torpilles japonaises, plus fiables que les torpilles allemandes, contre des optiques Zeiss, pour l’équipement de la flotte comme de l’aviation japonaise, ainsi qu’une cinquantaine de machines Enigma. De même pour les techniques de construction et d’alimentation de submersibles géants. Retour au texte

14 Mark Stille, Imperial Japanese Navy Submarines, 1941-1945, New Vanguard, Osprey, 2007. À partir de 1933, cette unité regroupe des médecins militaires qui expérimentent sur des cobayes humains l’arme bactériologique. Au total, de 1933 à 1945, environ 3 000 personnes travaillent dans ces laboratoires. Retour au texte

15 Voir Haruka Taya Cook et Théodore F. Cook, Le Japon en guerre 1931-1945, Ed. De Fallois, Paris, 2015 pour la traduction française (1re parution en anglais en 1992), à partir de témoignages recueillis au début des années 90). Retour au texte

16 Jean-Louis Margolin, Le Japon. Des Samouraïs à Fukushima, Pluriel/L’Histoire, libraire Arthème Fayard, 2011, 292 p. Retour au texte

17 Les militaires occupent les ministères, y compris le poste de premier ministre en la personne du Général Tojo à partir de 1941. En 1937, la création du Quartier Général impérial, traitant directement avec l’empereur, neutralise de fait le gouvernement officiel. Retour au texte

18 D’un point de vue militaire, la flotte italienne (la Regia Marina) n’investit que marginalement l’océan Indien. Les submersibles italiens affectés au-delà de la Méditerranée se contentent de patrouiller plutôt le long de la mer Rouge Retour au texte

19 Base tenue secrète, après en avoir évacué les habitants. Elle est dotée d’un poste de ravitaillement. Retour au texte

20 Servir, n° 637, 24 et 27 juillet 1942. Retour au texte

21 Antony Beevor, La Seconde Guerre mondiale, traduit de l’anglais par Raymond Clarinard, Calmann Lévy, 2012. Retour au texte

22 Les avions de combat japonais, les fameux « Zéro » surpassent en maniabilité et précision les avions alliés ; ce ne sera plus le cas dès la fin de l’année 1942. Retour au texte

23 Les chiffres proviennent du site : http://www.navalhistory.net/WW2CampaignsIndianOcean.htm Retour au texte

24 C’est à Ceylan que, début 1942, se met en place la première opération de commandement unifié (voir Ashley Jackson, The British Empire and the Second World War, p. Hambledon continuum, 2006). Retour au texte

25 Jérôme Dorvidal, « Fremantle, 1942 : une base alliée majeure en Australie occidentale », Revue Guerres mondiales et conflits contemporains n° 246, PUF, 2012. Retour au texte

26 Citation tirée de son ouvrage, Les sous-marins du Soleil Levant, Kamikazés des profondeurs, Presses de la cité, 1955 (titre original Sunk, traduit de l’américain par R. Jouan). Capitaine de corvette, dans la 8e flottille, Moshitsura Hashimoto participe à des missions dans le Pacifique (dont l’attaque de Pearl Harbor) et dans l’océan Indien Retour au texte

27 Martin J.C. Esperance, L’île de La Réunion de 1939 à 1945, étude politique, économique, sociale, Thèse, Université de La Réunion, 1977. Retour au texte

28 Cette piste est le prélude à la construction du futur aérodrome, Sir Seewosagur Ramgoolam. Retour au texte

29 Récit d’un vétéran de la guerre, rapporté dans Amit Bhoonah, Mauritians in the World War II, Osman Publishing, 2012 Retour au texte

30 Le gouverneur rejoint aussi les positions de ses homologues aux Antilles françaises : le gouverneur Sorin pour la Guadeloupe et le gouverneur Bressoles puis Nicol pour la Martinique, en juillet 1940. Du coup, les deux îles se retrouvent soumises au blocus britannique en même temps que La Réunion. Retour au texte

