« Futebolizar a cidade » ? Football, ségrégations et stratégies citadines à Lourenço Marques (Mozambique), années 1940-1970

DOI : 10.61736/tsingy.894

Résumés

L’objectif de cet article est de montrer dans quelle mesure le football a représenté un moyen pour les colonisés d’exprimer la pluralité de leur citadinité au sein de leurs quartiers sous-équipés, entre les années 1940 et 1970. La « footballisation » de la ville, comme aurait pu le suggérer le grand poète et ancien sportif José Craveirinha, a constitué une forme importante d’appropriation spatiale, temporelle et sensorielle d’un espace toujours marqué par l’exclusion malgré de timides transformations dans les années 1960. Cependant cette source fragile d’autonomisation a été constamment menacée par les besoins des équipes portugaises en nouveaux talents.

This article aims at showing that football was a way for colonised people to express the pluralilty of their urbanity in the under-equiped surburbs of Lourenço Marques between the 1940s and the early 1970s. Despite an active racial exclusion, the ‘footballization’ of the city (as the great poet and former sportsman José Craveirinha could have called it) constituted an important way for players to appropriate through time, space, and senses a space still marked by exclusion in the 1960s, in a context of modest political changes. However, this fragile source of autonomy was constantly threatened by the Portuguese teams’ need for new talents.

Plan

Texte

Aux yeux des autorités coloniales, le « football africain », comme il était appelé avec condescendance dans la presse européenne du Mozambique, avait deux vocations principales : canaliser l’énergie des jeunes habitants des quartiers périphériques de la ville et, d’autre part, servir de réserve potentielle de talents aux équipes européennes locales liées aux grands clubs du Portugal (dont le Sporting et Benfica). C’est ainsi, qu’à la fin des années 1950, a été recruté Eusébio da Silva Ferreira surnommé la « panthère noire » et présenté comme le rival de Pelé dans les années 1960.

Mais dans les subúrbios (quartiers périphériques « indigènes ») sous-équipés de Mafala, de Xipamanine ou de São José de Lhanguene, le football était au centre d’un riche univers social où il remplissait de multiples fonctions. Intégrateur, il renforçait la cohésion entre les habitants dont beaucoup étaient des migrants ruraux. Fédérateur, il favorisait l’émergence de solidarités dans le cadre d’associations qui ont servi de creuset au nationalisme mozambicain, entre les années 1940 et 1960. Dans le même temps, dans un contexte de forte ségrégation, la réussite de quelques sportifs métis et africains n’a guère changé la difficile situation des sportifs de la périphérie de Lourenço Marques.

Cette étude entend moins restituer une histoire exhaustive du football au Mozambique et dans sa capitale coloniale Lourenço Marques1, que de penser le sport comme pratique sociale d’affirmation voire d’autonomisation. Dans ce sens, ce travail poursuit une exploration des formes et des dynamiques de la citadinité à Lourenço Marques des années 1940 à l’indépendance du Mozambique2.

La traduction sportive de la ségrégation

Au début du siècle, l’influence anglaise se fit sentir dans le domaine des loisirs. Des clubs de golf, tennis, sports nautiques3 apparurent sur le modèle sud-africain. En effet, l’élite locale comprenait un certain nombre de commerçants et agents commerciaux britanniques venus du territoire voisin. En 1922, un journal sportif fut même fondé, Semana Desportiva, par un employé de commerce de l’importante Casa Bridler, société suisse, qui représentait entre autres les camions Ford4.

Certains sports excluaient les Africains voire les Métis, de manière plus ou moins explicite : la natation, le basket et surtout le hockey sur patin, discipline dans laquelle excellaient les Portugais de la Métropole et des colonies5. L’athlétisme et la boxe incluaient des sportifs noirs et métis, mais ces derniers restaient dans l’ombre des figures qui dominaient ces disciplines. Jusqu’à l’indépendance, la qualité des équipements et le statut des sportifs distinguaient bien nettement ville européenne, dite de Ciment (voir carte), et ville « indigène » appelée Caniço6.

Le football de la « ville de Ciment »

A Lourenço Marques et à Beira comme dans d’autres colonies portugaises, le football a d’abord été pratiqué par des militaires, des employés de commerce ou de la compagnie de chemin de fer.

Parmi les clubs les plus importants de Lourenço Marques dans les années 1920, se trouvait justement le Ferroviário. Financé par la compagnie en charge du port et du chemin de fer de la ville (PCFLM), l’un des grands employeurs de la ville, il constituait une institution majeure dans l’encadrement des loisirs. Le club remporta de nombreuses fois les compétitions locales face à d’autres formations, dont plusieurs étaient affiliées à des grands clubs de Lisbonne (Benfica, Sporting, Belenenses)7. En ce sens, le football participait bien d’une lusitanisation des « provinces d’outre-mer ». C’est de métropole que parvenaient les règles qui ont standardisé le jeu, arrivaient joueurs et entraîneurs potentiels ou encore, schémas tactiques8. Mais dans l’autre sens, les meilleurs footballeurs de ces annexes coloniales entamaient de véritables carrières au Portugal. Dans les années 1940, des équipes lisboètes recrutent par exemple Carlos Brito (du Desportivo de Lourenço Marques) et surtout Júlio Cernadas Pereira dit Juca9 (du Sporting de Lourenço Marques). Ce dernier devint même plus tard l’un des plus grands sélectionneurs national.

En 1922, une fédération est créée dans la ville : l’AFLM (Associação de Futebol de Lourenço Marques ou Association de Football de Lourenço Marques). L’AFLM, organise des compétitions régulières puis envisage la mise en place d’un championnat à l’échelle de la colonie. Ce dernier n’est cependant concrétisé que dans les années 1940. Sans surprise, Lourenço Marques, la capitale et cœur économique du Mozambique, concentre les meilleurs clubs de la colonie.

Indéniablement, le football a laissé son empreinte sur la ville européenne. Les principales équipes laurentines disposaient de lieux d’entrainement voire de véritables complexes sportifs, généralement situés dans les quartiers les plus fréquentés. Le terrain ou campo du Desportivo, se trouvait déjà dans les années 1920 en face de la première mairie (O Brado africano, 12/07/1924). Celui du Ferroviário était situé dans la partie basse, non loin du port, au rôle économique essentiel10. Plus tard, le Sporting de Lourenço Marques se dota d’un stade d’une capacité d’accueil de 15 000 places. Enfin en 1961, le Ferroviário décida de construire un nouvel équipement encore plus monumental, le stade Salazar, édifié à l’écart de la ville (Machava) et capable d’accueillir 32 000 personnes11.

Le football rythmait la vie de Lourenço Marques. La presse générale et sportive puis la radio (à partir des années 1930) en donnent un assez bon aperçu en rendant compte très régulièrement des matchs. Les chroniqueurs spécialisés étaient souvent d’anciens footballeurs qui continuaient d’ailleurs de pratiquer leur sport favori avec leurs collègues12. Leurs articles contribuaient à faire de certains joueurs de l’AFLM des figures populaires de la ville (Fernando Lage, Abel Bastos, Jorge Viana). Mais en dehors du Ferroviário qui offrait un emploi à ses joueurs, les autres équipes ne comptaient que sur des amateurs qui devaient concilier sport et vie professionnelle. Dans une de ses pièces, Orlando Mendes, écrivain de l’opposition, analyse le drame d’un joueur lourdement blessé en fin de carrière et sans ressources13.

Le football ne concernait pas uniquement les clubs semi-professionnels mais s’insinuait dans de nombreuses institutions. Il était en effet pratiqué dans l’armée, la Mocidade Portuguesa14 et dans la plupart des établissements scolaires. Les plus importants d’entre eux, le lycée Salazar, l’Ecole technique, l’Institut Portugal s’affrontaient périodiquement à partir des années 1930-194015. Enfin, un peu partout il existait des petits clubs de quartier.

