Une histoire de la photographie à Madagascar des origines aux années 1940

DOI : 10.61736/tsingy.1060

Abstracts

Ellis apparaît dans le monde de la photo malgache. Il a un élève, Parrett, qui lui sert de petite main et poursuit son travail durant une génération entière. Avant 1890, principalement dans la capitale, quelques photographes malgaches ont percé, dont Ratsimamanga. Durant ce temps, les Norvégiens ont œuvré du côté d’Antsirabé. Puis dès 1896, c’est le déferlement de la photo militaire française. Chacun achète des tirages au SGM et aux praticiens civils des studios. Jusqu’en 1914, Malgaches et Français font un travail considérable qui se tarit après la guerre. L’académisme se fait jour jusqu’en 1940.

Ellis suddenly appeared into the world of Malagasy photography. He trained a kind of student, Parrett, who became his assistant and continued Ellis’s work for an entire generation. Before 1890, mainly in the capital city, a few Malagasy photographers had come through with great difficulty, among which Ratsimamanga. Meanwhile, Norwegians had been active around Antsirabé. Then, from 1896 onwards, French military photography surged. Everybody was buying prints from SGM or from the numerous private photo studios. Until 1914, Madagascans and French achieved a considerable work which dried up after the war when academicism became clear and presided over everything that was made until 1940.

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L’histoire de la photographie à Madagascar est trop méconnue, sans doute parce que les usages sociaux, politiques, apologétiques, voire mondains, des clichés, aussi bien dans la mémoire malgache que dans celle d’allogènes divers, diffèrent. Ces derniers les ignorent aujourd’hui, alors que Madagascar, où la trace de ces clichés est souvent absente, peut être amenée qu’à se les approprier pour donner corps au passé, tant que faire se peut. Comment pourrait-on se rendre compte qu’au temps où la colonie s’institue à Madagascar, c’est le temps du cinéma qui a déjà commencé ? L’image fixe y appartient au passé dès 1897 : Élisée Escande, qui passe à Antsirane, n’y voit-il pas que le film (encore connu tant il a fait date) de la visite du tsar à Paris est programmée pour le 14 juillet1 ?

Sauf cas d’espèce, nous ne nous attarderons pas dans cet article sur trois aspects essentiels pour une meilleure appréhension du sujet, à savoir les légendes, l’esthétique, et les conditions de création ou d’énonciation de ces clichés. Dans le cothurne étroit que nous chaussons dans cet article, nous savons aussi d’avance que chacun des photographes évoqués ici mérite une étude particulière. À seule fin de ne pas trop embrasser, on se bornera dans ce qui suit au parcours qui va de la naissance de la photo à 19402. Nous aurons à l’esprit que trois temps essentiels marquent cet espace, ceux des religieux, des militaires, et enfin des professionnels de la photographie. Des esprits curieux se demanderont sans doute si cet ensemble archivistique constitué de bric et de broc peut enrichir la construction d’un savoir. D’autres entreverront tout de suite l’univers mental de ceux qui firent leurs prises de vue dans des conditions quelquefois spécieuses. La puissance évocatrice de ces aides à la trace mnésique que sont les clichés fascine, mais le chemin de leur interprétation nécessite un esprit critique aiguisé. Le cliché en noir et blanc distancie, dit-on3 ; il permet ainsi, naturellement, l’écart nécessaire à toute investigation scientifique. On aura cependant à l’esprit qu’il faut sans cesse se méfier du charme inquiétant de la beauté.

Naissance de la photographie à Madagascar

Ellis l’inspiré et son contretype, Finaz

La photo malgache naît sous de curieux auspices. Sans Simon Peers4, dont il faut dire qu’il est, en 1995, l’inventeur du trésor imagier d’Ellis, on ne le saurait guère, ou mal. Jusqu’alors, le Révérend William Ellis est surtout connu pour ce qui a été gravé à partir de ses clichés et pour d’autres raisons, politiques, évidemment puisqu’il a longtemps joué le rôle d’épouvantail pour les jésuites5, voire pour la politique étrangère française en général6. Ses clichés n’avaient pas été un objet d’étude. Et cependant, Ellis est la clé de voûte de toute compréhension des circonstances dans lesquelles chaque opérateur a dû travailler à Madagascar.

Ellis est un être d’exception, une comète dans le firmament malgache, un photographe si inspiré qu’il a Roger Fenton, premier photographe officiel du British Museum, comme initiateur7. Manifestement ses tout premiers clichés tamataviens datent de juillet 18538, à une époque où braquer son objectif sur la Batterie tient de l’inconscience. C’est encore l’époque des crânes étrangers fixés sur des mâts.

Sitôt J. Cameron, homme d’exception, ancien Tananarivien (qui est photographe lui-même et dont on ne connaît pas les travaux) et Ellis arrivés dans la capitale, les problèmes techniques de préparation qui se posent sont considérables : la technique est encore celle du collodion humide qui impose de préparer le négatif sur verre tout juste avant son usage et de le développer aussitôt, avant qu’il ne soit sec. Le collodion des plaques humides doit en effet être exposé et développé avant que leur surface n’ait séché et se soit durcie. Le révélateur est lui aussi un acteur important du caractère final de l’image : en modifiant sa teneur en acide, on peut accélérer ou ralentir son action. Mais si cet acide vient à manquer, il suffit à Ellis de faire comprendre à Radama II la nature du problème technique9. Et le roi fournit les citrons10 introuvables !

Le créateur de la photo du couple du roi et de la princesse Rabodo11 (la future reine Rasoherina) est un communicant religieux de génie et son destinataire privilégié rien moins que le jeune roi bien ciblé d’un Imerina jusqu’ici inaccessible aux prédicateurs chrétiens12. On en prendra pour preuve la rumeur qui précède le dernier passage d’Ellis à Tamatave, où chacun tient à voir le portrait du roi qui, désormais, est dédoublé par l’image qui existe de lui13. Ellis, homme pratique, sait aussi montrer au couple royal, au moyen d’une visionneuse, d’opulentes demeures royales britanniques. Ellis a certes bien œuvré pour la LMS, mais il accélère l’occidentalisation14 de Madagascar sans doute plus vite que d’autres, moins subtils, n’ont pu le faire15. Il a habité son mythe et son mythe l’a habité. Désormais, grâce à lui, l’image dessinée ne peut plus donner le change16. Pensons, par exemple, à cette gravure tirée d’une photographie où Ellis donne à voir un Tamatavien chargé d’une cangue17. On peut penser aussi à cette gravure qui paraît dans The Illustrated London news du 5 septembre 1863 (page 232) et qui représente visiblement une imposante image de la reine, en route sur la capitale. Madagascar transparaît enfin par l’intermédiaire de tels clichés : l’imagerie antérieure, quelquefois faite des fantasmes aliénants de gravures approximatives, cède le pas à des réalisations sur lesquelles chacun fonde son idée malgache. Et en même temps, Madagascar se fait une idée du monde moderne par l’intermédiaire Ellis : la première fois qu’il monte à la capitale, mi-août 1856, à Ambohibohazo, un jeune officier qui descend à Tamatave, lui dit que s’il ne sait pas faire des canons ou des montgolfières, comme Laborde, il sait tirer des portraits, car il en a déjà vu de lui. Sa réputation le précède.

L’ingénieur jésuite M. Finaz qui se sert du daguerréotype dès 1856 (à l’époque où Ellis accède pour la première fois à la capitale), doit penser pouvoir jouer sur le long terme, mais il n’a pas ce trait de génie, ou cette audace que connaît le pasteur anglais, même si le musée Getty, propriétaire d’un tirage d’Ellis, affirme l’antériorité de Finaz18 qui mérite évidemment qu’on s’arrête sur son cas. Aussi bien, les Annales pour la propagation de la foi que le R.P. H. de Régnon19, témoignent, en mars 186320, de ses compétences. Le R.P. L. Jouen parle :

Un appareil photographique devant lequel Radama et Rabodo sont venus successivement poser dans tout l’éclat de la pompe royale et qui pendant plusieurs semaines n’a cessé d’attirer tout ce que la capitale compte de plus distingué, n’a pas peu contribué à nous faire connaître, à dissiper les préventions et à raffermir tous les courages.

Ou encore :

Je laisse aux appareils photographiques et aux illustrations le soin de reproduire les scènes diverses de cette journée mémorable ; et tous les panoramas qui se sont successivement offerts à l’œil et à l’admiration de l’étranger.

Et enfin :

Hâtons-nous d’esquisser la fête du 23 septembre (1862). Il n’y a guère que la photographie qui puisse se charger de reproduire au naturel toutes ces scènes, toutes ces processions à pied, à cheval et en palanquin, tous ces panoramas vivants, impossibles à décrire, qui, depuis six heures du matin jusqu’à deux heures de l’après-midi n’ont cessé de se succéder les uns aux autres.

Si l’on s’en tient au texte même de Ellis, il apparaît qu’en 1853, dès le premier voyage, J. Cameron prend plusieurs portraits de Tamataviens, grâce à son « daguerrotype apparatus »21 pour des raisons de commodité.

Tananarive vit alors à l’heure de la représentation imagée22, serait-elle celle d’un monde angélique : un missionnaire catholique a peint sur l’estrade qui doit servir au couronnement, élevée par J. Laborde, un frontispice qui représente deux anges aux formes colossales, travail que le roi est venu contempler. Mais rien ne transparaît de cela.

Cliché n° 1 : Rev. W. Ellis. View of Antshatsiroa

Cliché n° 1 : Rev. W. Ellis. View of Antshatsiroa

ca. 1860. Musée royal de Toronto. Antsahatsiroa, c’est « la vallée qui n’a pas sa pareille ». Ellis traduit trois fois ce toponyme malgache. L’endroit, à savoir le quartier des Tsimahafotsy, lui plaît, que l’incendie fasse rage ou qu’un discours de modération de Ranavalo y soit prononcé. « Antsahatsiroa », au soleil levant, est d’une composition simplissime mais archétypale. Un peu comme s’il avait figé l’Acropole et ses citoyens pour l’éternité. Ce confondant cliché rend caduc ce qui peut être entrepris ensuite. Il périme le travail des autres photographes.

Quelles sont les épreuves résiduelles, les plaques, les tirages, voire simplement les gravures qui font suite aux clichés, à cette époque lointaine ? Des gravures existent, qui sont d’une très fruste qualité. C’est un peu comme si le catholicisme malgache avait, à ses débuts, ignoré la photo. Cela interroge d’autant plus qu’un témoignage d’Auguste Vinson, venu de La Réunion pour le couronnement, précise :

On ne possédait aucune image fidèle de Radama II : le 27 (septembre 1962), le roi vint se faire photographier chez les pères Jésuites23. Bien que son visage perdît un peu de son air ouvert et agréable dans la contrainte de la pose, ses traits vinrent assez heureusement… C’est le seul bon portrait qu’on possède de ce souverain. Il a été gravé depuis dans L’Illustration (année 1863) et reproduit sur un très grand modèle, par un habile photographe de Paris, M. Bureau24.

Le R.P. Finaz25, alias Hervier, dit aussi Fenez chez O. Sachot, à ses heures précepteur du prince Rakoto, séjourne à la capitale, après avoir vécu dans les « missions de la fièvre » dans les années 1840. J. Lambert, l’aventurier l’intrigant26 a voulu obtenir le droit de battre monnaie grâce à une pièce où un daguerréotype aurait servi de modèle27. Aucun d’entre eux n’a jamais été retrouvé. Mais Finaz se tait. On se demande encore où localiser ses productions. Rien ne transparaît de son œuvre. Finaz a privilégié le daguerréotype, alors qu’Ellis figure dans la tradition britannique de F. Talbot, autrement dit celle de la reproductibilité, à savoir celle du calotype.

On sait toutefois que le père jésuite dessine et qu’il peint, Les Missions catholiques en témoignent28. Octave Sachot en 1864 ignore curieusement son travail dans Madagascar et les Madécasses : « Nos compatriotes n’ont point encore songé à importer la photo à Madagascar »29. Finaz a pourtant fait le portrait de Radama II et de Rabodo. Que ce silence se nomme mutisme ou cécité, il n’a pas guère posé problème dans l’historiographie malgache30. Cet effacement, dont on peut se demander la raison, interroge aujourd’hui. On ne fait ici que poser la question31 d’autant qu’il préfigure une tendance à l’effacement qui s’étale sur trois générations.

Par contre, ce diable d’homme qu’est Ellis se sait acteur. Il est aussi révélateur ou catalyseur des événements. Il sait qu’il possède « les appareils nécessaires pour faire des miracles32 en fonction de l’amélioration de la science moderne ». Ellis, véritable déictique de modernité à lui seul, sait que Madagascar est sur le point de rentrer dans un monde de progrès. Mais avec l’assassinat du roi, le pays y rentre à reculons. Il n’empêche que la puissance fictionnelle enchâssée dans les travaux d’Ellis fonde un socle sur lequel peut s’appuyer l’épigone Parrett, autodidacte de génie tout comme Ellis. Il est remarquable que les dizaines de plaques sensibles tirées par Ellis et retrouvées, à Toronto par S. Peers (voir cliché n° 1), aient été, pour partie, commentées par leur créateur. Moment médiologique rare, comme le disent les fidèles de Régis Debray, les conditions de leur production sont apportées dans leur détail, alors que le moment historique est ressenti comme exceptionnel.

La photo est un défi et un affront aux croyances malgaches du temps ; elle vole l’esprit du sujet ciblé ou prend son âme. Le danger de la simple prise de vue est si grand qu’un jour, alors qu’il est à Ambohipotsy, quartier éminemment symbolique, roche tarpéienne des chrétiens malgaches, une femme ramanenjana (« possédée »)33, s’approche et tourne autour du trépied, prend en main la chambre noire, risquant de tout anéantir. Cette anecdote rapportée par Peers montre à quel point la correspondance d’Ellis mériterait d’être publiée34.

Le pasteur autodidacte sait que la photo est une quintessence du monde moderne35 quand il remarque ce qui ne figure pas dans ses travaux : à savoir des scènes qui avaient peu de chance de se répéter. Mais il eût fallu qu’il sût concevoir d’autres temps de pose. Les négatifs sur verre demandent une telle préparation qu’il a bien conscience que des sujets comme la cuisine du roi sont trop triviaux pour être acceptés comme des sujets de travail. Le couronnement de Radama II qui paraît dans The Illustraded London News du 21 février 1863, malgré la modestie de la reproduction gravée tient du chef-d’œuvre en matière de photo-reportage36. Si S. Peers insiste sur le fait qu’Ellis se révèle politiquement mieux dans ses écrits que dans la lecture directe de ses photographies (quand bien même il n’aurait jamais été égalé par qui que ce soit dans son coup d’essai37) il faut avouer qu’aujourd’hui seule la puissance des images mérite reconnaissance (voir cliché en couverture).

Inspiré qu’il est, car c’est un opérateur de merveilles, un thaumaturge de la photographie qui atteint sans mot dire son acmé, Ellis se distancie d’une vision banalement ethnographique des Malgaches38, ornière dans laquelle tombent bien de ses successeurs étrangers. Il construit sans doute un discours de mise à distance des Merina, mais son souci constant est de faire œuvre non seulement de reportage39 comme le dit Peers, mais aussi de bienveillance, car Ellis a l’habitude de remettre à ses modèles, quels qu’ils soient, l’image qu’il a prise d’eux. On connaît ainsi de lui l’histoire incroyable, et cependant vraie, du portrait pris d’un fonctionnaire jeune en 1853 à Tamatave, qui décède entre temps, portrait que Ellis remet toutefois aux parents à Tananarive quand il parvient à s’y rendre40.

Cliché n° 2 : Rev. W. Ellis. Les deux servantes, ca.1860

Cliché n° 2 : Rev. W. Ellis. Les deux servantes, ca.1860

Musée de Wisbech. La maison d’Ellis se trouve à un jet de pierre d’Antsahatsiroa. C’est ici que nous sommes. L’intérêt de ce cliché vient non seulement de l’allure compassée de la composition (dans laquelle on note le titre de l’ouvrage religieux The Sacred… land), mais aussi du profil voltairien d’Ellis, qui sert si ce n’est de ligne de fuite, du moins d’axe secondaire, dans lequel se trouve, sans doute, le portrait de sa femme.

Qui plus est, le révérend ne cherche pas même à flatter les grands de ce monde ; la flagornerie est hors de son propos41 (voir cliché n° 2) : en 1866, le lieutenant Samuel Pasfield Oliver lui reproche, gentiment, d’avoir publié de Radama un portrait peu flatteur et d’avoir quelque peu massacré Rabodo42. On ne veut pas aborder ici les légendes données à ses réalisations qui traduisent sans doute le recul d’Ellis vis-à-vis de la contingence : si on compare un cliché censé représenter Radama43 et sa servante préférée, Rasoamieja, au musée de Wisbech and Fenland, le cliché est misérablement légendé « Portrait of a Black couple ».

Les trente-trois clichés Ellis du Quai Branly44 sont tout aussi mal légendés, reprenant au plus mal des légendes écrites en anglais, ou sous titrant en français, de façon irréfléchie, des modèles de tirages dont il aurait été plus avisé de demander plus ample infirmé à qui de droit. Cet ensemble forme toutefois un trésor iconographique rare et inexploité. La Vente des esclaves des menamaso, en particulier, y tient lieu, en quelque sorte, d’ancêtre malgache du photo-reportage.

Un duel inégal

Beaucoup moins sensible à la psychologie, le photographe professionnel Désiré Charnay45, très introduit dans les milieux napoléoniens, devait assister, fin août 1863, au couronnement de Rabodo-Rasoherina46. Il n’a guère pratiqué de politesses avec ses modèles qu’il a fait poser comme on le fait alors en pays conquis, à savoir de trois-quarts, plus nu qu’habillé, si possible. Lui-même a commenté son voyage à Madagascar47. Il n’arrive à rien avec ses modèles et se plaint « de ces Malgaches crépues qui, malgré toute (sa) bonne volonté, (lui) semblèrent gauches et malhabiles ». Un opérateur qui ne sait pas mettre en valeur son modèle risque la critique pour la postérité.

Prenons un seul de ses modèles inanimés, le ravenala banal, et voyons ce qu’en a fait Ellis : il anime cet arbre, qui ressemble à un bananier pour le commun des mortels, en lui adjoignant des personnages qui l’accompagnent à la capitale48. Dès lors, à chacun de penser qu’il s’agit de l’arbre du voyageur, placé par la providence pour abreuver le chaland. Mais il y a pire, puisque Ellis aurait transsubstantié, en secret, l’arbre en Christ49. Au nom du Christ, Ellis aurait ainsi pris habilement possession de Madagascar dans un but apologétique.

Charnay, très terre-à-terre, n’en arrive pas à de tels sommets : son « Ravenale » crève certainement la cote lorsqu’il est en vente publique à Paris, mais il n’est pas susceptible de tant d’interprétations diverses. Il a sans doute manqué à Charnay le sujet qui transporte, autrement dit, l’empathie. L’émulation entre Britanniques et Français commence donc par une mise directe au tapis puisque Charnay, qui dit détester Ellis, ne parvient même pas à Tananarive. Le Tour du Monde publie la relation de son voyage en 1864. De frustes gravures donnent cependant une idée trop vague de son travail excellent : la princesse Juliette Fiche50, superbe dans son embonpoint, comme elle figure dans la collection du musée du quai Branly, y paraît « épanouie sous les étages à volants d’une lourde robe de soie Second Empire, accoudée comme une grande dame à un guéridon, devant un livre ouvert51 », ainsi que la voient Marius et Ary Leblond52.

Ce n’est pas parce que le Britannique laisse une centaine de plaques à la postérité et le Français une quarantaine, que la comparaison est inégale. L’un s’est engagé, l’autre non. Avec Ellis, à Tamatave, chacun peut avoir son portrait, « à seule condition de permettre au missionnaire de s’en réserver une épreuve » selon Sachot, le traducteur et Eimo, son fils. C’est dire le nombre de portraits qui ont pu être pris. Qui plus est : on ne souligne pas assez le fait lamentable que, moins de trois mois après le couronnement de Radama II, pour lequel Ellis a fait des prouesses de mise en scène dont il parle éloquemment, un cyclone, en pleine nuit a détruit son laboratoire car le mur de soutènement de la route qui va du Rova au Palais du Premier Ministre était situé exactement au-dessus ! Les boites à plaques sont écrasées, les émulsions argentiques dissoutes par l’eau et la boue. Le salut ne peut venir que d’Angleterre53 où il retourne les mains quasiment vides : 

Not more than one or two negatives which I had removed into my dwelling-house was uninjured.

On ne s’étonnera donc pas que les épreuves du couronnement, qui tiennent tant d’importance dans les propos d’Ellis, n’existent plus.

Par contre, son sens fabuleux de la mise en scène peut être décelé dans un cliché intimiste de Wisbech qui met en scène deux servantes très réservées, dans une composition des plus classiques : un autoportrait du maître domine discrètement la composition, comme s’il tenait à se rappeler à notre souvenir. Ce tout simple portrait en abyme, ce banal trompe-l’œil, tient lieu de référence manifeste à l’œuvre du révérend : sa grammaire de la photo n’est pas exactement le narcissisme, mais plutôt sa force d’évidence. Un siècle et demi après son passage dans Tananarive, il nous met magiquement en présence d’une émanation d’un réel passé, d’un fantasme ou d’une vision de lui-même. Il ne fait pas de la photo en beau mais en trouble. Ellis ne séduit pas par le beau, il subjugue par le côté surprenant de la réalité.

Charnay, simple témoin oculaire, n’a pas de ces subtilités ; il croit découvrir Madagascar et ne trouve, dans des portraits en pied, certes rares mais convenus, que les particularités de Tamatave ou de Nosy-Be, alors sous tutelle française54. Ellis va beaucoup plus loin puisqu’il va au-delà de l’attendu. Son travail outrepasse ce que l’on a sous les yeux car le lecteur attentif est tenté, en imagination, d’y inventer le hors champ, tant l’image parle. Ellis parvient à livrer un véritable paradigme de l’Imerina, un artefact. Il a la puissance d’évocation que Flacourt détient dans le domaine discursif. Le match est donc inégal entre celui qui a la foi qui déplace les montagnes et celui qui leur préfère les mondanités impériales.

E. Blanchard, zoologiste de l’Académie des sciences, en témoigne en 187255, pour avoir sous les yeux, à la fois, des épreuves d’Ellis, de Charnay et d’A. Grandidier56. Devant cette « collection de photographies », il n’est sensible qu’aux physiologies de chacun et à celle de la gent féminine en particulier. Il témoigne surtout du fait, étrange à nos yeux, que des tirages de ces trois personnages aient été disponibles dans Paris à l’aube de la IIIe République.

La dernière fois qu’Ellis quitte la Grande Ile, il se fait subtiliser un précieux paquet dans lequel se trouvent un certain nombre de plaques qu’il ne retrouve pas. Il y voit, évidemment, la main des jésuites. Lambert, ami de longue date de N. de Lastelle, de Napoléon III, qui a ses entrées au ministère des Affaires Étrangères et l’appui de Lord Clarendon, ministre des Foreign affairs, rompu aux intrigues de cour57, a sans doute été l’instigateur d’une telle bassesse58 : n’est-ce pas en effet, dans un Paris très impérial, que Frank, photographe du 18 de la rue Vivienne59 (voir cliché n° 3), mais aussi Charlet & Jacotin, vendent respectivement les portraits du Premier ministre, Rainilaiarivony, jeune et traînant tous les cœurs après soi, et de Radama II. Des plaques originales (mais envolées) du Révérend Ellis ont simplement été développées dans une autre capitale européenne60. Perfide Francia !61

Ces vils détails ne grandissent personne et restent subalternes. Ce qui compte, c’est que la photographie n’agisse pas à Madagascar comme métaphore d’un pouvoir colonial, mais bien comme cette aube nouvelle entrevue par Arago dans son discours de 183962 : ainsi, quand le pasteur David Johns Andrianado rend visite à James Sibree qui arrive à Tamatave en septembre 1863, on examine alors un album de photos où figurent Victoria et la famille royale, ce qui en soi n’a guère d’intérêt. Mais Sibree montre cet album par la suite et il avoue que ce viatique lui a valu beaucoup, rien qu’en en faisant d’une exhibition la meilleure des prévenances. Par son génie même, Madagascar prend la force de l’évidence vue ; Ellis a fait de sorte que, dès lors Madagascar attend la photographie.

Cliché n° 3 : Rainilaiarivony ? années 1860

Cliché n° 3 : Rainilaiarivony ? années 1860

Collection privée. Franck photographe, 18 rue Vivienne, signe cette photo de format carte de visite, quand bien même cela ressemblerait à une galéjade. Et pour cause : comment la plaque originelle lui est-elle parvenue ? Le personnage qui figure dans ce cliché retravaillé est sans doute Rainilaiarivony né en 1828. On sait que Rasoherina le trouvait plus joli garçon que son frère Ravoninahitriniony. C’est ainsi que Rasoherina, après avoir épousé le meurtrier de son mari put l’évincer en épousant son frère cadet, plus mignon. Cela n’explique en rien comment le cliché ou la plaque originelle (anglaise) s’est retrouvée à Paris.

Les clichés protestants. LMS et NMS

En 1869, le pouvoir tananarivien, adoptant officiellement le christianisme, la London Missionnary Society (LMS) et Norwegian Missionary Society (NMS) se partagent des zones d’évangélisation63. Ce sont les archives luthériennes de Stavanger qui témoignent le plus massivement à cet égard, quand bien même on trouverait encore dans Tananarive des albums ou cartons de clichés développés. Mais les problèmes constitutifs du domaine de la photo ancienne comme la datation et l’inscription d’une légende se font jour aussitôt. Il reste, en effet, à établir un classement et une étude critique d’une source fondamentale pour la connaissance d’un Madagascar précolonial.

On prendra le cas du couronnement de Ranavalona II qui donne lieu, en septembre 1868, à une épreuve du Révérend James Cross Thorne64, de la LMS, créateur d’une quarantaine de précieuses vues malgaches entre 1868 et 1880. Il semble que cela ait été pris sur la place d’Andohalo, mais encore faut-il disposer d’autres clichés pour établir cette simple constatation. Visiblement Thorne n’a pas légendé son travail et seul, un autre missionnaire, longtemps après, a donné des indications. Il en est de même pour le Dr. S.B. Fenn. C’est là le sort de la plupart des bases de données iconographiques : soit tout y a été légendé dans de bonnes conditions, ce qui est très rare, soit il faut établir des données scientifiquement honnêtes en confrontant des savoirs multiples. La numérisation des clichés malgaches apparaît nécessaire, tant nombre d’émulsions des clichés sont aujourd’hui inéluctablement en cours de virage : la chose est irrépressible.

