À l’issue de l’appel à communication que nous avions lancé sur un thème interrogeant la place de l’océan Indien dans les grands conflits, nous avons été surpris par le nombre de propositions qui nous ont été soumises autour de la Guerre Froide, qui s’est ainsi imposée pour constituer le numéro 22. Avec cette nouvelle publication, toujours autour de la question des conflits et de la prétendue situation périphérique qu’occuperait le Sud-Ouest de l’océan Indien, nous proposons un numéro présentant une grande variété de situations conflictuelles, tant d’un point de vue chronologique, que dans les formes d’affrontement.
Dans la lignée du précédent numéro, il s’agit de s’attacher à une histoire renouvelée des formes du conflit, échappant au lien traditionnel États/guerres, pour mettre en évidence de nouvelles perspectives, particulièrement autour des acteurs, de plus en plus diversifiés.
L’objectif de cette contribution est toujours de revisiter la place de l’ouest de l’océan Indien, dans une vision très plurielle de la notion de conflits, depuis les deux guerres mondiales jusqu’aux tensions entre territoires autour des questions de l’esclavage et de l’engagisme.
L’article de Jean Fremigacci sur l’insurrection de 1947 à Madagascar fait écho à celui de Fabien Bordeles (n° 22)1. Plutôt que le conflit en lui-même, l’auteur interroge le mythe et les mémoires qui se sont construits autour de cet événement majeur pour la Grande Île. De même, ce ne sont pas les combats de la Grande Guerre qui guident Lalasoa Rasoloarison et Arnaud Léonard. Si le premier s’intéresse aux travailleurs malgaches qui ont participé à l’effort de guerre, le second nous permet d’accompagner le retour des combattants à Madagascar.
De son côté, Claude Bavoux ausculte les premières générations de cartes postales sur Madagascar. Force est de constater que les violences coloniales ou les conflits sont largement occultés. La carte postale est là pour transmettre une vision apaisée de la situation coloniale.
Sur la base d’une anecdote inscrite dans la mémoire réunionnaise, Dominique Vandanjon-Hérault sort de la vision d’une Seconde Guerre mondiale qui, à La Réunion, se serait limitée au seul épisode du Léopard2, pour inscrire la petite île, et au-delà, tout le Sud-Ouest de l’océan Indien, dans la stratégie japonaise. L’océan Indien apparait ainsi tout aussi important que le Pacifique, avec une dimension supplémentaire : être le lieu de la jonction entre la marine nippone et celle du IIIe Reich.
Les trois derniers articles nous amènent dans la première moitié du XIXe siècle. David Leconte comme Dennis Lamaison exposent les conflits qui naissent entre les territoires avec l’organisation du système de l’engagisme. Tensions autour du statut des engagés entre les territoires de départ et « d’accueil », mais aussi opposition entre les administrations coloniales dans la manière d’administrer ces travailleurs. Parallèlement, c’est dans un tout autre espace que Boris Lesueur nous conduit avec les Laptots de Gorée, ancêtres des tirailleurs sénégalais. Ici, c’est le lien entre la question de l’esclavage et la mise en place des premières troupes coloniales qui est soulevé. Dans le cadre de notre revue, il faut voir cette étude comme une ouverture sur la situation locale. En effet, la France mène, durant les années 1820, une politique de recrutement comparable à celle des laptots à Sainte-Marie de Madagascar. Le recrutement de troupes à Sainte-Marie, sous la Restauration est encore très peu étudié et trouvera ici, nous l’espérons une ouverture propice à de nouvelles recherches.
