Les insurgés face aux militaires dans le district d’Andevoranto/Brickaville à Madagascar (1947-1948)

DOI : 10.61736/tsingy.1122

Résumés

Cette contribution se propose d’étudier l’insurrection de 1947 sur une partie de la côte centre-est (district d’Andovoranto-Brickaville) en retraçant la chronologie et les caractéristiques du mouvement et en essayant d’en dégager les enjeux au niveau local. L’analyse de la répression de la « rébellion » par les forces coloniales, principalement d’origine marocaine, laisse apparaître ses faiblesses, tout en montrant son aspect éclaté. Les méthodes de pacification et de reconquête menée par les autorités françaises font de 1947 la dernière campagne militaire coloniale à Madagascar. La contribution fait ressortir les logiques de violence inhérentes au contexte colonial.

This paper aims to study the 1947 anticolonial insurrection on a part of the central eastern coast of Madagascar (district of Andovoranto-Brickaville) by relating the movement chronology and main features and by drawing what is at stake on local level. The repression of the uprising by the colonial forces, mainly made up of Moroccan soldiers, shows its weaknesses and broken up features. The pacificatory measures led by French authorities make 1947 as the last colonial military campaign in Madagascar. The paper draws the nature of violence in the colonial context.

Plan

Texte

Situé à la lisière de la zone en état de siège définie après le déclenchement de l’insurrection « nationale » le 29 mars 1947, le district d’Andevoranto/Brickaville ne présente pas moins toutes les caractéristiques d’un espace insurrectionnel entre 1947 et 1948, même s’il n’est pas compris officiellement dans la zone des opérations militaires proprement dites. En essayant d’aller au-delà du décalage fréquent entre mémoire, pour ne pas dire devoir de mémoire, et travail de reconstitution historique, notre propos consiste à apporter quelques éclairages à toute une série d’interrogations, qui nous paraissent basiques, pour la compréhension et l’explication d’une insurrection qui continue de marquer l’inconscient collectif à Madagascar.

En suivant une approche monographique, qui permet d’éviter les généralisations hâtives, nous avons tenté de « coller » au terrain du mouvement insurrectionnel. Comment se sont formées et développées les bandes insurgées ? Qui sont les insurgés qui ébranlent les fondements de l’autorité coloniale ? Comment est mise en œuvre la campagne de répression militaire, avec quels moyens et dans quels objectifs ? Au cœur de notre démarche se trouve l’analyse des ressorts de la violence en situation coloniale.

Carte n° 1 : Carte de localisation

Carte n° 1 : Carte de localisation

Du coté des insurgés : entre révolte et banditisme social

Émergence et développement d’un espace insurrectionnel

Le district est centré sur Andevoranto jusqu’en 1947. Le caractère excentré de ce centre administratif par rapport au principal axe de communication que constitue le chemin de fer Tananarive-Côte Est (TCE) est mis en exergue par le déroulement de la répression militaire. Andevoranto est définitivement abandonné comme chef-lieu au profit de Brickaville sur le TCE en 1949. L’espace insurgé, subdivisé en deux zones principales, est caractérisé par un extrême éclatement.

Au nord, un premier axe Maroseranana-Fetraomby et un second correspondant à la région des graphites, enclavée et difficile d’accès2. Dans un compte-rendu de tournée à Seranantsara au début du mois d’octobre 1947, c’est-à-dire dans la première phase de la répression, les militaires mentionnent que les indigènes affirment n’avoir vu ni militaire, ni administrateur, ni médecin, ni instituteur, ni commerçant depuis 1920 et concluent : « les indigènes ont été abandonnés et beaucoup vivent dans la misère » et que « les habitants de cette région ont vraisemblablement été tous rebelles ou sympathisants »3. Il s’agit ainsi d’une zone sous administrée qui n’en demeure pas moins le point de départ du soulèvement dans le district. Ce constat contredit une idée reçue, car dans cette zone c’est l’absence de l’administration qui a favorisé l’insurrection. Le général en chef Raboda4, initiateur local du mouvement, y a constitué sa bande et donne le signal de la rébellion.

Au sud se trouve la zone traversée en son milieu par le chemin de fer TCE sur l’axe Brickaville-Anivorano-Fanovana. Au nord du TCE, les cantons de Lohariandava, Anivorano et Brickaville, au sud ceux de Ranomafana, Vohiboazo et d’Andevoranto. C’est la zone la mieux tenue sur le plan administratif où la petite colonisation créole, d’origine réunionnaise, est assez présente. Cette zone constitue le principal foyer de l’insurrection et Brickaville devient le refuge des colons ayant abandonné leurs concessions face aux assauts des insurgés. Elle se trouve dans la mouvance de la figure légendaire du général Paul Be et de l’un de ses successeurs, le colonel Dimilahy. Elle reste le principal foyer insurrectionnel du district jusqu’à la fin du premier trimestre 1948.

Le début de l’insurrection dans le district est en léger décalage par rapport à la date du 29 mars 1947. C’est seulement à partir du 9 mai 1947 que le district entre dans le mouvement insurrectionnel avec l’attaque de Fetraomby, le 13 mai, et celle d’Anivorano, le 15 mai, par une cinquantaine d’insurgés menés par Raboda. Jusqu’au 21 mai, les concessions des environs d’Anivorano et de Brickaville subissent les attaques sporadiques de bandes insurgées. Ces dernières longent ensuite le chemin de fer TCE en attaquant les gares de Junck (21 mai) de Rogez (26 mai) et de Mouneyres (1er, 4 et 10 juin). C’est à ce moment qu’a lieu l’affrontement le plus violent entre forces coloniales et forces insurgées au pont de Manambaro, le 28 mai, au cours duquel la section du lieutenant Beky tombe dans une embuscade tendue par la bande de Paul Be : une dizaine de tirailleurs malgaches, dont le lieutenant Beky, et une soixantaine d’insurgés sont tués. Les Marosalohy5 récupèrent deux fusils mitrailleurs de la section et contrôlent, pour un moment, la zone comprise entre le Rianila et l’Iaroka.