Comme il existe des principes d’établissement pour des textes, on devrait pouvoir avoir accès en toute intelligence et sécurité à toute base de données. Cela suppose évidemment une critique exigeante au préalable. Et un nouveau tirage préalable, ou du moins, un accès à la plaque d’origine, car, trop souvent, des annotations manuscrites, comme une simple numérotation, en ont été supprimées au moment du recadrage pour le développement. Ce ne serait qu’à ce titre qu’on pourrait parler d’établissement d’un corpus iconographique digne du nom.

Le corpus en ligne, commun à la LMS et à la NMS, avoisine deux mille clichés dont plus de la moitié concerne la période qui va d’Ellis à 1940. C’est une somme considérable jusqu’ici très peu exploitée par les historiens. La tâche serait énorme qui viserait à ordonnancer de tels documents (car il y a bien un usage documentaire65 d’œuvres dont la valeur esthétique est souvent indéniable) puisqu’il s’agit bien de disposer dans un certain ordre, ce qui souvent n’est à l’origine qu’un ensemble d’albums de photos personnels.

Nils Kristian Høimyr, qui fut l’archiviste de la NMS, dans les années 1980-1990, dit que plus de 150 albums ont été déposés à Stavanger. La LMS, quant à elle, qui détient à Londres 11 boîtes comprenant 1 860 clichés pris entre 1866 et 1960, met en ligne plus de 900 clichés66. Il semble que les Friends, la Société pour la Propagation du Gospel et l’Église américaine luthérienne ne figurent qu’incidemment dans ce récolement d’importance majeure67. Cela induit l’importance du gisement en ligne des Églises évangéliques, dont il émane une force singulière. Une importante recension ordonnée reste à entreprendre là où les richesses sont les plus grandes.

L’accumulation fait certes sens par elle-même, mais les clichés ne prennent vraiment de signification que par le commentaire, autrement dit par la multiplication de métadonnées. De trop nombreux clichés, quelquefois tirés à l’envers, ne sont pas signés et comportent des légendes sur lesquelles est nécessaire un travail d’analyse critique68, commencé très souvent par les dépositaires des albums, souvent enfants des premiers pasteurs69. Un cliché de Rainandriamampandry aurait été fait en 1910 par Ramahandry... qui n’aurait donc, évidemment, jamais fait qu’un contretype70. Les moyens que donne la saisie numérique d’une image permettent sans doute d’activer un décryptage préalable. Si beau soit-il, un cliché ne prend de valeur que par l’établissement d’une légende crédible, puis son analyse interprétative. Et certaines ont été faites sans recul avant le dépôt aux archives.

Nils Kristian Høimyr a publié en 1992 un précieux article de remarques générales concernant cette masse d’informations iconographiques, dans lequel il rend un hommage appuyé aux premiers pasteurs anglais des années 186071. Ceux-ci, dont l’imprimeur-bâtisseur inspiré Parrett, en particulier, sont les initiateurs de la veine photographique norvégienne. Il faut dire que l’imprimeur J. Parrett a eu cette chance insigne de commencer l’apprentissage de la photo avec Ellis72. Cela n’a pu que le pousser à bien faire73 : lorsque le docteur H. Lacaze se rend à Tananarive, fin 1868, Parret lui donne un jeu de photographies du couronnement de Ranavalona II, aujourd’hui disparues74. Le Père J.B. Piolet - excellent praticien75 et méchante langue, qui fait de lui un portrait au vitriol - reconnaît que, dans la multiplicité de ses intérêts, il réussit vraiment dans le domaine de la photographie76. La LMS, imprime à Londres, au début des années 1870, des gravures conçues à partir de ses clichés de temples tananariviens77. Parrett reste incontestablement le photographe de Ranavalona III, aux dires de F. Cornwallis Maude : « Some years ago, (he) obtained some excellent photographs of her by the instantaneous process78 ». Parrett est l’initiateur à Madagascar de la photo stéréoscopique, à la mode dès 1850, mais qui s’en inquiète ?

Il faut noter ici l’absence de toute recherche en la matière : de petits albums à caractère touristique et non pas religieux, des portfolio d’un genre nouveau, de style pédagogique et ludique circulent jusque dans les années Gallieni, qui sont constitués soit de gravures photomécaniques79 de plus en plus fines, au nombre d’une cinquantaine au maximum, provenant de clichés pris par la LMS, soit de véritables clichés. Certains sont légendés très sommairement en anglais, voire en français et anglais, avant 1895, et/ou en français après 1895, pourvus de numéros d’ordre qui dénotent que plus de mille clichés80 ont été reproduits, mais ils sont dépourvus de toute autre référence, comme le lieu et la référence d’édition et la pagination. S. Ashwell, l’imprimeur de la LMS81, rue Augey-Dufresse, détient un stock de 600 de ces clichés 15x18 cm82 tout comme l’agence Cannet vend encore, en 1903, de tels albums pour la Noël. Les pasteurs français en ont gardé, comme le pasteur Maurice Forget, à Ambositra83, dans les années 1903-1933. On remarquera que ce même procédé photomécanique a été utilisé par les militaires français dès 1895. Mais les exemplaires qui circulent, sous forme d’une douzaine de clichés auto-promotionnels, sont très rares84.

À lui seul, le docteur Joseph Mullens, secrétaire des Affaires étrangères de la LMS, qui ne passe qu’une seule année à Madagascar, synthétise cette joie de garder en boite ce qui lui plait dans la Grande Ile : s’il lui arrive de demander des autorisations dans Tananarive, il fait part de l’attrait du public pour ses travaux, où qu’il soit. Il leur consacre d’ailleurs une tente entière. Serait-il perdu dans un village sakalava, son plaisir de la découverte qu’il pérennise sur papier est total. Il est dommage que seules onze gravures illustrent son ouvrage intitulé Twelve months in Madagascar (1875) car il ne semble pas que les originaux d’où elles sont tirées existent. Mullens le scientifique incarne le gai savoir photographique au-delà de ce qu’il est souvent convenu d’apprécier.

On comprend que la masse iconographique produite avant 1895 par les missionnaires étrangers est si importante qu’il s’agirait, pour mieux apprécier tant les beautés formelles que le fond informatif, de répertorier en deçà de l’image, tous les prérequis énonciatifs que chacune des images induit. On apprécie les données telles qu’elles se présentent et on tente de les classer. Mais on travaille à l’aveugle, et sans problématique, on induit qu’il n’y a pas de recherche…

Bien sûr, la quasi absence de toute production jésuite peut surprendre. Dans l’état des recherches actuelles, elle apparaît plus que mesurée, au moins jusqu’en 1890, année charnière pour ce qui est de l’influence française85. Elle n’est jamais qu’à la mesure de l’importance de leur influence très relative dans la capitale jusqu’à cette date86. Une anecdote est sans doute symptomatique de ce décalage entre ce qu’on croit savoir de la photo des jésuites et la réalité. Le RP Lacomme, vieux Tamatavien, fête ses cinquante années de présence dans l’île, le 12 mars 1905, quand le P. E. Colin, astronome, immortalise le souvenir87. Quatre « vétérans de la Mission » catholique s’y trouvent : Mgr Cazet, les Pères Lacomme, Roblet et Michel. Mais ce n’est guère que sur un protège-cahier dénué de finesse qu’on peut trouver réunis les quatre amis de longue date88.

Colin l’astronome fait plus que de la photo scientifique ; il rapporte qu’en 1894, le peuple « ignorant et superstitieux à l’excès » pense que ses travaux astronomiques lui permettent de voir ce qui se passe à Tamatave ou encore de photographier, de nuit, les sorciers qui errent dans la campagne pour jeter leurs sortilèges89.

Dans ce monde des apparences, Ellis tient un peu le rôle de l’Ésope des fables ; il atteint la perfection esthétique dès qu’il crée. Mais ses épigones imagiers anglais ou norvégiens ne déméritent pas, qui ont nom, pour les Norvégiens arrivés en 1867 : Anker, F.F. Bekker, C.F. Bjertnes, T. Rosaas (60 clichés), C. Borchgrevink (60 clichés), J. Einrem (360 clichés), Fagereng (230 clichés) - ces trois derniers étant les plus créatifs - T. et J. Jørgensen, Johan B. Smith90, et pour les Britanniques : J. Pearse (220 clichés91), l’infatigable James Sibree, le docteur S.B. Fenn92 et J.-C. Thorne (80 clichés)93. On comprendra aisément que les banaliser en quelques mots a quelque chose d’irrespectueux, car ils sont les « La Fontaine » d’un Madagascar qui ne les connaît pas assez. Avant 1895, Madagascar a déjà connu l’âge d’or de sa photographie.

Quelques trésors de cette période restent à découvrir, comme les hypothétiques clichés de l’excellent contre-amiral portraitiste P.-E. Miot, accessoirement négociateur avec le gouvernement malgache en 188594. Il est moins sûr qu’on puisse jamais retrouver les clichés de ces Sakalava formés par le commandant Th. Pennequin en 1883, dont le futur gouverneur général par intérim avait fait le portrait, au cas probable où ils se seraient évanouis dans la nature. Il en est de même pour les plaques obtenues en août 1892 depuis la terrasse de la New Oriental Bank, à Tamatave, et dont les sujets étaient les navires de la rade et les hôtes de marque du gouverneur Rainandriamampandry95. Signalons enfin, dans l’exposition sur Madagascar faite en juin 1895, au Muséum d’histoire naturelle, la présence d’une « foule de photographies », dont on aimerait bien avoir la liste96.

En 1880, la Revue bleue97, au vu des parutions tananariviennes, annonce que Madagascar « devient un pays littéraire ». Il y a fort à parier qu’elle soit entrée durablement dans une ère photographique98 : les synapses existent, qu’il nous faut plus subodorer que décrire, mais il est manifeste que les relations s’établissent avec les tâcherons du tirage qui sont le gage d’une qualité en train de se parfaire.

La photographie institutionnelle

Adolescence de la photographie

Bien avant que les Français ne s’installent en maîtres sûrs d’eux-mêmes, ceux de la Résidence générale et du Comptoir national, qui arrivent à la mi-mai 1886, engendrent une autre façon visuelle de concevoir la Grande Ile. Ces gens-là n’arrivent pas en terrain conquis, loin de là. Il faut préciser que Madagascar détient ce privilège rare d’une tradition dans l’édition99 et que durant longtemps, dans le monde entier, les petites mains de la photo ont été recrutées parmi les typographes. Des ouvriers tananariviens ont su, auprès des missionnaires, se constituer des pratiques et un savoir-faire précis. Ces artisans malgaches essaiment dans les grandes villes.

Ellis n’a-t-il pas évoqué lui-même la fascination du public pour la chambre noire ? Nul doute que cet entichement se soit perpétué100, malgré des ennuis renouvelés de conservation de produits chimiques qui viennent d’Europe et dont témoignent les Norvégiens dès les années 1870. A. Kingdon, imprimeur à ses heures, compétent en toute matière, est aussi un excellent photographe qui ne peut qu’avoir enseigné sa passion autour de lui101.Le général Willoughby, en 1894102, peut ainsi briller, à moindre frais, aux dépends de son compatriote, en fournissant au London illustrated news les œuvres de son compatriote. Un certain Stewart, rien moins que colonel, fait la couverture du Graphic le 30 novembre 1895103.

Un incident dramatique, qui se déroule le 3 juillet 1895 dans la capitale, est symptomatique de l’usage banal qui est alors fait de la prise de vue. Le lieutenant H. Weldon, aux ordres du colonel Shervington, envoie bizarrement deux serviteurs prendre des clichés dans un camp militaire ; l’appareil est détruit à coup de crosses de fusil et l’un des commis, soupçonné d’espionnage, est battu à mort. Si grave soit-il, ce fait divers témoigne de la banalité de la prise de vue en 1895104.

Cliché n° 4 : Razaka. Portrait

Cliché n° 4 : Razaka. Portrait

Collection Privée

B.M. Razaka105 (voir cliché n° 4), sans doute formé à Antsirabe par J. Eirem et établi rue Dupré, médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1900, utilise l’autochrome, procédé alors très rare106. Ratsimamanga107 (Imarivolanitra), le meilleur, et Ramahandry, ne peuvent avoir appris qu’avec des prêtres chrétiens ou de rares laïcs comme A.M. Jully, l’architecte108 qui dit en 1903, avoir acheté ou pris de nombreuses photos dans Tananarive109. Dès que Le Myre de Vilers, promoteur connu de la photo en Indochine, et L. Delhorbe, le banquier photographe110, arrivent à Madagascar, la photo malgache ressemble déjà aux disjecti membra poëtæ, tant elle est déjà diverse et sujette à transformation, interprétation, censure, preuve111, voire emprunts divers112. Noël Gueunier a su découvrir les indices du savoir complexe des pratiques photographiques dans la capitale113.

Deux Mauriciens, laïques, Ed. Macquet114 et J. Gimel sont aussi de la partie. Le premier est expulsé pour des problèmes de censure par le Premier Ministre, Rainilaiarivony115. Mais il vit fort mal de son art de la façon la plus privée possible116. Un autre opérateur inconnu (qui peut être le Mauricien Pochard117) perpétue le souvenir des improbables auxiliaires du commissariat français de Tamatave, déguisés en moustachus mamamouchis, en 1890. L’usage de la photo se répand sans crier gare. Franz Sikora, naturaliste autrichien et entomologiste distingué surnommé Rainilolo (« papillon » mais le terme désigne aussi les « esprits »), qui séjourne six ans en Imerina, entre 1888 et 1894, puis à Fort-Dauphin, assure que l’oncle de la reine, Ratsimamanga « faisait profession de photographe et réussissait à merveille dans cette délicate industrie »118 (S’il s’agit bien du Prince Ratsimamanga, oncle de la Reine, fusillé sur ordre de Gallieni le 15 octobre 1896119, il n’a rien donc à voir avec le Ratsimamanga photographe, que nous évoquons par ailleurs dans cet article).

J.G. Gimel (rue Nationale, †1908), imprimeur, photographe et journaliste arrive avant qu’il n’ait vingt ans dans Tamatave ; il joue alors le rôle de correspondant de guerre et photographe sur le chemin de Tananarive auprès de différents magazines parisiens. Le Monde illustré120publie ses travaux début 1895, où il est associé à Bouquet, Tamatavien comme lui et naturaliste121.Il y a fort à parier que Gimel, un peu faiseur dans ses façons de faire, n’ait jamais pris un seul cliché de sa vie ; du moins a-t-il su signer de beaux travaux, ceux de Ed.et B. Perrot, en l’occurrence122. Ed. Perrot est doté d’un je-ne-sais-quoi qui fait la différence chez ceux qui ont l’empathie ou l’œil absolu, plus affûté que d’autres123.

Perrot124 (rue Lubert, face au commissariat) est connu en bien dès 1892 dans Tamatave pour ses photos des visiteurs étrangers, le commandant Richard125 et l’amiral Kennedy, en route pour la Batterie où réside Rainandriamampandry126.

Cliché n° 5 : Perrot. Rainandriamampandry

Cliché n° 5 : Perrot. Rainandriamampandry

Collection privée. Rainandriamampandry, sans doute le plus grand homme politique malgache, est non seulement la quintessence de l’impassibilité. (En cela, Perrot a donc un bon modèle). En 1884-1885, Rainandriamampandry est bien meilleur que les amiraux Miot ou Galiber : « Puisque vous ne voulez pas prendre ce pays, laissez-le nous pour le gouverner ». Génial. Mais qui connaît son tombeau en plein Tananarive ?

Il incarne le type même du créateur qui a été pillé127, et dont les travaux, concernant souvent les vallées de l’Ivoloina et de l’Ivondro, ont été repris, vendus, distribués, sans que son nom ne soit jamais cité, y compris par Auguste Brunet, député réunionnais128, ou par des institutions bien pensantes. Souvent l’acheteur des travaux de Perrot est mentionné au dos de ses clichés, quelquefois tirés sous forme de cyanotypes, et cela induit des erreurs préjudiciables129. Perrot130, naturaliste de formation, qui travaille parfois avec des modèles, mérite vraiment d’être reconnu comme un des opérateurs majeurs de la photo à Madagascar (voir clichés n° 6 et 7).

Cliché n° 6 : Perrot. Tamatave. 1897

Cliché n° 6 : Perrot. Tamatave. 1897

Collection privée

Cliché n° 7 : Perrot. Ratsitokana. 1890

Cliché n° 7 : Perrot. Ratsitokana. 1890

Collection privée. Ratsitokana est, pour les étrangers, le maire de Tamatave du temps de Rainandriamampandry. C’est surtout l’âme damnée de son patron. Il est chargé de l’attribution des baux emphytéotiques. Les Français l’accusent de bien des maux durant la guerre en 1883. Il aurait même alors dit vouloir manger du Français ! La concussion le connaît, certes. Elle semble bien aller avec ce portrait haut en couleurs.

Durant plusieurs années, ce sont ses clichés qui servent d’information au Musée commercial, véritable temple de la colonisation, rue du Commerce. En 1898, on considère que certains de ses clichés datent déjà, « les scènes qu’ils représentent ayant disparu depuis longtemps »131. Henri Mager rend hommage à l’artiste (et à un certain Pirou, inconnu par ailleurs) dans un numéro du Monde illustré de 1894132.

Le petit monde de la photo est déjà d’une grande complication133 avant que la période coloniale ne commence. On peut épiloguer, mais on sait très bien, depuis longtemps, combien un cliché peut avoir de valeur informative. L’usage de la photo s’est répandu, quand on sait que, dès le mois de décembre 1896, des photographes malgaches sont recrutés par l’administration, pour que chacun puisse apposer son portrait dans son livret individuel134.

L’institution proprement dite

C’est une trentaine d’arpenteurs militaires, souvent saint-cyriens, d’excellente formation, désignés pour faire des relevés topographiques135, qui vont dès 1896136, constituer le fonds photographique primitif du Foiben Taosarintan’i Madagasikara (FTM), Institut géographique national actuel137. Ils font un travail de triangulation considérable dans des missions sans fin et dans des conditions de confort médiocres. Fin 1899, alors que le gouvernement français ne veut plus payer ces officiers qui travaillent pour le compte de Madagascar, un travail de cartographie considérable a été effectué en trois ans138.

Leur production, qui est du même ordre que celle des missionnaires protestants a, elle aussi, été reproduite à l’envi, sous des formes diverses, dès l’exposition universelle de 1900. Il est regrettable qu’aucun n’ait eu la possibilité de léguer son nom à la postérité. Il serait peut-être possible d’y arriver en travaillant sur les plaques originelles où apparaissent souvent des cotes anciennes et des légendes considérées comme des impuretés, toujours recadrées par les tireurs, par souci de clarté.

Le bureau topographique de l’armée loue début 1897 les presses lithographiques de la LMS d’Imarivolanitra et fonde trois ateliers : dessin, photo et gravure. Quelques mois après, le tout est photographié pour la postérité, ainsi que l’avait été l’arrivée des presses en début d’année. Il y a dans cette translation peu importante dans l’espace comme un symbole d’un Madagascar qui avance dans la technique. D’autres y verront le déplacement d’un pouvoir symbolique vers le pouvoir du plus difficile à cerner.

Des albums provenant de cette source essentielle se sont constitués jusqu’à la Première Guerre mondiale dans lesquels des légendes fautives se font jour. Personne n’étant parfait, avant les années 1910, la grande maison Roger-Violet pourtant si dure en matière de reproduction, ose le contretype de Gallieni139, Lyautey et de la garde rapprochée. Puis la vogue a passé. De nombreux clichés ont aussi été tirés à l’unité et se sont retrouvés épars sur le marché malgache. De nombreux contretypes ont aussi été tirés. Cela se retrouve sur le marché français aujourd’hui. Et c’est dans de telles limites que la photo militaire est constitutive de la culture photographique de Madagascar.

Ce sont ces photos originelles que Gallieni présente à son ministre de tutelle, quand il rentre en vacances en France, fin 1899. Si belles soient-elles, elles sont convenues pour la plupart. Celles qui concernent, nombreuses, la forêt primaire sont souvent dotées d’un certain flou artistique, d’où aucune ligne de fuite, aucun relief ne se dégage, pas même si le cliché s’agrémente d’un ruisseau, souvent saisi dans une matérialité confondante, comme si l’eau était pourvue d’un volume que l’œil ne lui connaît pas140. Sans doute y a-t-il dans les pratiques d’un autre temps une astuce, une signature commune à ces randonneurs d’une espèce particulière141. Une vision à part du monde malgache s’en dégage, abstraite, sans substance, qui permet sans doute à l’opérateur de s’affranchir des pesanteurs ou des brutalités coloniales.

Il va de soi qu’il ne s’agit pas de les ignorer. Mais leur stigmatisation politique a déjà été faite dans un article paru en 2000142. On ajoutera simplement que la conception anthropométrique143 de l’Autre a déjà cours bien avant l’arrivée militaire française à Madagascar144 et que la conception raciologique du monde est alors d’une banalité sans nom145. N’est-ce pas le Gallieni de la politique de/des races146, qui préconise le mariage avec les Malgaches, ce que fait capitaine L. Mouneyres, polytechnicien, directeur des Travaux publics, et collègue des arpenteurs de la forêt, dès 1898147 ?

La réalité humaine de ces militaires, qui ne se réduisent pas à la dureté de la jugulaire, est plus complexe qu’on l’écrit souvent. Ils œuvrent sans savoir qu’ils vont, deux ans après avoir entrepris leurs travaux, promouvoir Madagascar dans un Paris ouvert sur le monde grâce à l’exposition universelle : Gallieni y pense dès 1898 et part avec une sélection de leur travail pour attirer l’attention du monde économique, les grands de ce monde ayant l’art de faire tirer les marrons du feu.

Cliché n° 8 : Lieutenant Imbert. 1901

Cliché n° 8 : Lieutenant Imbert. 1901

Collection privée. Depuis Ratsida, au temps de Ranavalona 1re, il se monte de vaines expéditions contre la capitale des Tanala. Entre décembre 1896 et le départ de Lyautey, Ikongo fait deux fois l’actualité. Les premières opérations militaires se terminent en novembre 1897, grâce à l’entregent de Tsivoa et de l’administrateur Besson. Les secondes sont vraiment meurtrières et âpres. Les Tanala, aux yeux d’Imbert, sont les meilleurs guerriers de Madagascar. Il est difficile de voir cela ici, tant la guerre tient de la routine pour l’infanterie de marine. En l’occurrence, il s’agit du départ du lieutenant Charles-Roux avec 25 tirailleurs.

Cette photo militaire a formellement bien des qualités et quand on sait que, aujourd’hui, depuis plus d’un siècle, les albums de présentation sont consultables par le public148, à seule fin d’achat, on mesure l’influence que cet ensemble a pu avoir sur la postérité. Tout comme, en Europe, les musées des beaux-arts ont pu servir de modèle aux photographes du XIXe siècle, les albums du service géographique de Tananarive ont pu, à leur tour, servir de référence. Les circonstances d’énonciation des clichés sont réellement celles d’une vraie conquête coloniale sans qu’y apparaissent de violences. Ce sont ces clichés qui comptent dans l’histoire de Madagascar, puisqu’ils sont restés sur place, et non les milliers d’autres clichés militaires qui sitôt pris, se sont retrouvés en France et dont il faut avouer qu’ils concernent au moins autant les militaires que le monde malgache149.

Le capitaine F.-J. Lamy150 en est le prototype : alors que ses compétences d’amateur éclairé sont connues par sa correspondance, personne ne connaît son album intitulé Campagne de Madagascar 1895-1897 qu’il offre au président de la République et qui réapparaît dans une vente aux enchères en 2010. Ces trésors iconographiques apparaissent et se dispersent au vent des enchères151. Mais il est rare que des services archivistiques puissent saisir l’occasion. Ils ont d’ailleurs bien raison de se méfier, puisqu’il arrive qu’il y ait maldonne : ainsi le très sérieux Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD) met en ligne non pas les superbes albums du lieutenant Ed. Imbert152 (voir cliché n° 8), mais celui du capitaine sabreur Borbal-Combret153, uniquement constitué de tirages achetés dans Tananarive à la LMS ou au service géographique. À beau mentir qui trafique au loin.

Les albums de Ratsimamanga, soit six-cents clichés, confiés à Gallieni, fin 1899, pour son séjour en France, mais aussi au Comité de Madagascar, ont manifestement été détournés depuis longtemps154. Père tranquille de la photo, sans doute élève de la LMS155, Ratsimamanga fait mieux que tous, sans autre atout que son art. Il brille tant par sa discrétion que ses œuvres ont aujourd’hui disparu156. Gallieni emporte ses épreuves à Paris comme viatique. Cela est aussi surprenant que le cas des jésuites, dont l’historiographie parle tant, dont les qualités scientifiques sont sûres et qui ne produisent presque que des broutilles. L’histoire a minima de la photo malgache conduit à des conclusions inattendues.

Un particulier, Ratsimamanga157, dont on ne sait pas grand-chose158 (si ce n’est qu’il classe parfaitement ses travaux par un timbre à date, détail d’importance) y tient presque autant de place qu’un Ellis. Ce n’est pas un moindre paradoxe. Comment ne pas évoquer les mauvaises reproductions en cartes postales sépia, saisissantes toutefois, du capitaine Vuillemin qui se trouve entre 1897 et 1898, entre Manjakandriana et le Bongo-Lava : les sujets sont quelquefois exceptionnels, comme le peu connu mpanjaka sakalava Laikita et ses dix femmes159 ? Comment ne pas mentionner l’administrateur P. Grise, qui signe une très éclairante photo de la mine d’or de Tsimbolovolo-Miarinarivo, quand bien même on ne connaît aujourd’hui rien d’autre de sa facture160 ? Les institutions en matière de photographie ne sont pas vraiment où on les attend, et, quand on les subodore, on n’étreint que le vent de l’histoire, qui, à l’arrivée d’Augagneur, s’accélère en dispersant bien des données. On pense simplement aux plaques disparues.

Quand on sait que le Musée commercial (Manjakamiadana) dispose d’un mutoscope gratuit avant 1900 et que les Domaines vendent, sur saisie, six de ces appareils en 1906, on devine que le règne de la photo a atteint la capitale voici longtemps.