Dès l’entre-deux-guerres, des rencontres sportives étaient organisées avec des formations portugaises d’outre-mer16 et d’Afrique du Sud17. Elles constituaient des petits moments de fierté locale précisément relatés dans la presse. Si bien que le milieu du football de Lourenço Marques est parfois tiraillé entre le désir patriotique de renforcer ses liens avec la métropole et celui d’affirmer une certaine autonomie. C’est pour cela que le départ de nombreux sportifs recrutés par les équipes de Lisbonne n’est pas toujours bien vécu. N’était-ce pas la cause de défaites subies face à des clubs étrangers et surtout de l’atonie du championnat local18 ? L’une des solutions retenues pour faire face à cette situation a été de puiser dans de nouvelles recrues dans le Caniço.

Le « football africain » : vivier de talents pour les équipes européennes ?

La presse européenne ne donne que de très rares échos des matchs qui avaient lieu dans la périphérie, espace où pourtant vivait la majorité de la population de l’agglomération de Lourenço Marques. Quand en avril 1950, le Lourenço Marques Guardian publie les résultats de matchs entre plusieurs clubs de l’AFA (Assoçiação de Futebol Africana ou Association Africaine de Football), le fait est exemplaire pour être noté. A la lecture du journal, on apprend qu’aucun journaliste ne s’est déplacé mais qu’un compte rendu a été envoyé par les responsables d’un club du Caniço, le G. D.19 Vasco da Gama (Lourenço Marques Guardian, 22/04/1950). A l’inverse, le Brado africano20, journal du Grémio africano puis de l’Association africaine (Associação Africana)21, publie une chronique précise de la vie sportive de la ville de Ciment comme des championnats nationaux.

Cependant, cette invisibilité du « sport africain » dans l’espace public de la ville ne doit pas cacher l’intérêt croissant, et somme toute pragmatique, que les dirigeants de l’AFLM ont manifesté à l’égard des sportifs les plus prometteurs des clubs de la périphérie. Dès l’entre-deux-guerres et malgré la ségrégation, plus forte sous l’Estado Novo22, des clubs européens comme le 1° de Maio ont fait appel à des joueurs Métis voire Africains. Cette timide ouverture n’est pas sans poser de problèmes, en particulier lors des déplacements en Afrique du Sud, après la mise en place de l’Apartheid. Ainsi, durant un match que le G. D. 1° de Maio effectue dans ce pays en 1955, les joueurs Métis et Africains sont écartés du voyage (O Brado africano, 8/10/1955).

Néanmoins, le phénomène s’est accentué dans les années 1940 et 1950, non seulement dans la ville et la colonie mais aussi dans tout l’empire portugais. Avant même le passage rapide d’Eusébio da Silva Ferreira de la périphérie à Lisbonne au début des années 1960, d’autres joueurs exceptionnels ont été détectés par des recruteurs de la ville européenne23. Parmi eux, Matateu puis Mário Wilson et Mário Esteves Coluna.

Sebastião Lucas da Fonseca dit Matateu, né en 1927, est originaire d’Alto Maé. Ce quartier populaire de transition entre ville de Ciment et Caniço accueillait des familles européennes, métisses, indo-portugaises et d’Africains « assimilés ». Tout comme Coluna, Matateu a d’abord joué au club Albasini avant d’entrer au 1° de Maio. En 1951, il est remarqué par un ancien joueur du Belenenses, dont le 1° de Maio était la filiale. Comme il fait sensation lors de ses premiers matchs en métropole, il obtient d’être sélectionné dans l’équipe nationale portugaise, dont il deviendra avec Mário Wilson et Coluna, l’un des piliers24. Bien avant Eusébio, Matateu a accédé au rang d’idole nationale portugaise25, fait d’autant plus exceptionnel que la ségrégation restait forte au début des années 1950.

De son côté, Mário Wilson (né en 1929) évoluait dans des associations sportives de la ville de Ciment mais venait d’une famille métisse très liée au Grémio africano26. Engagé à l’Académica de Coimbra il intégra ensuite le Benfica, dont il devint plus tard l’entraineur. Comme Matateu, Mário Esteves Coluna (né en 1935) a démarré à l’Albasini27, avant d’être engagé par le Desportivo puis de poursuivre également une brillante carrière au Benfica à partir de 1954 (à 19 ans)28.

La trajectoire sportive d’Eusébio da Silva Ferreira (né en 1942)29 est encore plus exceptionnelle que celle de ses prestigieux prédécesseurs. Originaire de Mafalala, l’un des quartiers les plus dynamiques et aujourd’hui mythiques du Caniço, Eusébio s’est passionné jeune pour ce sport, praticable partout et avec peu de moyens, à l’instar de nombre de garçons des subúrbios. Après s’être distingué dans un club de quartier, « Os Ciment avant de partir jouer au Portugal sans passer par l’un des clubs liés à l’AFA30. Après lui, l’attraction exercée par les joueurs du Caniço sur les responsables portugais s’est accéléré. En effet, il n’est pas exagéré de dire que les sportifs venus des colonies ont permis aux formations portugaises de jouer dans la cour des grands31. De fait, les clubs du Caniço devinrent l’objet d’une grande attention, d’autant plus ambiguë qu’elle tirait profit des difficultés matérielles du monde sportif de la périphérie.

Les clubs des quartiers périphériques de Lourenço Marques

L’appropriation précoce du football comme signe d’affirmation citadine

Il existe probablement deux sources au football pratiqué par les Africains du Mozambique. La première est bien sûr liée à la présence de joueurs européens à Lourenço Marques même. Mais la seconde, à ne pas négliger bien que moins connue, est liée au fait que des mineurs mozambicains, nombreux en Afrique du Sud dès la fin du XIXe siècle, ont sans doute joué au football sur les compounds puis ramenés cette pratique au Mozambique32. En effet, en Afrique du Sud, ce sport s’est développé entre les années 1860 et 1900 parmi les militaires, les ouvriers blancs et par le biais des missions. Si bien que des joueurs noirs ont commencé assez tôt à pratiquer ce sport dans les villes et les zones minières33.

L’une des premières équipes des subúrbios a été celle que l’association Anjuman Anuaril Issilamo fonde en 1912. Cette association d’aide mutuelle d’Afro-musulmans avait aussi une vocation dans le domaine des loisirs. A cette fin, elle acquit un terrain de football, dans la périphérie, à Minkadjuíne34 et créa un club qui ne fut toutefois officialisé qu’en 192935. Entre-temps, d’autres formations sportives ont été créées. Si le football n’est pas le seul sport pratiqué au sein de ces associations, c’est sans conteste le plus populaire36.

En 1930, le Mahafil Isslamo affronte régulièrement d’autres équipes non européennes parmi lesquelles le Grupo desportivo Beira-Mar, le Grupo Internacional Africano, l’Atlético Club Mahometano (O Brado Africano, 7/06/1930) ou encore le Munhuense (Azar), le João Albasini, le Vasco da Gama, toutes explicitement liées à un quartier (Munhuense du quartier de Munhuana, São José du quartier de São José de Lhanguene)37 ou à un groupe de migrants : Inhambanense (d’Inhambane), Gazenense (de Gaza), Zambeziano (du Zambèze). Plusieurs d’entre elles gravitaient autour d’une association fondamentale, le Grémio africano. Créé au début des années 1920, le Grémio était dominé par une petite bourgeoisie locale dont les frères Albasini38 qui défendaient les droits politiques des Indigènes et encadraient leurs loisirs. Le Grémio comprenait des commerçants, des employés de commerce et des petits fonctionnaires (des douanes, du service des affaires indigènes, des tribunaux), parfois propriétaires39.