Carte n° 2 : Les principaux foyers de l’insurrection en 1947

Carte n° 2 : Les principaux foyers de l’insurrection en 1947

Les deux principaux centres administratifs, Andevoranto et Brickaville, ne sont menacés que tardivement. Le premier assaut sur Andevoranto, dirigé par le colonel Dimilahy, adjoint de Paul Be, a lieu le 28 juin 1947 et le second, mené par ce dernier en personne, se passe dans la nuit du 31 juillet au 1er août. Brickaville, où se concentrent les forces de défense du district ne subit une première attaque que le 14 février 1948 et une seconde dans la nuit du 4 au 5 mars 1948, soit un an après le mot d’ordre « national » du 29 mars 1947. Le mouvement insurrectionnel s’essouffle vers la fin du deuxième semestre 1948 après l’arrestation et/ou la mort de ses principaux leaders6. Le reflux du mouvement coïncide d’ailleurs avec la multiplication des expéditions punitives menées par les Marosalohy contre les villages qui refusent de ravitailler les bandes insurgées. C’est le cas du village d’Ambodimpolomosy qu’ils incendient dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1948, car certains habitants ne veulent plus poursuivre leur ravitaillement ; deux habitants (Ratsimba et Lekajama) sont même sommairement exécutés par les insurgés en représailles.

La multiplication des bandes insurgées : géographie du soulèvement

À partir des auditions des insurgés au moment de leur arrestation7 et des archives militaires8, il est possible de dégager au moins trois mouvances à l’intérieur de l’espace insurgé, de part et d’autre du chemin de fer TCE.

D’abord, la mouvance du général Raboda qui déclenche l’insurrection dans le district à partir du canton de Maroseranana, pour l’animer ensuite dans les cantons de Fetraomby, d’Anivorano et d’Ambalarondra. À partir de la contre-offensive militaire coloniale en octobre 1947, Raboda se replie dans le secteur de Moramanga où il ne sera arrêté que début mai 1949 et il ne fera plus parler de lui dans le district. Dans sa mouvance se trouvent le général Damena et le colonel Manga, ce dernier étant le responsable du secteur de Sahamamy. Celui-ci vient à la rescousse des troupes du général Boda en participant à l’assaut contre Anivorano, le 15 mai 1947, avec environ 400 hommes. En 1948, il écume la région des graphites en s’attaquant aux principaux exploitants, à savoir les établissements Rostaing à Sahamamy et Gallois à Ambodirina, avant de se heurter aux éléments du Régiment des tirailleurs marocains lors de l’attaque de Gisimay, au cours de laquelle il est blessé ; il se rend le 29 mai 19489.

Un peu plus à l’Est, autour de Seranantsara, opère la mouvance du général Lesampy. La particularité de cette mouvance consiste en la présence en son sein du plus grand sorcier du mouvement insurrectionnel dans le district en la personne de Amady-Injay dit Lezama, d’origine sénégalaise10. C’est lui qui fabrique les « fanafody » (amulettes) et les « gri-gri » destinés aux « miaramila » (soldats – de l’insurrection –), dont le but est de « transformer en eau » (rano) les balles des troupes coloniales. Les chefs insurgés d’autres mouvances viennent se ravitailler auprès de Injay pour « protéger » leurs soldats. Injay étant considéré comme « le plus grand sorcier de la région ». Il est arrêté le 1er juin 1948 par le chef de canton de Marofody.

La principale mouvance qui agit dans la partie Sud du district est dirigée par l’emblématique général Paul Be et son adjoint, le colonel Dimilahy. Cette mouvance anime l’insurrection sur l’axe Andevoranto-Brickaville, au cœur du district. Même si Paul Be est tué très tôt, lors d’un assaut des insurgés contre le village de Mahatsara le 26 décembre 1947, les renseignements militaires évaluent encore l’effectif de sa mouvance à environ 1000 hommes début 1948. En possession d’armes de guerre récupérées sur la section du lieutenant Beky en mai 1947, la bande de Paul Be « terrorise » le Sud du district jusqu’à la fin du premier trimestre 1948. Même s’il meurt précocement, de tous les chefs militaires de la rébellion, Paul Be est celui qui est vraiment resté dans la légende et dans les traditions orales et son histoire reste entièrement à reconstituer.

À côté de ces grandes mouvances évoluent des bandes mineures, souvent autonomes les unes par rapport aux autres et souvent par rapport aux principales mouvances évoquées ci-dessus. Telles les troupes du général Panoelina qui agissent surtout à l’ouest du district, dans le canton de Lohariandava, de part et d’autre du chemin de fer TCE, jusqu’à la capture de leur chef fin mars 1948. Trois camps d’insurgés sont aussi le point de départ des actions rebelles dans les cantons d’Andevoranto et de Vohiboazo : celui de Mahela dirigé par le général Leberazafy jusqu’à sa mort en juillet 1948, celui de Sahatakoly dirigé par le colonel Maro et celui de Avilona qui concentre une partie de l’armée de Paul Be.

Le mouvement insurrectionnel dans le canton de Ranomafana est animé par le général Todiasy qui ne sera arrêté qu’en octobre 1948. Parmi les camps dépendant de Todiasy figure celui de Marovola confié au colonel Lemisy (environ soixante-dix hommes). Ce dernier est un ancien militaire de la classe 1919, médaillé avec pension11 ; il est arrêté début septembre 1948. L’une des caractéristiques du mouvement insurrectionnel dans le district est la multiplication de « petites bandes » autonomes et agissant quelquefois dans la même zone. C’est ainsi que dans la région des graphites autour du poste de Seranantsara, c’est la mouvance de Lesampy qui anime l’insurrection. Mais autour de celle-ci gravitent au moins deux bandes : celle de Rongo qui se soumet le 17 septembre 1947 à Marofody et celle de Lemaroa12.