Les sans-grades de la photographie civile privée et leurs démons

Un contexte colonial

Ce n’est pas ici le lieu d’évoquer le bouleversement technologique radical qui se produit en Europe, dans la décennie 1895-1905 dans l’innovation photographique dont Madagascar bénéficie ipso facto. Deux faits sont à noter à cet égard : le 2 janvier 1897, paraît un arrêté réglementant le travail des hommes de 16 à 60. Chacun doit fournir deux photos d’identité, pour la carte et pour le livret. Certes, l’administration aura à lutter contre l’absence de ces photos dans les districts ruraux. Il y en a encore de nombreux dans lesquels on ne se reconnaît pas encore sur un cliché, serait-il de l’officier Sénèque161. Mais en ville, ce sont des dizaines de fabricants qui officient162. Et nombre d’amateurs perpétuent des instants qu’ils croient uniques : « Un peu partout des appareils photographiques sont braqués et prennent des instantanés du défilé », annonce le JOMD163.Lors d’une kermesse en 1901, à Tamatave, de nombreux clichés de tout Madagascar sont en vente comme s’ils faisaient partie d’un pot commun. On est loin de se soucier alors de mettre en évidence le travail d’un particulier164.

Un autre fait est moins connu qui mériterait de l’être : on doit évoquer à ce propos une fine photogravure de Tananarive en avril 1903. Il s’agit d’un document publié à propos de la fête des enfants par le service géographique et dans lequel figure une photo anonyme dans un cadre modern style (voir cliché n° 9). Rien ne prouve que le document ait été imprimé localement, même si toutes les compétences existent dans la capitale. Mais, chronologie aidant, à savoir deux mois d’écart entre la prise de vue et l’édition, tout le laisse penser165.

Cliché n° 9 : Fête des enfants. 1904

Cliché n° 9 : Fête des enfants. 1904

Collection privée

Pour ce seul document, il faudrait croiser des savoirs divers, afin d’avancer dans le domaine de l’histoire de la photo et de la photogravure malgaches. Et qui retrouvera les épreuves de cet opérateur malgache « qui se multiplie et ne néglige aucune occasion de clicher »166 l’arrivée du Gouverneur général en avril 1898 à Ambohimanga ?

À partir de cette même année de 1903, se produit un mouvement iconographique populaire chez les allogènes que le Madagascar profond a peu intégré, car il existe relativement peu de cartes postales illustrées écrites alors par des Malgaches ; cette mode submerge la correspondance au tout début du XXe siècle167. Augagneur n’est pas encore en poste qu’une boutique de Tananarive possède déjà cent mille cartes en stock, avec un choix de mille clichés. À travers le filtre d’imagettes à cent sous, quelquefois banales, voire triviales, la colonisation ne ressemble que de très loin à l’œuvre de civilisation dont elle se revendique.

Quand J.D.C. Duchène, J.M.E. Prudhomme168, A. Fauchère169, et R. Deslandes, montrent leurs réalisations agricoles dans les stations comme Nanisana, ils ne font que glorifier leur œuvre coloniale et ne mettent guère en scène le paysan malgache. À tout prendre, un homme intelligent, de grand talent scénographique, comme le journaliste L. Tinayre, dans la montée sur Tananarive, en 1895, participe de cet état d’esprit : il dit voir des malheurs autour de lui. Mais il ne prend pas de clichés des ravages que la guerre fait chez les Malgaches170. Les voit-il, seulement, comme individus ?

On lit souvent dans les clichés une France duplice, racialiste, craniométrique, qui pratique l’universalisme relatif auquel donnent droit les Messageries Maritimes qui prétendent joindre la Grande Ile au reste du monde, mais tout cela reste bien étroit d’esprit. Les Malgaches figurent en tant que porteurs ou ouvriers, voire en dandys. Lors de la réunion annuelle des Délégations financières, la photo de groupe différencie parfaitement Malgaches et Français. Cette France du cliché nie « le différencialisme au nom de la nation, et l’institutionnalise là, au nom de la nation à inventer171 » ? Gallieni disait cela autrement, en précisant qu’on ne peut pas coloniser avec des rosières.

Un travail concerté, effectué pied à pied sur des masses de clichés, permettrait la contextualisation réciproque des images et de l’histoire sociale et politique malgache. Encore faudrait-il se méfier de ce mirage de l’image reproduite que dénonce J. Bianquis en 1907 : « La photographie, en général avantage singulièrement les immeubles de Madagascar ». Le pasteur n’est guère poète ; il a plutôt l’esprit rassis ; là où nous voyons une maison typique de l’Imerina n’existe pour lui, qu’une « case très exiguë, une misérable bicoque »172.

Un occidental ne se pose pas alors cette question saugrenue de l’ostracisme, sauf s’il se nomme Jean Paulhan, cas à part, accessoirement bon photographe amateur dans Tananarive. Le choc des photos est rude et désolant quand s’y ajoute le poids de mots durs ou moqueurs qui n’honorent personne. Cette rusticité, ce grain épais des jours rudes, se retrouve dans bien des cartes malgaches au moins jusqu’en 1940.

Comme on peut s’y attendre, les exemples les plus parlants concernent la place faite aux femmes173. Charles Renel, romancier connu, aux clichés nombreux, mais souvent mauvais, s’est essayé au genre174. R. Decary175, G. Vally, peu connu, ou A. B. Maria176, administrateurs, semblent de bien meilleurs techniciens. Puis I. Manhès177, E. Lacaille178, A. Liotard, artiste-né, spécialiste du nu, J. Razafitrimo179, H. Santini, G. Teillet180, J. Langlois181, J. Dulong, dans les années trente perfectionnent le genre au sein du Photo-Club de la capitale au début des années 1920182. Les images sont en général très transparentes, mièvres et légendées. Elles se prétendent rarement de style documentaire ; l’obsession formelle y est fondamentale. Les croûtes abondent. Il serait sans doute plus intéressant de connaître les activités inattendues de mademoiselle Meiffren, à Andravohangy, qui nettoie et répare objectifs et appareils d’optique au cours des années 1920183.

Et cependant, l’histoire de la photo doit passer par cet écueil, car elle ne peut se faire sans un simple relevé de ce qui existe, qui, parfois, grandit le photographe qui sait magnifier le quotidien. On prendra pour exemple une carte postale qui présente une jeune femme mahafaly dans son simple appareil, au bord d’une rivière à sec. Le cliché de nu requiert alors un décor d’extérieur184. La qualité de la reproduction est grossière. Or, il se fait que l’original existe, évidemment dans un tirage d’une tout autre qualité. Il a été pris par un arpenteur militaire zélé, consultable dans les vieux albums toujours offerts à la consultation du public au FTM en 2015. La même jeune dame pose aussi, assise sur sa robe dans le même cadre bucolique.

Il n’y a rien là que de très banal : la qualité des tirages des cartes postales ne souffre pas la comparaison avec celle d’un cliché. Fabriquée industriellement par planches de plusieurs centaines d’exemplaires sur du papier de qualité variable, les résultats sont souvent décevants. Rien qu’en se limitant à ce genre de tirage fruste de carte postale, la fréquentation de ce véritable média du début du XXe siècle peut entraîner une vision très terne de Madagascar. Le commis de résidence Aristide Maria, qui travaille déjà, détail notable, avant 1895 dans l’administration française de Madagascar, réalise une série d’une vingtaine de cartes dans la région de Mananara, n’est connu que par ces quelques clichés dont la découverte des originaux serait une aubaine185.

Certes, cet exemple fortuit n’a que la force de conviction des blagues de l’almanach Vermot, du style « avant-après ». Mais notre séquence invite à plus de recul dans les conclusions. Le média de la carte est sans fioriture, brutal, un peu à l’image de la colonie. Il faut dépouiller une avalanche de clichés avant de conclure, ou du moins de se faire une opinion. Découvrir une carte postale ne peut que nous inciter à connaître les conditions de production en amont et de consommation, en aval. Malheureusement, la carte postale malgache est devenue relativement rare et sa rareté peut conduire aux conclusions hâtives. Et retrouver les clichés originaux de toutes ces cartes186, manifestement tirées pour nombre d’entre elles à deux ou trois centaines d’exemplaires et portant les traces de la collection depuis leur vente originelle (stigmates de punaises, traces de colle, de coins, ombres portées du soleil, etc.), n’est pas chose aisée.

Il doit exister entre douze et quinze mille cartes postales fabriquées avant 1940. Plus de sept mille sont connues en 2015187. Leur connaissance se fait assez mal dans les archives qui n’en recensent que quelques centaines et qui n’ont pas de politique d’achat concernant ce type de document trop populaire ou insuffisamment académique. Ce véritable média des années 1900 permit pourtant en son temps un accès facile et convivial au savoir et permet aujourd’hui, détail exceptionnel, de retrouver la signature d’auteurs méconnus ou insoupçonnés.

Quand bien même ces cartes seraient mal dégrossies, elles sont disséminées et conservées neuves, dès parution, car elles sont considérées comme un savoir unique. Le simple contenu informatif iconique auquel s’ajoute parfois un commentaire au verso de la carte fait de ce véritable média une source historique rare188. Dès sa conception, la carte malgache, aujourd’hui objet d’étude scientifique, est un objet convoité, mais suspect parce que le marché local de la photo se constitue sans continuité, sans références : un négociant de Fianarantsoa, H. Cattin (avenue Le Myre de Villers), est l’éditeur du capitaine J. Sénèque, (auquel on doit un excellent portrait du gouverneur Ratovony). Mais il ne l’édite qu’après le départ définitif du capitaine. Malgré les mises en garde souvent imprimées au dos ou au bas des cartes, la pratique du contretype envahit le domaine. Cattin ne fait donc que perpétuer une habitude. Ainsi avec Sénèque, il exploite un filon à la petite semaine.

Cliché n° 10 : Rasolonjatovo « Bearers’s diner on road ». ca.1910 ?

Cliché n° 10 : Rasolonjatovo « Bearers’s diner on road ». ca.1910 ?

Collection privée. L’auteur travaille parfaitement : on ne devine pas même la pénibilité de la tâche des porteurs, ni le plat qui est pris en commun. À peine voit-on un bâton pour porter un fardeau. À noter le petit prophylactique d’un porteur au centre. Bachel, habile imprimeur, a édité cela à Tamatave sur le ton de la gaudriole.

L’emprunt indélicat fait figure de règle. Un certain J., en 1895, fournit la presse parisienne en excellents clichés qui ne sont pas de lui. L. Perrier, hormis un article concernant les fahavalo189, est manifestement inconnu190 du commun des chercheurs. Il n’est pas jusqu’aux religieux pour emprunter sans vergogne. On peut aussi soupçonner des militaires d’avoir mis la main sur des clichés protestants anglais et de les avoir diffusés dans le commerce. E. Imbert a été pillé par le coiffeur-parfumeur L.S. Blion191, etc. La liste des détournements est d’autant plus longue192 (voir cliché n° 10) que les professionnels ou amateurs éclairés sont très nombreux193.

Et pour cause, en Europe, il en est de même : jusqu’au-delà de 1900, un graveur est considéré comme un artiste alors qu’un photographe reste anonyme, n’étant jamais qu’un technicien. Ce n’est que lorsque la gravure des magazines est vraiment remplacée par la photo, après 1905, que le photographe trouve la place qui lui est due194.

Ce rude sans-gêne permet que la France de l’exposition 1900 s’ouvre à un Madagascar d’illusion qui ne prend fin qu’en 1940 pour la raison que les intrants de luxe, que sont les pellicules, se sont alors raréfiés au point que les clichés privés du temps de la Seconde Guerre mondiale malgaches sont (hormis au musée Stella Matutina à Saint-Leu) quasiment introuvables. L’histoire de ce média injustement méprisé doit évidemment s’accompagner d’une étude à poursuivre sur les données du sens qu’offrent les légendes et parfois les commentaires195.

Les sans-grades civils

Nous abandonnons la nombreuse cohorte militaire (qui va de l’humble sergent Lemoine196 aux capitaines Hollande197ou Tralboux198, en passant par M. E. Ch. Dosquet199, ou Rocques, futur ministre de la Guerre, qui font des projections200 dans leur région d’origine et dont les clichés sont pour la plupart perdus) pour aller plus avant du côté des photographes sans uniforme201. Qui se soucie de divulguer leur nom d’autant plus qu’on peut considérer que si la photo gardait jusqu’ici un caractère public, elle devient de plus en plus privée, une fois passée la mode des cartes postales, c’est-à-dire après la Grande Guerre ? A. Grandidier souligne en 1896 l’abondance documentaire anonyme concernant Madagascar comme si le flot était trop abondant, voire corrosif202.

Sur la centaine de créateurs de clichés dont il a été extrait des cartes illustrées, il faudrait évoquer des administrateurs203 comme Maria, des pharmaciens (spécialistes en produits chimiques) comme G.H. Lurat, qui commence à Mananajary comme pharmacien fabriquant de glace et monte à Tananarive (Ambondrona), ou G. Bodemer, le pharmacien alsacien de Majunga. L. Durgeat compte aussi, qui vend des médicaments à Fianarantsoa204, et qui commence comme lieutenant de Lyautey à Ivohibe : il perpétue encore en 1933 la vieille habitude de vendre des clichés de la ville sur papier Lumière. F. Rasoamanana, créateur du studio Photo-Betsileo, à Ambositra fait les beaux jours de ceux qui veulent faire connaître, loin de Madagascar, les Zafimaniry. On connaît de lui de beaux clichés de recherche d’or et de pratiques sportives, voire un reportage sur le cyclone du 12 au 14 janvier 1930. A. Jeanney (†1929), postier arrivé comme soldat, réussit toutes ses vues des années 1910, à Vohémar205 comme L. Jaffrey le fait alors à Antsirane. Qui trouvera mention de Ch. Julienne, « artiste-photographe » et des frères Girard qui exercent à Tamatave dont un nombre infime de travaux de qualité est connu ? Qui pourra reconnaître le travail du Dr. Lafferrière, médecin de Le Myre de Vilers et accessoirement excellent opérateur, qui revient à Tamatave en 1897 ?

Des cas exceptionnels se distinguent du lot :

- Jules G. Rousselet, (†1917, Majunga), d’abord installé à Tamatave en 1890, puis à Majunga, en 1892, vit de son art et de sa librairie, quand son frère, colon, vit de ses propriétés. De rares tirages papier (voir cliché n° 11) lui ont permis de survivre dans sa maison, évidemment nommée Collodion206, dont le cliché existe encore207. Rousselet est l’auteur de deux portraits royaux : l’un de Ranavalona III208, peu connu, et l’autre d’Anarena, reine sakalava de Marosakoa, favorable aux Français en 1884209. Peut-être connaîtra-t-on un jour ses relations avec l’administrateur-maire de Majunga, J.E. Moriceau, lui-même praticien de la photographie jusqu’à l’arrivée d’Augagneur ?

- Goulamhousen Charifou, à l’occasion quincailler, horloger ou opticien-concessionnaire de la prestigieuse marque Voigtländer, est un cas hors normes210. Son talent est si manifeste durant plus de trente ans que la Grande Ile ne lui suffit pas : aussi en 1900, part-il exercer son art aux Indes anglaises, comme le lui permettent les boutres habituels de la mousson de novembre-décembre211. Sans lui, le Nord et l’Ouest de Madagascar échapperaient à la fascination de la Belle époque pour la carte illustrée212.

Cliché n° 11 : Jules Rousselet. 1902

Cliché n° 11 : Jules Rousselet. 1902

Collection privée. Rousselet a fait une douzaine de clichés qui concernent l’épidémie de peste à Majunga où elle arrive en mai 1902. L’alarme est passée début août de la même année. Le Dr. Clarac fait abattre des locaux indiens en grande majorité. Les Indiens se réfugient dans le vieux cimetière karana. Le docteur Thiroux (directeur de l’Institut Pasteur) s’est rendu à Majunga et des inoculations antipesteuses commencent. Le maire Moriceau se dote d’une commission chargée d’évaluer le montant des pertes subies. Le pauvre Rousselet vend difficilement ses tirages pour survivre.

- Charifou Jeewa, quant à lui, né à Sourate, khodja de confession, chef de sa communauté (ou « congrégation ») en 1897, beau-père de Cassam Chenaï, homme de relations, propriétaire du Grand Bazar, à côté du marché central d’Antsirane, possède, avant 1905, une collection de clichés considérable213. On peut soupçonner Goulamhousen l’ultra-doué d’avoir constitué l’essentiel de la collection Jeewa-Chenaï, sans aller plus avant. Il est très possible qu’il ait aussi constitué celle d’Hassanaly à Tuléar.

- Marius Veynachter, premier agent Peugeot de la capitale, spécialiste du portrait214 et metteur en scène hors-pair, patron de la première maison de commerce à ne vendre quasiment que du matériel de photographie, animateur du Sport-club et à ce titre, photographe quasi-officieux de la société qui compte, mérite aussi mention pour son élégance glacée215. Ses réalisations, belles et compassées (ce qui n’est pas le cas de ses « fêtes des fleurs ») tiennent vraiment des portraits de cour.

Cliché n° 12 : S. Jafetra. ca.1910

Cliché n° 12 : S. Jafetra. ca.1910

Collection privée. En 1882, à Brighton, le Mellison’s skating rink est détruit par un incendie. La même année, à Paris, des rinks sont bituminés pour que les patins à roulettes circulent bien. Dans les beaux quartiers, des orchestres accompagnent les évolutions des danseurs. Tamatave ne connaît sa piste, située là où se trouve l’ex vélodrome devenu (l’ancien) stade de la ville, avenue Augagneur, qu’en 1911. Un cyclone a eu raison de sa présence avant 1914. En 1982, personne dans Tamatave ne se souvenait de cette patinoire. D’où l’intérêt des clichés !

- S. Jafetra, lui aussi très apprêté, laisse le seul cliché connu du skating-ring de Tamatave216 (voir cliché n° 12) ; il a plus d’audace dans le choix de ses sujets. À la rubrique mondaine figure de même H.-D. Gaye, Anglais217 : il semble succéder à Veynachter et travailler avec J. Lavigne (franc-maçon, qui met gratuitement son laboratoire au service de ses clients, acheteurs de papier Lumière) au temps d’Augagneur. Rue Dupré, à la villa Alice, son studio tient le haut du pavé. Il faut toutefois avouer que si ses réalisations semblent nombreuses aucune n’est parvenue jusqu’à nous218 ; mais il y a tant de clichés anonymes de cette époque.

Chacun de ces artisans mérite une monographie. Mais il y en a des dizaines d’autres comme l’excellent et prolifique G. Leygoute et fils (plus de 6800 clichés219 - voir cliché n° 13) ou L. Depui, roi moustachu facétieux du déclencheur à retardement, qui adore figurer sur ses réalisations en y incluant sa famille et dont tous les vieux Tananariviens connaissent le patronyme qui a dominé le marché aux fleurs d’Analakely jusque dans les années 80. Les éditeurs tamataviens P. Ghigiasso, (†1909) courageux loueur de livres de la rue du Commerce, et E. Bachel220, horloger-libraire-imprimeur et pilleur de trésors (à l’angle des rues du Commerce et Flacourt) le moins inspiré des deux, font les beaux jours de Tamatave par leur souci d’attirer le chaland en exposant des clichés. P. Ghigiasso sait promouvoir ses collections tant par la publicité que par son modernisme221. E. Bachel arrive quand Ghigiasso meurt. C’est un découvreur capable de transformer des joyaux en banalités cartonnées. Mais Bachel publie des cartes postales dont on se demande bien souvent où il a pu trouver les originaux.

Herschell (sic) Chauvin222, négociant mauricien issu d’une famille installée dans les années 1860, est son très proche voisin. Accessoirement chercheur d’or puis graphiteux sur la Fanandrana et sur l’Onibe, ses terrains de prédilection223, il édite lui-même des clichés de grande sensibilité (une série de 1 400 environ dont seules quelques dizaines nous sont parvenus224). Il semble abandonner la photo et vit de ses activités de naturaliste dans les années 1930 à Tananarive. J. et L. Ranaivo225, peut-être bien élèves du pasteur Borchgrevink, font ceux du Betsileo.

Cliché n° 13 : Georges Leygoute. Le bilo. 1904

Cliché n° 13 : Georges Leygoute. Le bilo. 1904

Cliché d’exorcisme obtenu vers 1900 dans la région de Maintirano où il pose des lignes télégraphiques. La parentèle est au pied de l’édicule. Cette plate-forme en bois (bilo en sakalava) est faite de quatre pieds fourchus qui soutiennent la partie sur laquelle se trouve la malade. À noter une manière d’escalier, à droite du cliché, pour mener au sommet de l’autel. Coup de génie de Leygoute, non renouvelé par la suite : cinq ans de guerre au Sahara, puis la pratique à Tananarive d’un studio peu rémunérateur y sont pour quelque chose. Remerciements à Francis Dumelié

De J.-B. Razafy226, accessoirement correspondant de G. Grandidier (lui-même excellent opérateur) dans les années trente, ou de Raphaël Rajaspera227, roi de la pellicule ultra sensible pour prise de nuit, on peut trouver dans Tananarive encore un nombre certain de clichés. F. Froëlich (†1913), chercheur d’or à Fianarantsoa, édite de superbes clichés en cartes postales sans qu’on ne sache rien de lui. F. Razafimahefa, 4 rue Colbert, comme Hermant, boulevard de Bazeilles, vivent à Diego-Suarez en faisant le portrait des militaires228. M.J. Joly, journaliste tananarivien connu, se hasarde pour une seule fois dans le domaine peu connu du service anthropométrique de la police229.

Ce papillonnage dans le champ photographique trahit de trop nombreux artisans sur lesquels il faudrait longuement écrire. On ne peut que déplorer ici le fait que moins d’un tirage original (ou une plaque égarée) sur mille soit connu aujourd’hui. Il est bien difficile dans ce cas de figure de juger de la qualité esthétique de tel ou tel praticien.

Le déterminisme ethnique

On pourrait soutenir le paradoxe selon lequel ces milliers de reproductions industrielles tiennent plus de l’ombre que laisse un nuage disparu ou d’un musée imaginaire que d’un Madagascar ayant quelque réalité tant les Malgaches y sont réifiés, en quelque sorte produits irremplaçables du pays où ils vivent. Et les Européens s’y voient eux-mêmes trop souvent en beau230. Chacun tient donc une place particulièrement faussée231.

En 1914, le cliché du Courrier colonial232 qui représente la salle du pavillon malgache à l’exposition de Lyon est symptomatique à cet égard. Des clichés agrandis représentent des portraits de femmes sous le chapeau de « Types malgaches ». Ajoutons des ponts et des sites. Madagascar n’a peut-être pas participé à des expositions depuis 1907, mais l’idée qu’il faut se faire de l’île ne doit pas changer. Tout ce qui est « inutile » a été « banni » (ce sont les termes du journal) par Loisy, spécialiste de l’économie de l’île. Trente photos représentent le pays, habitations et tombeaux compris.

Une question incidente, issue du déterminisme ethnique occidental, qui prévaut jusque dans les années 1920 (et dont les paysans bretons, bressans ou auvergnats font aussi les frais) induit à se demander ce qu’il n’y a pas sur les cartes illustrées. Le hors-champ vient à l’esprit aussitôt que le cliché se lit, tout comme ses conditions d’énonciation, la plupart du temps inconnues. Dans ces conditions, la photo allogène a beaucoup fait pour l’autopromotion sociale à peu de frais et pour le contingentement des autres.

Par exemple, en matière politique, on serait bien en peine de trouver trace du vaste soulèvement des Menalamba dans les Hautes-Terres, ou de la résistance aux Français, en général. Ou tout simplement le portrait de Ramilijaona233 (metteur en scène né234) ou Rajaofetra Samuel, photographes de Tamatave arrêtés en octobre 1915, dans l’affaire de la VVS. Quelquefois se fait un petit clin d’œil de l’histoire : apparaissent quelques allusions au désarmement de la fin du XIXe siècle, des prisonniers faits dans le Sambirano en 1898, ou encore dans des chaînes qu’on pouvait croire disparues depuis l’émancipation des gadralava235. Il faudrait aussi évoquer l’utilisation des portraits de chefs de soulèvements divers. N’apparaissent, évidemment, que les chefs favorables à la France, comme Rebiby236, Inapaka, Manipa, Inguereza, Tsiampodyou de simples meneurs nationalistes comme Rabozaka, amenés à résipiscence237, l’argument des chassepots aidant.

En matière sociale, il est moins dur de trouver trace de la misère. Mais celle-ci est rendue consubstantielle aux clichés par le fait de la réification dans laquelle les Malgaches sont tenus au moins autant par le service géographique que par le système colonial en général. Les Malgaches sont momifiés dans des attitudes prédictibles d’exécution. Sont-ils seulement Malgaches ? Ne sont-ils pas simplement indigènes, plus conditionnés par leur essence de misérables, que par la situation qu’ils vivent comme dominés ? Les cadrages relativement serrés, sans ligne de fuite, quasiment étouffants, disent mieux l’étau social qu’on ne le pense.

C’est dans ce domaine de l’essentialisme qu’il faut chercher les explications déroutantes parfois des Européens sur ceux chez qui ils vivent. Cela agit un peu comme si les Européens ne voyaient pas plus loin que la catégorisation figée par A. Grandidier238 des beaux clichés des années 1860-1880. Ils pensent sans doute vivre dans l’histoire à laquelle les Malgaches échapperaient, essentialisés pour l’éternité sous forme de masse anonyme le plus souvent. Des cartes illustrées des années 1920-1930, à cet égard, sont confondantes, voire anhistoriques parce qu’elles décontextualisent trop souvent les sujets humains hors de leur milieu.

L’emprise de la réduction à l’essentialisme concerne tout un chacun, Malgaches compris. Un cliché pris par un professeur assistant d’Ambatondrazaka, Randranto fait l’objet d’un débat à l’Académie malgache le 23 septembre 1913239. La photo est assortie d’une note et concerne une cérémonie sakalava nommée tondro landy. Cela passionne l’assemblée qui s’enflamme et veut bien recevoir d’autres documents témoignages d’un passé figé dans des coutumes qui ne remettent rien en question.