Parmi les personnalités phares du Grémio africano se trouvait un avocat au passé de sportif, Karel Pott. Né en 1904, il est le fils d’un hollandais, Gerard Pott et d’une africaine de la ville, Carlota Especiosa Paiva Raposo. Métis et fils d’un commerçant et consul étranger, il a pu étudier dans l’unique lycée de la colonie, le lycée du 5 Outubro40 avant de poursuivre des études de droit au Portugal. Une fois diplômé, il rentra en 1932 à Lourenço Marques41. Dans sa jeunesse, c’était un sportif de haut niveau qui jouait au poste de défenseur lors de matchs de football au début des années 1920 (O Brado Africano, 25/06/1921). Polyvalent, il a représenté le Portugal aux Jeux Olympiques de Paris de 1924 en athlétisme (au 100 et au 200 mètres)42, ce qui lui conféra une aura certaine auprès des plus jeunes43. Avec d’autres membres du Grémio et cadres dirigeants des clubs, il a impulsé la création d’une fédération sportive, l’AFA sur le modèle de l’AFLM.

Dès les années 1930, un championnat fut mis en place. Parmi les équipes qui y participaient, certaines étaient amenées à jouer en dehors de Lourenço Marques comme à Inhambane par exemple (O Brado Africano, 21/01/1956) ou dans des petites localités du sud de la colonie. Ainsi, São José est invité en 1956 à jouer à Morrumbene et Maxixe (O Brado Africano, 29/09/1956). De fait, il apparaît assez nettement que les clubs du Caniço, marginaux dans le contexte de la ville de Ciment, bénéficiaient d’une position centrale dans l’espace footballistique « indigène » du Mozambique. Ils devaient constituer des modèles pour les associations sportives rurales et urbaines du sud voire du nord de la Save, moins bien dotées. C’est, entre autres, pour cette raison que ces clubs organisent des rencontres avec leurs homologues sud-africains44 comme en juillet 1936, quand le Beira-Mar joue contre les All Blacks (O Brado africano, 4/07/1936). Plus tard, en 1955, à l’initiative du Mahafil Isslamo, le Heart Football Club de Johannesburg participe à plusieurs matchs sur le terrain de Xipamanine (O Brado Africano, 9 et 16/04/1955). En juillet de la même année, les Collegians de Johannesburg jouent contre une sélection de l’AFA (O Brado Africano, 9/07/1955). En 1956, des matchs opposent les Bantus de Pretoria à des joueurs de l’AFA à Lourenço Marques puis en Afrique du Sud (O Brado Africano, 27/10/1956). En juin 1957, le joueur sud-africain Darius Dhlomo45 se rend dans le Caniço avec une sélection de joueurs de Durban46.

L’AFA et les problèmes des clubs

A partir du milieu des années 1930, le monde associatif du Caniço était partagé entre deux grandes entités issues du Grémio africano : l’Association africaine, contrôlée par des Métis et l’Instituto Negrofilo, plus tard nommé CAN (Centro Associativo dos Negros47), dirigé par des Africains « assimilés »48. Malgré leurs rivalités, entretenues par l’administration coloniale, ces deux associations s’entendaient pour faire fonctionner l’AFA. Le sport en général et le football en particulier constituaient un terrain d’entente possible entre elles. A la fin des années 1930, Eugénio da Silva Júnior typographe et membre de l’Association africaine49, était à la tête de la fédération. Connu pour son implication dans le milieu sportif de la périphérie, il faisait partie des fondateurs de l’un des grands clubs du Caniço, le Munhuense (Azar)50.

14 équipes étaient affiliées à l’AFA. La plupart d’entre elles éprouvaient de sérieuses difficultés financières ; à l’image des problèmes quotidiens que rencontraient les habitants du Caniço. Dans une interview donnée au journal Eco dos Sports en 1938, Eugénio da Silva Júnior reconnaissait la faiblesse des ressources de la fédération. En effet, plusieurs groupes sportifs peinaient à payer leurs cotisations (São José, Zambeziano et Vasco de Gama). D’autre part, malgré l’aide de certains notables, les clubs ne compensaient que difficilement la faiblesse des revenus des joueurs et, plus généralement, celles des membres. Les ouvriers africains de l’industrie, nombreux parmi les joueurs, étaient rémunérés au moins dix fois moins que les Européens dans les années 195051. Enfin, nous ne savons si tous les matchs étaient payants, mais il est fort probable que beaucoup d’habitants des subúrbios y assistaient sans payer52, sauf lors de compétitions plus officielles53. Néanmoins, une partie des recettes de l’AFA provenaient des billets et finançait une caisse de secours payant les frais médicaux en cas d’accidents.

En 1938, l’AFA ne possédait ni siège ni terrains. Ceux qui étaient utilisés dans le championnat du Caniço appartenaient aux clubs les mieux pourvus comme le Beira-Mar (près de la Mission de São José de Lhanguene), ou le Mahafil Isslamo et l’Atlético Mahometano à Xipamanine (Eco dos Sports, 10/05/1938)54.

L’un des autres problèmes soulevés durant l’interview de 1938 est celui de l’arbitrage. Le journaliste de Eco dos Sports, fait remarquer à Eugénio da Silva Júnior, non sans une certaine condescendance, que de nombreuses erreurs d’arbitrage étaient repérables lors des matchs, entrainant contestations voire violences. L’une des explications qui est alors livrée est que les arbitres de l’AFA ne bénéficiaient que rarement d’une formation consistante, contrairement à ceux de l’AFLM.

En 1945, une demande fut adressée au Gouverneur Général Bettencourt pour que l’AFA reçoive une subvention pour la construction d’un siège et l’aménagement d’un terrain. Mais dix ans plus tard, un chroniqueur d’Eco dos Sports constatait que rien n’avait été fait (Eco dos Sports, 4/08/1956). L’AFA ne disposait toujours que de deux terrains de mauvaise qualité dépourvus de vestiaires. De plus, seuls 10 équipes avaient survécu (O Beira-Mar, Atlético Mahometano, Nova Aliança, S. José, Sporting Nacional, João Albasini, Inhambanense, Gazenense, Munhuanense, Zambeziano) tant bien que mal55. La situation de clubs comme le Mahafil Isslamo était pourtant moins fragile. Son dirigeant, Ambasse Tajú, interrogé par le Brado sur les raisons d’une crise qui l’opposait à l’AFA au milieu des années 1950, fit allusion à un conflit relatif à la copropriété du terrain du club avec l’Atlético Mahometano56 (O Brado africano, 22/10/1955). On peut se demander si le trop fort dynamisme du Mahafil, le club le plus ancien, n’est pas l’une des causes profondes de son exclusion décidée par l’AFA ? En effet, Ambasse Tajú, fils du fondateur57, était en décalage complet avec le reste du monde sportif du Caniço quand il fit part de ses ambitions : créer un complexe sportif sur le modèle de ceux de la ville de Ciment. Lié au milieu commerçant indien et afro-musulman, le club était plus riche que la moyenne. Tajú annonçait son désir d’aménagement d’une piste d’athlétisme autour d’un nouveau campo en plus d’un terrain de basquet. De plus, en faisant allusion aux déplacements de son équipe en Afrique du Sud, il ajouta que c’était une manière de se confronter à du « vrai football » ; critique à peine voilée à l’égard de l’AFA. Il conclut l’entretien en ne cachant pas son souhait de refonder une nouvelle structure, implicitement rattachée à celle de la ville de Ciment. En fait, cette crise eut lieu peu de temps avant qu’au sein même de l’AFLM soit discutée la possible entrée des équipes de l’AFA dans le championnat du Mozambique (O Brado africano, 19/01/1957).