Une des caractéristiques essentielles de l’insurrection dans le district est qu’elle est loin d’être monolithique et qu’elle est marquée par une très grande dispersion. La rébellion manque très nettement de coordination, comme si les bandes de Marosalohy se sont constituées de manière spontanée, à l’instigation de chefs de guerre charismatiques mais isolés et agissant en solitaires, dans un contexte d’exacerbation des revendications nationales, mais qui se développent dans le cadre d’enjeux strictement locaux, conférant ainsi à l’insurrection un aspect « primaire » très accentué.

Violence et dynamique locale de l’insurrection

Le mode opératoire des bandes insurgées repose sur deux principes : guérilla et extrême mobilité dans l’espace. Le scénario appliqué par les Marosalohy est quasi-identique dans les campagnes du district. Armées de sagaies et rarement de fusils de chasse récupérés lors de précédentes expéditions, les insurgés se lancent à l’assaut des villages et des concessions, de préférence la nuit, afin d’accroître l’effet de surprise dans un triple objectif. D’abord, pour se ravitailler en denrées de première nécessité (sucre et sel, riz et volaille, pétrole) et pour se procurer des zébus, le tout destiné à assurer la survie des camps de rebelles (toby) principaux et secondaires éparpillés dans les zones insurgées. Car l’extrême mobilité des bandes ne leur permet pas de s’adonner à des activités agricoles permanentes. Ensuite, le but est d’enrôler des « miaramila » (soldats, combattants) afin de renforcer l’effectif des bandes. Sur l’ensemble des procès-verbaux des auditions des insurgés lors de leur arrestation, le tiers affirme avoir été enrôlé de force dans le mouvement lors de raids de Marosalohy sur les villages13. Enfin, l’autre objectif est de rechercher et de punir les « traîtres » et les « partisans »14 ou les villageois rétifs au ravitaillement des bandes. Les malgaches employés sur les concessions coloniales sont particulièrement ciblés. C’est le cas de Rainitamanta, accusé d’être un « mouchard » du colon Edouard Payet à Tampina et celui de Varomanana, travailleur chez le colon Claude Micouin à Sahanondra, dans le canton de Brickaville. Tous les deux sont condamnés à mort par le général Letody et sommairement exécutés lors des expéditions sur les deux concessions15.

Deux autres chefs de guerre s’illustrent particulièrement par leur cruauté pendant les expéditions qu’ils dirigent, comme s’ils voulaient donner l’exemple à leurs miaramila. D’abord Lesampy, chef de la mouvance du nord-est du district, et responsable de la condamnation à mort et de l’exécution de Tsaramanana, accusé d’être un indicateur du colon Edouard Payet, au camp rebelle d’Ambodibonara en septembre 1947. Le soldat Lemiaraka Justin, qui fait partie du peloton d’exécution, précise ensuite que Lesampy fait jeter son cadavre dans le fleuve Rongaronga16. Ensuite, Todiasy principal chef de bande sur l’axe du TCE à l’Ouest d’Anivorano et responsable de l’assassinat de la veuve du colon Payet et de son enfant de deux ans, fuyant les bandes insurgées au sud de la gare de Géraud en avril 1947. Reinigritte, nommée « colonelle » par Todiasy est témoin de la cruauté du massacre17 et mentionne aussi l’assassinat du dénommé Liame, chef de quartier à Marofody, fusillé par Todiasy en personne puis tué à coups de sagaie par ses soldats18. Des notables, appartenant au PADESM19, subissent un sort identique, tel André Paul arrêté par les insurgés à Manarantsandry et jugé à Maromandia devant le général Paul Be et son état-major, condamné puis exécuté.

Il ne s’agit pas ici de dresser un martyrologe des victimes de l’insurrection ni, plus loin, de la répression. Ni de réduire l’insurrection à une simple forme de brigandage ou de banditisme social, autrement dit à une expression « primaire » de la révolte anti-coloniale. Notre propos est juste de montrer que les voies de fait, qui accompagnent l’action des Marosalohy (pillages, incendies, exécutions sommaires et assassinats) se trouvent dans la dynamique même du mouvement insurrectionnel dans lequel les enjeux locaux et la prégnance des rapports sociaux occupent une place de choix dans le comportement des acteurs, le tout dans le contexte colonial. Les hommes-liges de l’administration, considérés comme les représentants autochtones de l’ordre colonial, sont humiliés en public et punis symboliquement pour l’exemple. En ce sens, répondre à la question « insurgé, qui es-tu ? » peut nous apporter un éclairage.

Carte n° 3 : Les principales mouvances de l’insurrection en 1947-1948

Carte n° 3 : Les principales mouvances de l’insurrection en 1947-1948

Un échantillon d’insurgés constitué à partir des procès-verbaux établis lors de leur arrestation20 permet de dresser un profil du Marosalohy dans le district de Brickaville. L’écrasante majorité est formée de paysans cultivateurs, autochtones betsimisaraka, n’ayant pas d’antécédent judiciaire. Les deux-tiers de l’échantillon sont illettrés et se déclarent engagés volontaires dans les bandes insurgées. Les jeunes (entre 15-30 ans) ne représentent que moins du tiers des échantillons tandis que les tranches d’âge intermédiaires et adultes (de 30 à 60 ans) constituent plus des deux-tiers de l’effectif, la tranche modale étant celle entre 30 et 35 ans.

Le mouvement insurrectionnel, à la fois rural et autochtone, peut soulever toute une série d’interrogations. Les caractéristiques du mouvement contrastent avec l’enracinement plutôt urbain et « petit-bourgeois » du MDRM21, accusé d’être l’instigateur du mouvement par le pouvoir colonial. Même si, par ailleurs, le MDRM possède une base électorale incontestable dans les campagnes de la façade orientale, en tant que porteur du discours dominant sur la souveraineté nationale, aucun lien net et avéré de la plupart des insurgés avec le parti ne peut être établi de manière claire. Beaucoup profitent de l’insurrection pour piller et pour se ravitailler (riz, sel, volaille). Des chefs de guerre trouvent même dans l’insurrection une occasion pour se constituer des troupeaux de zébus enlevés lors des expéditions menées contre les villages. C’est le cas du colonel Manga, adjoint du général Raboda de la mouvance Maroseranana-Fetraomby, qui « possède un troupeau important grâce à la rébellion » et dont « l’enrichissement » est dénoncé par ses lieutenants22.