En effet, pour mettre un semblant d’ordre, les notes savantes ou les légendes des cartes postales sont bien arrangeantes : la légende injonctive participe de plein droit à la lecture de l’image. Le tribalisme divise le pays en ethnies, comme le melon est divisé en tranches par la nature, dans une sorte de déterminisme préétabli et cela rend de grands services à la cause coloniale240. Alors on croit typiser dans le marbre pour l’éternité ou on détaille, au prix de méprises sans fin. Tel modèle incarne une ethnie, puis l’autre, à seule fin de fabrication d’une carte postale241. Il suffit de changer la légende. Le destinateur est ravi d’imposer à bon compte son savoir en métropole. Le destinataire est heureux d’en savoir plus sur Madagascar, quand bien même la légende serait totalement erronée. Le Madagascar illustré242, qui est, pour sa part, à usage interne en quelque sorte, et qui paraît entre 1932 et 1935, est sans doute le vecteur le plus représentatif de ce genre de clichés souvent produits par des Malgaches.

La carte postale fait son effet, en Europe, mais celle-ci n’est jamais que celle de l’étrangeté. Elle apporte un nouveau savoir sur le monde malgache avec lequel on se sent certes un peu plus intime mais en trompant soi-même et les autres. Cela va très loin puisqu’on change les légendes pour un cliché identique sans que le subterfuge ne gêne personne. De la sorte, avant 1914, le portrait des Malgaches est-il construit dans ce qu’il a de pire.

Le terme de « légende », dans son double sens, ne prête-t-il pas à confusion depuis la Renaissance ? L’ethnicisme dans les cartes devient la science des ânes, car on n’y cherche guère à connaître quels sont les cercles de parenté, de solidarité, de proximité, d’affinité. Tant les tutelles de Garbit, Picquié, Olivier et l’écrasant Cayla sont pesantes, les années 1918-1930 sont les pires en matière d’innovation graphiques, opérateurs malgaches compris243. Il faut envisager ces ateliers photographiques comme si l’Europe imposait sa conception du monde, comme si l’histoire malgache n’avait pas lieu d’être, dans une ataraxie totale, en état d’apesanteur.

Sans doute peut-on aller jusqu’à dire que la relation entre la connaissance des foko malgaches, des dèmes, des relations étendues de parenté ont un lien direct avec la méconnaissance de la misère dans laquelle vivent les Malgaches. Le pire des ethnicismes est celui qui ne voit pas le malheur dans la maison de son voisin. Cette cécité produit du sens mais la colonie va droit à une impasse. Ce n’est pas l’ensemble iconographique catholique244 produit entre les années 1910-1930 (qui se retrouve à la fois dans les revues Missions catholiques, et plus tard Chine, Ceylan, Madagascar) qui fait preuve de grande innovation. Le tout est très sulpicien c’est-à-dire bien-pensant et ne dénonce rien puisqu’il veut édifier.

Le Père D. Roblet, grand scientifique, est excellent dans ses clichés, mais ne quitte pas un académisme de bon aloi qui convient à sa fonction245. Il reste fidèle à l’ethnicisme alors en cours comme le laissent penser de rares gravures, témoins de son travail, telle cette magnifique « Réception faite à la Reine sur la place d’Andohalo, le 30 octobre 1873 »246. Sa nécrologie témoigne du personnage247 :

Il débuta aux temps héroïques des plaques au collodion et traînait partout son volumineux attirail. Malgré ces difficultés rebutantes, il avait réuni un trésor de clichés, documents uniques, sur cette époque curieuse et inconnue de l’histoire malgache. Il fut le dernier à profiter de ces trésors : ses collections ont été dépouillées des clichés les plus rares par des visiteurs peu discrets qui sans vergogne s’en attribuèrent le mérite248.

Le Père Gadenne ou Suau sont très certainement d’immenses travailleurs, mais jamais il n’est possible d’accéder à un seul de leurs tirages de qualité. Les Sœurs, qui jamais ne signent leurs œuvres (Sœur Saint-Jean Berchmans, d’Amparibe, exceptée) font preuve d’un sens de la mise en scène au moins aussi digne d’intérêt, très surjouée qui est d’autant plus fascinante que des tirages existent en carte-photo, apparemment tirées artisanalement par elles-mêmes. Les Pères Dantin, Dubois, Delom, Thomas, de la Devèze, actifs avant la Première Guerre mondiale, n’ont pas ce sens inattendu de la mise en scène.

En général, il est difficile pour la photo malgache d’avant 1940 de se départir d’une certaine solennité académique tant les modèles moraux plus qu’esthétiques se perpétuent. Madame de la Rombière, (1926) de P. Camo en serait l’image la plus frivole. Le poids du modèle colonial pèse ; ici, la rupture de la Grande Guerre ne change rien.

Les jeux de regards

Le jeu de regards est nécessairement limité car les opérateurs évitent ce type de confrontation, mais il mérite qu’on s’y arrête. Évidemment, tous ont pratiqué le simple portrait dans des salons (le terme de « studio » l’emporte après 1918) faits de joncs et de coton écru et d’un méchant fond exotique de palmes ou de feuilles de bananiers : ainsi, à Majunga, E. Dalais, Réunionnais, dessinateur et peintre, s’en est fait une spécialité. Les réussites dans ces cas précis d’affrontement sont assez rares249. Et le jeu de regard se limite au minimum requis, qui demande aussi que l’on connaisse la retenue malgache à ne pas interpréter comme de l’hostilité. Le sujet est souvent chargé de porter ses yeux sur un point extérieur à la pièce figurée ; qu’il ne sourie pas convient aux usages d’une politesse un peu rude.

Les portraits de famille ont aussi cet aspect figé qui parle peu, tant les rôles de composition y sont obligés. Les scènes de campagne sont les seules innovantes et peuvent passer pour de vraies scènes d’un genre très malgache. La carte postale la plus simple en apparence est souvent le fruit d’un discernement très concerté qu’on ne peut pas deviner sans la connaissance de ce qui existe en amont. La part de manipulation échappe.

Les photos d’extérieur ont évidemment plus d’éloquence car le sujet est moins contraint, malgré ce qui a pu être dit250. L’habituelle complaisance ou fascination française envers tout ce qui n’est pas roturier transparaît : sont quelquefois mis en scène des esclaves et des andriana dans des rôles stéréotypés251. Que la libération des esclaves ait été prononcée ne semble pas un événement très marquant pour ceux qui mettent Madagascar en scène252. Des familles bourgeoises merina font l’objet de clichés où le regard se dérobe dans des attitudes hiératiques conformes aux traditions de bienséance. La volonté de modernisme des bourgeois malgaches est totalement absente, si ce n’est dans l’habit qui évolue au fil des modes.

Cliché n° 14 : Rousselet. 1900

Cliché n° 14 : Rousselet. 1900

Collection privée

La carte postale fige donc les rôles sociaux à l’extrême. Si elle fige les jeux de regards, elle n’y est curieusement pour rien. La carte ne fixe que l’air du temps. Seules des individualités, rares, échappent à cette routine, car elles ne remettent pas en cause un ordre établi comme tel chasseur, tel serviteur, ou un marchand inconnu, dont les personnalités sociales sont bien établies. Si convenue soit-elle, la carte d’avant la Première Guerre mondiale n’en reste pas moins un excellent objet d’étude historique, même si, trop souvent, elle se cantonne à reproduire un Madagascar de façade, comme cela se voit dans les images d’Épinal n° 1123253 et 1124, vendue pour l’Exposition 1900 : y figurent miliciens, tirailleurs, prisonniers et Merina habillés de malabary.

Cliché n° 15 : Rajaona. ca 1900

Cliché n° 15 : Rajaona. ca 1900

Collection privée. En 1900, G. Rajaona est connu pour ses dessins. Il a le mérite d’avoir sauvé de l’oubli ces réparateurs (ou raccommodeurs) de faïence, métier inconnu de nos jours. La faïence traditionnelle malgache, présente ici, est plutôt rouge sombre et d’une solidité relative. Laborde n’a guère fait mieux. Les cruches à eau (siny), qui se portent sur la tête, vont avoir tendance à disparaître avec la multiplication des objets en tôle soudée. Les deux perforeuses-tarières à corde, visiblement munies d’une masse, l’air grave des deux personnages, et leur nécessaire à ouvrage en fer-blanc (comme dans un clin d’œil à la technologie qui change) vous transportent dans un autre monde.

On peut évidemment s’attendre à ce que les cartes présentent plus de liberté quand elles représentent les Français de Madagascar, le regard introspectif étant à la portée de chacun, et les exemples nombreux. Dès qu’une fête a lieu, le magasin annonce, dans la semaine, la sortie d’une nouvelle série254. Les Français apparaissent dans leur habitat, rarement au travail, ou héroïques tartarins, toujours au-dessus de la condition besogneuse, sans idée aucune du contre-champ. On joue à prendre des poses mensongères pour l’éternité quand la vérité malgache sociale, triviale, se fait jour. Ces poses sont quant à elles de simples vérités anecdotiques.

La carte illustrée est trop souvent une approche convenue dans une immensité d’idées surfaites et connues avant même la colonisation. Mais lentement, l’imaginaire de la France métropolitaine est à son tour colonisé par envois successifs depuis Madagascar. Les Français pensent être entrés dans le monde de l’entropie malgache pour y mettre de l’ordre. Ils ne lui ont apporté qu’une mise en coupe réglée et ont construit l’Autre, non pas à leur image mais selon des canons trop souvent avilissants.

Les rares cartes postales allemandes, dès 1900, sans doute issues des importantes maisons W. O’Swald et Deutsch Ost AfrikanischeGesellschaft, sont régies par les mêmes canons. Celles des Italiens antsiranais E. Dalberto255 et J. Noca aussi. E. Laudié et E. Chatard256, M.-G. Jourdil, négociants, possèdent des fonds importants de clichés qu’ils communiquent quelquefois à la presse. Cl.J. Radera a de petites réussites dans l’Ouest. Avec brio, Fong-Ponne, commerçant, prend le relais à Nosy-Be, dans les années 1920. F. Frœlich, suisse, réussit de beaux portraits sur la côte orientale, de Tamatave où il est commerçant en 1900, à Farafangana, où il cherche de l’or, en 1910. Quelle que soit leur origine, ces clichés du pauvre méritent beaucoup plus d’attention que les institutions n’ont pu leur donner jusqu’ici.

Mais il y tant à faire, quand on sait que de modestes personnes privées, comme les pasteurs D. Rajaofera257 et Büchsenschütz, J. Razaf (sic)258et Moreau à Diego-Suarez, tout comme J. Razafimahefa259, la maison Razafitrimo (Photo-Hova260 sur quarante ans) ou H. Pasturin, professionnel, qui officie dans Tananarive et prend pour l’éternité les « volontaires »261 pour la guerre de 1914-1918. Razafintsehevy aussi, « portraiturier » de bidasses français, au marché d’Ambatobevanja, F. Rajery, J. Randria (boulevard Labigorne à Soanierana, idem), V. Randrianjafy262 (au marché de Majunga dans les années 1920 comme dans Madagascar illustré) ont pu produire des trésors non recensés, du moins mal connus, qui méritent des égards auxquels ils n’ont jamais eu droit263. Mademoiselle Pulchérie Raharivelo264, S. Ashwell, G. Rajaona, (28 rue Augey-Dufresne) dessinateur des années 1900, ou le docteur Merlo265, fin des années vingt, dont on connaît peu les essais, ont, plus que d’autres, fait des coups de maître. Rajaona, en particulier, est capable d’une finesse extraordinaire dans ses travaux266 (voir cliché n° 15). H. Messéant, plutôt mitrailleur ou « photographe resquilleur » que poète, promet plus qu’il ne tient267 : il a toutefois pérennisé par des dizaines de clichés l’exposition de Tananarive de 1923. H. Pasturin, rue Gallieni, fait, en mieux, un travail comparable : son panorama en cinq feuillets de la foire exposition de 1923 est une réussite268 (voir cliché n° 16).

Cliché n° 16 : H. Pasturin. Foire de Tananarive. 1923. Pavillon de La Réunion

Cliché n° 16 : H. Pasturin. Foire de Tananarive. 1923. Pavillon de La Réunion

Collection privée

Un compte-rendu sur un concours de photos amateur du Madécasse en 1936269 est symptomatique de ce que devient la photo des années d’avant-guerre. Elle est faite de kitsch, de redites ou d’ignorances totales de la composition270. Le palmarès attribué par les spécialistes du moment (Razafitrimo fils, G. Leygoute fils, les frères Schaffner - 31 rue Amiral Pierre -, Dulong, I. Manhès, de Commarmond, J. Juge, G. Teillet) récompense souvent les enfants de spécialistes des années 1900 : G. Lurat, Rajaonarivelo, A. Tacchi fils271). J. Charpin272, qui est sans doute l’opérateur de l’éditeur R. Guyard, fait beaucoup mieux dans sa simplicité.

L’innovation ne consiste guère qu’à perpétuer à l’excès l’architecture nouvelle dont les coloniaux sont si fiers. Les Malgaches ne figurent au mieux que comme alibi ou comme décor, comme bannis du champ du visible ou, au mieux, véritables figurants dans leur propre pays273. Cela n’étonnera personne que ces représentations déshumanisées, sans la moindre connotation énonciative. Un an après, cette vision des choses se perpétue. Les titres donnés aux meilleurs clichés du concours du club-photo de la capitale sont confondants d’immobilisme et d’insincérité sociale274, en un mot, de faux-semblant. La Grande Ile est belle d’autant plus qu’on la voit dépeuplée de ses habitants275. La photo peut mentir quand elle suscite le doute.

Un très rare article, paru en 1925276, à propos d’une carte postale qui se veut amusante, qui est réellement lamentable, et qui présente des Malgaches buvant à la terrasse d’un café, intitulée « Les bienfaits de la civilisation », éditée par E. Bachel, pose la question : « À quoi bon faire une propagande illustrée contre nous ? ». L’article donne surtout les sujets sensibles sur lesquels la colonie devrait porter son attention afin que le monde de la photo ne « fournisse plus de flagrants griefs contre l’occupation des colonies ». De même, ces réticences se font jour en 1933, dans Volonté, journal tamatavien, qui dénonce (chose vraiment curieuse) la pesante « imagerie » de la propagande coloniale277.

La photo coloniale, dès la Première Guerre mondiale, n’a guère de sujets passionnants à proposer et vit de redites à telle enseigne qu’une sorte de compendium mondial de la photo en 14 volumes, intitulé Peoples of All Nations, their life today and the story of their past parue en 1920, édité par J.A. Hammerton, consacre en effet une soixantaine de photos (pages 3383-3428278) dans le volume IX, à Madagascar sans qu’aucun cliché, quelquefois tiré pleine page, ne soit particulièrement saillant. Tout est prévisible ; le poncif guette. Les laissés-pour-compte ne concernent pas les photographes. Ou alors ces derniers perpétuent les traditions du domaine : Ch.F. Wingle, botaniste étasunien ou le professeur algérois H. Humbert ne font pas mieux tout en s’adjugeant souvent des œuvres qui ne sont pas d’eux279.

Dans les années 1920, la LMS se manifeste en publiant des plaques en verre autochromes de dessins ou de photos, souvent à but vertueux et apologétique : l’une d’elle a quelque chose d’Ellis, les autres ramènent à Saint-Sulpice, les meilleures n’ont aucun but apologétique.

R. Lisan, directeur du Service cinématographique et photographique, est un technicien parfait280 qui ne connaît ni le défaut ni le génie281. Il voit Madagascar en beau, pour le plus grand bien du pouvoir en place, sans variation, de Cayla à Saint-Mart282, ce qui n’est pas peu dire. C’est ainsi qu’on fossilise la vision d’un pays. À ce titre, on peut évoquer ces sempiternels clichés de défilés d’enfants qu’évoque le très colonial Madécasse en 1933283 : les enfants « enrégimentés » y marchent dans « l’indifférence générale » des « démonstrations politiques contraires aux sentiments des Malgaches »284.

Un autre photographe, évoqué plus haut, à savoir Tacchi, devenu délégué financier de Fort-Dauphin, très au fait de la misère tandroy, aurait pu, en 1938, ramener son collègue Lisan à moins de sérénité : alors que A. Tacchi plaide pour sa chapelle, il fait passer un cliché parmi les autres délégués et obtient, grâce à cet argument plus fort que des mots, le budget qu’il demandait285. Mais cette photo dénonciatrice nous échappe jusqu’à aujourd’hui. Le seul photographe connu de Fort-Dauphin est alors E. Ansaldo286. La photo de Madagascar ne réfléchit guère quand règne Cayla. Elle célèbre tout au mieux un passé malgache fantasmé et ne porte guère à la distanciation. L’imagination des créateurs est comme bloquée, celle des Malgaches comprise. C’est ce que Frantz Fanon nomme un « monde de statues », monde sûr de lui. Voilà le monde colonial. »287

Le docteur H. Poisson, à la séance de l’Académie malgache du 22 juillet 1926, demande à ce que des recherches soient faites des clichés de chaque membre de l’auguste assemblée, à seule fin de parution288, sans commentaires. C’est sans doute ce monde pétrifié et contemplatif du passé, qui tient beaucoup de celui du touriste, qu’illustrent les exposants malgaches à l’exposition parisienne de 1931 : Ramilijaona, Razanajatovo, Cl. Rasolonjatovo289 (Andravohangy), Razafitrimo et Pierre Razafy n’y ont pas l’occasion d’outrepasser leur art290. Les usines, les ports, les ponts, les concours d’élégance automobile (sic), les tribunaux, les barrages, les édifices publics, les camions à gazogène, les hydroglisseurs, tiennent lieu de sujets inépuisables291. C’est alors que la section photo de l’aérodrome militaire d’Ivato tient lieu de centre de propagande, sans que cela soit dit. Et la féculerie d’Anjeva ou la féculerie d’Ampangabe devient la star du moment. Lyautey a fait de même lorsqu’il était à Ankazobe. Durant quatre ans, il a fait prendre en photo les métamorphoses de son finage, sans doute par le lieutenant Sénèque : le résultat est froid et sans intérêt.

Le cadre dans lequel chacun s’inscrit est trop étroit. La colonie se fossilise, encore qu’il y ait beaucoup à commenter des ateliers surpeuplés de la tannerie-courroirie-maroquinerie S. Ottino, prise par Ramilijaona vers 1930292. Des obscurs et des sans-grades tels Rabe Henri (Phono-Photo, boulevard Joffre, à Tamatave293), Rajerison Davidson, à Sambava, prennent des clichés vraiment témoins de leur temps : des prisonniers y figurent, qui travaillent le dimanche294. Ou alors ce sont des clichés disparus d’Eloi Andriananjaina295, sur lesquels figurent Dussac, Ranaivo et Razafindrakoto qui montent dans une voiture de police296.Souvent des tirages d’amateurs anonymes ont plus de hardiesse que ceux des professionnels. Mais il est exceptionnel d’accéder à leurs réalisations. Les élites bourgeoises de Madagascar, quelles qu’elles soient, se servent tant de ruse, autrement dit de la photo pour perpétuer leur domination297. La manifestation de soutien d’Abraham Razafy, du 23 octobre 1929 a été prise en photo pour que des épreuves soient envoyées à L’Humanité sans que la censure de la police ne s’exerce. Il y a fort à parier que les épreuves ont simplement disparu à la poste.

Loin de ces pensées nationalistes, le Révérend T.T. Matthews298 fait mieux encore : visiblement étranger à tout travail photographique299, il se sert de clichés non signés pour son œuvre apologétique. En effet, il en arrive à extrapoler l’image de criminels enchaînés et entravés.

Ils illustrent en effet, pour lui, la façon dont les martyrs d’Ambohipotsy, de Fiadanana, et de Faravohitra, furent traités. En cela, Ellis première manière, dès 1853 (autrement dit, celui qui voit les prisonniers dans leur cangue de Tamatave) est déjà son ancêtre. L’interprétation est tentante, mais elle reste aussi pertinente que celle d’une photo de famille commentée par l’un de ses membres. Ou encore, celle de l’identification d’une perception par une perception antérieure, autrement dit une fausse reconnaissance.

La revue catholique Ceylan Chine Madagascar où le R.P J. Van Sprecken publie ses clichés dans les années 1930 ne fait jamais que publier de nouveau des images convenues d’un Madagascar qui bégaie, quand bien même cette revue est tirée sur un papier de qualité qui rend méconnaissables les frustes cartes postales, fabriquée à partir de ses clichés, auxquelles on est habitué300.

L’Entre-deux-guerres fossilise la photo à Madagascar, qui ignore le réservoir inépuisable de la simple vie quotidienne et qui échappe aux mouvements mondiaux modernistes : aucun avant-garde, de mouvement déviant, malgache ou allogène, ni aucune fonction sociale, ne permettent de la raviver. Aucune photo en contrechamp où deux visages étranger et malgache figureraient, ou alors de dominant à dominé. Et cet état des choses révèle la fatigue d’être soi.

En 1940, la photographie à Madagascar, quelle qu’elle soit, ressasse encore des modèles académiques ancestraux et ne dénonce rien. La redite se perpétue sans cesse et ne produit guère que des monstres froids dont notre époque doit ressusciter les fantômes pour tenter de comprendre. Depuis les années 1910, elle n’invente plus, quand bien même ce ne serait que sur le plan formel. Les topoï se multiplient à l’infini. La photo ne vole rien, comme morte. C’est ainsi que les amateurs parviennent à concurrencer ceux qui ne vivent plus de leur art. Souvent le format carré (et déroutant) des amateurs de Rolleiflex ou de Leica l’emporte dans les années 1930. Il permet de composer en se rapprochant, soucieux que l’on est de détails trop futiles. L’esthétisme l’emporte301. Le cœur sec, ce n’est jamais que celui du monde colonial.

La photographie, pratique artistique documentaire, est aux mains des élites, malgaches ou allogènes ; elle ne fait que consacrer leur pouvoir. Les groupes sociaux dominés ne sont pas en passe de subvertir cette situation. La chape de plomb coloniale tient non seulement de l’étouffoir, mais elle est d’un tel poids qu’elle semble générer un artefact imagier tel qu’allogènes et Malgaches le reproduisent à l’envi et ad nauseam dans toutes ses subtilités répétitives. Cet ensemble imagier très important constitue un Madagascar de lieux de mémoire faussée, biaisée, arrangée à seule fin de perpétuer une idée qu’on a pu se faire d’elle il y a si longtemps302.

Jusqu’en 1940, la photo ne tient pas lieu d’antidote à la domination politique. Elle perpétue simplement. Ellis, alors qu’il regarde un cliché de la poterne d’Ankadibevava n’est pas loin de le penser, quand il songe au pouvoir de sa photographie :

On doit espérer que le gouvernement actuel, qui préserve si soigneusement les coutumes des ancêtres, ne permettra pas que ce monument, qui provient de l’intelligence et de l’habileté des générations passées, devienne une ruine et disparaisse par l’indifférence et la négligence (Madagascar revisited, p. 466).

C’est bien à l’historien d’y affirmer son territoire.

Que ce soit dans le dédale totalement hétérogène des milliers de cartes postales, dans les trésors de Stavanger, à Toronto, au FTM303, à la bibliothèque du DEFAP304, aux Fonds ANTA et Grandidier de Tananarive305, aux Archives d’Outre-mer d’Aix-en-Provence, à la Bibliothèque François Mitterrand, un travail d’établissement du cliché (comme on établit un texte) doit être soit poursuivi, développé ou, simplement, entrepris306. Cela tiendrait non pas d’une recension de l’écume de l’histoire malgache, mais du panopticum, comme cela se dit en 1900, à l’exposition universelle de Paris307, quand on croit tout savoir sur Madagascar en regardant les photographies de Tinayre308 développées sur des formats géants et colorisées, très belles, mais repeintes par l’auteur, tout à la gloire de l’armée française et combien dépassées historiquement.

Le travail d’analyse reste à faire après l’établissement du document-œuvre d’art309. Mais fait-on l’analyse des travaux des photographes de plateau, si dédaignés dans l’histoire du cinéma ? On jette un coup d’œil à leurs épreuves, tout au plus, jusqu’à ce que le film soit oublié. C’est ce qui se passe quand le film a pour nom Madagascar. Il se peut que la masse des clichés (ceux des étrangers, mais souvent aussi des Malgaches) constitue un espace d’illusion, un hétérotope fascinant qui entraîne au rêve ressassé avec délectation. Dans la redite, dans la répétition de scènes de genre cent fois refaites Madagascar, grâce à la photographie, devient un objet culturel, fabriqué, construit, élaboré selon les modèles collationnés au XIXe siècle. Le récolement puis le référencement valent-ils la peine d’être entrepris ? C’est François Cheval, ancien dionysien, aujourd’hui directeur du Musée de la photographie de Châlons-sur-Saône, qui dit que l’« histoire de la photographie débute et balbutie ». À l’historien d’éviter les redites dans un ensemble toujours sous contrôle d’une censure non dite. À lui aussi d’interpréter ce qui toujours fait énigme310, d’inventer le hors-champ sans se tromper, de poser toutes les questions qu’induit un seul cliché alors que ce dernier n’apporte pas une seule réponse.

L’émergence des réseaux numériques voit apparaître un nouveau modèle iconique basé sur la croyance en une archive visuelle totale, immédiate. C’est le panopticum d’aujourd’hui dans son aspect d’ubiquité totale qui doit pouvoir aider au lovantsofina. On peut rêver non seulement d’un inventaire de tous les gisements publics et privés des photographies malgaches, mais aussi d’une mise en réseau de toutes les images anciennes concernant Madagascar pour que l’image connaisse une nouvelle vie sociale, toute d’interprétation. Il faut bien préserver la photo malgache contre les injures du temps mais aussi contre un monologue occidental sur un monde étranger. Qui plus est : on sait bien que des événements majeurs n’ont pas laissé de traces et que leur mémoire se construit sans image.

Cela induit non pas tant un intense travail de mise en ligne qu’une somme de réflexions sur chacune des pièces du puzzle qui serait ainsi constitué. Madagascar mérite que des dizaines de milliers de clichés, souvent cachés hors de la Grande Ile, lui reviennent sous cette forme immatérielle que lui donnent les moyens informatiques ; l’écho des images peut et doit se faire sous ce jour. Celui d’une mémoire commune, réappropriée. D’autant plus que nombre de clichés du XIXe siècle ont une âme et que celle-ci doit être libérée. L’histoire malgache pourrait ainsi, grâce à cette boîte à outils, se voir éclairée d’un nouveau jour pour peu que la représentation verbale vienne compléter les représentations visuelles. Elle réintègrerait les photos trop souvent réifiantes de sa culture matérielle et disséminées parmi le monde. Un peu à la manière de Proust quand il évoque les vieilles photos de Venise

comme ces graines gelées pendant des années et qu’on croyait inertes et qui tout d’un coup exposées à des effluves humides se remettent à germer, se prolongèrent de toutes les sensations de chaleur, de lumière…311.