De la marginalisation à une reconnaissance relative

Cette intégration eut effectivement lieu en 1959, quelques années avant la fin du code de l’Indigénat (1961) et donc celle, du moins du point de vue légal, de la ségrégation. Dans un premier temps, les clubs de la périphérie restaient toutefois cantonnés en deuxième et troisième divisions du championnat du Mozambique et ne disputaient que des matchs entre eux. Mais mêmes s’ils étaient réduits à des rôles de figurants, il leur était désormais possible de jouer sur des terrains plus confortables comme ceux du Ferroviário, du Desportivo et du Sporting (O Brado africano, 29/07/1967). Ce début de reconnaissance collective du football de la périphérie correspondait moins à un tournant politique majeur qu’à l’officialisation de l’idée que le Caniço représentait plus que jamais la réserve de talents de la ville de Ciment.

La participation aux compétitions de l’AFLM représentait un effort financier supplémentaire pour les équipes de la périphérie58. Pourtant, certains joueurs et clubs parvenaient à tirer profit du nouveau contexte. En 1967, l’Atlético Mahometano parvint par exemple à entrer en première division suivi plus tard par d’autres formations. Les jeunes qui débutaient dans le championnat junior pouvaient plus facilement que dans le passé espérer intéresser les grands clubs de la ville de Ciment59. Achirafo Abubacar, aujourd’hui juge, après s’être exercé enfant dans les environs du terrain du Mahafil Isslamo, put entrer dans l’équipe junior du Sporting de Lourenço Marques60. Babalito (Ali Mubaraca Bin Saide, 1956-2010), de l’Atlético Mahometano, fut même recruté par les juniors du Benfica avant de poursuivre une véritable carrière au Portugal.

Durant cette dernière phase de l’histoire du football colonial, une nouvelle équipe s’impose sur la scène locale : le Desportivo da Cajú Industrial. La création de ce club rompt avec ce qui existait jusque-là. En effet, financé par une entreprise prospère possédée par un commerçant indien qui cherchait à encadrer les loisirs de ses salariés et à se faire de la publicité61, elle connut un succès rapide au point de remporter la deuxième division en 196962. On retrouve un phénomène similaire à l’échelle du Mozambique avec Texáfrica, associée à une importante usine textile de Vila Pery (l’actuelle ville de Chimoio), qui s’imposa à trois reprises à la tête du championnat du Mozambique au début des années 197063.

Le football dans la vie des quartiers périphériques

Un outil de cohésion ?

La plupart des clubs se sont constitués autour de noyaux durs, parfois communautaires, mais dont la base sociale s’est peu à peu ouverte. Dans beaucoup de clubs, des membres issus de la petite bourgeoisie métis ou assimilée, plus longuement scolarisés, côtoyaient une masse de jeunes manœuvres et ouvriers, souvent migrants, au statut d’indigène. Pour ces derniers, entrer dans un club permettait d’acquérir des codes sociaux locaux et ainsi faciliter leur insertion. La vie sportive ouvrait sur une géographie ludique du Caniço qui offrait aux joueurs originaires d’autres régions un moyen d’appropriation d’une partie de l’espace urbain.

Ce phénomène de brassage était renforcé par la circulation des joueurs d’une formation sportive à l’autre. Les appartenances ethniques ou sociales s’estompaient probablement en partie dans le cadre de l’équipe comme dans celui du match. Généralement, les joueurs n’étaient connus que par leurs prénoms, comme dans le cas d’Hilario ou d’Eusébio ou par leurs surnoms (comme avec Matateu). Leur identité fonctionnelle (leur poste, leurs qualités de joueur) au sein de l’équipe primait. Dans le club de São José, on distinguait ainsi un « Daniel I » d’un « Daniel II ». Il y avait parfois une part de dérision ou d’autodérision dans les sobriquets dont étaient affublés les joueurs. Dans les années 1950, un footballeur de Gazense est surnommé « Tarzan ». A l’Atlético Mahometano un joueur était appelé « Pseto », onomatopée ronga qui signifiait : « se moquer de l’adversaire mis en déroute »64.

L’expérience footballistique scellait des liens durables entre membres des équipes, alimentait les échanges sociaux et consolidaient des réseaux sociaux. Elle constituait par conséquent des repères à même de rassurer chacun dans un contexte de surveillance politique renforcée depuis la fin des années 1950. Durant l’un de ses interrogatoires, José Craveirinha raconte sa première rencontre avec un inconnu censé être un agent du FRELIMO en 1964. Méfiant, Craveirinha retrouve ce personnage, nommé Ibrahimo, dans la vieille ville européenne, près du cinéma Varietá de la rue Araújo. Il se dit néanmoins rassuré après que son interlocuteur lui révèle qu’il a joué au club Mahafil65.

La centralité sociale et culturelle du football

A lire le Brado, on comprend que les matchs étaient très fréquents et occupaient la plupart des samedis et dimanches de l’année. A côté des championnats à proprement parler, se déroulaient des compétitions plus ponctuelles (en l’honneur d’associations). Il faut ajouter que les entrainements scandaient aussi la vie de certaines de familles. Cette temporalité spécifique66 faisait du sport en général et du football en particulier, des activités de loisir propre à autonomiser le Caniço. Les plus jeunes qui jouaient de manière spontanée dans les sentiers des subúrbios ou à proximité des épiceries-buvettes (les cantinas), poursuivaient de manière plus formalisée dans les principales équipes de la périphérie. Il arrivait que dans les mêmes familles, des jeunes évoluaient dans des clubs différents, donnant de cette manière une consistance sociale au Caniço en dehors de leur lieu de résidence67.

A l’instar de ce qui se passait dans la ville européenne, les clubs de la périphérie étaient au cœur de la vie sociale et festive. Ils utilisaient leurs propres sièges, quand ils en avaient, ou ceux d’associations plus importantes pour organiser des fêtes privées (comme des mariages) ou collectives. Le G. D São José célèbre ainsi ses 25 ans lors d’un bal organisé dans le local du CAN de Xipamanine et animé par le groupe « Quatro Azes » (O Brado Africano, 4/06/1955). Le Beira-Mar offre à ses adhérents une soirée dansante dans la salle de l’Associação Mútuo Auxílio dos Operários Indianos68 (O Brado Africano, 4/06/1955).

Le lien entre football et musique était assez fort. Non seulement les fêtes des clubs offraient des débouchés aux musiciens locaux, mais beaucoup d’entre eux étaient aussi footballeurs. On le voit très bien avec Hoola Hoop (ou Ulaúpe), groupe apprécié dans le Caniço à la fin des années 1950. L’un de ses musiciens, surnommé Young Issufo, était surtout connu comme boxeur, mais João Domingos, son leader, avait une réputation de bon joueur. Originaire d’Inhambane, il a fréquenté plusieurs équipes de l’AFA (São José, Munhuanense, Atlético Mahometano). Il reconnaît d’ailleurs avoir réussi à s’insérer dans les cercles locaux les plus actifs au milieu des années 1950, moins grâce à la musique qu’au sport69. Originaire de la ville, Gonzana, troisième musicien de Hoola Hoop avait également joué dans des équipes de la périphérie qui avaient comme modèle Matateu70.

La langue du football était fluide et inventive, à l’image même de nombreuses activités urbaines qui confrontaient des univers sociaux et culturels multiples. Les chroniques sportives du Brado, en donnent un aperçu possible. Dans le journal, aussi bien dans des articles en portugais qu’en ronga, on note une forte présence d’anglicismes. Le terme « team » est noté tel quel ou transformé en « time » (O Brado africano, 8/10/1955). Le mot « backs » est souvent utilisé à propos des défenseurs. Tout cela nous rappelle bien sûr que ce sport d’origine anglaise, était initialement joué par les Britanniques d’Afrique du Sud installés au Mozambique comme par des mineurs revenus des mines du Rand.