Le conditionnement des miaramila joue un rôle important dans leur comportement. Les hommes valides, enrôlés de force lors des expéditions dans les villages, sont amenés dans les camps pour y recevoir l’onction des « sorciers » lors d’une cérémonie rituelle constituée de deux moments. D’abord, le serment du ranombolamena23 au cours duquel les recrues jurent de combattre les vazaha (Européens) et leurs auxiliaires. Ensuite, la remise de la sagaie et de l’antsy (coupe-coupe) pour devenir un vrai Marosalohy. Leur conditionnement et leur illettrisme aidant, la plupart des insurgés ont-ils vraiment pu assimiler les objectifs déclarés de l’insurrection à travers les messages tenus par les cadres du mouvement ? Ces derniers eux-mêmes n’ont-ils pas réinterprété ces objectifs dans le contexte local à travers des enjeux de la vie coloniale au quotidien : rancœurs envers le chef de quartier, règlements de compte interpersonnels, réponses aux brimades des colons ? En ce sens, même si l’objectif affirmé par les leaders du mouvement est de libérer la colonie toute entière des jougs de l’oppression coloniale et de restaurer la souveraineté nationale, 1947 nous paraît être un mouvement national inachevé avec la juxtaposition d’insurrections régionales voire locales, vu le poids des rapports sociaux entre les acteurs qui nourrissent la dynamique du mouvement insurrectionnel.

Les forces coloniales à la reconquête du district

Le déploiement du dispositif militaire et la phase dure de la répression

Jusqu’en juillet 1947, deux mois après le début du mouvement et avant l’arrivée des premiers renforts de métropole, l’essentiel des forces coloniales est réparti sur l’axe du TCE : Brickaville, Anivorano, Tampina, Mouneyres, Junk, Rogez24. En dehors de cet axe, la présence de militaires n’est signalée qu’à Andevoranto, encore chef-lieu de district, avec un détachement parachutiste, une vingtaine de tirailleurs malgaches et quelques gardes indigènes25. Le commandement de ces troupes est assuré par le capitaine Perrault basé à Anivorano. Il ressort de cet état que l’armée coloniale n’est pas du tout présente dans les deux foyers originels de l’insurrection dans le district, à savoir les cantons de Maroseranana et de Fetraomby d’une part, et ceux de la région des graphites (Ambalarondra et Marofody) d’autre part. Il faut souligner l’importance des soldats originaires d’autres colonies, les Sénégalais notamment, dans le district.

Avec la campagne de répression du mouvement insurrectionnel, la présence de soldats coloniaux se renforce avec la mise en place du Bataillon de tirailleurs sénégalais de renfort n° 1 (BTSR), dont une compagnie est installée à Anivorano et auquel est assigné le « nettoyage » des cantons d’Anivorano et de Brickaville26. Cette compagnie est épaulée par une section de tirailleurs somalis dont un accrochage avec l’armée du général Paul Be à Mahatsara le 26 décembre 1947 coûtera la vie à ce dernier.

Les mois de juin à septembre 1947 correspondent à la phase « dure » de la répression militaire car ils coïncident avec la phase de grande vitalité des bandes de Marosalohy, au moment où le mouvement insurrectionnel s’étend dans le district. Cette phase dure, correspond à un moment de panique avéré au niveau des autorités coloniales, est menée par des forces coloniales mobiles envoyées dans le district. C’est le cas de la colonne Joubert autour de Brickaville et du commando François de la Marine entre Brickaville et Andevoranto, à un moment où les chefs de l’insurrection arrivent à mobiliser de 300 à 600 hommes lors de leurs expéditions. Ainsi, le 20 juin 1947 au matin, le commando François, appuyé par un détachement de parachutistes, attaque le Poste de Commandement (PC) insurgé de Maromandia au nord-ouest de Brickaville, tuant 41 insurgés et détruisant le camp. Le bulletin quotidien souligne « les feux nourris et des contre-attaques énergiques des rebelles »27. Une deuxième opération meurtrière a lieu le 29 juin 1947 lorsque l’armée du général Paul Be (environ 800 combattants) prend d’assaut Andevoranto, chef-lieu du district, au petit matin. La contre-attaque menée par le commando François fait 72 morts chez les insurgés. Dans leur repli, ces derniers sont cueillis par un groupe de fusiliers-marins et par des colons européens et laissent une trentaine de morts sur le terrain28, soit en tout une centaine de morts durant cette seule journée.

L’essentiel des opérations militaires de reconquête et de pacification du district, à partir d’août 1947, revient aux Marocains29 qui sont chargés de » nettoyer » la région et d’y éteindre les principaux foyers insurrectionnels. D’abord, le 1er Bataillon du 1er Régiment de tirailleurs marocains (1/1RTM) qui débarque à Tamatave le 8 août 1947 et arrive à Brickaville le 9 août. De là, les Marocains ratissent la région des graphites, c’est-à-dire les cantons de Seranantsara et de Marofody30. Ils attaquent le camp d’Andrafianjavatra, fief de Lesampy, qu’ils incendient le 22 août et organisent la première grande cérémonie de soumissions dans les deux cantons à Marofody le 24 août, au cours de laquelle plus d’un millier d’habitants se rendent aux forces coloniales. Descendant vers le canton de Fetraomby, une section s’installe à Gisimay début septembre tandis que la 6ème compagnie ratisse le canton de Brickaville en détruisant deux camps insurgés importants, Sahatakoly et Avilona de la mouvance Paul Be.