31 Bernard Marek et Guy Bourau-Glisia, Une île dans la guerre, La Réunion de la mobilisation à la départementalisation, 1939-1946, Azalées éditions, 1992 Retour au texte

32 Comme les nomme le journal Chanteclerc, parlant des partisans du Général de Gaulle, dont l’appel à la poursuite des combats a été relayé à La Réunion via la MBC, la radio mauricienne, dès le 19 juin 1940. Retour au texte

33 ADR, Rapport de police 1941 Retour au texte

34 Julien Toureille, « La dissidence dans les Antilles françaises : une mémoire à préserver (1945-2011) », Revue historique des Armées, n° 270, 2013. Retour au texte

35 Dossier paru dans L’Express n° 3148, du 2 au 8 novembre 2011, consacré à La Réunion de 1939 à 1945. Retour au texte

36 L’extrait est tiré du fascicule Les affamés de Saint-Denis, conservé à la BU à Saint-Denis. Retour au texte

37 Hervé Le Joubioux, « L’île de La Réunion dans la seconde guerre mondiale », Revue historique des Armées, n° 263, 2011, p. 81-92 : « À La Réunion, le gouverneur Aubert reçoit, le 8 mai, un télégramme du gouverneur général de Madagascar, Armand Annet. Il est fait état du croiseur sud-africain, le Frobischer, qui se dirige avec 6 000 hommes vers l’île Maurice, vraisemblablement pour occuper La Réunion ». Retour au texte

38 Nout ti pei La Réunion dann tan la ger (« Notre petit pays La Réunion dans la guerre »), titre du fascicule conservé à la Bibliothèque départementale, 1982. Retour au texte

39 Six navires seulement accostent au Port de La Pointe des Galets en 1942, contre 23 en 1941 ; la moyenne annuelle, avant la guerre, était de 150 navires Retour au texte

40 On en retrouve beaucoup dans les troupes du Général Montgomery au sein de la 8e armée, célèbre en Afrique du Nord pour son action autour d’El Alamein. Retour au texte

41 Trois groupes armés de défense sont constitués dès le début de la guerre ; ils sont incorporés ensuite, avec le Régiment Mauricien, dans le groupement de défense Mauritius Defence Force. Retour au texte

42 Témoignage de Mr Philip Bibi, membre en 1943 du Royal Corps of Signals, cité dans l’ouvrage d’Amit Bhoonah, op. cit. Retour au texte

43 Dans le texte, « undisciplined lot of ragamuffins ». Retour au texte

44 Chiffre sur la base des déclarations de possession soumise à une taxe. Retour au texte

45 https://www.maxisciences.com/epave/l-epave-d-un-sous-marin-japonais-de-la-seconde-guerre-mondiale-decouverte-au-large-d-hawai_art31498.html. Article paru à propos de la découverte de l’épave du I-400, coulé par la marine américaine à la fin de la guerre. Retour au texte

46 Antony Beevor, La Seconde Guerre mondiale, 2012, traduit de l’anglais la même année chez Calmann-Lévy, collection « Le livre de poche ». Retour au texte

47 Pierre Brest, « Raymond Decugis, Compagnon de la libération », Tsingy n° 17, 2014, p. 93-114. Retour au texte

48 Un décret du Général de Gaulle nomme le Général Legentilhomme, déjà Haut-Commissaire de la France Libre dans l’océan Indien, et le Gouverneur André Capagorry - qui a pris la succession du Gouverneur Pierre Aubert - membres du Conseil de Défense de l’Empire. Retour au texte

49 Raoul Lucas et Mario Serviable, La Réunion rétablit la République en France, 1942, Ars Terres créoles, 2017. Retour au texte

Illustrations

  • Document 1 : Le sous-marin I-16. On distingue sur le pont la catapulte qui permet le lancement de l’hydravion

    Document 1 : Le sous-marin I-16. On distingue sur le pont la catapulte qui permet le lancement de l’hydravion

  • Document 2 : Un hydravion Yokosuka E14Y, lancé depuis l’I-10, 8e flottille, océan Indien, 1942