Dans les textes écrits en ronga, des mots portugais comme « taça » (coupe), « disciplina », técnica » (O Brado africano, 11/01/1936 ; 22/02/36) ou « preparação » (O Brado africano, 22/10/1955) étaient abondants. Néanmoins, comme le remarque N. Domingos71 citant un article de José Craveirinha72 (O Brado africano, 12/02/1955), de nombreux termes ronga en usage dans le domaine du football n’avaient pas d’équivalents en portugais et traduisaient une manière de vivre le football. Ce sont parfois des onomatopées comme « pandya ou pandja », qui correspond au son produit par le choc simultané de deux coups de pied dans la balle. Ce terme comme d’autres traduisent des actions violentes associées à des moments où les joueurs se défient.

Mais « pandya » qui peut être traduit par « rebentar » (« exploser ») en portugais n’est pas un terme anodin sous la plume de Craveirinha. C’est même un mot clé dans sa poésie. Il fait écho au mot marrabenta, nom d’un genre musical populaire dans le Caniço dans les années 1960. Dans le domaine du football comme celui de la musique et de la danse, Craveirinha a publié de nombreux articles valorisant ces activités comme source d’affirmation de soi73. Ce travail de médiation effectué dans des journaux lus dans le Caniço (O Brado africano) comme dans la ville de Ciment (Notícias, Tribuna, O Cooperador, Tempo) fait preuve de grande pédagogie et dans le même temps, il fait œuvre militante. Sa connaissance de l’intérieur des fondements culturels de la vie dans les subúrbios et à proximité (quartier très mélangé de Alto Maé), s’allie à son travail de journaliste soucieux du détail et capable d’indiquer les contradictions du régime74.

En ce sens, pour lui le football participe d’un processus d’autonomisation potentielle des dominés. Il forge les corps75, produit une discipline et exprime un être collectif qui cherche à s’émanciper d’abord par la fête voire par la révolte.

La poésie de Craveirinha est sensible à ces moments de communion où l’on transcende la situation d’oppression. En ce sens, le match de football participe d’une forme de transe, celle des joueurs, celle de spectateurs, au même titre que le bal et concert ou le rite.

Lors d’un entretien tardif avec une chercheuse brésilienne, il évoque l’étonnement de certains de ses amis intellectuels à son propos : comment pouvait-il aimer à la fois le football et la littérature ? Pour lui, le sport était partie intégrante de la culture en tant que moyen de « conscientisation »76 et donc potentiellement d’émancipation.

Le football du Caniço : enjeu politique et commercial

Si l’on se penche maintenant du côté des autorités portugaises et des entreprises européennes de la ville du Ciment, on peut considérer que le football constituait à la fois un enjeu politique et commercial. La radio (Rádio Clube de Moçambique) qui créé un créneau en langues africaines (d’abord en ronga) appelé en 1958 « Hora nativa » puis « Voz de Moçambique » au début des années 1960 diffusait, non seulement une programmation musicale qui se voulait attractive, mais offrait d’abondants comptes rendus sportifs77. Fidéliser les auditeurs avait une vocation politique claire, en temps de montée du nationalisme puis de début de guerre coloniale d’abord en Angola (1961) puis au Mozambique (1964).

Le sport pratiqué dans le Caniço représentait aussi un enjeu commercial. Les émissions de « Hora nativa » étaient patronnées par des marques de bières qui cherchaient à accroître leurs ventes. D’autres entreprises comme SOMOREL, spécialisée dans l’équipement des sportifs, se fait connaître par voie de presse (O Brado africano, 16/09/1967). Dans le Brado, on trouvait très fréquemment des publicités pour des compléments alimentaires destinés aux footballeurs78. Une entreprise textile, Casa Manufatos, organisa pour sa part un match de football sur le terrain de Xipamanine afin d’attirer un public à qui fut présenté un défilé de mode (O Brado africano, 9/09/1967).

Il faut ajouter que les matchs étaient en soi des moments de consommation voire d’ostentation qui n’étaient, pour cela, pas négligés par les commerçants du Caniço et de la ville européenne. Lorsque le Mahafil Isslamo fête ses 40 ans sur son terrain, le chroniqueur du Brado remarque la présence d’une nombreuse assistance et la vente, par exemple, de bouteilles de Coca Cola (O Brado africano, 8/10/1955).

L’ambigüité d’un sport emblématique

D’un côté le football était un puissant moyen d’affirmation des quartiers périphériques, de socialisation des jeunes et un outil pour transcender les différences « ethniques » et sociales. De l’autre, loin de remettre en question le cadre politique de la colonie le football le faisait, à sa façon, perdurer. En effet, les meilleurs joueurs étaient « extraits » du contexte des subúrbios voire défendaient ensuite les couleurs portugaises, sans que les équipes « africaines » tirent profit de ces succès. Ceci n’est pas sans rappeler un poème de Craveirinha, « Grito negro » (« Le cri noir »)79. Le premier vers du texte commence ainsi : « Eu sou carvaõ » (« Je suis charbon »), dénonçant implicitement l’exploitation des magaiças, les migrants mozambicains sur les mines du Rand. Cette image pourrait, d’une certaine manière, s’appliquer aux footballeurs de la périphérie transférés dans la ville européenne et parfois au Portugal.

La récupération des joueurs africains irritait les plus critiques à l’égard du régime. Particulièrement dans le cas d’Eusébio qui, autour de la coupe du monde de 1966, devint le support vivant d’un « multi-racialisme » portugais qui justifiait le maintien de l’empire80, contesté militairement par des mouvements nationalistes et isolé diplomatiquement.

Les habitants du Caniço devaient sans doute être fiers de voir briller sur la scène internationale, l’un des leurs qui avait été déclaré meilleur joueur de la coupe du monde de 1966 et qui, d’année en année, restait le buteur phare du championnat national portugais (O Brado africano, 10/02/1968). C’est à lui que sont donc en priorité comparés les bons joueurs locaux81. Pourtant, dans le même temps, beaucoup devaient être amers car la situation du Caniço ne s’est guère améliorée depuis le départ d’Eusébio. Le racisme maintenait la majorité des Africains et Métis dans une condition plus que précaire renforcée par l’explosion démographique qui touchait cette partie de la ville depuis les années 1950-1960.

Un joueur du Gazense est surnommé « Pelé » en 1967 alors qu’Eusébio était censé l’avoir surpassé. Était-ce le signe inconscient d’un refus de cet unanimisme trompeur ? (O Brado africano, 19/08/1967). L’ancien joueur de Mafala ne faisait-il pas figure de faire-valoir du pouvoir colonial ? Trois ans plutôt, le FRELIMO avait lancé une insurrection et entraîné le départ de nombreux jeunes vers la Tanzanie. En réponse, une forte répression s’était abattue sur la colonie et en particulier Lourenço Marques. Le CAN avait été fermé et plusieurs dirigeants des grandes associations comme Domingos Arouca ou José Craveirinha, arrêtés. Ceci n’avait pas découragé des jeunes de la capitale à tenter de rejoindre les rangs du FRELIMO. Néanmoins un certain nombre fut capturé et croupissait dans les prisons de la ville.

L’instrumentalisation du football par les autorités se retrouvait dans le traitement des prisonniers politiques. Dans la prison de la Machava, située à quelques kilomètres de la ville non loin d’un immense stade, la torture et le mauvais traitement des détenus étaient monnaie courante. Seuls ceux qui étaient considérés comme « réhabilités » (en ralliant publiquement le régime) avaient le droit à des moments de détente et en particulier de jouer au football, voire de rencontrer des équipes venues d’ailleurs82.

Conclusion

A Lourenço Marques, le football a indéniablement proposé des outils d’ancrage voire d’affirmation collective et individuelle à des habitants maintenus à l’écart du développement urbain, jusqu’à la veille de l’indépendance en 1975. Il a valorisé des capacités d’appropriation et d’adaptation de nombre d’acteurs du Caniço. Aux qualités proprement sportives des joueurs et entraineurs il faut ajouter celles des dirigeants, petits notables liés à des mouvements associatifs matrices du nationalisme urbain mozambicain.