Ensuite, le 2e Bataillon du 2e RTM (2/2RTM) qui prend la relève du 1er RTM débarque à Tamatave le 13 et 14 septembre 194731. L’objectif qui lui est assigné est de contrôler la voie ferrée TCE, la région des graphites, la route de Tamatave vers Tananarive, entre Brickaville et Périnet. Son PC est installé à Brickaville et deux de ses compagnies opèrent dans le district ; la 1re puis la 3e compagnie à Anivorano et surtout la compagnie d’accompagnement (CA) à Brickaville et le long du TCE à partir de fin septembre 1947. Elle assure la défense de la ville à un moment où règne « une psychose de peur » car « les fahavalos étaient partout »32, Brickaville étant devenu le refuge des petits colons réunionnais et mauriciens du district et celui de l’administration, et transformé en centre militaire important et relativement en forteresse difficilement accessible aux bandes insurgées33. À partir de septembre 1947, Brickaville devient, en quelque sorte, l’épicentre des opérations militaires de répression et ne sera jamais mise en danger par les Marosalohy jusqu’à la fin du soulèvement vers le milieu de l’année 1948.

Vers une stratégie de reconquête coloniale

Les tirailleurs marocains du 2e RTM s’attèlent à pacifier et à sécuriser le district par la normalisation de la vie quotidienne des colons et des villageois : réouverture des écoles, soins apportés aux malades, remise en état des voie de communication (routes et ponts), réinstallation des commerçants chinois, reconstruction de villages, reprise des activités agricoles34. La démarche s’inspire de la méthode progressive, dite de la « tâche d’huile », qui réussit si bien à Gallieni au début du siècle : il s’agit de marquer les esprits par la mise en place symbolique de la présence française. La 1re et la 3e compagnie se déploient entre septembre et octobre 1947 par la création des postes militaires qui « rassurent » les villageois : Seranantsara, Ambinaninony, Ambalarondra dans la région des graphites ; Maroseranana, Fetraomby, Gisimay dans le foyer originel de l’insurrection ; Anivorano, Vohibazaha et les gares du TCE (Mouneyres, Junck, Rogez et Fanovana) ; Vohitranivona, Ranomafana et Ampasimbe sur la route de l’Est (vers Tananarive). Entre septembre et octobre 1947, les ralliements se multiplient à cause des actions de la 1re compagnie le long du TCE et entre le fleuve Iaroka et le TCE. Le capitaine Humbert, commandant la compagnie, dénombre 7 853 ralliements et souligne la réouverture des pistes et la reconstruction des ponts35. Tandis que la 3e compagnie occupe la vallée de Sahanivo grâce aux postes d’Ambalarondra et d’Ambinaninony, et la haute vallée de la Rongaronga avec le poste de Seranantsara. À l’Ouest, elle tient les vallées de l’Iampanga (poste de Maroseranana) et de la Rianila (Poste de Fetraomby)36. Le capitaine Reynaud, commandant la 3e compagnie souligne que les cantons de Fetraomby et de Maroseranana comptent 110 villages et 10000 habitants sur les 13542 ralliements estimés de la zone. Or ce sont les principaux foyers originels de l’insurrection animés par le général Raboda.

Deux facteurs contribuent à expliquer la stagnation puis la baisse de vitalité du mouvement insurrectionnel à partir d’octobre 1947. Primo, la phase dure et violente de la campagne militaire entre juillet et septembre a vite montré l’inégalité matérielle des forces en présences. Car la supériorité en armement des troupes coloniales n’est que relative par rapport aux salohy des insurgés. Dans la panique qui suit le début de l’insurrection, les militaires adoptent une stratégie de confrontation qui peut s’avérer payante militairement mais politiquement inefficace car accentuant les mouvements de fuite des populations vers la forêt. L’arrivée des Marocains inaugure une nouvelle stratégie, celle de la reconquête par la pacification, rappelant celle déployée par Gallieni entre 1896 et 1904. Secundo, du fait de l’autonomie des bandes insurgées, le mouvement insurrectionnel présente une forte tendance à l’éclatement et à l’enclavement, d’autant plus que les contraintes logistiques, notamment de ravitaillement, ne sont pas négligeables. La « sécurisation » des villages par les Marocains tarit progressivement leur source de ravitaillement, donc leur capacité à continuer la résistance.

La stratégie de reconquête et de pacification repose sur l’action politique et la négociation d’une part et sur l’utilisation des ressources locales d’autres part. C’est la méthode adoptée par le capitaine Humbert, commandant le 1/2 RTM, qui insiste sur l’utilisation d’émissaires, d’unités de partisans encadrés37 et d’unités constituées d’anciens rebelles « repentis » qui négocient avec les villageois, les civils en fuites et réfugiés dans la forêt, voire avec certains chefs insurgés. Cette méthode s’accompagne d’actions de normalisation de la vie quotidienne de la population et de remise en état des voies de communication avec la participation des habitants. En novembre 1947, le capitaine Raynaud, commandant la 3e compagnie du 2/2 RTM se félicite du rétablissement des voies d’accès entre Marofody et Seranantsara (région des graphites) et entre Maroseranana, Fetraomby et Anivorano (principal foyer insurrectionnel de la mouvance Raboda), grâce à la mobilisation de la main-d’œuvre civile. Et d’en expliquer le principe :

Ces travaux ont été demandés aux indigènes en « paiement » de leur soumission, en leur faisant comprendre qu’ils serviraient d’abord à eux et que c’était une preuve de leur collaboration loyale avec les militaires qui, seuls, ne pouvaient assurer toutes les charges de la sécurité et de la mise en état du pays38.

Carte n° 4 : Les principaux axes géographiques de la répression (septembre 1947 à avril 1948)

Carte n° 4 : Les principaux axes géographiques de la répression (septembre 1947 à avril 1948)

La stratégie de la tâche d’huile n’a jamais été aussi bien formulée, sous couvert d’une politique d’association à caractère volontariste. Entre temps, la 3e compagnie crée deux marchés, l’un à Maroseranana et l’autre à Fetraomby. Cette stratégie aboutit à la réoccupation progressive des villages abandonnés pendant la phase dure de l’insurrection : 64 villages sont ainsi ré-habités dans le canton de Fetraomby et 47 dans le canton de Maroseranana39. Et la zone est considérée comme pacifiée début 1948.