    Document 2 : Un hydravion Yokosuka E14Y, lancé depuis l’I-10, 8e flottille, océan Indien, 1942

  • Document 3 : Jusqu’à la fin de l’année 1944, les Allemands échangent informations et matériels avec les Japonais

    Document 3 : Jusqu’à la fin de l’année 1944, les Allemands échangent informations et matériels avec les Japonais

  • Document 4 : Une partie de la flotte impériale japonaise poursuit son avance dans l’océan Indien en mars1942 : de gauche à droite, les navires Akagi, Sōryū, Hiryū, Hiei, Kirishima, Haruna, et Kongō. Ces navires œuvrent de concert avec la flottille de sous-marins. La photographie est prise depuis le navire Zuikaku

    Document 4 : Une partie de la flotte impériale japonaise poursuit son avance dans l’océan Indien en mars1942 : de gauche à droite, les navires Akagi, Sōryū, Hiryū, Hiei, Kirishima, Haruna, et Kongō. Ces navires œuvrent de concert avec la flottille de sous-marins. La photographie est prise depuis le navire Zuikaku

    (Source : https:// commons.wikimedia.org/wiki/File :GF_in_Indian_Ocean,_1942.jpg)

  • Document 5

    Document 5

    Source: Rotem Kowner, University of Haifa, Israel, in « When economics, strategy, and racial ideology meet: inter-Axis connections in the war time Indian Ocean », Journal of global History, 2017, Cambridge University press

  • Document 6 : Map of the Indian Ocean area, showing Madagascar and the sea lanes it might threaten. Gift of Nancy McBeth, 2010.431

    Document 6 : Map of the Indian Ocean area, showing Madagascar and the sea lanes it might threaten. Gift of Nancy McBeth, 2010.431

  • Document 7 : Le 8 mai 1942, à Diego-Suarez (Antsirane) : signature de la reddition des forces navales françaises fidèles au Maréchal Pétain, représentées par le Colonel Claerbout, au centre, face aux officiers britanniques, représentés par Robert Sturges, des Royal Marines et par le vice-amiral Syfret, 2° à gauche, face au photographe ; c’est le début de l’occupation britannique qui dure jusqu’en janvier 1943, malgré un armistice signé le 8 novembre 1942

    Document 7 : Le 8 mai 1942, à Diego-Suarez (Antsirane) : signature de la reddition des forces navales françaises fidèles au Maréchal Pétain, représentées par le Colonel Claerbout, au centre, face aux officiers britanniques, représentés par Robert Sturges, des Royal Marines et par le vice-amiral Syfret, 2° à gauche, face au photographe ; c’est le début de l’occupation britannique qui dure jusqu’en janvier 1943, malgré un armistice signé le 8 novembre 1942

    © IWM (A 8869)

  • Document 8 : 1942 : Carte de propagande japonaise, faisant partie d’un lot avec une autre carte qui montre l’avancée dans l’océan Pacifique (Auteur inconnu)

    Document 8 : 1942 : Carte de propagande japonaise, faisant partie d’un lot avec une autre carte qui montre l’avancée dans l’océan Pacifique (Auteur inconnu)

    (Collection personnelle de l’auteur)

  • Document 9

    Document 9

    New York Times, 3 juin 1946

  • Document 10 : Vue de Manapany : au loin, le Piton Babet ; un poste d’observation possible

    Document 10 : Vue de Manapany : au loin, le Piton Babet ; un poste d’observation possible

    Carte postale (Source : Collection privée F. Garan)

Citer cet article

Référence électronique

Dominique Vandanjon-Hérault, « Des sous-marins japonais au large de La Réunion en 1942 : de l’anecdote à la vision géostratégique », Tsingy [En ligne], 23 | 2020, mis en ligne le 22 août 2025, consulté le 10 janvier 2026. DOI : 10.61736/tsingy.542

Auteur

Dominique Vandanjon-Hérault

Professeure agrégée, Académie de La Réunion