Bien plus, le football a pleinement accompagné l’émergence des quartiers périphériques. Ainsi, les clubs, mêmes dépourvus de moyens, ont participé à l’intensification de la vie sociale et culturelle, notamment à São José de Lhanguene, Mafalala et Xipamanine ; et facilité l’insertion des migrants. Les matchs et les championnats constituaient non seulement les supports de sous-cultures spécifiques mais participaient à l’élaboration plus générale d’un espace social commun.

Plus qu’un autre sport, le football a épousé finement la géographie en creux de la périphérie et investit tous ses interstices. Dans le Caniço, le football a transformé en territoire possible les moindres espaces disponibles. Support d’une inventivité urbaine, il renforce l’attachement affectif au quartier et stimule la sensorialité de la vie citadine.

Pourtant tous ces éléments d’autonomisation socio-culturelle n’ont que faiblement subverti le cadre colonial fondé sur la marginalisation et l’instrumentalisation des colonisés. Dans ce sens, la « footballisation » de la ville n’a transformé qu’en surface la réalité de cette société restée, jusqu’à sa disparition, profondément clivée.

Bibliographie

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Rita-Ferreira A., Os Africanos de Lourenço Marques, Lourenço Marques, Instituto de investigação Científica de Moçambique, 1968, 491 p.

Notes

1 Ce travail est entrepris d’une manière très précise par Nuno Domingos : « Futebol e colonialismo, dominação e apropriação : sobre o caso moçambicano », Análise Social (Lisboa) vol. XLI (179), 2006, p. 397-416 ; « As políticas desportivas do Estado colonial em Moçambique », Lusotopie XVI (2), 2009, p. 83-104 ; « A circulação de um esquema táctico : o exemplo do WM em Inglaterra, Portugal e Moçambique », Esporte e Sociedade, n° 14, mars/juin 2010, p. 1-32 ; « Urban football narratives and the colonial process in Lourenço Marques », International Journal of the History of Sport, 2011, vol. 28, n° 15, p. 2159-2175. R. Serrado et P. Serra ont, quant à eux, cherché à inscrire l’histoire du football mozambicain dans un contexte portugais plus large au XXe siècle : História do futebol português. Das origens ao 25 de Abril. Uma análise social e cultural, vol. I, Carcavelos, Prime Books, 2010, 671 p. Retour au texte

2 Cette recherche participe à une comparaison avec Madagascar, territoire moins marqué par la ségrégation. Cf. D. Nativel, « Émergence de quartiers et affirmation d’une identité urbaine dans des contextes coloniaux à Lourenço Marques et Majunga (années 1930-années 1970) », in A. Forest (dir.), La production socio-politique du territoire dans les situations de « non-centralité ». Études de cas dans les sociétés du Sud. Approches historiques et anthropologiques, Paris, Les Indes Savantes, 22 p. Retour au texte

3 Le club Naval était l’un des lieux et cercles les plus huppés de la ville. Il était interdit d’accès aux Africains. Retour au texte

4 I. Rocha, A imprensa de Moçambique, Lisbonne, Edição Livros o Brasil, 2000, p. 133. Retour au texte

5 La tauromachie était aussi bien représentée sur place. Retour au texte

6 Caniço signifie « jonc ». Les habitations en matériaux végétaux dominaient en périphérie de la ville où vivaient majoritairement des Africains. Le terme subúrbios (quartiers périphériques) est aussi utilisé dans l’article pour désigner le même espace. Voir page 223, M-C. Mendes, Maputo antes da indepêndancia. Geografia de uma cidade colonial, Lisbonne, Grafica Imperial, 1985, 526 p. Retour au texte

7 Dans les années 1950, 15 équipes étaient présentes au sein de 3 divisions. Les principales étaient : Desportivo (liée au Benfica), Sporting (rattaché au Sporting de Lisbonne), 1° de Maio (proche des Belenenses), Indo-português, Malhangalene (dont le modèle était le F.C. Porto), et Alto Maé. Retour au texte

8 Domingos, 2009, op. cit. Retour au texte

9 Né en 1929 (et mort en 2007). Retour au texte

10 A. de Oliveira, page 36, Isto de futebóis…, Maputo, Ndjira, 1998, 177 p. Retour au texte

11 Estádio Salazar, Lourenço Marques, Direcção dos Serviços dos Portos, Caminhos de Ferro e Transportes, Secção de Propaganda e Publicidade, 1968, 30 p. Le financement incombe à la compagnie PCFLM et repose en partie sur les subsides de la colonie ainsi qu’aux cotisations des adhérents. Son inauguration a lieu en juin 1968 et donne lieu à une cérémonie officielle où le « flambeau de la patrie » (Facho da Pátria) est transporté depuis la métropole, sur le modèle de la flamme olympique. En présence du ministre de l’Outremer, le stade accueille le match Portugal-Brésil. L’équipe nationale s’incline 0 à 2 (O Brado africano, 29/06/68 et 6/07/68). Cf. aussi R. Serrado, P. Serra (2010, op. cit.), p. 666. Retour au texte

12 Ainsi en 1967, celle du Notícias rencontre celle du Rádio clube (O Brado africano, 19/08/1967). Retour au texte

13 O. Mendes, « O cerco », in Um minuto de silêncio, Beira, Ed. do Notícias da Beira, 1970, p. 12-54. Retour au texte

14 Organisation d’encadrement de la jeunesse calquée sur le modèle fasciste. Sur le corporatisme sportif dans la colonie on peut se reporter à N. Domingos (2009, op. cit.). Retour au texte

15 A. de Oliveira, acteur et observateur de l’histoire du football au Mozambique avant et après l’indépendance, se souvient de matchs disputés alors qu’il était adolescent. Il avait alors pour compagnons des futurs grands joueurs (A. de Oliveira, 1998, op. cit.). Retour au texte

16 Des matchs avaient fréquemment lieu entre les équipes de Lourenço Marques et de Luanda. Par ce biais, les deux villes confortaient leur réputation de « cités jumelles ». En 1955, le Ferroviário de Lourenço Marques se déplaça pour rencontrer une sélection de joueurs de Goa (cf. J. Mills, « Football in Goa : Sport, Politics and the Portuguese in India », P. Dimeo, J. Mills (ed.), Soccer in South Asia : Empire, Nation, Diaspora, Londres, Franck Cass Publishers, 2001, p. 82). Retour au texte

17 L’Afrique du Sud, pôle économique essentiel pour le Mozambique est aussi une référence sportive. De fréquentes compétions opposaient sportifs des deux territoires. Le Ferraviário a affronté des équipes des chemins de fer sud-africains à plusieurs occasions. Par exemple, le Pretoria South Africa Railway en 1930 (O Brado Africano, 19/04/1930) et le S. A. R. Durban en 1948 (The Lourenço Marques Guardian, 11/10/1948). En 1955, une sélection de joueurs de Lourenço Marques s’incline, 0 à 2, face à des joueurs du Transvaal (O Brado africano, 16/04/1955). Retour au texte

18 C’est dans ce sens que s’interroge un journaliste de Eco dos Sports (30/07/1955). Retour au texte

19 Ou Grupo Desportivo, groupe sportif. Le football n’était pas le seul sport pratiqué au sein de cette organisation, d’où cette dénomination. Retour au texte

20 Jusqu’aux années 1960, ce journal est l’un des supports d’affirmation socioculturelle des « indigènes » et « assimilés » et une précieuse source pour l’historien. À partir de 1958, il est pris en main par un membre du parti de Salazar, l’União Nacional. Après 1964, il participe à une campagne de dénonciation du FRELIMO (Front de Libération du Mozambique), le principal parti nationaliste mozambicain qui lance une insurrection en 1964. Néanmoins, on continue d’y trouver des informations utiles sur le sport. Retour au texte

21 Le Grémio puis l’Association africaine étaient dominés par des Métis. Il en sera davantage question plus loin. Retour au texte