Les derniers sursauts du mouvement insurrectionnel

Il faut cependant noter que malgré la relative efficacité de cette stratégie, les bandes insurgées se permettent encore quelques coups d’éclat. Le plus spectaculaire est l’embuscade tendue par les Marosalohy à une mission civile autochtone de pacification au Sud de Brickaville le 23 septembre 1947. Parmi les membres, trois sont tués, deux ont pu s’échapper et le reste est fait prisonnier dont onze s’échappent plus tard pour rejoindre le poste militaire de Ranomafana. La garnison de Brickaville mène une action de représailles à 20 Km au Sud à Ambinanindrano contre des bandes armées de fusils et d’un fusil mitrailleur : quatre tirailleurs sont tués et trois autres blessés40. Dans la nuit du 23 au 24 janvier 1948, une centaine de combattants insurgés commandés par le colonel Dimilahy prennent d’assaut le village d’Ambodiara à la sortie Sud de Brickaville, tuent quatre habitants, enlèvent un certain nombre de villageois et incendient la moitié du village, soit une vingtaine de cases, après avoir volé « une grosse quantité de vivres »41. Poursuivis par un peloton de spahis marocains, les assaillants arrivent à se disperser.

À la fin de l’année 1947, le bilan des opérations menées par les éléments du 2/2 RTM reste encore mitigé. Pour la 1re compagnie, l’activité des quatre postes qu’elle a installées42 a amené « la désorganisation ou la disparition des principaux groupements rebelles de la région » et « a créé un climat favorable aux soumissions et au peuplement dans un délai assez court »43. Cependant, toute la région au Nord, au Sud et à l’Est de Ranomafana reste incontrôlée et « subit encore fortement l’influence des éléments rebelles (Paul Be) ». Le capitaine Humbert réaliste, reconnaît encore les limites de la pacification « par suite de la crainte inspirées aux populations par les militaires, conséquence de la dure répression des mois précédents »44.

La situation est quasi-identique dans les zones attribuées à la 3e compagnie. Au Nord, l’ensemble du canton de Maroseranana, avec la vallée de la Rianila, est ré-habité et réorganisé et de nouveau accessible grâce à l’ouverture de la route Anivorano-Fetraomby. Cette partie nord est surveillée par trois postes militaires45. Au sud, une région difficile à tenir car éloignée des postes et où « la troupe passée, les bandes reprennent leur vie, leurs cultures, leur pillages »46. Le capitaine Raynaud propose alors de redéployer les postes de Maroseranana et de Gisimay vers Amboditromby afin de « procéder au nettoyage méthodique de la zone sud de la région d’Anivorano qui n’a jamais pu être contrôlée »47.

L’administrateur Guesde, chef de la province de Tamatave ne s’y est pas trompé quand il affirme début 1948 que, malgré une « amélioration extrêmement nette de la situation », dans les districts du sud48 la rébellion garde « une vitalité dangereuse »49. Il estime que sur les 80 000 habitants du district, 21 000 sont contrôlés, soit à peine le quart et principalement dans le secteur nord, c’est-à-dire au nord de la ligne de chemin de fer. Car dans le secteur sud, la rébellion n’est pas matée ; autrement dit, « la moitié du district est encore en dissidence »50. Pour preuve, cinq écoles sur dix-huit sont ouvertes soit moins du tiers et trois postes médicaux sur cinq sont ouverts. Et sur les quatorze cantons du district, seuls six ont des chefs51, soit moins de la moitié. Quant à la colonisation européenne, elle est dans « un état médiocre », les colons ayant abandonné leurs concessions et s’étant réfugiés surtout à Brickaville, devenue une place forte. Guesde donne une description pertinente des Marosalohy du district :

Adversaires particulièrement énervants, en général pauvrement armés mais servis par une connaissance approfondie du pays, d’une mobilité extrême et, dans certains zones, d’une agressivité déroutante.

Il explique le caractère relativement élevé des pertes humaines par les assauts en formation massive des insurgés qui deviennent des cibles faciles pour les armes automatiques aux mains des forces coloniales. Entre fin février et début mars 1948, les bandes insurgées reprennent du poil de la bête et harcèlent Brickaville et sa périphérie52. Dans la nuit du 1er au 2 mars 1948, les bandes de la mouvance Dimilahy narguent la garnison de Brickaville en réussissant une opération spectaculaire à 6 km au sud de la ville. Elles prennent d’assaut trois villages récemment soumis qu’elles incendient et, surtout, elles enlèvent quatre-vingt-dix habitants dans leur retraite. Le Haut Commissaire De Coppet, à la veille d’être relevé, ne peut que conclure amèrement mais lucidement :

Politiquement, ces succès des insurgés sont gros de conséquence. Un incident comme celui de l’attaque de trois villages récemment soumis, avec un enlèvement de près d’une centaine de Malgaches, n’incite évidemment pas la population encore contrôlée par les rebelles à opérer son ralliement. Économiquement, le climat d’insécurité qui persiste empêche tout retour à une vie normale et toute reprise de la mise en valeur53.

