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Si l’histoire de la guerre a longtemps été associée à celle de l’État comme à celle des relations entre les États, elle peut désormais se lire comme une histoire renouvelée des formes du conflit et met en évidence de nouvelles perspectives sur les relations antagoniques entretenues entre des acteurs de plus en plus diversifiés et dépassant le seul cadre des structures étatiques.

Cependant, en comparaison avec la « violence de guerre » exprimée et conceptualisée pour d’autres aires géographiques, les conflits de la zone indiaocéanique au XXe siècle semblent quelque peu marginaux ou tout moins perçus comme une manifestation périphérique d’enjeux plus globaux. L’objectif de cette contribution est donc de revisiter la place de l’ouest de l’océan Indien dans les conflits du XXe siècle, et d’ouvrir la réflexion sur ceux du XXIe siècle naissant.

Si la participation des empires présents dans la zone océan Indien dans les conflits mondiaux a déjà fait l’objet de nombreux travaux, un certain nombre de chantiers reste encore ouvert autour notamment des identités militaires et leur adossement à des identités politiques et sociales émergentes. Il en est de même de la patrimonialisation des phénomènes guerriers et de la transmission d’une certaine mémoire militaire mobilisant tout à la fois des institutions et des acteurs variés.

En 1971, l’ONU adoptait la résolution 2832, qui faisait de l’océan Indien « une zone de paix ». En pleine guerre froide, le texte demandait aux grandes puissances « d’arrêter le processus d’escalade et d’expansion de leur présence militaire », « d’éliminer » de cette mer hautement stratégique « toutes les bases militaires » et de mettre fin à « la mise en place d’armes nucléaires ». Cette mise en marge de l’océan Indien dans la guerre froide explique la faible lisibilité du rôle de la base de Diego Garcia, comme des conflits de la corne de l’Afrique ou des Comores.

L’objectif de ce numéro (consacré à la Guerre Froide et aux questions coloniales puis postcoloniales) tout comme du prochain (centré sur les deux conflits mondiaux), est de s’interroger sur la pertinence de la notion de « périphérie » qui qualifie trop souvent les conflits dans l’ouest de l’océan Indien. Il conviendra dans ce cadre de confronter temps « local » et temps « mondial » (ou global).

A travers l’article de Fabien Bordeles, nous pouvons découvrir comment la gestion des archives peut permettre d’entrer dans l’intimité des victimes d’un conflit. Nous suivons ainsi les demandes d’indemnisations déposées auprès de l’administration coloniale après les évènements de 1947 à Madagascar (tout comme ce qui concerne l’opération Ironclad, classée dans le même dossier des Archives Nationales de l’Outre-mer). Richard Ranarivony pose le cadre général de la place de la zone océan Indien durant la guerre froide. Dès les années 1950, les problématiques coloniales s’entremêlent avec la rivalité entre les deux blocs. Nous pouvons voir, avec Djibouti que nous présente Aurélien Poilbout, le positionnement de la France qui cherche à rester influente dans la région malgré la décolonisation et face à la montée en puissance des Etats-Unis comme de l’URSS. Il en est de même dans l’article de Paul Villatoux, avec les îles Éparses, à la fois enjeu de la guerre froide, mais aussi source de tensions entre la France et Madagascar.

Si la finalité semble la même, la stratégie est différente aux Comores. Walter Bruyère-Ostells nous instruit ainsi du « temps local » des mercenaires, une étape qui permet de mieux comprendre les problèmes actuels de l’archipel, dont Florentin Brocheton analyse la « balkanisation ».

Ces articles permettent de dresser un bilan sur les conflits de la région dans la deuxième moitié du XXe, qu’il faudrait compléter avec l’analyse de la situation en Somalie, au Mozambique comme au Yémen. Autant d’éléments confirmant qu’aujourd’hui, comme durant la guerre froide, le Sud-Ouest de l’océan Indien n’est pas aussi « périphérique » qu’on veut le croire.

References

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Frédéric Garan, « Éditorial », Tsingy [Online], 22 | 2019, Online since 22 August 2025, connection on 11 January 2026. DOI : 10.61736/tsingy.591

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Frédéric Garan

Directeur de publication

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