22 État Nouveau : nom de la dictature mise en place à la suite d’un coup d’État en 1926 et confirmé en 1933. Retour au texte

23 Beaucoup des joueurs africains et/ou métis recrutés pour le Portugal étaient originaires de Lourenço Marques. Mais d’autres vinrent de villes de province comme Tete pour José Pérides (né en 1935) membre du Sporting Portugal puis du Benfica, ou Humberto Nazareth (né en 1937) originaire de Quelimane et qui joua dans le Ferroviário de Lourenço Marques puis au Portugal et enfin Shéu Han (né en 1953), d’Inhassoro, parti en 1970 pour le Portugal pour entrer au Benfica et dans l’équipe nationale. Retour au texte

24 Son frère Vicente suivra le même chemin et intégrera aussi l’équipe nationale portugaise (R. Serrado, P. Serra, 2010, op. cit., p. 642). Retour au texte

25 F. Correia, page 26, Matateu : a oitava maravilha, Lisbonne, Sete Caminhos, 2007, 109 p. Retour au texte

26 Le Grémio africano est dirigé en 1936 par un certain Guilherme Wilson. Le fils de Guilherme et cousin de Mário, Guilherme Wilson Junior, né en 1929, fut aussi recruté comme joueur à l’Académica de Coimbra. Cette équipe, bien plus que les clubs de Lisbonne, engagea de très nombreux joueurs issus des colonies dès les années 1930. Une étude reste à faire sur ce point peu abordé par R. Serrado et P. Serra. Retour au texte

27 Du nom de João Albasini, grande figure du milieu associatif (dirigeant du Grémio africano) de la périphérie et fondateur du journal O Brado africano. Cf. J. M. Penvenne, « João dos Santos Albasini (1876-1922): The Contradictions of Politics and Identity in Colonial Mozambique », Journal of African History, vol. 37, n° 3, 1996, p. 419-464. Retour au texte

28 Mais contrairement à la plupart des joueurs partis au Portugal, lui revint au Mozambique après l’indépendance. Jusqu’à sa mort en février 2014, il a joué un rôle de premier plan au sein de la fédération nationale. Retour au texte

29 La mort récente de ce dernier, en janvier 2014, a suscité au Portugal notamment un grand nombre d’hommages mais également de réflexion sur le sens complexe postcolonial de sa trajectoire. Cf. N. Domingos, « As lutas pela memória de Eusébio », in Público, 9/01/2014. Retour au texte

30 Il a en effet d’abord joué au Sporting de Lourenço Marques, avant d’être engagé non pas au Sporting de Lisbonne mais au Benfica (A. de Oliveira, 1998, p. 8). Sur les détails de cet épisode presque mythique de cette légende du football voir (R. Serrado, P. Serra, 2010, op. cit., p. 632-635 ; G. Armstrong, « The Migration of the Black Panther : An Interview with Eusebio of Mozambique and Portugal », G. Armstrong, R. Giulianotti (ed.), Football in Africa. Conflict, Conciliation and Community, Londres, Palgrave MacMillan, 2004, p. 247-266.). Retour au texte

31 On retrouve la même volonté de drainer les meilleurs joueurs africains en Angola autour par exemple de Jacinto João (1944-2004), recruté au Vitória de Setúbal et dans l’équipe nationale de 1968 à 1974 ou avec Henrique Ben David du Cap Vert (R. Serrado, P. Serra, 2010, op. cit., p. 652). Il semble cependant que le Mozambique a constitué la principale réserve de joueurs de haut niveau du Portugal. Pour une vision d’ensemble de l’intérêt des Européens pour le football africain cf. P. Darby [« Migração para Portugal de jogadores de futebol africanos : recurso colonial e neocolonial », Análise Social, vol. XLI (179), 2006, 417-433] et P. Dietschy [« Histoire des premières migrations de joueurs africains en Europe. Entre assimilation, affirmation et déracinement », Afrique contemporaine, 2010/1, n° 233, p. 35-48]. Retour au texte

32 P. Harries, page 75, Work, Culture, and Identity. Migrant Laborers in Mozambique and South Africa, c. 1860-1910, Portsmouth, London, Johannesburg, Heinemann, James Currey, Witwatersand University Press, 1994, 305 p. Retour au texte

33 P. C. Alegi, « Playing to the Gallery? Sport, Cultural Performance, and Social Identity in South Africa, 1920s-1945 », International Journal of African Historical Studies, vol. 35, 2002, p. 17-38. Retour au texte

34 R. Honwana, The life history of Raúl Honwana. An inside view of Mozambique from colonialism to Independance, 1905-1975, edited and with an introduction by A. F. Isaacman, Lynne Rienner Publishers, Boulder & London, 1988, 181 p., p. 96. Retour au texte

35 V. Zamparoni, « Monhés, Baneanes, Chinas e Afro-maometanos. Colonialismo e racismo em Lourenço Marques, Moçambique, 1890-1940 », Lusotopie, 2000, p. 214-215. Retour au texte

36 Cependant, de nombreux footballeurs pratiquaient parallèlement d’autres sports et en particulier l’athlétisme. Le cas de Karel Pott abordé plus bas se retrouve jusqu’à la vieille de l’indépendance. Les sports pratiqués par les jeunes filles et les femmes méritent une étude qui permettrait de contrebalancer la vision très masculine de la ville que renvoie indirectement cet article, du fait du sujet traité. Retour au texte

37 Comme l’Anuaril Issilamo, l’Atlético Mahometano est composé d’Afro-musulmans vivant surtout dans le quartier de Minkadjuíne (ou Mincadjuine). Dans la presse l’équipe est parfois appelée Altético Mahometano Mincadjuine. Retour au texte

38 J. Penvenne, African workers and colonial racism. Mozambican strategies and struggles in Lourenço Marques, 1877-1962, Portsmouth, Johannesburg, London, Heinemann, Witwatersrand University Press, James Currey, 1995, 229 p. Retour au texte

39 Quand ils étaient reconnus par leur père portugais (ou d’une autre nationalité européenne) ou quand ils avaient le statut d’assimilé. Cf. A. Rocha, Associativismo e nativismo em Moçambique : contribuição para o estudo das origens do nacionalismo moçambicano (1900-1940), Maputo, Promédia, 2002, 478 p. Retour au texte

40 Plus tard rebaptisé lycée Salazar. Retour au texte

41 A. Rocha, 2002, op. cit., p. 453. Retour au texte

42 Cf. aussi sa nécrologie dans Lourenço Marques Guardian du 29/12/1953. Retour au texte

43 C’est le cas de deux anciens joueurs de l’AFA et cadres associatifs des années 1950-1960 comme le journaliste et écrivain José Craveirinha, dont il sera question un peu plus loin, et sans doute aussi de l’avocat Domingos Arouca. Tous deux étaient d’une génération plus jeune que Karel Pott. Retour au texte

44 Même s’il nous est pour le moment difficile d’en savoir plus, il devait exister des relations entre dirigeants de l’AFA voire des clubs et responsables des équipes noires sud-africaines. La forte présence mozambicaine dans le Rand explique sans doute ces liens qu’il faudrait cependant explorer par des enquêtes ultérieures. Retour au texte

45 P. Alegi, « A biography of Darius Dhlomo: transnational footballer in the era of apartheid », Soccer & Society, vol. 11, n° 1-2, 2010, p. 46-62. Retour au texte

46 P. Alegi, « Entertainment, Entrepreneurship, and Politics in South African Football in the 1950s », Paper for the WISER seminar series, University of the Witwatersrand, 4/08/2003, p. 14-15. Retour au texte

47 Le nom complet de cette association très importante des subúrbios est : Centro Associativo dos Negros da Província de Moçambique ou Centre associatif des Noirs de la Province du Mozambique. Mais elle était d’abord connue sous le terme de CAN. Retour au texte