À partir d’avril 1948, la répression militaire reprend le dessus au sud du district. La première compagnie du 2/2RTM est épaulée par les tirailleurs sénégalais du BTSR n° 1 et soutenue par le redoutable Détachement motorisé autonome (DMA)54. L’arrivée du DMA dans le district sonne le glas des bandes de Marosalohy, conférant une plus grande et plus rapide mobilité aux troupes de pacification. L’Escadron de reconnaissance (ER) installe des postes à Ranomafana, à Manambonitra et à Vohiboazo le 15 avril, tandis que la 2e compagnie du Bataillon d’infanterie du DMA (BIDMA) débarque à Anivorano le 16 avril 1948. Les opérations menées par le DMA dans le district, en appui aux tirailleurs marocains et sénégalais ne se terminent que le 14 août 1948. Harcelées par les militaires et progressivement coupées de leurs bases potentielles de ravitaillement, les bandes insurgées se désagrègent progressivement entre juin et septembre 1948, tandis que les populations restées dans les villages ou en fuite dans la forêt se rallient. Les soumissions se multiplient autour des principaux camps insurgés à savoir Mahela et Sahatakoly. Ainsi, le 26 avril 1948, 1370 insurgés se soumettent à Mahela et 279 à Ranomafana55. Les principaux chefs du mouvement sont tués ou se soumettent, les villages se repeuplent. Au mois d’octobre 1948, le district de Brickaville est pratiquement pacifié et les foyers insurrectionnels du district s’éteignent après un mouvement qui aura duré un an et demi.

Les caractéristiques du mouvement insurrectionnel dans le district d’Andevoranto/Brickaville nous montrent que « 1947 » est loin d’être monolithique et qu’il est nécessaire de nuancer les discours nationalistes présentant 1947 comme la grande insurrection « nationale » de l’histoire contemporaine de Madagascar et comme le creuset d’une conscience nationale longtemps réprimée. En fait, plusieurs « 1947 » se superposent et ne convergent pas souvent : celui de ces milliers de paysans insurgés qui subissent la répression militaire, celui de ces milliers de militants du MDRM « victimisés » par la répression policière, celui de ces milliers de femmes, de vieillards et d’enfants qui ont trouvé refuge dans la forêt et dont un grand nombre mourront de misère physiologique. Cette profusion de représentations du vécu de « 1947 », due à la multiplicité des situations collectives et des trajectoires individuelles des acteurs, est à l’origine d’amalgames et de confusions dans son interprétation. Une véritable compréhension de 1947 passe ainsi par la reconnaissance de la diversité et de la vitalité des « temps locaux » dans l’analyse de l’insurrection56.

Notes

2 À l’aube du XXe siècle, cette région, dont les principaux centres sont, du nord au sud, Ambodirina, Seranantsara et Sahamamy, reste encore enclavée. Retour au texte

3 SHAT, Vincennes, 7U 550/6, Compte-rendu Seranantsara, 01/10 au 07/10/1947. Retour au texte

4 Raboda est le principal chef insurgé du district à côté de la figure emblématique du général Paul Be. Si ce dernier est resté dans la légende dans la région de Brickaville, il est surement nécessaire de mener des enquêtes orales de terrain dans le nord du district pour reconstituer le personnage du premier. Retour au texte

5 « Ceux qui sont armés de sagaies », nom donné aux insurgés par la population. Retour au texte

6 Paul Be (tué le 26 décembre 1947), colonel Manga (tué le 30 mai 1948), général Lesampy (arrêté le 2 juin 1948), général Leberazafy (tué le 07 juillet 1948), général Panoelina (arrêté le 28 mai 1948). Retour au texte

7 Archives de la République de Madagascar (ARM), Séries D 875 à D 887. Retour au texte

8 Service historique de l’Armée de terre (SHAT), Série 7U et 8H. Retour au texte

9 ARM, D 887, P.V de Manga, 30/05/1948. Retour au texte

10 Curieusement, il ne nous a pas été possible de trouver des renseignements concernant les activités antérieures à l’insurrection de Lezama. Une véritable anthropologie historique de la sorcellerie pendant le soulèvement reste à mener. Retour au texte

11 ARM, D 887, P.V audition de Lemisy, 08/09/1948. Retour au texte

12 SHAT, Vincennes, 7U 550, Compte rendu périodique Capitaine Raynaud (3e Compagnie, 2e RTM) 02/10/1947. Retour au texte

13 ARM, D 887. Retour au texte

14 Dénomination des indigènes « partisans de la France », hostiles au mouvement insurrectionnel. Les traîtres ici sont les membres de l’administration indigène (chefs de quartier, délégués cantonaux) et du PADESM. Retour au texte

15 ARM, D 887, Instruction mai-juin 1949 Tamatave, P.V. Lemiaraka, 01/05/1948. Retour au texte

16 Ibid., P.V. Lemiaraka Justin, 01/05/1948. Retour au texte

17 Reinigritte, d’origine antaimoro, est une des rares femmes entrée et ayant joué un rôle dans le mouvement insurrectionnel. Elle mentionne que Todiasy tue l’enfant et le présente ensuite à sa mère au bout d’une sagaie. Puis il ouvre le ventre de la mère, enceinte, pour en sortir le fœtus avant de sagayer le corps. Voir ARM, D 887, Instructions mai-juin 1948, P.V. Reinigritte, 22/06/1948. Retour au texte

18 Reinigritte, témoin de la scène, précise qu’un soldat, Zanamilala « lui a fait l’ablation des parties viriles entièrement ». Puis, acte extrême d’humiliation et paroxysme de la violence symbolique contre l’autorité coloniale, « je les ai prises et l’ai forcé à les avaler ». Retour au texte

19 Parti des déshérités de Madagascar. Retour au texte

20 Le dossier D 887 déposé aux Archives d’Antananarivo a permis d’identifier 124 insurgés du district : nom, âge, profession, résidence, situation matrimoniale, niveau d’instruction, situation par rapport au service militaire, casier judiciaire, origine ethnique, mode de recrutement, principaux faits de guerre. Sans être absolument exhaustive, l’analyse de cet échantillon permet de dégager des tendances. Retour au texte