Ce n’est qu’alors qu’un travail d’établissement du cliché (grâce à une indexation assez poussée312) dans le corpus où il a été trouvé, sera possible, tant les achats ou les échanges ont effacé les sources originelles, quelquefois depuis plus de cinq générations. La photo, qui donne un séduisant effet de réel, document vulnérable de seconde main ou mirage, permet peut-être de suppléer aux manques en matière d’archives privées, à condition que le processus de patrimonialisation313, basé sur un récolement qui nie les frontières, soit initié par une institution qui se serait dotée de moyens. Cela ne peut que rendre service à l’histoire de Madagascar qui s’écrit comme les autres histoires, en fonction des besoins du présent. Encore faut-il que la demande sociale malgache d’un tel capital culturel existe.

Cliché n° 17 : Anonyme ca. 1890

Cliché n° 17 : Anonyme ca. 1890

Collection privée. Les travaux d’essai des élèves typographes malgaches de Parrett sont quasiment inconnus. On les soupçonne, tout au plus. On les pressent. On les voit peu. Avant 1890, on peut imaginer leurs difficultés pratiques en matière d’équipement. Plaques et produits pour développement et tirage ne peuvent passer que par Parrett qui en 1875 revient du pays natal avec un vérascope et du matériel. Ratsimamanga se dégage parmi cette équipe et devient le maître incontesté.

Une masse dormante de clichés souvent non légendés (voir cliché page 97) ou quelquefois faussement sous titrés (autrement dit, une banque d’images ou une richesse patrimoniale) un ensemble, un véritable monumenta constitué de fragments, de détails arrachés à des œuvres qu’on peut partiellement reconstituer, ou des emprunts au passé qu’une empreinte peut restituer ne demande qu’à être réveillée, par l’analyse. On prendra conscience de l’urgence du propos quand on voudra bien se rendre compte de l’irrémédiable disparition de la plupart des plaques et des négatifs à l’origine de ces travaux. Ch. Renel, dans La Fille de l’Île rouge, déplore déjà le jaunissement des photos.

Il existe tant de traces de rêve de souvenirs perdus (que d’autres nomment brutalement « situations lumineuses à un instant donné ») dans les clichés anciens, qu’il est grand temps de les actualiser pour se les approprier et en faire son miel dans une sorte d’iconothèque numérisée. Il n’y a pas si loin dans notre imagination entre l’effet produit par la vision d’un cliché des plus scientifiquement conçus et la fascination de l’image d’une lanterne magique : le Palais de la Reine en couleurs, peint à la main sur verre, anonyme (il existe dans une collection privée) et reproduit sur un mur blanc, recèle encore un beau pouvoir de suggestion. À lui seul, il tient du récit refoulé dans la mémoire collective qui ne demande qu’à être réveillé. Les images d’un lointain passé malgache captivent comme un barrage contre l’oubli. Le public malgache ne peut pas faire l’économie de cette fascination.

On peut cependant se demander s’il peut, réellement, y avoir un usage social d’un fatras pareil. Il sert tout au moins à mieux affronter le passé. Il peut très bien ne pas susciter de revivification mémorielle parmi la population malgache. Mais on peut rêver ; comment repousser du pied l’image si souvent renouvelée, dans la parole et dans les réalisations picturales, de la pirogue qui vous aide à passer la rivière ?

Cliché n° 18 : Soali 1898

Cliché n° 18 : Soali 1898

Collection privée. « Soali, sous gouverneur de Beravina. Ancien négrier. A fait comme le diable devenu vieux. Il a trouvé qu’il valait mieux servir les Français à 100 francs par mois que de risquer sa tête dans un métier prohibé. C’est un malin ! » Le JOMD du 8 janvier 1898 précise que « considérant les services rendus à la cause française depuis un an (par Soali ben Ahmed), il est nommé adjoint au commandant du secteur de Tamboharano, comme sous gouverneur de 5e classe ».

Cliché n° 19 : Rebiby, roi des Masikoro (de Tuléar) 1902. Photo militaire. Format carte postale.

Cliché n° 19 : Rebiby, roi des Masikoro (de Tuléar) 1902. Photo militaire. Format carte postale.

Collection privée. Très jeune, Rebiby, fils de Tompomanana, dirige les Masikoro du sud. Dès 1897, il a 17 ans. Fin 1898, il est circonvenu par le capitaine Toquenne, futur excellent romancier et devient, en 1901, avec l’acquiescement de son clan, gouverneur du nord du Fiherenana. En 1902, il dirige tous les Masikoro. Les bâtons qu’on découvre sur le cliché sont les insignes du pouvoir délibératif de ceux qui les détiennent.

Cliché n° 20 : Travail ca. 1900

Cliché n° 20 : Travail ca. 1900

SGM-FTM Tananarive

Cliché n° 21 : Anonyme. 1896

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Collection privée. « Prisonniers fahavalos (sic) devant être fusillés sur la place Andohalo ». Cinq personnes miséreuses uniquement vêtues d’un salaka regardent un objectif. Rien de plus terrible quand on connaît la légende qui précède. Il peut s’agir des assassins de Duret, Brie, Grand, Michaud et Clément, fusillés le 3 septembre. Un seul autre groupe de fahavalo a été fusillé à Andohalo en 1896. Les exécutions se pratiquaient plutôt place du Zoma.

Cliché n° 22 : Rade d’Analalava Bord de mer 1900

Cliché n° 22 : Rade d’Analalava Bord de mer 1900

Collection privée

Cliché n° 23 : 1894 Côte ouest

Cliché n° 23 : 1894 Côte ouest

Collection privée

Cliché n° 24 : Perrot. Tamatave. 1894

Cliché n° 24 : Perrot. Tamatave. 1894

Collection privée. On a de la peine à reconnaître Tamatave pris par un temps typiquement tamatavien. Pourtant, c’est sous nos yeux que coule le Ranonandriana, nom donné (par dérision ?) à des marais et une rivière au temps de Radama Ier qui a fait drainer le quartier. A gauche, le temple où a prêché Rainandriamampandry. Au fond sur la ligne d’horizon, le consulat britannique. Le marché est construit au centre du cliché.

Notes

1 Élisée Escande, À Madagascar : hier et aujourd’hui, essai de vulgarisation, 1898, p. 19. Benjamin Escande a été assassiné le 21 mai 1897. Return to text

2 Cette époque plus récente est traitée dans « La Grande Île, Madagascar : Rasolonjatavo, Razaka, Razafitrimo, Randria, Maurille Andrianarivelo, Ramilijoana, Dany Be, Daddy, Pierrot Men », par Frédéric Izydorczyk, Anthologie de la photographie africaine et de l’océan Indien, Revue Noire, Paris, 432 p. 3e éd. 1998. L’autarcie dans laquelle vit Madagascar dès juin 1940 fait que des intrants, comme le papier photographique, disparaissent. Return to text

3 R. Barthes parle de « la vérité originelle du noir et du blanc ». Return to text

4 Simon Peers, The Working of miracles. William Ellis. Phototography in Madagascar 1853-1865. Ny fiasan’ny fahagagana. Ny Fakan-tsary teto Madagasikara. 1853-1865. Britsih Coucil - De la Rue - Ministère malgache de la Culture, de la Communication et des Loisirs. Londres, 1995 ; 70 p. Return to text

5 Dès 1860 paraît l’ouvrage de O. Sachot intitulé Les voyages du Dr. William Ellis à Madagascar, sorte de compilation de Three Visists to Madagascar during the Years 1853,1854 and 1856, including a Journey to the Capital, with notices on the Natural History of the Country and the Present Civilisation of the People, Londres, Murray, 1858. Return to text

6 Et cela disparaît année après année, tout au long du gouvernorat de Gallieni, jusqu’à l’Entente cordiale. Return to text

7 Fenton, pionnier anglais de la photo, a été élève de Gustave Le Gray. Il publie en 1852, “Photography in France”, The Chemist. A Monthly Journal of Chemical Philosophy, n° 29, février 1852, p. 221-222. En 1855, premier correspondant de guerre de l’histoire, il est capable de montrer une guerre de Crimée sans un seul cadavre. Return to text

8 Les clichés de Madagascar exposés à New Coventry street le 20 mai 1858 sont nécessairement de W. Ellis. La Lumière (n° 27, 3 juillet 1858, journal parisien), en fait le clou de l’exposition de la Société photographique de Londres. Return to text

9 Radama, pratique, demande un agrandissement de son portrait à la taille réelle et se rend compte que cela n’est possible qu’à Londres. Return to text

10 Eimo, son fils, dit qu’il s’est souvent contenté de vinaigre, fût-il « fort ». Return to text

11 Les clichés d’Ellis se répandent vite même aux États-Unis ; voir Harper’s new monthly magazine, avril 1859, n° 107, p. 587. L’article intitulé « Christian martyrs of Madagascar » est illustré par une douzaine de clichés gravés. Return to text

12 Voir F. Raison-Jourde, « L’entrée en contact des chrétiens et des étrangers » dans le chapitre V, p. 227, de Bible et pouvoir à Madagascar au XIXe siècle, Karthala, 1991. 840 p. Return to text

13 Il n’y a pas, alors, de tradition de représentation picturale à Tananarive, serait-elle peinte, les très rares tableaux du Palais étant la seule exception. On pense ici à Copalle. Return to text

14 Pour relativiser le terme, voir l’entrée « Occident » de Claude Prudhomme, p. 343-361 dans Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines, dir. O. Christin, Métaillé, 2010. Return to text

15 Il semble qu’il ait emprunté aux travaux de David Griffiths, mais cela ne concerne en rien la photo. Return to text

16 Dans son supplément du 2 mai 1863, The Illustrated London news, donne six gravures provenant de dessins originaux du lieutenant P. Oliver. Elles ne font guère illusion devant les réalisations d’Ellis. Return to text

17 Sans citer sa source, l’Almanach 1860 de L’Univers illustré (p. 37) donne (sans le préciser) une gravure connue représentant la rue de Tamatave qui figure p. 443 de son édition de Three visits (1858). Il y figure un personnage entravé. Return to text

18 « While the Jesuit priest Father Finaz was probably the first missionary to photograph the capital, his daguerreotypes have never been located, thus making Ellis’s photographs of Madagascar some of the earliest known. » http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/2000.608 Le Père Malzac l’évoque en quelques mots : « Le P. Finaz (en 1884) se fit encore photographe et tireur de portraits… », Histoire du royaume hova jusqu’à sa fin ; t. I, p. 256. Malzac cite de même le P. Jouen évoquant le couronnement de Radama II : « Il n’y a guère que la photographie qui puisse se charger de reproduire au naturel toutes ces scènes… » p. 339. Le « journal privé » de Finaz a existé selon J.-B. P(iolet), auteur de « La Question de Madagascar », Études religieuses, historiques et littéraires, septembre 1894, p. 249. Il pourrait nous aider à y voir plus clair. Return to text

19 Madagascar et le roi Radama II. impr. de L. Toinon, Paris. 1863. H. de Régnon, en quatrième de couverture, annonce dans cet ouvrage la parution « pour paraître » d’un ouvrage concernant Madagascar avec 20 chromolithographies. Mais l’ouvrage n’est jamais paru. Return to text

20 Ibid., p. 101, 114, 116. Return to text

21 p. 55, ibid. Pour aller vite, disons que, dans la tradition britannique, le daguerréotype est populaire alors que ses calotypes ont quelque chose d’esthétique, voire d’aristocratique. Voir Impressed by light, British Photographs from Paper Negatives, 1840-1860, Roger Taylor, professor of Photographic History, Monfort University, Leicester. Return to text

22 A propos du couronnement de Radama II, le Père V. Malzac cite Jouen, qui évoque le 23 septembre, jour du couronnement, et dont la fascination envers la photographie est sans bornes : « Il n’y a guère que la photographie qui puisse se charger au naturel toutes ces scènes… impossibles à décrire… », p. 339. Return to text

23 Rappelons tout de même, à seule fin de bémoliser un peu, que dans le numéro du 3 mai 1862, n° 161 du Saint Pancras news & Middlesex advertising, p. 2, il est précisé que « récemment a été tirée une gravure de Radama II, roi de Madagascar, issue d’une photo prise par le Rév. William Ellis en 1856. » Le commentaire d’Ellis y tient du dithyrambe. Quant au capitaine Dupré, il précise que le couple royal s’est rendu chez les Pères Jésuites pour se faire photographier vers le 29 septembre 1863, p. 243, Trois mois à Madagascar. Return to text

24 p. 470. Voyage à Madagascar au couronnement de Radama II. Return to text

25 Le R.P. C.de la Vaissière, en 1884 (Histoire de Madagascar ; ses habitants et ses missionnaires, t.I, p. 256) précise : « Le P. Finaz se fit encore photographe et tireur de portraits. » Return to text

26 On est en droit de se demander de qui est le cliché que Lambert - qui communique à la presse des dessins et non des clichés (Le Monde illustré, 25 octobre 1862, n° 289) - fait parvenir au Monde illustré, 7 janvier 1863, n° 304. La gravure qui représente la reine à la promenade est un travail de pure imagination. Par contre, Rasoherina, après son décès, apparaît en couverture du Journal Illustré, 9-16 août 1868, n° 235. Return to text

27 De même, voir p. 105. Scènes et récits des Iles Comores, R.P. Langlois, s.j ; 1872, Joseph Albanel Paris. 250 p. Seul Marc Finaz peut être à l’origine du portrait de Joumby-Soudy et de sa sœur, sous forme de lithographie très précise (1864). Madame Ellis dit que son mari avait un projet similaire. Cela est confirmé par Sibree : « Il was intended to form a national coinage and a beautiful profile was taken of the king’s head by Mr. Ellis. » Madagascar and its people, p. 230. Return to text

28 Le Révérend Père L. Ailloud envoie une photographie de l’église de l’Immaculée-Conception, le 21 août 1872, à la revue des Missions catholiques sans préciser le nom de l’auteur du cliché. 13 décembre 1872, n° 184. Return to text

29 p. 105. Return to text

30 En introduction, La Vaissière remercie le directeur des Missions catholiques pour ses illustrations et non pas un quelconque opérateur. Return to text

31 Une mauvaise gravure représente le portrait de Finaz dans la nécrologie des Missions catholiques, 1881, n° 656, p. 318. Autre détail significatif de l’impéritie de la mission catholique : le R.P. Delbosc regrette de ne pas disposer d’appareil en octobre 1873 lors du voyage de la reine à Fianarantsoa. On sait qu’au retour, le camp de Ranavalona II a été pris, non pas par G. Grandidier (qui nait en 1873) comme cela s’écrit sur le site du Quai Branly, mais par le R.P. Return to text

32 Le mot a été souligné par Simon Peers. Return to text

33 Le 25 avril 1862, Radama II, moins chrétien que ne le pense Ellis (ou L. Simonin pour qui il n’est rien moins que « l’ange sauveur », Le Monde illustré, 19 avril 1862, n° 262) décrète qu’on doit ôter son chapeau devant les ramanenjana qui mettent en cause tout ce qui est chrétien ou occidental. Return to text

34 Dans Madagascar revisited, Ellis évoque Ambohipotsy (p. 230), mais aussi Ambatanakanga, p. 260. Return to text

35 Le 29 et 30 mai 2010 a eu lieu au musée Wisbech & Fenland où se trouvent 75 clichés d’Ellis (tous exécutés dans la capitale et dans l’Imerina) une exposition sur le Révérend William Ellis et ses productions. « Antsahatsiroa » (1862) qui est sans doute le plus beau cliché d’Ellis se trouve sur http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/2000.608 (Voir cliché n° 1 Antsahatsiroa). Return to text

36 Le 6 février 1869, le couronnement de la reine à Andohalo paraît sur une double page dans le même magazine. On sait que Ellis voulait que cela parût de la sorte pour que des numéros du magazine se retrouvent vite à Madagascar. Sarah Ellis ; Madagascar : its social and religious progress ; 1863. p. 84. Return to text

37 Un portrait (d’Ellis ?) peu connu du roi Radama II, Bible en main, figure dans Leisure hour, 14 février 1863, p. 104. Return to text

38 « There is no element for the exotic » other » or « noble savage ». Peers, op. cit., p. 19. Return to text

39 Son œuvre religieuse contre les Jésuites n’entre pas en ligne de compte ici, ni les partis pris religieux qui visent à dénigrer son œuvre photographique pour mieux valoriser son travail apologétique. Voir The J. Paul Getty Museum, qui ne possède qu’un seul portrait d’Ellis, bizarrement daté. Return to text

40 Ellis relate cela sans pathos. Le récit qui en est fait dans The Juvenile Missionary Magazine (1er janvier 1859 ; « Rev.W. Ellis’s visit to the capital of Madagascar », n° 176) est plus prenant. Il ne semble pourtant pas qu’on ait jamais trouvé un seul tirage d’Ellis dans la capitale. L’île Maurice fut plus heureuse : le gouverneur Sir Henry Barkly, arrivé fin 1863, a pu acquérir un jeu de clichés du couronnement de l’année précédente. Depuis, ces vues jouent les filles de l’air. Return to text

41 Ellis a plutôt un sens développé de sa propre personne : dans de ses clichés tananariviens (WISM : EL. 3, « Two women with portrait of William Ellis in a frame ») figure curieusement un autoportrait. Il y a là une belle définition de la photographie par le photographe à une époque où on pense que l’optique plagie la nature. La seule présence d’une image spéculaire, (dont l’original est aujourd’hui perdu ?) d’Ellis ne circonscrit pas son œuvre à un Madagascar de surface mais en fait un météore d’une grande brillance. Ce cliché tient lieu de punctum, d’aiguillon ; un Ellis bien caché s’apprête à traverser les siècles. Ellis a déposé lui-même ses tirages et plaques à Wisbech. (voir cliché n° 2) Return to text

42 « Queen Rabodo is not at all unlike the picture of her in Ellis but rather olderlooking, and on this occasion better dressed than she there appears. The likeness of the king on the same page gives a very bad idea of him. » Madagascar and the Malagasy, with sketches in the provinces of Tamatave, Betanimena and Ankova. p. 55. Quand P. Camo évoque le portrait du roi peint d’après un cliché (habit noir et gilet de soie) il s’agit sans doute du même ; 18° Latitude sud. 1er janvier 1926, n° 1, p. 5. Return to text

43 Certains ne voudront pas reconnaître la personne du roi dans ce bourgeois falot et réservé. Return to text

44 http://collections.quaibranly.fr/#9b069a01-272a-4ecf-917e-5db489ecf1de Return to text

45 Un album de 37 clichés figure sur le site Gallica de la BNF. Charnay commente bien légèrement son travail dans Le Monde illustré, 24 septembre 1864, n° 389. Return to text

46 Le portrait de Rasoherina est diffusé dans Le Journal illustré, 9-16 août 1868, n° 235. Return to text

47 Son voyage malgache est budgétisé au centime près dans le rapport de Paul Richemont-Desbassyns. Return to text

48 La gravure de l’urania speciosa figure dans The Illustrated London News du 18 décembre 1858, p. 574. Elle figure surtout, gravée en doré sur la couverture de Three visits to Madagascar during the years 1853-1854, ed.1859. Dans cette parution figurent aussi bien un commentaire qu’une gravure qui font d’Ellis un acteur majeur du progrès. Return to text

49 Cette thèse est développée par l’anthropologue Gillian Feeley-Harnik et s’intitule « Ravenala Madagascariensis Sonnerat : the historical ecology of a flagship species in Madagascar ». Ethnohistory, vol. 48, n° 1-2. Hiver-printemps 2001, p. 31-86. Duke university press. La présence si abondante du ravenala constitue une manifestation du divin, une hiérophanie : Madagascar, par l’intercession d’Ellis devient un espace sacré. L’éditeur James Sibree d’Antananarivoannual, dans « Notes on the traveller’s-tree », 1876, p. 69, est moins lyrique. Return to text

50 (A Tamatave, quand Ellis repart après son premier mois passé à Tananarive), « Madame de Lastelle regarda longtemps le portrait en pied (de Rabodo) et quand elle l’eût bien examiné, elle s’écria : « Voilà donc ce que c’est que Rabodo ! » O. Sachot, Revue européenne, Les Madécasses, (Traduction libre de Three visits…), 1859, t. 4, p. 165. Il existe toutefois un second cliché où apparaît toute la finesse du personnage, assis cette fois. Return to text

51 Il faut ajouter à la décharge de sa mémoire qu’elle est plus connue par sa gravure dans « Madagascar à vol d’oiseau », parue dans Le Tour du monde, p. 196, juillet 1864, n° 247, où elle n’apparaît pas à son avantage que par sa photographie imposante. D’autres clichés paraissent en gravure dans Le Monde illustré, en septembre1864, n° 389. Return to text

52 Cités par L’Éclaireur de Diego-Suarez, 27 novembre 1933, n° 77. Return to text

53 p. 229-230. Madagascar revisited, chap. IX. Return to text

54 Toutefois, les épreuves de Charnay rendent encore service longtemps après : voir Le Journal illustré, 23 octobre 1887. Voir en ligne http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7702379m/f24.item.r=Charnay ou les 24 plaques parfaites (dont certaines, comme celle de Fénérive, n’ont jamais été publiées) du Quai Branly. Return to text

55 Revue des Deux mondes, 15 décembre 1872, « L’île de Madagascar, les tentatives de colonisation et la nature du pays. Une récente exploration de la Grande-Terre ; le voyage de M. Alfred Grandidier. » p. 797-835. Par ailleurs, dans la Revue des sociétés savantes de la France et de l’étranger, p. 313, 1872, n° 3, Blanchard ajoute : « En examinant (ces) nombreuses photographies, les yeux demeurent ravis et l’âme fortement émue. » Return to text

56 François L. Pollen, naturaliste, fait des photos à Sainte-Marie entre 1863 et 1866. Mais qui les connaîtra jamais ? Return to text

57 Il aurait procuré au Monde illustré une photographie de la reine durant sa promenade reproduite pleine page dans le numéro 304 du 7 février 1863. Le résultat est si mauvais qu’on peut douter. Return to text

58 De même, Lambert est reçu en privé par Napoléon III ; c’est lui aussi qui lui fait part de la rumeur selon laquelle Radama II ne serait pas mort ; Le Petit Journal, 28 novembre 1863, n° 301. Return to text

59 François Franck a enseigné la photographie à l’École polytechnique. Franck, par ailleurs inconnu dans l’historiographie malgache, communique une photographie de Rasaoherina au Monde illustré (18 juillet 1863, n° 327) tout comme Etienne Carjat, opérateur renommé, le fait (ibid. 19 avril 1862, n° 262) avec un portrait en pied de Radama II. La carte de visite du « roi de Madagascar » de Bousseton et Appert a le mérite d’exister et de perdre l’historien en conjectures. Franck a aussi publié en carte de visite un confondant portrait de Ranavalona Ière dont on peut se demander s’il ne s’agit pas d’un faux. (voir cliché n° 3) Return to text

60 « Les portraits de Radama, qui étaient assez rares aux étalages de nos marchands, se sont multipliés depuis les nouvelles de sa mort. On voit même des médaillons représentant le feu roi en costume de général français… » Le Petit Journal, 8 juillet 1863, n° 158. Dans Études religieuses, historiques et littéraires de la Compagnie de Jésus, 1864, t. 4, p. 317 et 367, exactement dans un article consacré à Jomby-Soudy, reine de Mohély qu’il est question par deux fois du portrait de Radama : Finaz possède un portrait de Radama à Nosy-Be. « Ce portrait n’est pas un portrait de fantaisie, (…) il se vend chez M.Thurwanger, Faubourg Saint-Jacques, 84). » Le médaillon de Rainilaiarivony, en vente libre, existe aussi. Voir Le Monde illustré, 27 février 1886, n° 1509. Return to text

61 On peut aussi se demander de qui sont les photographies à l’origine des dessins du Tour du monde du second semestre 1861, p. 321 (Une case de chef à Tamatave) et p. 341 où la légende précise que les costumes dessinés ont été photographiés. Return to text

62 Voir François Brunet, La naissance de l’idée de photographie, PUF, 2012, p. 99-116. Return to text

63 La première arrivée des missionnaires norvégiens se fait, selon Sibree, en août 1866. Return to text

64 Connu pour un article à caractère pédagogique de Noël 1885, dans The Antananarivo annual. On se réfère de même à la gravure double page de L’Univers illustré du 24 avril 1869, n° 745, au commentaire dérisoire. Return to text

65 S’il existe un document qui décrit le monde réel, c’est qu’on peut penser que le créateur a une intention narrative. Cela se traduit par un style, une patte propre à chacun. Return to text

66 La LMS de Faravohitra, ou plutôt la FJKM (Fiangonan’i Jesoa Kristy eto Madagasikara) offre un choix d’environ 2 000 de ces clichés, formellement parfaits, dont on peut penser que les plaques sont déposées à Londres. C. Savaron s’en sert abondamment dans Mes souvenirs à Madagascar avant et après la conquête (1885-1898). Return to text

67 Les Friends (FFMA) disposent à Ambatoharanana d’archives importantes non consultables au commun des mortels. Return to text

68 La question de fond posée par les légendes, longtemps après la réflexion de W. Benjamin, (Petite histoire de la photographie, 1931) innerve l’article « L’histoire par la photographie », Ilsen About et Clément Chéroux, Études photographiques, novembre 2001, n° 10, http://etudesphotographiques.revues.org/261 Return to text

69 C’est, par exemple, le missionnaire Robert Griffith, présent à Madagascar entre 1899 et 1914, qui dépose aux archives de la LMS le lot James Cross Thorne, productif entre 1872 et 1875 (environ 40 clichés), dont le terme ultime est 1883. Return to text

70 La datation LMS est évidemment farfelue. Ramahandry a pris, vers 1890, à Antsirabe, un groupe saisissant d’une cinquantaine de prisonniers (IMP-SOA-CWM-13-10-027-004) qui vaut de loin un long discours. Bachel l’a piraté sans citer sa source. Ramahandry, qui recadre toujours au moment du tirage, a constitué une belle série de la revue du 14 juillet 1897 à Mahamasina. Il semble aussi beaucoup de servir de tirages sépia nommés cabinet cards sur du matériel britannique. Return to text

71 Un autre article, tiré à part, en français, évoque « Le scénario de l’époque pionnière de la mission norvégienne. Présentation du temps contemporain de Laura et Lars Vig sur leur lieu de travail à Madagascar, 1866-1900 ». 2 cartes, 3 gravures, 11 clichés ; NMS Archiv. Oslo/Stavanger 2007. Return to text

72 Voir Lacaze, Souvenirs de Madagascar, p. 74. Return to text

73 Dans Madagascar revisited, chap. VII, (pp. 167-168), William Ellis évoque la présence de son assistant Parrett alors qu’il vient de faire un portrait de profil de Radama II. Le cliché de la maison de Hartley à Faravohitra, fait en 1865, est sans doute de lui, Antananarivo annual ; 1885, p. 193). Sibree remercie Parrett, à la fin de la préface de Madagascar and its people (1870) pour ses 18 clichés. Return to text

74 Voir l’article du Dr. Lacaze, dans lequel il évoque aussi ce don de clichés. Journal officiel de la République française, 31 mai 1881, n° 148, p. 3008 Return to text

75 On verra de lui, en particulier, « L’orphéon du P. Colin », À travers le monde, 9 mars 1895, n° 10. Return to text

76 Madagascar et les Hova, p. 126. Return to text

77 Celui d’Ambatovinaky, construit entre 1874 et 1875, par exemple, dans Norks Mission Journal, n° 7, juillet 1877, p. 245. Betafo figure dans le numéro 7, d’avril 1876, p. 124. La gravure de la toute nouvelle école normale de la LMS, parue dans The Graphic, 14 juin 1879, p. 589, doit venir de cette source. Return to text

78 p. 22, Five years in Madagascar, 1895. Return to text

79 On trouve un exemple-type de ces clichés p. 231, dans « La conservation des fonds iconographiques du ministère des Colonies », de M.-H. Degroise, (p. 223-249), Des images et des mots. Les documents figurés dans les archives, (dir.) Ch. Demeulenaere-Douyère, M. Plouvier, C. Souchon, CTHS, 2010. 429 p. Return to text

80 Un cliché intitulé « View of Antananarivo from battery of Ambodinandohalo » paraît en 1875 dans Treasure spots of the world. Seuls 28 lieux dans cet ouvrage représentent la beauté du monde. C’est dire l’intérêt que présente alors Madagascar pour certains Anglais. L’auteur de cet ouvrage, W.B. Woodbury, a inventé un procédé photomécanique, la woodburytypie, plutôt nommée photoglyptie en France, qui est le procédé artisanal de ces clichés tirés à la main. Return to text

81 Dès 1887, Ashwell remplace Parrett à l’imprimerie d’Imarivolanitra. Return to text

82 Sous forme de tirages de papier salé. Return to text

83 Il existe une plaque dans un temple d’Ambositra portant son nom. Return to text

84 R. Decary en a possédé un. Return to text

85 Le Père Désiré Roblet est opérateur-photo dès 1862. On lui doit des portraits uniques, comme celui de l’extraordinaire Père S. Lacome ou Radama II, de profil, avec épaulettes. De même, le Père Piolet est excellent dans « L’orphéon du RP. Colin », A Travers le Monde, 9 mars 1895, p. 95. 11 de ses clichés sont en ligne à la BNF sur : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b77020807.r=madagascar.langFR Return to text

C’est Piolet qui communique le cliché de Roblet dans A Travers le monde, 23 février 1895, n° 8, p. 75. Selon G. Grandidier, Colin avait stocké à l’observatoire d’Ambohidempona des « caisses contenant divers produits chimiques et photographiques ». p. 361.