48 Voir R. Honwana, op. cit., sur les différends entre ces associations. Retour au texte

49 A. Rocha, 2002, op. cit., p. 148. Retour au texte

50 Parmi les cadres de cette équipe on trouvait aussi bien des membres du Grémio que du CAN. Dans les années 1950, Miguel Guebuza le père d’Armando Guebuza (l’actuel président du Mozambique), infirmier et membre du CAN, prit la suite d’Eugénio da Silva Júnior à la tête du Munhuense (Azar). Retour au texte

51 Voir page 176, D. Hedges (dir.), História de Moçambique. Moçambique no auge do colonialismo, 1930-1961, vol. 2, Maputo, Livraria Universitaria, Universidade Eduardo Mondlane, 1999, 295 p. Retour au texte

52 C’est par exemple ce que laisse supposer un chroniqueur lors d’un match de l’AFA sur un terrain fermé (appelé Otto Barbosa da Silva) – ce qui n’empêche pas des spectateurs de suivre le match depuis des murs ou des arbres (O Brado africano, 4/05/1957). Retour au texte

53 C’est le cas durant un match organisé sur le terrain de Xipamanine en février 1936 auxquels assistent le gouverneur du sud de la Save et son épouse (O Brado africano, 29/02/1936) ; ou encore lors d’une fête préparée par le Munhuanse (Azar) en novembre de la même année (O Brado africano, 31/10/1936). Le prix des billets oscillait alors du simple (place debout) au triple (place assise). Retour au texte

54 Ce dernier avait un rôle polyvalent. S’y déroulaient en effet aussi bien des matchs de football que des compétitions de lutte libre ou d’athlétisme (O Brado africano, 9/01/1937). Retour au texte

55 En 1947 lors d’une réunion des membres de plusieurs associations des subúrbios, le président du club de São José détaillait longuement les problèmes matériels que le club, à l’image d’autres, pouvait rencontrer (O Brado Africano, 1/02/1947). Retour au texte

56 Ce club est né d’une scission avec le premier. Retour au texte

57 Abdul A. N. Tajú, membre du Grémio africano au début des années 1930. Retour au texte

58 Cela explique peut-être la présence plus grande de responsable financiers dans les organigrammes des équipes ? Voir N. Domingos, 2010, op. cit. Retour au texte

59 Il faut ajouter l’existence d’un championnat junior où l’on trouvait également des équipes du Caniço (O Brado africano, 19/08/1967). Retour au texte

60 Mais sa carrière fut interrompue par son envoi au Portugal pendant son service militaire. A son retour, avant l’indépendance, c’est à Beira qu’il continua à jouer et non à Lourenço Marques. (@Verdade, 19/11/2008). Retour au texte

61 Située dans le quartier de Chamanculo, l’usine de décorticage de noix de cajou employait surtout des femmes. Pourtant c’est bien une activité sportive pratiquée surtout par des hommes qui servait l’image de l’entreprise. Sur cette entreprise voir J. Penvenne, « "A xikomo xa lomu, iku tira". Citadines africaines à Lourenço Marques (Mozambique), 1945- 1975 », Le Mouvement social, n° 204, 2003, p. 81-92. Retour au texte

62 R. Serrado, P. Serra, 2010, op. cit., p. 659 Retour au texte

63 Josef Fabian, joueur roumain à l’expérience internationale (Italie, France, Espagne, Portugal), fut même engagé comme entraineur, avec succès de 1967 à 1970 (R. Serrado, P. Serra, 2010, op. cit., p. 655). Retour au texte

64 Le terme est noté « Psetù » par Bento Sitoe dans son Dicionário changana-português, Maputo, Instituto de Desenvolvimento da Educação, p. 191. Il a un sens plus physique que celui indiqué par N. Domingos (2006, op. cit., p. 411). Retour au texte

65 Arquivos nacionais da Torre do Tombo (ANTT), Lisbonne, Polícia internacional e de defesa do Estado-Direcção geral de segurança (PIDE-DGS), processo : 5501. CI (2), interrogatoire de José Craveirinha, 8/02/65. Retour au texte

66 G. Vigarello, « Le temps du sport » p. 205-206 in A. Corbin, L’avènement des loisirs. 1850-1960, Paris, Aubier, 1995, 471 p. Retour au texte

67 Chez les Métis, il était fréquent de trouver des joueurs évoluant dans l’AFA et d’autres dans l’AFLM. Retour au texte

68 C’est une association d’ouvriers et employés goanais de la ville. Retour au texte

69 J’ai étudié ces liens étroits entre musique et sport dans un article à paraître : « Émergence de quartiers », op. cit. Voir également : D. Nativel, « Mondes sonores et musiciens des quartiers périphériques de Lourenço Marques (1940-1975) », in F. Rajaonah (dir.), Cultures citadines dans l’océan Indien occidental (XVIIIe-XXIe). Pluralisme, échanges, inventivité, Paris, Karthala, 2011, p. 447-448. Retour au texte

70 Bien plus tard, il lui a consacré une chanson en ronga dans l’album Massoriana (2004). Retour au texte

71 N. Domingos, 2006, op. cit., p. 409-411. Retour au texte

72 Footballeur dans sa jeunesse, il put jouer aussi bien dans les clubs de l’AFA que dans ceux de l’AFLM en tant que métis. Retour au texte

73 Sur l’originalité du travail littéraire de José Craveirinha on peut se reporter au travail de Ana Mafalda Leite, A poética de José Craveirinha, Lisbonne, Vega, 1991, 166 p. ; ou encore à celui de Gilberto Matusse, A construção da imagem de moçambicanidade em José Craveirinha, Mia Couto e Ungalani Ba Ka Khosa, Dissertação de Mestrado em literaturas comparadas portugusea e francesa (séculos XIX-XX), Universidade Nova de Lisbonne, 1993, 182 p. Retour au texte

74 Lié au FRELIMO, il fut arrêté en 1965 et emprisonné jusqu’en 1969. Retour au texte

75 « Os campeões nacêm nas areias da Mafalala », Tempo, n° 12, décembre 1970. Retour au texte

76 R. Chaves, Angola e Moçambique. Experiência colonial e territórios literários, Cotia, Ateliê Editorial, 2005, p. 234-236. Retour au texte

77 E. Barbosa, A radiodifusão em Moçambique. O Caso do Rádio Clube de Moçambique, 1932-1974, Maputo, Promédia, 2000, p. 95. Retour au texte

78 O Brado africano, 7/10/1967. Une publicité en ronga est illustrée par l’image d’un sportif noir torse nu. Retour au texte

79 Tiré du recueil Xigubo publié en 1964, ce poème était admiré par Eduardo Mondlane, fondateur du FRELIMO. Retour au texte

80 R. Serrado, P. Serra, 2010, op. cit. Retour au texte

81 On dit par exemple d’un joueur qu’il a « utilisé les chaussures d’Eusébio » lors du match où la sélection du Mozambique bat l’Angola (cf. O Brado africano, 17/08/1967). Retour au texte

82 Cf. D. Nativel, « Ségrégation, répressions politiques et culturelles à Lourenço Marques (des années 1940 à 1975) », in P. Morlat (dir.), Colonisations et Répressions, XIXe-XXe, Paris, Les Indes Savantes, 15 p. Rappelons-le, c’est aussi à Machava que fut édifié par l’équipe du Ferroviário le plus grand stade du Mozambique dans les années 1960. Retour au texte

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Référence électronique

Didier Nativel, « « Futebolizar a cidade » ? Football, ségrégations et stratégies citadines à Lourenço Marques (Mozambique), années 1940-1970 », Tsingy [En ligne], 18 | 2015, mis en ligne le 28 novembre 2025, consulté le 10 janvier 2026. DOI : 10.61736/tsingy.894

Auteur

Didier Nativel

LAM-IEP Bordeaux

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