21 Mouvement démocratique de la rénovation malgache. Retour au texte

22 ARM, D 887, Instruction 1947-1948 Tamatave, P.V. Bary 14/05/1948. Retour au texte

23 Littéralement « eau d’or ». Retour au texte

24 ARM, D 887, Correspondances, État des troupes par Jeanson, chef du district d’Andevoranto, 11/061947. Brickaville : un groupe « mitrailleuse », un groupe « fusil mitrailleur », 11 gardes indigènes et une centaine de colons armés. - Anivorano : 2 sections de Sénégalais avec armes automatiques, 5 gardes indigènes, une trentaine de colons armés. - Tampina : un groupe « FM » de Sénégalais, 1 groupe « FM » de tirailleurs malgaches. - Mouneyres : une section de Sénégalais avec armes automatiques. -Junck : un groupe « FM » de Sénégalais et de Comoriens. - Rogez : un détachement de Sénégalais. Retour au texte

25 Idem. Retour au texte

26 Le BTSR n° 1 n’est dissout que le 24 octobre 1949. Retour au texte

27 SHAT, Vincennes, 8H 181, Bulletins quotidiens, État de siège 1947-1950, 21/06/1947. Retour au texte

28 Ibidem, 04/07/1947. Retour au texte

29 Pour l’action des troupes marocaines, voir Jean Fremigacci, « Bataillons marocains en campagne à Madagascar », pages 41 à 96, in Frédéric Garan, Défendre l’Empire, Vendémiaire, 2013. Retour au texte

30 SHAT, Vincennes, 7U 543, 1er B.M/1er RTM, JMO- Rapports 1947-1949. Retour au texte

31 Voir SHAT, Vincennes, 7U 550, cartons 3,4,6 et 7 sur le 2/2 RTM. Retour au texte

32 SHAT, Vincennes, 7U 550/6, Historique de la CA du 2/2 RTM par le Capitaine Tréjan, 20/04/1948. Retour au texte

33 Ibidem, compte-rendu du lieutenant Beldame, 14/10/1947. Brickaville est défendu par la CA du 2/2 RTM composée de 3 officiers, 17 sous-officiers, 8 caporaux, 36 tirailleurs. Son armement : des fusils 36, des pistolets mitrailleurs, des grenades, 2 mitrailleuses de 12-7, 2 fusils mitrailleurs et un groupe de mortiers de 81. Retour au texte

34 SHAT Vincennes, 7U 550, compte rendus journaliers 1947-1948 1er compagnie, 2/2 RTM, 29/09 au 28/10/1947. Retour au texte

35 SHAFT, 7U 550/6, Rapport sur les unités 1947-1948. Retour au texte

36 Idem. Retour au texte

37 Idem. Retour au texte

38 SHAT, Vincennes, 7U 550/6, 2/2 RTM, 1947-1948, Compte-rendu du capitaine Raynaud, 14/11/1947 Retour au texte

39 Idem. Retour au texte

40 SHAT, 8H 114, Bulletin quotidien 1947, 26/09/1947. Retour au texte

41 SHAT, 7U 550, Compte-rendu du chef bataillon Devise, 24/01/1948. Retour au texte

42 Beforona, Ampasimbe, Marovato et Ranomafana. Retour au texte

43 SHAT, Vincennes, 7U 550/6, 2/2 RTM, Comptes rendu hebdo par capitaine Hubert (1re compagnie), 25/12/1947. Retour au texte

44 Idem. Retour au texte

45 Maroseranana, Fetraomby et Gisimay. Retour au texte

46 SHAT, Vincennes, 7U 550/6, Rapport du capitaine Raynaud sur la situation dans la zone d’Anivorano, 13/12/1947. Retour au texte

47 Idem. Retour au texte

48 Andevoranto, Vatomandry et Mahanoro. Retour au texte

49 ANOM, Aix, Affaires politiques 3259, Chef province Tamatave au gouverneur général, 19/01/1948. Retour au texte

50 Idem. Retour au texte

51 Andevoranto, Maroseranana, Anivorano, Fetraomby, Anjahana et Marofody. Retour au texte

52 CAOM, Aix, Affaires politiques 3259, Rapport de quinzaine du Haut Commissaire 06/03/1948. Le 26 Février, un village à 10 Km au nord est attaqué. Le 27 février, la sucrerie Labourdonnais est prise d’assaut ; les Marosalohy tuent le gendarme Guittot (chef de poste) et incendient 12 cases. Les 28 février, 3 mars et 5 mars : attaques repoussées sur Brickaville. Retour au texte

53 Idem. Retour au texte

54 SHAT, Vincennes, 7U 2903/2, Journal de marches et des opérations 01/03 au 29/08/1948. Retour au texte

55 SHAT, Vincennes, 8H 181/3, Renseignements quotidiens : 01/04 au 30/06/1948. Retour au texte

56 Voir Jean Fremigacci, « L’Insurrection de 1947 dans la région de Mananjary », Tsingy n° 12, p. 10-36, Tsingy n° 13, p. 68-100 et Tsingy n° 14, p. 107-162. Retour au texte

Illustrations

Citer cet article

Référence électronique

Tovonirina Rakotondrabe, « Les insurgés face aux militaires dans le district d’Andevoranto/Brickaville à Madagascar (1947-1948) », Tsingy [En ligne], 17 | 2014, mis en ligne le 28 novembre 2025, consulté le 10 janvier 2026. DOI : 10.61736/tsingy.1122

Auteur

Tovonirina Rakotondrabe

Professeur des Universités, Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Toamasina1

Cet article est la version remise à jour d’une contribution ayant bénéficié de l’appui du projet Campus « 1947 et la décolonisation de Madagascar », financé par le Ministère français des affaires étrangères par le biais du Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’ambassade de France à Antananarivo. Il a fait l’objet d’une communication présentée au colloque international « Colonisations et répressions, XIXe-XXe siècles » organisé par le laboratoire SEDET de l’Université de Paris 7 – Denis Diderot, 15-17 novembre 2007. Les principales sources utilisées se trouvent d’une part en France, au Château de Vincennes, Service historique de l’Armée de terre (SHAT) devenue depuis Service historique de la Défense, près de Paris. Ensuite, aux Archives Nationales d’outre-mer (ANOM) à Aix-en-Provence. Et d’autre part, aux Archives de la République malgache (ARM), sises à Tsaralalàna, Antananarivo.

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