Durant la préparation de ce numéro, nous avons eu la tristesse d’apprendre le décès du Professeur Pietro Lupo, de l’Université de Tuléar. L’essentiel de sa carrière a été consacrée à l’histoire des religions à Madagascar. Pour mémoire, nous nous rappellerons de Église et décolonisation à Madagascar (1975 Ed. Ambozontany), une approche très novatrice qui depuis a fait école. Plus récemment, l’un de ses derniers ouvrages, Dieu dans la tradition malgache : Approches comparées avec les religions africaines et le Christianisme (2006 Kathala) tenait autant de l’histoire que de la philosophie. Pietro Lupo avait soutenu Tsingy dès sa création. Au sommaire du numéro 1 figurait son article « Sampy, Ody et Christianisme dans les régions côtières ». Que ces quelques lignes évoquant le grand chercheur qu’il fut, nous permettent d’exprimer toute notre sympathie à sa famille.
En lançant l’appel à communication sur les « migrations », nous avions en tête les grandes questions classiques : engagisme, routes de l’esclavage, diaspora chinoise etc. L’appel était sans doute trop large pour ces questions centrales. De plus, l’engagisme avait été au cœur de plusieurs articles dans notre dossiers « Madagascar et La Réunion » (Tsingy n° 14 et 15). Nous avons donc eu la bonne surprise de voir apparaître des sujets et des espaces que nous n’avions pas imaginés.
Pour la première fois, nous foulons les Seychelles en suivant, avec Jehanne-Emmanuelle Monnier, les Réunionnais qui s’y installent. Mouhssini Hasani-El-Barwane nous propose également un premier article sur l’ensemble des Comores (nous n’avions eu jusqu’à présent que des études sur Mayotte). Il éclaire notre connaissance de l’archipel en soulignant les multiples influences qui s’y sont croisées. Madagascar est une nouvelle fois en bonne place dans notre revue. Barthélemy Manjakahery évoque le souvenir de la mer chez les Bara. Tous les Malgaches ont leurs origines au-delà des mers, mais nous pouvons constater que cela peut être un souvenir très lointain. Jean-Pierre Domenichini s’attache à nous faire un bilan des découvertes récentes et hypothèses quant aux origines du peuplement de Madagascar. Sujet toujours brulant et controversé. C’est ce que nous voyons avec Vololoniaina Rasoamampianina. Elle nous présente un support pédagogique sur lequel peuvent s’appuyer les enseignants, bien qu’il commence à dater.
Les varia nous maintiennent, si ce n’est dans la question des migrations, du moins dans celle des contacts culturels. Moins connu que les britanniques de la LMS, ou que les lazaristes ou jésuites français, les missionnaires luthériens norvégiens ont pourtant fortement marqué l’histoire de Madagascar. Palissy Bienvenu Andrianohavy, dans le cadre de ses recherches pour sa thèse, nous fait partager les difficultés de ces missionnaires venus du Nord dans leur tentative d’évangélisation des Sakalava. Une autre forme de contact qui intéresse Jean-Michel Dewailly, c’est le tourisme. Telle une véritable enquête policière, 130 ans de la construction d’un mythe se déroule devant nous. Comment interpréter le paradigme : Antsirabe « Vichy malgache ». Enfin, Andrianasy A. Djistera nous emmène dans la dernière île du Sud-Ouest de l’océan Indien, et évalue le « capital humain » de Maurice.
N’oubliez pas enfin de consulter le site du CRESOI, pour être toujours au courant l’actualité de l’Histoire dans l’océan Indien…
www.centre-histoire-ocean-indien.fr/
Bonne lecture…