86 La cathédrale d’Andohalo est bâtie alors que la capitale est déjà couverte par 25 temples. Return to text

87 Madagascar et la Mission catholique, 1895, des jésuites E. Colin et P. Suau rassemble de nombreux clichés du RP. Colin. Return to text

88 À travers la Mission catholique de Madagascar central, Lacomme, p. 42. Return to text

89 Études, « L’observatoire de Tananarive », août 1894, p. 648. Return to text

90 Smith est l’auteur d’un cliché de génie qui représente un porteur sur un pont fait d’un simple tronc. Son « Open air meeting », au pays bara, (1893), mériterait une ampliation, tant elle est amusante. Return to text

91 Chose rare, J. Pearse dans A Pioneer in Madagascar remercie Parrett pour ses clichés. A. Sharman, qui pille les fonds à sa disposition ne le fait pas dans The Martyrs’isle. Dans un article de Mary T. Bliss, intitulé « The girl’s central school » du Chronicle of the L.M.S., janvier 1890, p. 14-18, figure une superbe photo due à un amateur malgache, sans doute élève du mari de l’enseignante qu’est Mrs. Parrett. Le numéro de mars 1891 contient cinq autres clichés d’Ambositra. Les huit gravures du Pictorial world du 3 mars 1883 ou la chapelle royale du Journal des Voyages, 13 mars 1881, n° 192, sont sans doute de lui. Return to text

92 L’ami de Sibree lui donne des clichés pour illustrer Madagascar before the conquest. 1896. Return to text

93 Le prodigieux site http://digitallibrary.usc.edu/ répertorie nombre de leurs créations. L’entrée « Madagascar » compte près de 4500 clichés qui s’étalent de 1865 à 1965. Return to text

94 Selon M. Meyer, Paul-Emile Miot milite en faveur de la création d’ateliers photographiques au ministère de la Marine dès 1863. « Militaires explorateurs », Revue historique des armées, n° 262, année 2011, p. 124-125. Return to text

95 Nous ne connaissons le fonds J.T. Hardyman de la School of Oriental and African Studies que grâce au site http://digitallibrary.usc.edu/. Return to text

96 Bulletin du Comité de Madagascar, juin 1895, p. 137. On sait cependant que le 6 juin 1895, il s’est ouvert au Muséum « une exposition très complète de photographies groupées par régions…par villes et par types d’indigènes ». Annales de géographie, 1894, vol. 4, n° 17, p. 515. Return to text

97 Revue bleue, revue politique et littéraire, 22 mai 1880, n° 47, p. 1124. Return to text

98 Le lieutenant Bastard (Notes, reconnaissances et explorations, mai 1897, p. 261) à la recherche de fahavalo, découvre successivement chez des rebelles des « bibles, des photos obscènes et des gravures gallophobes », autant de preuves de maturité psychologique et intellectuelle. Return to text

99 La première impression est faite en 1827. Le Nouveau Testament est imprimé en 1830. Return to text

100 Rainilaiarivony se méfie d’une technologie venue d’ailleurs, mais que le peuple intègre, sitôt arrivée. Ellis a déjà dit, trente ans avant, combien violons ou télégraphe électrique sont captivants pour le commun des mortels. Return to text

101 On trouve trace de son travail dans quelques-unes des gravures parues dans Madagascar and France de G.A. Shaw, 1885, et en particulier, p. 160, un beau portrait très frontal de Rainandriamampandry. La gravure de la consécration de la cathédrale anglicane (The Illustrated London news, 11 janvier 1890, p. 43) lui est due. Shaw est accessoirement le responsable de la LMS de Tamatave. Return to text

102 Ibid. ; 13 octobre 1894, p. 472 et 20 octobre, p. 496. Voir de même le cliché de la consécration de la cathédrale anglicane Saint-Laurent, 11 janvier 1890, p. 44. Return to text

103 n° 1357. La scène représente des porteuses d’eau. Return to text

104 Two campaigns. Madagascar and Ashantee. Bennett Burleigh, p. 298. Return to text

105 Razaka, (rue Dupré, Ambatonakanga), précieux collaborateur de J. Sibree, est lauréat du concours de Nanisana, dans la catégorie « Photographies pour cartes postales », tout comme Ramahandry, d’Analakely, D. Rakotomena, de Manjakandriana, Razafindrakoto et Samuel (sic) de Tananarive. JOMD, 15 février 1919, n° 1716. C’est un portraitiste parfait ; ses tirages gardent une grande fraîcheur. (voir cliché n° 4) Return to text

106 À moins qu’il ne fasse coloriser ailleurs qu’à Tananarive, détail improbable. J. Paoli, rue Amiral Pierre, vend des plaques autochromes durant la Grande Guerre. Return to text

107 Son studio, où s’achètent des tirages concernant la capitale, est situé 20 rue Dufresse. En 1897, son équipe se déplace pour prendre des clichés chez les particuliers. Son fils travaille avec lui. On trouve trace de Ratsimamanga, employé aux Affaires étrangères, dans les années 1890, concerné par l’optique, dans l’article du R.P.Colin intitulé « Mon premier observatoire », Notes, reconnaissances et explorations, août 1898, p. 1070. Ce numéro présente sans doute les premières lithographies faites à partir de photographies jamais exécutées à Madagascar. En 1902, Ratsimamanga (& fils) connaît la renommée : il expose six cents clichés qui auraient été reproduits à plus de 300 exemplaires chacun ; JOMD, 12 juillet 1902, n° 716. On peut supposer que ce sont les mêmes 600 clichés qu’il envoie au Comité de Madagascar, qui lui fait une belle réclame. Return to text

108 Mais surtout créateur du premier enseignement professionnel, agricole et commercial, avant 1900, qui peut avoir eu son influence sur le laboratoire photographique. On connaît très peu de clichés de lui : il y a de fortes présomptions pour que la majeure partie de l’illustration d’un article de la Revue illustrée (second semestre 1894, pp. 297-306) soit de lui. Return to text

109 Mission à l’exposition de Hanoï et en Extrême-Orient. Rapport général. 1903. s.n. Jully arrive avec un millier de clichés à Hanoï. Nous ne connaissons de lui qu’un cliché, pris à Antsahadinta chez Florens Orville, le briquetier. En 1894, aucune des 22 photographies publiées dans la Revue illustrée n’est de lui. Return to text

110 L’Illustration (19 et 26 février 1887, n° 2295-96) présente une vingtaine de gravures, (dont une scène de genre présentant un héroïque « clergyman anglais prêchant l’abstinence à des femmes ivres à Andevoranto ») dues au directeur tananarivien du Comptoir National d’Escompte, à ses heures correspondant du Temps. Un bel album anonyme de 65 clichés (BNF), en ligne, est sans doute de son cru. On confond souvent Louis, et Clément, secrétaire général du comité de Madagascar en 1900. Return to text

111 A sa première entrevue avec le Premier ministre, Bombard exhibe le cliché - fait à Paris - de la lunette équatoriale des Pères Colin et Roblet qui séjourne provisoirement dans un fossé. Études religieuses, historiques et littéraires, juin 1894, p. 642. Voir de même G. Grandidier, Histoire politique et coloniale, Histoire des Merina, p. 201. Return to text

112 Ainsi L’Univers illustré, 17 janvier 1885, n° 1556, publie quatre clichés (dont le kabary du 5 juillet 1884) de Parrett parus au Royaume-Uni, sous forme de mauvaises gravures. L’attribution des bons clichés (« Shervington et ses cadets », p. 125, The Shervingtons, soldiers of fortune, Kathleen Shervinton, 1899) implique le plus souvent Parrett, mais on ne donne qu’aux riches. Dans Slave-catching in the Indian ocean, Capitaine Colomb, 1875, les deux très fines gravures sont issues de clichés de l’équipage. Return to text

113 Voir Helihanta Rajaonarison, Se faire photographier à Antananarivo dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Université d’Antananarivo, 2002, 105 p. On lira de même : « L’essor de la photographie de studio à Antananarivo dans les années 1930 », Études Océan indien, n° 44, 2010, ou sa thèse Société et photographie à Tananarive (1850- 1950). Return to text

114 Le spécialiste mauricien, conservateur de la photo ancienne, Tristan Bréville, ignore cependant ce personnage (communication orale). Le Myre de Vilers donne 6 clichés de Macquet à la BNF. Return to text

115 L’épisode facétieux est connu grâce à Savaron. Fin 1887, la France tente, sans grand succès, d’imposer son protectorat sur le pays. Dans l’enceinte du Palais de la reine circulent des photos inattendues des dames d’honneur, des princesses et jusqu’à la cousine germaine de la reine. Dénégations des dames qui disent ne jamais avoir posé nues. Une enquête est faite. Il en résulte que, dans aucun cas, un Malgache n’aurait eu la témérité de produire de pareils clichés, car malgré la licence des mœurs, la pudibonderie est de mise. Elles sont celles de femmes aristocrates et de roturières. Le Premier Ministre s’inquiète, la reine aussi. Tous les regards se tournent vers la Résidence de France. Le résident adjoint, Buchard, bourreau des cœurs, ancien officier d’infanterie de marine, peintre à ses heures, qui accessoirement fait parvenir des clichés aux journaux illustrés parisiens est mis en cause (Le Monde illustré, 11 septembre 1886, n° 1886). Qui pis est : plusieurs dames avouent avoir eu des privautés pour ce bel homme. Le monde malgache se divise en deux camps. Celui, peu nombreux, des dames heureuses d’être montrées à leur avantage et celui des « vieux Malgaches » qui demandent au Premier Ministre de sévir. L’incident diplomatique est prévisible. Le Résident général demande un jeu de photos à Rainilaiarivony. Il les regarde à la loupe et voit vite qu’elles ont été truquées. On a ajouté à des corps de jeunes femmes, des têtes de femmes de l’entourage royal. Le Premier ministre découvre à son tour le raccord des têtes. Seul un photographe de métier a pu avoir recours à ce subterfuge. Comme il n’y en a qu’un dans Tananarive et que, dans son atelier, son nom apparaît sur les clichés originaux, il est démasqué et expulsé. On peut lire H. Berthier, Notes et impressions sur les mœurs et coutumes du peuple malgache (p. 120), sur un sujet similaire. Return to text

116 Nous ne connaissons de lui qu’un cliché photomécanique (Laurent Nel ; Rennes) de la batterie d’Ambodinadohalo. Return to text

117 Pochard prend des clichés du cyclone de Tamatave du 22 février 1888. Return to text

118 Il est vrai que l’homonymie avec l’oncle de la reine est confondante. Sikora pourtant sait de quoi il parle, puisqu’il projette ses 60 clichés coloriés, à la lumière oxydrique. Bulletin de la société de géographie de Marseille, 1897, t. 21, p. 164 et sq. Sikora aurait photographié des aurores boréales à Fort-Dauphin. En 1912, H. Poisson dans sa thèse de doctorat, intitulée Recherches sur la flore méridionale de Madagascar) se sert encore de ses clichés. Return to text

119 Sur cette affaire, voir Stephen Ellis, Un complot colonial à Madagascar, l’affaire Rainandriamanpandry, Karthala, 1990, 135 pages. Return to text

120 Le Monde Illustré, n° 1973, 19 janvier 1895, « La route de Tamatave à Tananarive » ; Perrot frères et Gimel. Selon son ami Gimel, E. Perrot décède ayant reconnu ses enfants métis, chose alors exceptionnelle. La Dépêche de Madagascar, 15 août 1903, n° 125. Perrot vend encore ses clichés, rue Lubert, en 1909. Le dentiste Razoson, photographe par ailleurs, lui succède à la même adresse durant dix ans. Sa spécialité consiste en de courts tirages de 3 unités, au format carte postale. Return to text

121 Bouquet, naturaliste et photographe, prépare l’exposition 1900 autour de Farafangana. JOMD, 26 janvier 1899, n° 358. Return to text

122 Aucun tirage argentique de Gimel n’existe. Qui plus est, de Busschère, qui signe un article nécrologique très élogieux le concernant, n’évoque pas même le fait qu’il ait pris une seule photographie. Return to text

123 Comme Massin, place Duchesne, ou J. Auër, coiffeur à ses heures. Ce sont eux qui informent et fournissent en clichés L’Illustration du cyclone de Tamatave de 1893. (Le Madagascar, 25 février 1893, n° 69 ; voir de même la Feuille de renseignements économique, 25 octobre 1902). Un très grave cyclone mauricien est illustré par des photos au collodion en 1892 dans une exposition à Tamatave. (Le Madagascar, 31 juillet 1892, n° 9). Return to text

124 L’un deux arrive seulement en 1899 et ne peut pas être le photographe. Le Madagascar du 18 août 1892, n° 14, témoigne de la renommée d’Edgard. Return to text

125 Son homonyme réunionnais G. Richard, ex-maire de Saint-Denis, n’a fait que collationner des clichés qu’il a souvent fournis à la presse, comme par exemple, le cliché de Charnay pris quatorze années auparavant, et intitulé « Types malgaches revêtus du lamba », Le Journal illustré, n° 43, 23 octobre 1887. Return to text

126 Le Madagascar, 18 août 1892, n° 14. Return to text

127 Perrot, spécialiste de l’Ivoloina et de l’Ivondro (JOMD, 31 janvier 1899, n° 360) mais aussi du canal des Pangalanes (L’Illustration, 8 juin 1901, n° 3041), et donc implicitement du fort emblématique de Farafaty (L’Estafette, 17 mars 1895, n° 33) est remercié dans l’ouvrage du Père Colin et P. Suau, intitulé Madagascar et la Mission catholique (1895). Dans La Photographie et le droit (1894), A. Bigeon évoque le retard français, en matière de droits d’auteur. Perrot vend simplement pour survivre. C’est ainsi qu’on a pu retrouver le portrait de Peter Ratsitokana, alias Peter Sakoka) factotum du gouverneur (L’Illustration, 9 février 1895, n° 2711).Le fonds Tessonnière (Quai Branly) comprend une dizaine de véritables clichés de Perrot, non attribués comme tels. Return to text

128 L’Univers illustré, 14 septembre 1895, n° 2112. Return to text

129 Berthier dit avoir trouvé quatre ou cinq portraits « épars » du gouverneur dans un manuscrit signé RaX (pour Rainandriamampandry), mais Berthier ne dit pas de qui ils sont (La Revue de Paris, 1er février 1900, « L’âme malgache », p. 641). Sur un autre portrait de RaX, voir la page 638. (voir cliché n° 5) Return to text

130 La Croix, 1er août 1894, n° 3447, précise que Perrot est le guide de H. d’Orléans pour le pays des Antsianaka. Return to text

131 L’Indépendant de Madagascar, 16 novembre 1898, n° 5. Return to text

132 8 décembre 1894, n° 1967. 4 hommes politiques et la famille de Rainandriamampandry y figurent. Return to text

133 Si rares et passionnants soient les clichés du Dr. J. Laferrière, de Maistre, Foucard, A. d’Anthouärd, plutôt connus sous forme de gravures, ils sont en marge de Madagascar, un peu comme les clichés de A. Nèple (capitaine), de L. Garnot (adjudant), Ed. de Martonne (lieutenant), Combe, M. Clique, P. Renoux, Drarc, Irribe, L. Nevière, H. Douliot, Broudou, A. Ferlus, Cadière, L. Suberbie, E. Gallois, A. Cabaret, G. Cochard, J.M. Collomb, J.H. Delaunay, L. Dhourval (pseudo), Chabret du Rieu, Gerbinis, H. Guillier (cas très particulier), H. Rousson (dont on ne connaît que de nombreux portraits de 1899), H. d’Orléans (et Mallat de Bassilan), E. Grosclaude, des Dr. E. Hocquard, J. Binot et Rousselot, Bachelot, Garnier, E.Trutat, J.-M. Collomb, V. Duruy, E. Frénée, H. Mager, Ch. Alluaud (auteur d’un beau cliché du gouverneur Ratovelo et de sa femme à Ambohimarina) ou ceux du capitaine E.W. Dawson de la Marine des Etats-Unis (Ravalalona jeune sur son trône et Rainilaiarivony, épée à la main,1892), sans oublier le lieutenant J.J. Hunker, qui photographie Tamatave en décembre 1884. Personne ne peut les voir localement (sauf pour le cas de G. Foucard qui développait sur place, et donnait ses tirages), alors que Perrot, qui a pris les meilleurs clichés de Rainandriamampandry (E. Gautier revient deux fois sur le sujet dans « L’âme malgache », Revue de Paris, 1900, p. 638 et p. 641), peut-être héritier des plaques du jeune malheureux G. Müller, vend ses tirages dans Tamatave. E.-F. Gautier a fait de beaux clichés (Le gouverneur de Befandriana et sa fille) dont on a une idée grâce A Travers le monde, 23 février 1895. Mais les plaques originelles ont disparu ; de même pour Mallat de Bassilan, A Travers le monde, 22 juin 1895. Les revues anglaises proposent, la même année des réalisations de James Proctor, membre de la LMS, resté à Tananarive (The Graphic, 9 février 1895, p. 144). J.S. Procter (les deux patronymes ont cours) fournit deux clichés au capitaine Pasfield Oliver pour son Robert Drury’s journal en 1890. Son frère James fournit d’autres passionnants clichés à la presse britannique (Illustrated London news, dès le 5 avril 1890, p. 430) ou le Graphic, 9 février 1895, p. 144. Madame J.Procter a communiqué à la presse britannique des clichés de la région de Soalara et Saint-Augustin en 1889. Return to text

134 Bulletin officiel de Madagascar et de ses dépendances, 1er décembre 1896, n° 9. Return to text

135 Ils appartiennent au service géographique de l’état-major du corps d’occupation qui imprime en 1897 leur première carte. Return to text

136 Voir sous la plume de G. Grandidier, p. 10, Madagascar au début du XXe siècle. Cet ouvrage, paru en 1902, réunit plus de 200 clichés qui sont autant d’argument de vente selon la Revue de Madagascar, p. 470, n° 6, 10 juin 1902. Return to text

137 Il s’y trouve 3810 photographies anciennes prises entre 1895 et 1936. Return to text

138 On n’évoque peu souvent le service géographique du corps expéditionnaire dans lequel exerce le commandant Bourgeois qui a publié une douzaine de ses anecdotiques clichés. Revue du Génie militaire, janvier 1897, « Travaux et opérations du Génie pendant la campagne de Madagascar », Legrand-Girarde, p. 5-64. Return to text

139 Au Royaume-Uni, c’est la maison Newton & c°, 3 Fleet Street, E.C., qui s’adjuge des clichés. Return to text

140 Devant ces documents architectoniques, on peut parler d’illusion naturaliste. Return to text

141 L’officier d’état-major M. Teissonière, photographe connu par ailleurs, en juillet 1902 part pour l’exposition d’Hanoï avec 1000 clichés qui constitueraient à eux seuls « l’histoire de Madagascar des 10 années précédentes ». L’emprunt à des clichés non militaires est donc manifeste ; JOMD, éd° Tamatave et Côte est. 17 juillet 1902, n° 194, p. 1105. Il participe aussi à l’exposition de Marseille (1906). Dans le superbe fonds de près de 823 clichés Teissonnière du Quai Branly, une quarantaine sont des emprunts à d’autres et une soixantaine été empruntés pour reproduction. Après démission, Teissonnière devient médecin et s’établit à Marseille, Le Progrès de Madagascar, 8 juillet 1910, n° 151. Les clichés du Quai Branly sont signés Dr. Teissonnière. Return to text

142 Voir en ligne http://jda.revues.org/3224 « Photographies anthropologiques et politique des races : Sur les usages de la photographie à Madagascar (1896-1905) ». G. Bœtsch et Eric Savarese. Journal des Anthropologues, n° 80-81, 2000. Pour A. Grandidier (excellent praticien), la photographie est faite pour l’anthropologie, aux même titre que les mensurations des individus (Rapports sur une mission à Madagascar , p. 452 ; Premier rapport, Antananarivou (sic), 1er octobre 1869, Archives des missions scientifiques et littéraires : choix de rapports et instructions publié sous les auspices du Ministère de l’instruction publique et des cultes. Ministère de l’Instruction publique. 1871) Return to text

143 Grandidier a commencé avec 23 personnes, étudiées de face et de profil. (Antananarivo annual, 1885, p. 428). L’inspecteur de police Brasnu qui a travaillé au service de Bertillon a constitué un véritable fonds anthropométrique à Tananarive en 1903. Les Nouvelles illustrées, n° 70, 24 septembre 1903, p. 404-405. Return to text

144 En 1894, à Majunga, l’Imprimerie française a publié des gravures au caractère anthropométrique prononcé de personnes de la région ; en particulier d’Indiens. L’ouvrage est toutefois introuvable aujourd’hui, BNF comprise. Return to text

145 Le capitaine Nèple, avant 1900, s’est livré à ce genre de travaux photographiques. C’est à ce titre que G. Gravier le considère comme un scientifique. Return to text

146 Officiellement, son successeur Augagneur fait tout pour y remédier. En sous-main, il stigmatise les unions avec les Malgaches. Return to text

147 Les Travaux publics présentent une série de clichés à l’Exposition 1900 ; JOMD, 16 septembre 1899, p. 3625. Return to text

148 Successivement à l’état-major, à Ambohijatovy ambony et sur le Boulevard circulaire. Aujourd’hui la collection entière est numérisée depuis 2005. Return to text

149 Quand bien même certains clichés nous soient parvenus, on ne soulignera jamais assez le fait que les clichés pris en 1895 dans l’armée française ont été censurés et/ou détruits. Return to text

150 Connu comme commandant, grâce au fait que son patronyme a été attaché, nolens volens, au nom du Tchad. Return to text

151 Lamy envoie de petites plaques à son entourage lorsqu’il le peut dès septembre 1895. Le tapuscrit originel d’A Madagascar. Souvenirs d’un soldat d’avant-garde. 1895, du fameux Andriamena, alias du capitaine vétérinaire Amédée Charon, est accompagné de 115 clichés dont le terme ultime est l’arrivée de Laroche, en janvier 1896. Quelques clichés de Jully, qui fait fonction d’interprète, paraissent dans L’Illustration. Le 29 juin 1895, n° 2731, par exemple. Return to text

152 Imbert donne trois de ses albums au Comité de Madagascar (Revue de Madagascar, 10 décembre 1902, n° 12, p. 586). Le lieutenant Imbert est attaché aux pas de Lyautey quand ce dernier est à Ankazobe puis Fianarantsoa. Imbert a une vision sociale de Madagascar, chose rarissime parmi ses collègues. Le fonds Edgard Imbert de l’EPAD se compose de 2609 clichés sur plaques de verre et de 19 albums d’épreuves de travail. Deux albums Imbert existent aux Archives départementales de La Réunion, un autre, superbe et dans lequel figure le portrait du capitaine Sénèque, photographe, aux ANOM. 65 clichés concernent la même période dans un album de Compagnon, officier qui devient administrateur. La liste ne s’arrête pas là. Imbert, revenu à Madagascar en 1911 semble ne plus rien produire. Il meurt au front en 1915, à la tête d’une compagnie malgache. (voir cliché n° 8) Return to text

153 C. Savaron, p. 300 ; Mes souvenirs. A Madagascar avant et après la conquête 1885-1898. Tananarive ; G. Pitot, 1932. Return to text

154 Revue de Madagascar, 2ème semestre 1902, p. 378. Grâce au numérotage, il est possible au lecteur de commander des tirages dans l’atelier de Ratsimamanga. Return to text

155 Il est installé à Imarivolanitra dans les vingt premières années du XXe siècle. Cela doit suffire à imaginer l’importance sociale du personnage qui signe avec ses fils dès 1910. Return to text

156 Pour un aspect psychologique du personnage, voir Le Signal de Madagascar, 5 septembre 1908, n° 548. Return to text

157 Dans un numéro du Signal, (5 septembre 1908, n° 548), Henri de Busschère, peu suspect de sympathie à son égard, fait son portrait dans un article intitulé « Psychologie malgache », dans lequel on voit non seulement la compétence technique, la réussite privée, mais aussi la discrétion, vertu cardinale malgache. Return to text

158 Seuls des documents privés parleront plus clairement que des bribes d’information glanées au hasard. Plusieurs clichés Ratsimamanga sont publiés dans Neufs ans à Madagascar, de Gallieni. Return to text

159 Vuillemin exploite outrageusement la misère physiologique de ses sujets dans de faux instantanés très composés. Return to text

160 Bulletin de l’Office colonial, 1908, n° 1, p. 574. Return to text

161 JOMD, 24 septembre 1898, n° 306, p. 2470. Return to text

162 Ibid., 2 janvier 1897, n° 50, p. 1. Dans un ouvrage de 1900 du Gouvernement général intitulé Notice sur Madagascar (p. 93), l’auteur constate que la photographie est passée dans la pratique au même titre que l’horlogerie. Return to text

163 Ibid., 9 octobre 1897, n° 155, p. 1023. Le premier Brownie apparaît en 1900. Mais l’élite se sert du Photosphère 9x12 de la Compagnie Française de Photographie, en cuivre argenté oxydé verni (voir le mariage de Léopold Galland sur digitallibrary). Return to text

164 Supplément commercial et agricole au JOMD, 19 septembre 1901, n° 152; p. 437. Le lieutenant Langlois, qui achète à un boutiquier mauricien le portrait du Premier ministre en octobre1895, ne se soucie pas d’en connaître l’auteur; Souvenirs de Madagascar, p. 182. Return to text

165 Dans la collection J. Prud’Homme du Quai Branly figure un carton d’invitation pour le bal du 9 décembre 1899 qui représente, imprimée, la cathédrale d’Andohalo et la plaine du Betsimitatra. Il paraît difficile de faire imprimer cela en avance en France. Return to text

166 Ibid., 12 avril 1898, n° 234, p. 1713. Return to text

167 Le Figaro illustré, n° 175, 1er octobre 1904. Le numéro est entièrement consacré au sujet de la « carte postale illustrée » comme elle est alors nommée. Return to text

168 Les clichés du directeur de l’agriculture E. Prud’homme sont en vente à l’imprimerie officielle de Tamatave ; JOMD, supplément commercial, 5 décembre 1901, n° 163. Le Quai Branly recense 915 travaux de deux Prud’homme (le second étant le colonel J. Prud’homme) qui sont d’excellents techniciens de la photo. Il a été attribué au civil des centaines de tirages qui ne sont pas de lui. Return to text

169 Une douzaine de clichés de Fauchère figurent dans le numéro mensuel du 15 novembre 1922 des Annales coloniales. Return to text

170 « Quant aux photographies, elles vous diront l’impression poignante que vous cause la vue d’interminables convois d’évacués. » Le Monde illustré, 28 sept 1895, n° 2099. Louis Tinayre est le frère du graveur Julien Tinayre. On ne peut évidemment pas être à la fois à Majunga et à Paris. Les plus beaux clichés gravés se trouvent dans la Revue hebdomadaire de 1897. Voir de même Le Figaro, 29 septembre 1895, n° 270 où il évoque tant les clichés envoyés que les misères humaines qui l’entourent : « Les photographies que je vous envoie vous diront toute l’impression poignante que cause la vue des interminables convois d’évacués ». Return to text

171 p. 142. René Otayek « L’Afrique au prisme de l’ethnicité : perception française et actualité du débat », Revue internationale et stratégique, 3e semestre 2001, n° 43, p. 129-142. Return to text

172 p. 26. Un sanatorium pour la mission de Madagascar, 34 p. Maison des missions évangéliques, Paris. Return to text

173 Voir « La représentation des femmes malgaches dans les cartes postales anciennes. Entre discours colonial et discours de la colonie ». Claudine Bavoux ; p. 377-392 ; Idées et représentations coloniales dans l’océan Indien. Norbert Dodille (dir.) 710 p., 2009, P.U.P.S. Return to text

174 La collection non répertoriée de Mme Renel se trouve au Musée Guimet de Lyon. C. Athenor (2007) et D. Burguet (2010) ont travaillé sur ce fonds, qui contient les très rares autochromes connus de Madagascar. Return to text

175 Voir M. Balard, Les Regards d’un administrateur-ethnographe, éd. Azalées, Saint-Denis, 2003. Return to text

176 Aristide Maria est préparateur au Muséum. Il travaille avec Berthier et devient très vite administrateur. Il reste une quinzaine d’années à Madagascar. Seuls sont connus ses clichés pleins de vie, alors qu’il est en poste à Mananara. Il a fait des portraits de Bara qui servent à Zaborowski, ethnologue en 1900. Return to text

177 R. Boudry dit la prédilection de Rabearivelo pour la finesse du travail de Manhès (Manès). La Tribune de Madagascar, 26 juin 1937, n° 3341. Voir À Madagascar, 1932, ou les Cahiers malgaches, 1937, par exemple. Return to text

178 En 1924, ces deux avocats sont les animateurs du Photo-Stéréo club (à cause des nombreux appareils de visionnage de plaques stéréoscopiques, très en vogue entre 1900 et 1930) de la capitale. Return to text

179 Avec le temps l’« atelier de pose » passe de la rue Carayon, à la double adresse avenue Grandidier et rue Amiral Pierre. En 1919, il séjourne à Nosy Lava. J .Razafitrimo, studio Photo-Hova, travaille encore en 1948 à Tamatave. La société Razafitrimo fils (Jean, né en 1900, et Eugène) est fondée en avril 1937. G.Razafitrimo travaille avec Ramilijaona rue Carayon et rue Augey-Dufresse dans les années 1930. Le portrait connu du pasteur Ravelojaona (1939) est du fils., puisque le père décède à 64 ans, en décembre 1936. Razafitrimo fils publie souvent dans la presse métropolitaine ; voir par exemple cinq clichés dans Les Annales coloniales du 1er janvier 1938, n° 31 (funérailles de Ramahatra). Return to text

180 Ses photos ont quelque chose d’intimiste, même dans ses paysages. À noter des liens de parenté avec Leygoute. Return to text

181 Un autre Langlois en 1886 donne les clichés de Tsiliana et de la distillerie Melville (Tamatave) à la presse. Return to text

182 Dès 1906, ce photo-club est situé rue Romain Desfossés, face à l’Intendance. Escalier des Ores, caporal devenu receveur des Postes, Lavigne, imprimeur-libraire, Teillet, pharmacien, et le Dr. Jourdran, connus dans le domaine de la photo, en font partie. Return to text

183 Son père, arrivé en 1898, est mécanicien-électricien des postes. Elise Meiffren est reconnue par son père en 1908. Return to text

184 La lumière artificielle et les lampes au magnésium échappent totalement à la pratique de la brousse avant longtemps. Les photos de nus des années 1920-1930 sont l’apanage de certains architectes tananariviens. J.C. Collet de Canteloup et O. Leclercq se cantonnent aux bâtiments. Lisan leur sert de collaborateur à l’occasion. Return to text

185 Le JOMD du 5 janvier 1899, n° 349, p. 3859, fait allusion à son travail photographique dans l’Ivoloina, mais cela reste introuvable. Return to text

186 Razaka (et d’autres) souligne(nt) que les clichés sont conservés. Return to text

187 Les tirages ont dû être extrêmement restreints pour celles qui restent à trouver. Return to text

188 Ce n’est pas le lieu d’entrer dans l’épistémologie du fragment que sont les textes courts des correspondances. Toutefois, on voit que le texte d’accompagnement peut révéler de riches commentaires. Return to text

189 Le Monde illustré, 16 décembre 1893, n° 1916, p. 391). Langlois (qui a deux homonymes), dès 1889, fournit aussi des clichés à la presse comme la distillerie de Tamatave. On lui connaît de même quatre beaux tirages de Tamatave et Tananarive (Le Monde illustré, 3 février 1894, n° 1923). Return to text

190 Ainsi, la couverture du Monde illustré du 13 janvier 1894, n° 1920, est faite de quatre beaux clichés fournis par ses soins. (On y reconnaît d’ailleurs des clichés anglais). Il en est de même le 3 février 1894, n° 1923. Le 13 octobre 1894, p. 473, c’est le général D. Willoughby qui fournit l’une des photos précédentes à l’Illustrated London News. Return to text

191 Blion, établi sur la place d’Andohalo, puis rue Amiral Pierre, publie des centaines de clichés sous forme de cartes postales, tout comme son beau-père P.F. Sarrazin. Mais surtout il fait feu de tout bois : après avoir annoncé (sous forme de galéjade ?) qu’il détient un stock de 3 millions de cartes, il annonce dans la presse en attendre 20 millions (juillet 1906) ! Return to text

192 La consultation des albums Delord du Département Evangélique Français d’Action apostolique (DEFAP) est significative à cet égard. Ramahandry et Rasolonjatovo peuvent avoir produit dès 1890, mais sont pillés vingt ans après. (Le cas d’un cliché intitulé « Prisonniers malgaches » est symptomatique à cet égard puisqu’on les retrouve comme « Mendiants d’Antsirane » chez Bachel.) Il y aurait sans doute encore à faire pour analyser cette source puisque des parutions protestantes françaises mentionnent des clichés inconnus (Le Huguenot, septembre 1897) non répertoriés. (voir cliché n° 10) Return to text

193 On se reportera au site de Marie-Hélène Degroise, archiviste en chef aux ANOM, décédée en juin 2012, http://photographesenoutremer.blogspot.com/. On peut dater le début officieux de la photo d’amateur à Madagascar avec un article intitulé « Notes sur la photographie à Madagascar », Photo-Revue, 1901, n° 21, suivi en le 9 février 1902, n° 6 par la suite de l’article. (L’auteur signe E.I., autrement dit Edgard Imbert). Return to text

194 Augagneur exclut les artisans de la profession de l’arrêté sur les patentes du 30 novembre 1905. Return to text

195 Un article de La Tribune de Madagascar, 2 février 1937, n° 3281, aborde le sujet des « sèches photographies » mal légendées. Return to text

196 L’Écho photographique, novembre 1906, n° 11, p. 74. Return to text

197 Bulletin de la Société photographique du Nord de la France, Décembre 1904, p. 150-156. Hollande assortit une conférence d’une projection. Return to text

198 Tralboux publie de ses clichés dans Le Tour du monde en avril 1900. Return to text

199 Ch. Dosquet, officier du Génie, a réalisé des travaux concernant le chemin de fer, les routes et les mines en 1903. Curieusement, il semble faire cela à titre personnel, alors qu’un article du Génie militaire, avril 1901, (« Les travaux publics à Madagascar », p. 325-336) évoque une œuvre commune et en particulier un travail photographique important. Notons que Dosquet obtient un prix de l’union des sociétés photographiques de France pour ses travaux malgaches à Chambéry en 1904. Voir de même JOMD, 30 novembre 1901, p. 6734. Return to text

200 Dans son discours du 11 avril 1896, à la séance générale du congrès des Sociétés savantes, le 11 avril 1896, A. Grandidier fait allusion à cette profusion, aux « nombreuses photographies, aux séries de projections ». G. Richard, futur maire de Saint-Denis de La Réunion, fait une projection le 3 décembre 1887, à Paris ; La Justice, 1er décembre 1887, n° 2878. De Mahy n’est pas en reste, en 1889 : A. Molteni en personne présente les projections. Foucard fait passer des clichés le 28 novembre 1892. Bulletin de la société de géographie commerciale de Paris, p. 113. Martineau fait de même, le 14 novembre 1894. Return to text

201 Le Bulletin de la société de géographie commerciale de Paris, 1900, t. 22, pp. 9-33, reproduit les commentaires de Rocques qui se sert pour sa projection de cliché du FTM actuel. La quarantaine de commentaires du lieutenant - colonel est affligeante. Dosquet obtient un prix à l’exposition de Hanoi, JOMD, 13 mai 1903, n° 802. Il a spécialement travaillé en stéréoscopie sur la construction du chemin de fer Anivorano-Mandraka et aurait publié un album. L. Besson, après avoir passé douze ans à Fianarantsoa, fait à Marseille en février 1902, une conférence avec projections sans qu’on puisse avoir idée de la qualité des clichés. H. Mager, excellent opérateur, projette son travail aussi, L’Aurore, 30 octobre 1897, n° 12. Return to text

202 « De nombreuses photographies, des séries de projections vous ont promenés… Toutefois la vérité se fait jour petit à petit. » Discours prononcé par M. Grandidier,... à la séance générale du congrès, le samedi 11 avril 1896 / Congrès des sociétés savantes, p. 2-3. Return to text

203 M. et A. Leblond font de l’administrateur un amateur éclairé en photographie. Revue des deux mondes, mai-juin 1907, « Madagascar », p. 849. Return to text

204 Michel Brousse, à Fianarantsoa, est industriel, et accessoirement photographe professionnel dans les années 1930. Return to text

205 Jeanney, qui a eu une dizaine de postes divers, n’est connu que par ses clichés de Vohémar et des navires qui s’y arrêtent. Son éditeur est Ch. Guinet, né à Vohémar. Return to text

206 p. 1439, JOMD, n° 203, 29 janvier 1898. Return to text

207 Une visite de Gallieni à Majunga est perpétuée par une gravure dont l’origine est un cliché Rousselet (Le Monde illustré, 7 août 1897, n° 2106). L’Illustration lui fait l’honneur d’une double page le 16 février 1895, n° 2712. Il arrive qu’en 1894, des journaux publient des clichés de A. Garnier, futur président de la Chambre de Commerce de Majunga ; il peut se faire que ces clichés, tant ils sont réussis, soient simplement de Rousselet comme la couverture du Monde Illustré, 23 février 1895, n° 1978. En 1902, Rousselet vend une douzaine d’épreuves sur la peste à Majunga (voir cliché n° 11). Return to text

208 Cornwallis Maude, dans Five years in Madagascar, p. 22, évoque le fait que, pour des raisons culturelles et personnelles, la reine ne voulait pas qu’on la prît en photo. Parrett obtint toutefois d’elle plusieurs excellents instantanés. Return to text

209 Le Monde illustré, 22 novembre 1884, n° 1443. Return to text

210 Il publie dans L’Illustration du 21 mai 1904, n° 3195, une scène pleine page une scène atypique, par exemple. Return to text

211 Il se vend ainsi à Antsirane une trentaine de superbes cartes postales représentant la vie en Inde, particulièrement au Goudjerat. Return to text

212 Majunga est dotée d’une imprimerie du dernier modèle, l’Imprimerie française ; un typographe merina de Tananarive y arrive en 1894. Brizard, colon imprimeur du journal local, est le patron. Les commandes affluent chez lui, avenue de Mahabibo. La production est excellente. En 1904, l’imprimerie, est vendue par autorité de justice. Un syndicat de six personnes rachète, qui toutes éditent dans les années qui suivent les précieux petits bouts de cartons illustrés dont Victor Rousselet, frère de Jules Gaston († 1917, Majunga), le photographe, colon astucieux plus que véritablement riche, Bodemer, jeune pharmacien alsacien, arrivé en avril 1896, L. Le Mée, H. Günzburger, repreneur de la maison précédente, et surtout A. Thoré, négociant et imprimeur lithographe, donc homme clé, arrivé en mars 1892. Cela se nomme enfin, en 1910, l’imprimerie Porte et D. Bontoux. L’Ouest, contre toute attente, est un berceau malgache de la carte postale. Return to text

213 Cassam Chenaï est lui-même possesseur d’une collection de clichés. Return to text

214 Il signe J.M.V. ou Photo-Bazar. Il organise la première exposition de photos jamais réalisée dans la capitale dont il dirige le club-photo. Il donne un album de photo au Comité de Madagascar, comme deux de ses confrères, (Revue de Madagascar, 10 janvier 1904, n° 1, p. 87). On trouve de ses clichés dans L’Illustration, 17 juin 1905, n° 3251. Il décède en avril 1906. Son laboratoire est vendu aux enchères publiques par les Domaines. Return to text

215 Sa première exposition, en avril 1902, fait appel à des amateurs (Mme de Custine, Fayout, Noir, Martin-Panescorse) dont les travaux n’ont pas franchi le seuil du temps. Return to text

216 Cette salle pour patins à roulettes se trouvait non loin de la plage, où se trouve encore le terrain de football. Jafetra est connu pour avoir été condamné en 1916 avec son ami Ramilijaona. Jafetra a signé des œuvres avec Ramilijaona. Sur sa famille, voir la thèse de Helihanta Rajoanarison, 3ème partie. Return to text

217 Le consulat britannique occupe ce local dès 1920. Return to text

218 Gaye a mis son studio à la disposition du public, ce qui se fait alors. Qui plus est, Gaye enseigne la peinture au collège de filles et il répare les mécaniques de précision. Return to text

219 Quelques dizaines de ses plaques originelles, achetées chez Bodemer, prises à Maintirano en 1907 se trouvent égarées en Champagne. Il est le créateur de trois magnifiques plaquettes à l’italienne, imprimés à Tananarive, inconnues à la BNF. Leygoute, arrivé d’Algérie en 1899, travaille à la Poste durant quarante ans. Il est chef de l’atelier central du service central technique et électrique de la capitale en 1933. (voir cliché n° 13) Return to text

220 Aucun des deux n’a jamais été photographe : Perrot, c’est manifeste, a travaillé pour le premier. Quant au second, à défaut d’être un emprunteur de génie, c’est un collectionneur toute main. On voit, par eux entre autres, la difficulté d’établir l’origine d’un cliché. Ghigiasso décède en mai 1909 et n’édite que de beaux clichés (quatre séries de 43 clichés chacune, plus une série de 50 vues) durant cinq ans. Return to text

221 Il est fier de son portrait en couleurs de Saïd Ali, tout comme décède en mai 1909 et n’édite que de beaux clichés (quatre séries de 43 clichés chacune, plus une série de 50 vues) durant cinq ans. Return to text

Il est fier de son portrait en couleurs de Saïd Ali, tout comme des cases nouvelles de la nouvelle Tamatave ou du placer Floris d’Ambidimanga. Le Signal, 1908 février 1902, n° 369.

222 Chauvin (plus de 1300 clichés) se baptise sans doute du nom d’un des pères de la photo du Royaume-Uni, Sir John Herschel. Return to text

223 Sa sœur vit à Fanandrana. Return to text

224 William Chaplin, polytechnicien, prospecteur, membre de la Chambre de Commerce d’Antsirabe, fait paraître d’excellents clichés et articles dans Autour du Monde en 1905-1906. On ne connaît aucun autre de ses clichés. Signalons à Antsirabe la signature commune de R. Porak, allemand, et C.J. Giblin, français dans un cliché d’avant 1916. Rajoelina y travaille avant les années 1920. Return to text

225 L. Ranaivo reçoit une médaille à l’exposition de 1931. Return to text

226 Cl. Joseph Razafy publie un certain nombre de clichés dans Madagascar illustré dans les mêmes années. Return to text

227 Rajaspera est le photographe attitré de Madagascar illustré. A ce titre, il est le pionnier du photojournalisme malgache. Return to text

228 Est-ce lui qui s’installe dans les années 1930 à Majunga (sous le nom de Hermann, photographe) ? Le Réveil de la côte ouest, 23 mars 1933, n° 33. Avec l’aide de Darrieux, et du Réveil, il organise un concours de photos. Return to text

229 Les Nouvelles illustrées, 24 septembre 1903, n° 70 ; p. 404-405. L’informateur de Joly est l’inspecteur Brasnu qui été au service de Bertillon. Return to text

230 Voir Jack Goody, Le vol de l’histoire. Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde. Paris, Gallimard, 2010. Return to text

231 Il se peut qu’un chercheur mette à jour les clichés que C. Savaron dit avoir vu, lorsqu’il a travaillé à la censure du courrier des tirailleurs en 1914-1918. Ces clichés qui représentent les soldats avec leur femme vazaha (Française) méritent d’être connus. Le Madécasse, 4 janvier 1937, n° 1967. Return to text

232 28 juillet 1914, n° 294. Return to text

233 Il publie dans Le Monde colonial illustré, février 1928, n° 54. Sa carrière professionnelle débute avant 1895. Ramilijaona, roi de la photo de famille et de la femme malgache, signe ses compositions et expose à Paris à l’Exposition de 1931. Accessoirement, il est connu dans le domaine politique pour avoir été condamné à perpétuité en février 1916. Rajaofetra, lors du procès, en janvier, déplait à cause de son « arrogance ». Il pratique la photo de groupe encore dans les années 1930 où il pratique la promotion de sociétés par l’image, comme Ottino, par exemple. Poincaré donne huit de ses clichés, cadeau de Picquié, à la BNF. Ramilijaona obtient en octobre 1930, une médaille d’or pour sa collection de photographies en couleurs. Return to text

234 Voir le couple Sibree, p. 166, Through lands that were dark, F.H.Hawkins, 1914. Return to text

235 La « part maudite », les « gestes archaïques », c’est-à-dire la terreur coloniale, comme dit A. Mbembe, mérite un traitement à part. On pense ici à un pauvre hère en salaka en passe d’être fusillé, en 1895, dans un travail anonyme. On pensera ici au fameux punctum de R. Barthes : « La photographie induit subrepticement à croire que ce (pauvre hère) est vivant ». p. 123. La Chambre claire. Return to text

236 Voir « Le tombeau de Miary, près de Tuléar », Bulletin de Madagascar, p. 783-784, septembre 1970, n° 292. Return to text

237 Leur nombre ne dépasse cependant pas la douzaine. Return to text

238 « Je me suis aussi occupé de prendre des mensurations sur des individus de tribus diverses, autant que les superstitions me l’ont permis, et j’ai rapporté une série de types, obtenus au moyen d’un appareil photographique, pour l’étude de l’anthropologie de Madagascar. » Premier rapport écrit à Tananarive le 1er octobre 1869 dans Rapports sur une mission à Madagascar, 1872, Imprimerie Nationale. Return to text

239 Le Tamatave, 29 octobre 1913, n° 107. Return to text

240 M. Esoavelomandroso, « Une arme de domination : le tribalisme à Madagascar, XIXe-milieu du XXe siècle » ; Chrétien J.-P ; Prunier G. (éds), Les ethnies ont une histoire, Paris, 1989, p. 259-266. Return to text

241 Une publicité de Ghigiasso est à cet égard révélatrice : il y dit être fier de ne se servir que de clichés originels destinés à être reproduits en cartes postales illustrées. Le Signal, 26 janvier 1909, n° 666. Return to text

242 Les 36 numéros de cette revue imprimée par J. Daubier, rue Benyowski, représentent environ 1 500 clichés. Return to text

243 Le cas de l’avocat Manhès, ami de Camo, qui réalise de merveilleux clichés où ne se voit que la surface des choses est symptomatique. J. Faublée réalise entre 1938 et 1940, douze mille six cents clichés lisses d’une veine similaire (mais le fonds du Musée Ethnographique de Genève n’en reconnaît que 10 160). Voir M. Garlinski, et E. Hopkins (dir.), 2010, À Madagascar. Photographies de Jacques Faublée, 1938-1941. Catalogue d’exposition. Gollion Infolio éditions ; Genève, Musée d’ethnographie, 96 pages, 65 photos n/b. Return to text

244 Le frère Norbert (L.P. Béziat), des Écoles chrétiennes obtient en 1931 une médaille d’or à l’Exposition, sans qu’on sache aujourd’hui ce qu’il a créé pendant plus de trente ans ! Return to text

245 Dans Quinze jours à Alasoura (sic) Mgr. de Saune le présente en 1903 avec son inséparable appareil photo à l’âge de 75 ans, prenant en photo tout un chacun. Il prend un cliché de Rasoherina dont manifestement la plaque d’origine (le verre casse si vite) a disparu avant 1886. L’album donné par le Myre de Vilers à la BNF la même année en témoigne. Un portrait de Rasoherina fait la couverture du Journal illustré du 16 août 1868, n° 235. Une carte de visite (très retouchée) de la reine de E. Neurdein circule aussi à la toute fin des années 1860. En 1867, Elizalde, dans une série de lithographies des grands de ce monde, publie le même portrait, à Madrid. Enfin, Roblet évoque lui-même les vues photographiques prises dans un voyage scientifique au sommet de l’Ankaratra dans L’Exploration, 1883, t. 15, p. 720. Return to text

246 Les Missions catholiques, 1875, p. 302. En 1873, Roblet demande à des prisonniers mis aux fers de poser. Une épouvantable gravure en est le triste souvenir. Ibid., 1873, p. 225. Return to text

247 Un beau cliché anonyme du Père Roblet dans sa cellule figure dans La France illustrée du 14 janvier 1899, n° 1259. Deux clichés d’Isoavinandriana, toujours de Roblet, figurent le 4 novembre 1899, n° 1301. Le R.P. Walter est sans doute son élève dès 1893. Il ne faut cependant pas passer sous silence le travail du R.P. A. Taïx, auxiliaire du R.P. Finaz, au demeurant excellent peintre et dessinateur (C’est lui qui peint le baldaquin royal du couronnement de Radama II). On peut voir l’une de ses œuvres (devenue mauvaise gravure) à savoir des condamnés à mort bara et fahavalo avant leur exécution dans les Annales de la propagation de la foi, janvier 1892, n° 380, p. 105. Return to text

248 Ibid., 12 avril 1914, n° 2340, p. 180. Return to text

249 E.J. Bastard, explorateur du Muséum d’histoire naturelle de Paris, puis administrateur adjoint en 1903, qui publie des clichés en avril 1897 dans A Travers le monde, et dont des tirages circulent encore sous le manteau, est un exemple de cette réussite : ses portraits de la reine Narena et de sa nièce sont somptueux. Les Sakalaves sont rarement mis sous l’objectif avec tant d’aménité, sauf chez Rousselet. Des clichés anonymes du pays mahafaly sont sans doute de lui (ou de G. Paroisse, dans l’Androy, 1897) et auraient été pris lors de sa « mission politique » dans le sud et dans le pays tanala. Le Quai Branly détient environ 300 clichés de lui, auxquels il convient d’ajouter les nombreuses aquarelles. (voir cliché n° 14) Return to text

250 E. Garrigues spécialiste de la question coloniale et de la photographie, évoque la question de la pose comme nécessité contraignante : « Cette nécessité de la pose est un facteur qui conditionne ces photos de l’époque coloniale, … (le) photographe était techniquement obligé de faire poser ses sujets et donc de les mettre en scène (selon) son idée à lui. » p. 37, Emmanuel Garrigues (dir.) 1991, L’Ethnographie, Ethnographie et photographie, n° 109, p. 12-58. Paris, Société d’ethnographie éd. 215 p. Imbert commente quelques-uns de ses meilleurs tirages dans un ouvrage très technique La Photographie en France et dans les pays chauds. Toulon sur mer. Imprimerie régionale R. Liautaud ; Edgard Imbert, lieutenant d’infanterie coloniale et Maurice Poincet, ingénieur de la Marine, 354 p. Return to text

251 Qu’il soit permis de faire allusion ici à deux clichés anglais transmis par Henri Mager au Monde illustré (16 janvier 1897, n° 2077) sous lesquels l’identification de chacun est faite dont la reine et son entourage immédiat. Cette royale garden party se retrouve chez J.A. Houlder, Among the Malagasy, p. 184. Return to text

252 Le capitaine-maire L. Deslions a toutefois pris quelques clichés de grand intérêt pour commémorer cet événement. Mais le descendant actuel répugne à faire connaître de tels trésors. Return to text

253 Les femmes y ont cependant quelque chose de musulman. Return to text

254 Il y a donc là des présomptions sérieuses d’impression en photogravure, mais il reste difficile d’en apporter la preuve tant pour Tamatave que Diego-Suarez. Return to text

255 Dalberto (qui signe E.D.) collectionne les clichés mais il en produit aussi. Return to text

256 Martial Chatard, son père, imprimeur décédé en 1907, possède une collection de photos. Le fils fait un modeste travail de tirage dans les années 1930 (Artistic-Photo Chatard). Return to text

257 Il vend, avenue Dalmond, en 1898, des instantanés et des vues de la capitale et des environs ? (voir JOMD, 29 novembre 1898, réquisition 747, p. 2721). Rajaofera, qui travaille avec ses fils dès 1899, et établi à Ambondrona-Faravohitra avant 1898, participe, comme Ratsimamanga, à l’exposition de Hanoi, en 1903. Return to text

258 Cliché daté et signé, p. 20, La Presse coloniale illustrée, juillet 1925. Return to text

259 4, rue Colbert à Antsiranana. Return to text

260 Avec une annexe à Antsirabe : Photo Hova Betsileo(ou P.H.B), vers 1930. Return to text

261 Désignés pour le front dans leur milieu d’origine. Le scandale de leur incorporation forcée n’éclate qu’en 1917. Pasturin fait fonction d’expert pour les douanes à la guerre suivante. Return to text

262 J.B. Randrianjafy, photographe à Ambohimalaza, signe aussi de beaux portraits dans les années 1900-1920. Return to text

263 Il travaille près du marché d’Ambatobevanja. JOMD, 28 février 1899, n° 372, p. 3070. Rasamuel, 10, rue Louvières fait aussi sa réclame dans le même numéro. Return to text

264 Les femmes sont rares dans notre domaine. Signalons cependant Madame Alph. Cathou (sic), à Antsiranana, active après le décès de son mari François A. Cathou, photographe, avant 1900 (J.O.D.S. 20 octobre 1896, n° 44, Journal officiel de Diego-Suarez et dépendances, 20 octobre 1896, n° 44). Elle a spécialement fabriqué ce qui se nommait des cartes de visite de soldats. Return to text

265 Le Dr. Merlo, médecin de l’AMI, travaille durant 25 ans à Madagascar sur de nombreux postes. Il est possible qu’on retrouve ses clichés à La Réunion. Return to text

266 Ses tirages normalisés sont des merveilles. (voir cliché n° 15) Return to text

267 Voir l’éreintement amusant de Volonté, 21 avril 1937, n° 232. Messéant présente une quinzaine de projections sur l’ensemble de Madagascar en 1924. Ce personnage intrigant qui travaille au service de la propagande et de la photographie du Secrétariat général est muté à Maintirano en 1925. Il existe de lui une belle série sur l’exposition de Tananarive en 1923. Il aurait fait 700 clichés entre Nosy-Be et Diego en 1923, Le Madécasse, 10 septembre 1923, n° 325. Return to text

268 Durant trente ans, dès 1914, Pasturin fait de la photo en artiste et non pas en artisan. Return to text

269 25 novembre 1936, n° 1953. Return to text

270 Un concours du syndicat d’initiatives de Majunga récompense deux professionnels : Rabeson (Ouest-Photo) et Takotovao. (Le Réveil de la Côte Ouest, 16 novembre 1933, n° 67) Return to text

271 On peut voir le portrait d’Antony Tacchi père (durant son séjour à Londres avec Ravoninahitriniarivo et Ramaniraka, dans The Graphic, 27 janvier 1883, p. 88. (Ravoninahitriniarivo et Ramaniraka, par Nadar, figurent dans L’Illustration, 2 décembre 1882, n° 2076,) Return to text

272 Malencontreusement nommé Cherpin dans une série de cartes postales. Return to text

273 Le grand nombre de clichés non répertoriés, dans lesquels l’anonymat des figurants est total, fait sens, évidemment. Return to text

274 La Tribune de Madagascar, 10 juin 1937, n° 3334. En se limitant à Razafitrimo, on trouve ainsi : « La moisson d’or, Sous le pêcher fleuri, Un coin poétique de Fenoarivo, La demeure enchanteresse, Le jeu de fanorona au coin du feu, Comment on tresse le cheveux à Madagascar. » Return to text

275 Dans la seconde édition révisée de Sociologie de l’Algérie, p. 114, Bourdieu note que « la société des Européens (dans la colonie) doit être considérée comme un empire dans un empire en dehors de tout rapport avec la société colonisée et la société métropolitaine. » Return to text

276 Le Tamatave, 28 novembre 1925, n° 1316. Return to text

277 Volonté, 9 juin 1934, n° 94. Return to text

278 Signées Walter D. Marcuse. Return to text

279 National Geographic, août 1929, n° 56, p. 178-211. Return to text

280 Et avant lui, Suzanne Dick de Lonlay, en poste entre 1929 et 1932 est mal connue. L. Hardoin de Lonlay, chimiste et non photographe, entre 1920 et 1926 a été chef de la section cinématographique, au Secrétariat général. Return to text

281 Son épouse est Juliette Razafimahefa, peintre et photographe. Return to text

282 Dans un témoignage officiel de satisfaction, Saint-Mart dit bien qu’il a contribué « de façon particulièrement efficace à faire connaître le vrai visage de Madagascar » ; JOMD, 26 février 1946, n° 3154. Return to text

283 1er juin 1933, n° 1367. Return to text

284 Une touriste de génie, M.E. de Bonneuil, rapporte le propos d’une jeune Malgache, selon lequel les cartes postales véhiculent les pires des stéréotypes concernant les Malgaches. (« Madagascar, France orientale », Le Madécasse, 16 septembre 1931, n° 1134.) Return to text

285 « La photographie que je vous communique vous donnera une faible idée de la misère de ces pauvres gens, surtout des malheureuses femmes, portant la plupart de squelettiques bébés sur le dos, marchant toute une journée vers les puits, partant de leur hutte, souvent avant le jour pour y retourner tard le soir avec une deux trois calebasses d’eau. » p. 245, 1938, Procès-verbaux des séances des Délégations économiques et financières. Return to text

286 Ces deux personnes ont des intérêts communs dans la préparation des cuirs. Ansaldo représente la Marseillaise dès 1920 à Fort-Dauphin. H. Annequin, éditeur local, se sert de Ragouah (nom de guerre ?) pour ses éditions de cartes postales. Return to text

287 Les Damnés de la terre, p. 53. La Découverte poche. Cette pétrification des esprits touche Ralph Linton, jeune anthropologue étasunien, qui photographie Madagascar en 1926-1927 (529 items). Return to text

288 L’Écho de Tananarive, 1er septembre 1926, n° 187. Return to text

289 Rasolonjatovo (rue Gallieni, Photographie du Progrès, vues paysages, coutumes malgaches) est l’auteur d’une cérémonie de fatidra très académique, dans la veine catholique très composée, parue en carte postale. Ses arrivées de train lui permettent de cibler un public assez large. Deux clichés de Rasolonjatovo publiés par Bachel concernent Andovoranto. Return to text

290 Quelques clichés des années 1930, de Cl. J. Rasoara, passent à la postérité grâce à C. Tsakanias, éditeur (Manja-Morondava) malgré la qualité déplorable de l’impression. Chacun est daté à la main au jour près et cela leur donne une fraîcheur que d’autres n’ont pas. Return to text

291 Parmi les sans-grades, le chef de la station météorologique de Majunga dénonce aussi, non sans raison, le fait, que dans les concours de photo, l’Imerina soit privilégiée. Le Madécasse, 9 décembre 1936, n° 1959. Pour ce qui concerne les photos de type industriel, la lecture du Bulletin des Mines est passionnante. On peut lire à ce propos : Pierre Lannoy, « L’usine, La photographie et la nation. L’entreprise automobile fordiste et la production des photographes industriels », Genèses 3/ 2010 (n° 80), p. 114-135. Return to text

292 Dès 1924, E. Duclos, ingénieur des Mines et directeur de la SICE, diffuse de ces clichés très beaux et néanmoins très scientifiques de machines ou sites industriels. Return to text

293 Mais nanti : son épouse souscrit, en 1939, au comité d’entraide aux familles des soldats mobilisés à la même hauteur que les avocats de Tamatave. Return to text

294 L’Aurore malgache, 11 août 1933, n° 143. Voir le numéro précédent où les photos servent de preuves à la police. Return to text

295 En 1906, il est horloger à Faravohitra, de moins en moins quartier anglais. La relation entre mécanique de précision et photographie est constante dans tous les pays à cette époque. Return to text

296 Id., 13 octobre 1933, n° 152. Return to text

297 « Les élites, qu’elles utilisent la ruse, la violence ou la photo n’ont d’autre fin que de perpétuer leur domination. » Valade Bernard, « Le thème élitaire dans l’œuvre de Vilfredo Pareto », Revue Française d’Histoire des Idées Politiques 2/ 2005 (n° 22), p. 5-15. Return to text

298 Thirty years in Madagascar, p. 65. Return to text

299 Sa conception de l’imagerie n’admet pas que l’on puisse citer les auteurs de photographies dont il se sert facilement. Return to text

300 Dans une sorte de clin d’œil au lecteur, un superbe appareil sur trépied qui peut appartenir à Van Spreken, figure p. 85 dans le numéro d’avril 1934 de la Revue trimestrielle Maduré-Madagascar. Return to text

301 On peut penser à l’esthétique très scientiste, froide et sobre des formats 6 x 6 cm. de Faublée. On dit que Marcelle Faublée-Urbain préfère le Leica au Rollei, parfait pour le format carré. Return to text

302 On peut toutefois remarquer que, dans un article de Science et industrie photographiques, consacré à la photo à l’Exposition coloniale de mai-novembre 1931, la préférence est donnée aux photos plus expressives des Malgaches. Septembre 1931, n° 9, p. 358 Return to text

303 Un petit compendium du FTM (à savoir 50 clichés) est déposé au Getty Research Institute (2002.R.38). Mais le déplacement ne vaut pas la chandelle. Return to text

304 Anciennement Société des missions évangéliques de Paris. Return to text

305 N’oublions ni Stella Maris ni les Archives départementales à La Réunion (avec les fonds composites E. de Cambiaire, Renée Bathfield et R. Nas de Tourris). Return to text

306 À tout prendre, il eût fallu évoquer, avant Ellis, A. d’Hastrel, peintre, graveur, lithographe, après avoir été capitaine d’artillerie de marine, et qui a séjourné à La Réunion où aujourd’hui, il est considéré au mieux (réédition de son ouvrage en 1976). Très tôt, comme cela se fait alors chez les peintres, d’Hastrel se sert de daguerréotypes pour s’approcher de la beauté formelle. Il publie plusieurs gravures qui concernent Madagascar, dont une vue de Foulepointe (L’Illustration, 10 & 24 janvier 1846, n° 150 & 152). Pour ce qui est de l’antériorité, Hastrel est sans doute en concurrence avec Ch. Guillain qui doit faire ses portraits en 1842 sur la côte orientale de Madagascar : « Images disparues du commandant Guillain : les premiers daguerréotypes sur l’océan Indien », Idées et représentations coloniales dans l’océan Indien, J.-F. Géraud, 2009, p. 57-87. Return to text

307 La base de l’édifice dont l’armature est en fer pèse plusieurs tonnes. Scènes d’après nature par Louis Tinayre ; 16 p. 1900. Les premiers dioramas (6 m. x 2 m.) sont montés à Paris au Palais de l’Industrie en avril 1896, puis à Rouen fin 1896. A l’exposition de 1900, Jully construit une rotonde en bois de deux étages et 53 m. de diamètre pour abriter le tout. Ratilifera, petit-fils de Rainilaiarivony, aurait pleuré d’émotion à l’intérieur de cette bâtisse ; Le Figaro, 9 avril 1900, n° 99. Return to text

308 Tinayre, lors d’un second voyage, tourne, à Mahatsara, sur la route de Tananarive, la première prise d’un film documentaire dont les chercheurs n’ont guère parlé ; il s’agit d’une prise de vues dûment répétée ; Le Journal des voyages, p. 339, 20 octobre 1901, n° 255. Fin 2009, Alain Tinayre, son petit-fils, a fait don à la Cinémathèque française de huit bobines de films tournés par son grand-père lors ce séjour. Return to text

309 Ce n’est pas aux historiens de faire la part entre ce qui fait signe (parce que le cliché a une valeur esthétique) et ce qui fait sens, parce qu’on accède laborieusement à une explication socio-historique. Return to text

310 À ce propos, on lira Toute photographie fait énigme, Michel Frizot, novembre 2014. Return to text

311 Jean-François Chevrier, Proust et la photographie. La résurrection de Venise. 4e de couverture. Return to text

312 On peut penser au logiciel de base de données FileMaker, par exemple. Cela permettrait d’en finir avec « l’aspect cabinet de curiosité de l’Académie (malgache) », Didier Nativel, « Les héritiers de Raombana. Érudition et identité culturelle à Madagascar à l’époque coloniale (fin XIXe siècle-1960) », Revue d’Histoire des Sciences Humaines 1/2004, n° 10. Return to text

313 Sur ce sujet, on peut consulter à la fois « Les photographies de studio d’Afrique de l’Ouest : un patrimoine en danger ». C. Angelo Micheli et « S’inscrire dans une histoire partagée », Érika Nimis et Marian Nur Goni, Africultures, 2012/2, n° 88. Return to text

Illustrations

  • Cliché n° 1 : Rev. W. Ellis. View of Antshatsiroa

    Cliché n° 1 : Rev. W. Ellis. View of Antshatsiroa

    ca. 1860. Musée royal de Toronto. Antsahatsiroa, c’est « la vallée qui n’a pas sa pareille ». Ellis traduit trois fois ce toponyme malgache. L’endroit, à savoir le quartier des Tsimahafotsy, lui plaît, que l’incendie fasse rage ou qu’un discours de modération de Ranavalo y soit prononcé. « Antsahatsiroa », au soleil levant, est d’une composition simplissime mais archétypale. Un peu comme s’il avait figé l’Acropole et ses citoyens pour l’éternité. Ce confondant cliché rend caduc ce qui peut être entrepris ensuite. Il périme le travail des autres photographes.

  • Cliché n° 2 : Rev. W. Ellis. Les deux servantes, ca.1860

    Cliché n° 2 : Rev. W. Ellis. Les deux servantes, ca.1860

    Musée de Wisbech. La maison d’Ellis se trouve à un jet de pierre d’Antsahatsiroa. C’est ici que nous sommes. L’intérêt de ce cliché vient non seulement de l’allure compassée de la composition (dans laquelle on note le titre de l’ouvrage religieux The Sacred… land), mais aussi du profil voltairien d’Ellis, qui sert si ce n’est de ligne de fuite, du moins d’axe secondaire, dans lequel se trouve, sans doute, le portrait de sa femme.

  • Cliché n° 3 : Rainilaiarivony ? années 1860

    Cliché n° 3 : Rainilaiarivony ? années 1860

    Collection privée. Franck photographe, 18 rue Vivienne, signe cette photo de format carte de visite, quand bien même cela ressemblerait à une galéjade. Et pour cause : comment la plaque originelle lui est-elle parvenue ? Le personnage qui figure dans ce cliché retravaillé est sans doute Rainilaiarivony né en 1828. On sait que Rasoherina le trouvait plus joli garçon que son frère Ravoninahitriniony. C’est ainsi que Rasoherina, après avoir épousé le meurtrier de son mari put l’évincer en épousant son frère cadet, plus mignon. Cela n’explique en rien comment le cliché ou la plaque originelle (anglaise) s’est retrouvée à Paris.

  • Cliché n° 4 : Razaka. Portrait

    Cliché n° 4 : Razaka. Portrait

    Collection Privée

  • Cliché n° 5 : Perrot. Rainandriamampandry

    Cliché n° 5 : Perrot. Rainandriamampandry

    Collection privée. Rainandriamampandry, sans doute le plus grand homme politique malgache, est non seulement la quintessence de l’impassibilité. (En cela, Perrot a donc un bon modèle). En 1884-1885, Rainandriamampandry est bien meilleur que les amiraux Miot ou Galiber : « Puisque vous ne voulez pas prendre ce pays, laissez-le nous pour le gouverner ». Génial. Mais qui connaît son tombeau en plein Tananarive ?

  • Cliché n° 6 : Perrot. Tamatave. 1897

    Cliché n° 6 : Perrot. Tamatave. 1897

    Collection privée

  • Cliché n° 7 : Perrot. Ratsitokana. 1890

    Cliché n° 7 : Perrot. Ratsitokana. 1890

    Collection privée. Ratsitokana est, pour les étrangers, le maire de Tamatave du temps de Rainandriamampandry. C’est surtout l’âme damnée de son patron. Il est chargé de l’attribution des baux emphytéotiques. Les Français l’accusent de bien des maux durant la guerre en 1883. Il aurait même alors dit vouloir manger du Français ! La concussion le connaît, certes. Elle semble bien aller avec ce portrait haut en couleurs.

  • Cliché n° 8 : Lieutenant Imbert. 1901

    Cliché n° 8 : Lieutenant Imbert. 1901

    Collection privée. Depuis Ratsida, au temps de Ranavalona 1re, il se monte de vaines expéditions contre la capitale des Tanala. Entre décembre 1896 et le départ de Lyautey, Ikongo fait deux fois l’actualité. Les premières opérations militaires se terminent en novembre 1897, grâce à l’entregent de Tsivoa et de l’administrateur Besson. Les secondes sont vraiment meurtrières et âpres. Les Tanala, aux yeux d’Imbert, sont les meilleurs guerriers de Madagascar. Il est difficile de voir cela ici, tant la guerre tient de la routine pour l’infanterie de marine. En l’occurrence, il s’agit du départ du lieutenant Charles-Roux avec 25 tirailleurs.

  • Cliché n° 9 : Fête des enfants. 1904

    Cliché n° 9 : Fête des enfants. 1904

    Collection privée

  • Cliché n° 10 : Rasolonjatovo « Bearers’s diner on road ». ca.1910 ?

    Cliché n° 10 : Rasolonjatovo « Bearers’s diner on road ». ca.1910 ?

    Collection privée. L’auteur travaille parfaitement : on ne devine pas même la pénibilité de la tâche des porteurs, ni le plat qui est pris en commun. À peine voit-on un bâton pour porter un fardeau. À noter le petit prophylactique d’un porteur au centre. Bachel, habile imprimeur, a édité cela à Tamatave sur le ton de la gaudriole.

  • Cliché n° 11 : Jules Rousselet. 1902

    Cliché n° 11 : Jules Rousselet. 1902

    Collection privée. Rousselet a fait une douzaine de clichés qui concernent l’épidémie de peste à Majunga où elle arrive en mai 1902. L’alarme est passée début août de la même année. Le Dr. Clarac fait abattre des locaux indiens en grande majorité. Les Indiens se réfugient dans le vieux cimetière karana. Le docteur Thiroux (directeur de l’Institut Pasteur) s’est rendu à Majunga et des inoculations antipesteuses commencent. Le maire Moriceau se dote d’une commission chargée d’évaluer le montant des pertes subies. Le pauvre Rousselet vend difficilement ses tirages pour survivre.

  • Cliché n° 12 : S. Jafetra. ca.1910

    Cliché n° 12 : S. Jafetra. ca.1910

    Collection privée. En 1882, à Brighton, le Mellison’s skating rink est détruit par un incendie. La même année, à Paris, des rinks sont bituminés pour que les patins à roulettes circulent bien. Dans les beaux quartiers, des orchestres accompagnent les évolutions des danseurs. Tamatave ne connaît sa piste, située là où se trouve l’ex vélodrome devenu (l’ancien) stade de la ville, avenue Augagneur, qu’en 1911. Un cyclone a eu raison de sa présence avant 1914. En 1982, personne dans Tamatave ne se souvenait de cette patinoire. D’où l’intérêt des clichés !

  • Cliché n° 13 : Georges Leygoute. Le bilo. 1904

    Cliché n° 13 : Georges Leygoute. Le bilo. 1904

    Cliché d’exorcisme obtenu vers 1900 dans la région de Maintirano où il pose des lignes télégraphiques. La parentèle est au pied de l’édicule. Cette plate-forme en bois (bilo en sakalava) est faite de quatre pieds fourchus qui soutiennent la partie sur laquelle se trouve la malade. À noter une manière d’escalier, à droite du cliché, pour mener au sommet de l’autel. Coup de génie de Leygoute, non renouvelé par la suite : cinq ans de guerre au Sahara, puis la pratique à Tananarive d’un studio peu rémunérateur y sont pour quelque chose. Remerciements à Francis Dumelié

  • Cliché n° 14 : Rousselet. 1900

    Cliché n° 14 : Rousselet. 1900

    Collection privée

  • Cliché n° 15 : Rajaona. ca 1900

    Cliché n° 15 : Rajaona. ca 1900

    Collection privée. En 1900, G. Rajaona est connu pour ses dessins. Il a le mérite d’avoir sauvé de l’oubli ces réparateurs (ou raccommodeurs) de faïence, métier inconnu de nos jours. La faïence traditionnelle malgache, présente ici, est plutôt rouge sombre et d’une solidité relative. Laborde n’a guère fait mieux. Les cruches à eau (siny), qui se portent sur la tête, vont avoir tendance à disparaître avec la multiplication des objets en tôle soudée. Les deux perforeuses-tarières à corde, visiblement munies d’une masse, l’air grave des deux personnages, et leur nécessaire à ouvrage en fer-blanc (comme dans un clin d’œil à la technologie qui change) vous transportent dans un autre monde.

  • Cliché n° 16 : H. Pasturin. Foire de Tananarive. 1923. Pavillon de La Réunion

    Cliché n° 16 : H. Pasturin. Foire de Tananarive. 1923. Pavillon de La Réunion

    Collection privée

  • Cliché n° 17 : Anonyme ca. 1890

    Cliché n° 17 : Anonyme ca. 1890

    Collection privée. Les travaux d’essai des élèves typographes malgaches de Parrett sont quasiment inconnus. On les soupçonne, tout au plus. On les pressent. On les voit peu. Avant 1890, on peut imaginer leurs difficultés pratiques en matière d’équipement. Plaques et produits pour développement et tirage ne peuvent passer que par Parrett qui en 1875 revient du pays natal avec un vérascope et du matériel. Ratsimamanga se dégage parmi cette équipe et devient le maître incontesté.

  • Cliché n° 18 : Soali 1898

    Cliché n° 18 : Soali 1898

    Collection privée. « Soali, sous gouverneur de Beravina. Ancien négrier. A fait comme le diable devenu vieux. Il a trouvé qu’il valait mieux servir les Français à 100 francs par mois que de risquer sa tête dans un métier prohibé. C’est un malin ! » Le JOMD du 8 janvier 1898 précise que « considérant les services rendus à la cause française depuis un an (par Soali ben Ahmed), il est nommé adjoint au commandant du secteur de Tamboharano, comme sous gouverneur de 5e classe ».

  • Cliché n° 19 : Rebiby, roi des Masikoro (de Tuléar) 1902. Photo militaire. Format carte postale.

    Cliché n° 19 : Rebiby, roi des Masikoro (de Tuléar) 1902. Photo militaire. Format carte postale.

    Collection privée. Très jeune, Rebiby, fils de Tompomanana, dirige les Masikoro du sud. Dès 1897, il a 17 ans. Fin 1898, il est circonvenu par le capitaine Toquenne, futur excellent romancier et devient, en 1901, avec l’acquiescement de son clan, gouverneur du nord du Fiherenana. En 1902, il dirige tous les Masikoro. Les bâtons qu’on découvre sur le cliché sont les insignes du pouvoir délibératif de ceux qui les détiennent.

  • Cliché n° 20 : Travail ca. 1900

    Cliché n° 20 : Travail ca. 1900

    SGM-FTM Tananarive

  • Cliché n° 22 : Rade d’Analalava Bord de mer 1900

    Cliché n° 22 : Rade d’Analalava Bord de mer 1900

    Collection privée

  • Cliché n° 23 : 1894 Côte ouest

    Cliché n° 23 : 1894 Côte ouest

    Collection privée

  • Cliché n° 24 : Perrot. Tamatave. 1894

    Cliché n° 24 : Perrot. Tamatave. 1894

    Collection privée. On a de la peine à reconnaître Tamatave pris par un temps typiquement tamatavien. Pourtant, c’est sous nos yeux que coule le Ranonandriana, nom donné (par dérision ?) à des marais et une rivière au temps de Radama Ier qui a fait drainer le quartier. A gauche, le temple où a prêché Rainandriamampandry. Au fond sur la ligne d’horizon, le consulat britannique. Le marché est construit au centre du cliché.

References

Electronic reference

Claude Bavoux, « Une histoire de la photographie à Madagascar des origines aux années 1940 », Tsingy [Online], 19 | 2016, Online since 28 November 2025, connection on 10 January 2026. DOI : 10.61736/tsingy.1060

Author

Claude Bavoux

Docteur en histoire

By this author